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Vol. 8 No 1 (2017): RED

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Dépistage coproscopique de la balantidiose porcine dans deux départements d'Haïti

et risques sanitaires pour l’homme

J. Blaise, B. Belot et F. Germain, Département de Production Animale, FAMV, UEH

RESUME Blaise J., Belot B. et Germain F. 2017. Dépistage coproscopique de la balantidiose porcine dans deux départements d'Haïti et risques sanitaires pour l'homme. RED 8 (1) : 2-6

Deux enquêtes prospectives par dépistage coproscopique ont été conduites successivement dans deux communes des départements de l'Artibonite et du Sud-Est d'Haïti ayant une forte population porcine. La première s'est déroulée à Petite Rivière de l'Artibonite d'avril à juin 2016 : la seconde, à Jacmel de février à mars 2017. Elles ont porté sur un effectif de 100 pores par commune. Les résultats de ces investigations confirment la présence de Balantidium coli dans les deux zones retenues avec des taux de prévalence respectifs de 42 et de 37%. Les taux de prévalence significatifs ont été enregistrés chez les animaux en mauvais état général, élevés en plaine et en liberté. Les conditions d'élevage semblent être à l'origine de l'entretien de cette pathologie, ce qui augmente les risques de contamination pour l'homme.

Mots clés : Dépistage coproscopique, balantidiose porcine, risques sanitaires, Homme, Haïti.

ABSTRACT Blaise J., Belot B. et Germain F. 2017. Coproscopic screening of swine balantidiosis in two departments of Haiti and health risks for human. RED 8 (1):2 -6

Two prospective surveys by coproscopic examination were carried out successively in two communes of the Artibonite and South-East departments of Haiti with large pig population. The first was conducted at Petite Rivière de l'Artibonite from April to June 2016: the second in Jacmel from February to March 2017. A total number of 100 pigs per commune was examined. Results from these investigations confirm the presence of Balantidium coli in both areas selected with respectively 42 and 37% prevalence rates. Significant prevalence rates were recorded in animals in poor general condition, conducted in free breeding in lowland. Rearing conditions seem to contribute to nurture this pathology, which increases the risks of contamination for human.

Keywords : Coproscopic screening, swine balantidiosis, health risks, Human, Haiti.

Introduction

La balantidiose porcine constitue une menace non seulement pour l'élevage porcin en Haïti mais aussi pour la santé publique. Cette z00nose due à Balantidium coli, parasite du porc, peut affecter en plus de l'homme, une large gamme d'hôtes : cobaye, sanglier, cheval, bovins, insecte, poisson, amphibien, rat, chimpanzé, orang-outan, chien et chat. Il a été isolé chez 27 espèces de vertébrés (20). Cette parasitose cosmopolite, bien connue chez le porc en climats subtropical et tempéré, est encore peu courante en Haïti (4). L'infection chez l'homme apparait surtout dans les conditions d'hygiène précaires et de sousalimentation. Quoique responsables d'infections inapparentes, les formes dysentériques rares sont souvent mortelles chez l'homme. Cet aspect insidieux nécessite donc la recherche du parasite chez le porc considéré comme le réservoir habituel et l'animal qui présente le plus de risques sanitaires chez l'homme en Haïti sur le plan des zoonoses parasitaires (3).

Il y a environ dix ans, des kystes de B. coli ont été mis en évidence dans deux élevages de porc à Jacmel (Sud -Est) et à Paillant (Nippes) avec respectivement des taux de prévalence de 1.46% et de 2.46% considérés comme faibles (13). Très récemment, des kystes ont été mis en évidence dans les fèces de bovins élevés à Torbeck dans le sud d'Haïti (17).

Un seul cas humain haïtien a été publié à ce jour Il s'agissait d'un sujet de 36 ans vivant en Guyane française, dépisté 5 ans auparavant, séropositif au VIH, et travaillant dans un élevage de porcs en déambulation libre sans contrôle vétérinaire (5). Ces découvertes révélant la présence du parasite dans le milieu ont motivé la conduite de travaux dans des zones d'élevage porcin.

Le présent travail se propose de faire une synthèse des travaux de dépistage coproscopique de cette parasitose réalisée dans deux départements géographiques d'Haïti, en vue de préciser son importance chez le porc, d'évaluer les conditions favorables à sa multiplication, d'en déduire les risques pour la santé humaine et faire les recommandations appropriées.

Matériels et Méthodes

Deux communes à forte concentration de porcs dans les départements de l’Artibonite et du Sud-est, à savoir : Petite Rivière de l’Artibonite et Jacmel ont été retenues pour conduire l'étude.

La commune de Petite Rivière de l'Artibonite comprend 6 sections communales réparties en deux écosystèmes différents : un écosystème de plaine très humide avec plusieurs sites rizicoles et un écosystème de montagne. La pluviométrie moyenne est d'environ 1510.53 mm. (2) L'élevage porcin est très répandu avec une population de 10 828 têtes (18). Un marché de bétail y est également présent.

La commune de Jacmel présente un relief en grande partie de montagnes et de collines. Le climat est marqué par des précipitations variables selon les saisons. On note une pluviométrie moyenne allant de 1300 mm pour les régions situées sur les côtes à 2000 mm pour celles situées sur les hauts plateaux (9,15). Les plus fortes valeurs sont enregistrées au printemps et à l'automne. Des zones marécageuses sont observées en plaine, à proximité des côtes. La population porcine compte 23 408 têtes, représentant

24% du cheptel du département (15).

Enquête

Cent animaux issus de chaque commune ont été retenus pour l'enquête selon leur disponibilité chez les éleveurs consentants. Des informations recueillies auprès des propriétaires et sur l’état général des sujets ont été inscrites dans des fiches de renseignements conçues à cet effet. Pour apprécier l’état général, deux critères : bon ou mauvais, ont été retenus. Le sujet considéré en bon état est celui qui présente des muqueuses bien rosées, des poils brillants et propres ; une absence de parasites externes, de diarrhée et d'amaigrissement. Dans le cas contraire, il est noté en mauvais état. Ces données ont été collectées au cours des visites de prélèvement.

Diagnostic clinique

Avant chaque prélèvement, l’état général des animaux a été décrit en vue de rechercher la corrélation avec la situation parasitaire. Les données obtenues sur 100 porcs montrent la distribution selon l'état général dans les deux communes étudiées.

La figure 1 montre que les animaux examinés à Petite Rivière de l’Arti90 à

Bon état

Mauvais état

mPRA mJacmel

Figure 1. Distribution des animaux selon l’état général à Petite Rivière de l’Artibonite (PRA) et à Jacmel

bonite comprennent 73 sujets en bon état et 27 en mauvais état, ceux examinés à Jacmel totalisent 65 sujets en bon état contre 35 en mauvais état.

Appréciation du mode de conduite

En ce qui concerne le mode de conduite, deux critères ont été retenus : la conduite libre et la conduite entravée (à la corde ou en parc). La figure 2 montre la répartition des animaux selon le mode de conduite dans les deux communes étudiées. A Petite Rivière de l’Artibonite, 35 des sujets examinés sont élevés en liberté contre 65 en conduite entravée. Pour Jacmel, 72 des 100 sujets examinés sont élevés en liberté et le reste, en conduite entravée.

Détermination des d’animaux

Deux critères ont été retenus pour définir les catégories d'animaux. Il s’agit du critère jeune pour ceux qui sont âgés de 7 mois ou moins et du critère adulte pour ceux qui ont plus de 7 mois. La répartition des animaux selon les catégories pour les deux communes étudiées, est présentée dans la figure 3. A Petite Rivière de lArtibonite, le nombre d'animaux examinés comprend 7 jeunes et 93 adultes tandis qu’à Jaccatégories

Libre conduite

Entravée conduite

mPRA maonel

Figure 2. Distribution des animaux selon l’état général à Petite Rivière de l’Artibonite (PRA) et à Jacmel

Tableau 1. Distribution du nombre de cas positifs à Petite Rivière de l’Artibonite Nombre Etat général Classe d'âge Ecosystème Mode de cond'animaux duite Bon Mau- Jeune Adulte Plaine Mon- Libre Entravais tagne vé Examinés 73 21 93 58 42 35 65 Positifs 17 25 4 38 30 12 27 15

mel, il est de 43 jeunes et de 57 adultes.

Prélèvements

Des prélèvements de matières fécales in recto ont été effectués sur les porcs, à l’aide de gants. Au total 100 échantillons par commune ont été prélevés en vue de la recherche des kystes de Balantidium coli. Pour le transport du lieu de collecte au laboratoire, les échantillons ont été placés dans des boites isothermes contenant de la glace.

Examens de laboratoire

Au Laboratoire, les échantillons ont fait l’objet d'analyses coproscopiques en utilisant la technique de flottaison à l’aide d’une solution saturée et formulée de sucrose (densité 1,12 à 15°C). Les observations ont été faites à l’aide d'un microscope optique (Amscope) muni d'une puce électronique permettant la lecture du champ à objectif 40, sur un écran d'ordinateur. L'identification des trophozoïtes et kystes a été faite selon les critères relevés dans la littérature (12, 20).

Pour le traitement des résultats, il a été envisagé l’utilisation de l'indicateur épidémiologique, tel le taux de prévalence et du test statistique de Ch&.

Résultats et discussion

Relations entre les paramètres de répartition des animaux et le nombre de cas positifs

Des 100 porcs examinés à Petite Rivière de l'Artibonite dont 7 jeunes, 73% étaient en bon état général. Un peu plus de la moitié (cinquante-huit) était recensé en plaine. Ces animaux sont soumis à un mode de conduite libre 35% ou entravé 65%. En valeur absolue, on peut noter un plus grand nombre de cas positifs parmi les sujets en mauvais état, adultes, élevés en plaine et en élevage libre (Tableau 1).

Sur les 100 animaux examinés à Jacmel, le tableau 2 montre une configuration de l'échantillonnage traduisant une plus grande quantité de sujets en bon état, adultes, élevés en plaine et en élevage libre. En vaRED 8 (1) Octobre 2017 3

Tableau 2. Distribution du nombre de cas positifs à Jacmel

Nombre Etat général Classe d'âge Ecosystème Mode de cond'animaux duite Bon Mau- Jeune Adulte Plaine Mon- Libre Entravais tagne vé Examinés 65 35 43 57 61 39 72 28 Positifs 19 18 12 25 28 9 30 7

Tableau 3.Taux de prévalence de la balantidiose selon les communes

Echantillons

Effectif/Commune

Petite Rivière de l’Artibonite Jacmel Nombre de porcs examinées 100 100 Nombre de cas positifs 42 37 Taux de prévalence 42% 37%

Tableau 4. Relation entre le taux de prévalence et l’état général des sujets

Etat général

Taux de prévalence (%)

Petite Rivière de l'Artibonite Jacmel Bon 23.29 29.23 Mauvais 92.59 51.43

Tableau 5. Relation entre le taux de prévalence et les classes d'âge

Classe d'âge

Taux de prévalence (%)

Petite Rivière de l’Artibonite Jacmel Jeunes 57.14 27.91 Adultes 40.86 43.66

Tableau 6. Relation entre le taux de prévalence et l'écosystème

Ecosystème Taux de prévalence (%)

Petite Rivière de l’Artibonite Jacmel Plaine 51.72 45.90 Montagne 28.57 28.20

leur absolue, on peut noter un plus grand nombre de cas positifs parmi les sujets en bon état, adultes, élevés en plaine et en élevage libre. A priori, le nombre de cas positifs semble être influencé par l'écosystème et le mode d'élevage.

Prévalence de la balantidiose

Les analyses coproscopiques ont montré que sur 100 porcs examinés dans chacune des communes retenues, 42 se sont révélés positifs à Petite Rivière de l'Artibonite et 37 à Jacmel, correspondant respectivement à des taux de prévalence de 42% et de 37% (2, 9) (Tableau 3).

B. coli est donc mis en évidence pour la première fois à Petite Rivière de l'Artibonite. Le taux de prévalence de 42% obtenu est plus élevé que

celui trouvé à Jacmel (37%) : mais moins élevé par rapport au taux généralement trouvé chez le porc qui se situe entre 60 et 90% (1). Il est également plus bas que ceux trouvés dans le monde : 55% aux USA, 47% en Chine, 80.26% en Italie et 86% en Islande (14, 19, 10, 6). A Jacmel, le taux de prévalence obtenu est largement supérieur à celui trouvé précédemment (13).

Variations du taux de prévalence

Le taux de prévalence a été étudié en fonction de l'état général, des classes d'âge de l'écosystème et du mode de conduite. Ce taux de prévalence est significativement plus élevé (X2 = 6.90, P< 5%) chez les animaux en mauvais état comparativement à ceux en bon état. Les animaux très infectés peuvent avoir une baisse de leur système immunitaire susceptible d'altérer leur état général et de favoriser le développement d'autres infections. Chez l'homme, les sujets malnutris et immunodéprimés peuvent présenter des formes dysentériques graves (4). A l'inverse, les études réalisées auprès de populations apparemment saines, ont révélé des taux de prévalence plutôt faibles (Tableau 4). C'est le cas au Mexique (0.05%), au Venezuela (0.3%), chez les enfants en Argentine (0.5%), en Bolivie (1.8%) (1). De même en Afrique, particulièrement au Bénin, l'infection balantidienne considérée comme cosmopolite, a été constatée chez 0.26% d'un groupe de 18512 personnes examinées (21).

Les résultats de cette étude montrent que les jeunes animaux examinés à Petite Rivière de l'Artibonite ont un taux de prévalence plus élevé que celui des adultes. Il n’en est pas de même à Jacmel. Toutefois, l'analyse statistique (X? = 2.68, P< 5%) révèle que les différences observées ne sont pas significatives. Les résultats obtenus à Jacmel concordent avec ceux d'études menées au Japon qui ont montré un taux plus élevé chez les jeunes (8, 16). Ils peuvent s'expliquer par le faible nombre de jeunes amenés par les éleveurs pendant les visites de prélèvement par rapport aux adultes (Tableau 5).

De même, le taux de prévalence a été trouvé significativement plus élevé en plaine qu'en montagne (X? = 5.32, P< 5%) (Tableau 6). Ces résultats peuvent s'expliquer par le fait que les sujets élevés en plaine ont accès à des zones marécageuses et des poches d'eau favorisant la transmission des kystes de Balantidium (7). L'infection chez l'homme a souvent été associée de façon certaine à la contamination de l'eau et des aliments par les matières fécales de porcs infectés ou au contact étroit avec ces animaux (1).

Selon les résultats de l'étude, le taux de prévalence apparait plus élevé chez les animaux élevés en

Tableau 7. Relation entre le taux de prévalence et le mode de conduite

Mode de conduite

Taux de prévalence (%)

Petite Rivière de l’Artibonite Jacmel En liberté 77.14 41.67 Entravée 23.08 25.00

liberté que ceux élevés en parc (Tableau 7).

L'analyse statistique montre que la différence est significative à Petite Rivière de l’Artibonite (X? = 4.18, P< 5%), mais ne l'est pas à Jacmel à cause du faible nombre d'animaux élevés en parc rencontrés par rapport à ceux élevés en liberté. La divagation des porcs à Petite Rivière de l’Artibonite crée des conditions facilitant la consommation d'aliments et d'eau souillés, ce qui favorise la transmission de la maladie. Les kystes qui se développent dans les matières fécales qui transitent le long de l'intestin, peuvent certainement souiller l’eau de boisson et la chloration normale ne les tue pas

(1).

Conclusion et recommandations Ces investigations ont permis d'approfondir les connaissances relatives à la balantidiose considérée comme une zoonose parasitaire importante, dans les deux départements retenus. Le diagnostic clinique et la coproscopie montrent une corrélation certaine qui peut être suspectée dans les zones humides, à forte concentration de porcs présentant un mauvais état général, vivant en plaine et surtout en liberté.

La maladie n'est pas bien connue des éleveurs, ce qui dénote l'ampleur du risque pour l'élevage et la santé humaine. Les taux de prévalence obtenus jusqu'à présent, même s'ils sont inférieurs à ceux obtenus dans d'autres pays sousdéveloppés, demeurent inquiétants comptes tenus de la précarité des conditions d'hygiène en Haïti.

Si le porc est reconnu comme l'hôte principal du parasite, d'autres animaux vivant en liberté et en promiscuité avec l'homme (chiens, chats)

peuvent jouer aussi un rôle de réservoir secondaire et intervenir dans l’éclosion de formes graves de cette maladie dans le pays. A cet effet, le respect de l’article 84 de la loi no. VI du Code rural 1962 (11), interdisant l'élevage libre sur tout le territoire haïtien, apparait nécessaire. Une éducation sanitaire des éleveurs et de la population viendrait faciliter la mise en application de cette mesure sur les pratiques d'hygiène corporelle élémentaire tel le lavage systématique des mains, en priorité dans les zones ou les contacts homme-porcs sont fréquents. En matière d'hygiène alimentaire, l'eau et les aliments suspects (légumes, viande de porc) doivent être bouillis, les fruits doivent être bien lavés. Dans l'environnement, il convient d'écarter les porcs des conduites d'eau utilisées pour la boisson ou l'irrigation, de ne pas utiliser les déchets d'origine animale pour les cultures de légumes qui sont consommés crus.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

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sérieux, célérité et précision.

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Article 2

Création d'une échelle prédictive de la voie d'accouchement chez les gestantes ayant rompu leur poche des eaux prématurément sur grossesse âgée au moins de 34 semaines d'aménorrhée (SA) avec fœtus vivant : Etude prospective de 39 cas

M.-F. Civilt, W. Dérifonce?, G. Magloireÿ et S. Raphaël?, ‘Laboratoire Médecine Ethique et Société (LABMES), Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), UEH, l'Hôpital Universitaire de la Paix, Institut National Supérieur

de Formation de Sage-Femme

RESUME

Civil M.-F., Dérifonce W., Magloire G. et Raphaël S. 2017. Création d'une échelle prédictive de la voie d'accouchement chez les gestantes ayant rompu leur poche des eaux prématurément sur grossesse âgée au moins de 34 semaines d'aménorrhée (SA) avec fœtus vivant : Etude prospective de 39 cas. RED 8 (1) : 7-11

Entre février 2015 et Janvier 2016, une étude a été conduite au niveau du service de Maternité de l'Hôpital Universitaire La Paix. L'objectif poursuivi était de mettre en place une échelle permettant de prédire la voie d'accouchement chez les gestantes ayant rompu prématurément leur poche des eaux sur grossesses de 34 SA. Sur une population de cent femmes gestantes, 39 répondant aux critères de sélection définis ont délibérément accepté de participer à cette étude. L'outil conçu sur la base d'items choisis à partir de la littérature a été validé selon les critères de l'analyse psychométrique incluant : la validité de contenu, la validité faciale, la validité de construit et la validité nomologique. Les caractéristiques cliniques de ces patientes ainsi que les indications opératoires ont été collectées. Les scores des patientes au regard des items de construction de l'échelle ont été enregistrés et analysés. La comparaison des moyennes de scores par le test de t à P<0.0001 a permis de mettre en évidence une relation inverse entre le score réel des patientes et le la voie d'accouchement. Ainsi plus le score est élevé, plus la probabilité d'accouchement par voie basse est faible, inversement un score faible, de l'ordre de 4 par exemple conduit à une probabilité d'accouchement par voie basse de plus de 50%. Par contre une relation directe entre le score et la probabilité d'accouchement par voie haute a été démontrée. Aussi, plus le score est élevé, plus forte est la probabilité d'avoir une césarienne. Tout en évitant de prétendre à l'infaillibilité de l'échelle, les auteurs concluent que son usage dans les milieux des soins obstétricaux devrait contribuer à diminuer la prévalence des complications materno-fœtales associées à la rupture prématurée de la poche des eaux.

Mots clés : échelle prédictive, rupture prématurée de la poche des eaux, accouchement par voie haute, accouchement par voie basse, gestante.

ABSTRACT

Civil M.-F., Dérifonce W., Magloire G. et Raphaël $S. 2017. Creation of a predictive scale of the delivery route for pregnant women who have ruptured their pocket of water prematurely on pregnancy aged at least 34 weeks since last menstrual period (LMP) with a living fetus: Prospective study of 39 cases. RED 8 (1): 7 - 11

A study conducted between February 2015 et January 2016 at the Maternity Service of la Paix University Hospital with the goal to settle a scale allowing route of delivery prediction in 34 weeks pregnant women with Premature Rupture of the Amniotic Sac. Over a population of one hundred, 39 satisfying the defined selection criteria set by the researcher have deliberately agreed to participate in the study. The scale conceived according to items selected from the literature was validated through criteria of psychometric analysis, including: content, facial, construct and predictive validity. Clinical characteristics as well as surgical indications were collected. Patient scores for the construction items of the scale were recorded and analyzed. Scores means comparison by t-test at P<0.0001 revealed an inverse relationship between patient actual score and delivery route. The higher the score, the lower is the probability of post vaginal delivery. Conversely, a score around 4 by instance leads to a probability of post vaginal delivery higher than 50%. On the other hand, a direct relation between score and the probability of caesarean section delivery was shown. Thus, the higher the score, the higher the probability of having a c-section. While avoiding to pretend at the infallibility of the scale constructed, the authors conclude that its use in obstetric care should help reducing the prevalence of materno-fetal complications associated with premature rupture of the amniotic sac.

Keywords: prediction scale, premature rupture of the amniotic sac, c-section delivery, postvaginal delivery, pregnant.

Introduction

La rupture prématurée des membranes (RPM) se définit dans cet article, comme celle objectivée de la poche des eaux avant le début du travail (9, 4). Le délai entre la rupture et le début du travail (latence)

intervient aussi dans la définition. La RPM est alors caractérisée par une latence supérieure à 1, 12 ou 24 heures selon les études, ce qui permet de distinguer les ruptures liées au travail de celles non liées au travail (14, 12). La fréquence de survenue de la RPM est de l'ordre de 8% à terme contre 2 à 3 % avant terme (3). Par conséquent, le phénomène est loin d'être quelque chose de négligeable et la mise au point d'un instrument capable de prédire la voie d'accouchement quand elle survient importe beaucoup dans les milieux de grande précarité. Par contre, les pays où le système de soin est organisé de telle sorte que les patientes n'ont pas à parcourir des centaines de kilomètres, voire plus, avant d'arriver à un lieu de soins et par manque de matériel, cet outil sera moins ou peu important. Mais dans le cas contraire, comme c'est de fait, la situation en Haïti, cet instrument se révèlera d'une importance capitale, surtout dans les zones rurales où les femmes seront reçues dans des centres de santé et/ou hôpitaux non équipés pour faire face à certaines situations que pourraient présenter ces parturientes. Cette échelle permettra aux prestataires de soins de faire rapidement un pronostic du cas et de décider, au moment opportun, son transfert si ce pronostic n'est pas favorable compte tenu des limites de leur centre en termes de prise en charge.

Les situations qui peuvent pousser à agir vite pour ces femmes sont nombreuses et variées. Selon Boog le taux de césarienne augmente significativement lors d'un traitement agressif dès les premières heures après la rupture de la poche des eaux (6). Cela sous-entend qu'un médecin ou une sage-femme dont le centre ne dispose pas de salle d'opération fonctionnelle, ne pourra pas décider de stimuler ou d'induire sa patiente qui a rompu sa poche des eaux, surtout si le pronostic d'accouchement par voie basse est réservé. Le but de cette échelle, est d'arriver à faire objectivement ce pronostic.

En outre, le risque d'infection néonatale survient indépendamment de l’âge gestationnel à la naissance (2). Or dans les zones reculées du pays les structures sanitaires existantes ne disposent pas de service de néonatologie. Le pronostic doit prendre en compte la survie du fœtus après sa naissance, d'autant plus qu'après une rupture des membranes dépassant 24h, l'incidence de l'infection néonatale est approximativement de 1%. Avec les signes cliniques de chorioamniotite, ce risque passe de 3 à 5% (8). D'après d'autres auteurs, l'ouverture prolongée de la poche des eaux de plus de 12 heures représente un des principaux signes favorisant la contamination du liquide amniotique par voie ascendante (5). Ces infections mettent aussi la vie de la mère en danger. Russel rapporte en 1962, que la rupture prématurée des membranes est à l'origine de 58 à 63 % des infections chez la mère avec une mortalité maternelle de 3,8% en cas de chorioamniotite (13). Aussi, certains recommandent-ils le déclenchement du travail si la grossesse est à terme n vue de réduire la morbidité infectieuse maternelle et fœtale (10). Par ailleurs, de l'avis d'autres auteurs, puisqu'il n'existe pas de critère clinique ou biologique pour diagnostiquer une chorioamniotite, le rythme et les éléments de surveillance varient en fonction des maternités (7). Or dans le contexte haïtien, il est question de centres de santé avec ou sans lit, mais avec des capacités extrêmement limitées dans la prise en charge. Parfois, même dans les milieux hospitalo-universitaires publics les salles d'opération peuvent être indisponibles par manque d'intrant. L'objectif de ce travail est de mettre en place une échelle permettant de prédire la voie d’accouchement (voie haute/basse) des patientes présentant une RPM sur grossesse âgée au moins de 34 SA au moins avec fœtus vivants, afin de réduire les issues materno-fætales désastreuses (chorioamniotite, endométrite, abcès de paroi, souffrance fœtale, mort fœtale, mort péri natale, mort néonatale, mort maternelle, sepsis néonatal, IMF, etc.) qui

Tableau 1. Les paramètres cliniques retenus et scores attribués.

Score théorique

Items per an Rupture de plus de 12 heures 2 1 Hyperthermie 2 1 Age = 35 ans 2 0 Primigeste 2 0 Liquide amniotique méconial 2 0 Oligoamnios sévère ou anamnios 2 0 Postdatisme 2 0 Prématurité 2 0 Rythme cardiaque fœtal non rassurant 2 0 Bassin limite ou cliniquement non satisfaisant 2 0 Absence de travail ou phase de latence du travail. 2 0 Présentation dystocique 2 0 Travail prolongé 2 0 Total 26 2

peuvent en résulter.

Matériels et méthodes

Ce travail s'inscrit dans le cadre d'une recherche prospective qui s’est déroulée sur un an, soit de février 2015 à janvier 2016 pour la passation de l'échelle. La méthodologie de construction de cette échelle est décrite ici ;: de même que sont présentés les critères de sélection ainsi que les caractéristiques cliniques des patientes.

Construction de l’échelle

Pour procéder à la création de cette échelle, un ensemble d'items cliniques issus à la fois de l’'anamnèse, de l'examen physique et surtout obstétrical de la patiente ont été pris en compte. Un score théorique suivant deux modalités (oui et non) a été donné. Le score total dans la colonne de oui est de 26 alors que celui de la colonne de non est de 2. Après, le score réel, qui est la sommation des scores théoriques, a été calculé. La valeur donnée à chacun des items a été choisie arbitrairement (Tableau 1).

Pour être validée, l'échelle devait obéir à quatre critères de validation : a) la validité de contenu qui repose sur la nature du contenu du test par rapport à l'objet à mesurer : b) la validité faciale qui juge de l'adéquation entre la mesure et le

phénomène étudié : c) la validité de construit qui vise à s'assurer que l'instrument mesure effectivement l'objet pour lequel il a été conçu : et enfin d) la validité nomologique ou capacité de l'instrument à faire des prédictions (Tableau 2).

Les critères de sélection des patientes

Toute patiente présentant une rupture franche des membranes à partir de 34 semaines a été retenue. Les patientes présentant les tableaux suivants ne pouvaient être inclues dans l'étude : grossesse multiple, souffrance fœtale aigue d'emblée, disproportion céphalopelvienne (le cas des patientes qui étaient déjà entrées en travail chez elles et ayant fait un long parcours avant d'arriver à l'hôpital), prééclampsie et/ou éclampsie à l'arrivée. Le seul critère d'exclusion était une échelle peu exploitable par manque d'information. Ainsi, de février 2015 à janvier 2016, l'échelle a été administrée à 100 patientes vues pour motif de passage de liquide par le vagin ayant satisfait à nos critères. Mais seulement 39 de ces 100 échelles étaient exploitables. Les 61 autres étaient mises à l'écart, car elles avaient au moins une information manquante. Parmi les 39 patientes, 20 ont accouché par voie basse et 19 par voie haute. En

Tableau 2. Validation de l'échelle

Critères de|Visée Ce que nous avons fait validité (13)

Elle porte sur l'adéquation|Il a été vérifié que chaque item de Validité delde chaque élément de|l'échelle représente bien le construit visé contenu l'instrument à ce pourquoi|et que toutes ses facettes sont bien meil a été construit.

surées.

Validité ciale

Elle cherche à montrer que les items composant l'échelle correspondent bien à un construit admis par les chercheurs ou experts, notamment en sollicitant leur jugement.

l'échelle a été soumise à l'assemblée des professeurs dont les recommandations ont été prises en compte dans l'élaboration de cette version finalisée.

Validité construit

de

Elle consiste à vérifier que l'instrument mesure uniquement ce à quoi 1l est destiné.

le test T de Student a été utilisé pour comparer deux moyennes (moyenne de scores des patientes accouchées par voile basse et celle des accouchées par voie haute). Ce qui a permis de calculer les intervalles de confiances au seuil de 95% (12).

Validité préElle consiste à voir sl existe une corrélation statistiquement significative entre l'instrument de mesure et une variable qu'il est censée prédire théoridictive quement.

l'hypothèse que la valeur moyenne des scores est différente chez les femmes accouchées par voie haute, de celle des femmes accouchées par voie basse a été formulée. L'instrument de mesure ici est l'échelle qui donne le score réel et la voie d'accouchement, la variable prévue par le fait même de la valeur du score. Au risque p< 0.0001. De plus. deux courbes de probabilité d'accouchement selon les deux voies à partir des prédictions ajustées sur les intervalles de confiance ont permis d'obtenir le score seuil.

raison de la faible taille des échantillons, le test T de Student a été utilisé pour comparer les moyennes observées dans les deux échantillons.

Protocole prospectif

- L'échelle a été validée par l'assemblée des professeurs dans le service de maternité de l'Hôpital Universitaire de la Paix. Toute patiente présentant lors de son anamnèse la notion de passage de liquide par le vagin mis en évidence soit par la pose d'un spéculum permettant d'objectiver la sortie du liquide amniotique du col utérin suite à un effort de tout : soit par un toucher vaginal stérile permettant d'apprécier l'absence de membranes car les doigts tombent directement sur la présentation pour les patientes déjà en travail.

- Une antibioprophylaxie de 2 g d'ampicilline était entamée stat

puis un gramme toutes les six heures jusqu'à l'accouchement physiologique et pouvait continuer jusqu'au troisième jour du post-op pour les patientes césarisées.

- La température était régulièrement prise pour toute patiente en pré et postpartum pour déceler la présence de fièvre indiquant une éventuelle complication (chorioamniotite, endométrite, abcès de paroi, etc.).

- L'heure d'arrivée de la patiente,

l'heure de son accouchement, lAPGAR à une minute de vie, ainsi que la voie d'accouchement sans oublier les facteurs sociodémographiques étaient tous notés sur la feuille de l'échelle.

- Un hémogramme complet était

demandé pour toute patiente admise.

- Le contrôle régulier des bruits de

cœur fœtal a été réalisé à l’aide

d'un fœtoscope dans le but de déceler un éventuel rythme cardiaque non rassurant ou une souffrance fœtale aigue.

- La stimulation, l'induction ou l’expectative était réalisée selon le cas mais les trois n'ont pas été prises en compte dans l'étude.

Résultats et Discussions

La population étudiée ayant un âge médian de 28 ans, est constituée de 38 % de primigestes et de 31 % de primipares et de multipares. Dans la pratique les primigestes sont toujours plus nombreuses à venir consulter pour passage de liquide par le vagin. Cependant ce phénomène n'est toutefois pas bien documenté. Plus de la moitié de la population font des activités exigeant une position debout prolongée : plusieurs patientes étant des commerçantes. Or il s’agit surtout ici de commerce informel, pour lequel, la femme est le plus souvent obligée de se déplacer, de se promener avec ses marchandises dans le but d'augmenter son chiffre de ventes. Ces activités représentent donc un grand facteur de risque pour la population de gestantes. En fait, 95% des grossesses étaient suivies et 97% à terme. Une seule a été enregistrée au cours de l'étude, de même une seule des patientes a nécessité l'induction. La raison principale en est que généralement ces gestantes passant le liquide entrent aussi en travail. Il y a eu trois souffrances fœtales dont deux aigues et une chronique. Aucun cas de mort fœtale ni maternelle n’a été enregistrée. Sur les 39 sujets, 19, soit 48,7% ont accouché par voie haute contre 20 soit 51,3 % par voie basse. Aucun cas de chorioamniotite n'a été relevé, et 95% des patientes ont reçu une antibioprophylaxie faite de 2 g d'ampicillines stat puis 1 gramme toutes les six heures si l'accouchement n'avait pas encore eu lieu. En ce qui concerne les indications opératoires, plus de la moitié, soit 53% ont bénéficié d'une césarienne pour CPD : 15,8% pour BDCF non rassurants et 11% pour SFA (Tableau 3).

Ces caractéristiques de la populaRED 8 (1) Octobre 2017 9

Tableau 3. Caractéristiques cliniques des patientes

L'âge moyen des patientes 28,2 ans (16-38) Pourcentage l'âge médian 28 : Primigeste 15/39 38 Primipare 12/39 81 Multipare 12/39 31 Activité exigeant la marche et la position 23/39 59 debout prolongée.

Grossesse suivie 37/39 95 Grossesse à terme 38/39 97 Prématurité 1/39 3 Induction 1/39 3 Stimulation 38/39 97 Souffrance fœtale aigue 2/39 5 Souffrance fœtale chronique 1/39 3 Mort périnatale 0/39 0 Mort maternelle 0/39 0 Accouchement par voie haute 19/39 48,7 Accouchement par voie basse 20/39 51.3 Chorioamniotite 0/39 0 Antibioprophylaxie 37/39 95 Les indications opératoires

CPD 10/19 53 SFA 2/19 11 SFC+RPPM+NIA 1/19 5,3 BDCF non rassurants 3/19 15.8 Echec à l'induction 1/19 5,3 Macrosomie 1/19 5,3 ACTNT + prématurité 1/19 5,3 RPPM+Mauvais profil biophysique +NIA 1/19 5,3

CPD : Disproportion Céphalo-Pelvienne ; SFA : Souffrance Fœtale Aigue : SFC : Souffrance Fœtale Chronique : RPPM : Rupture Prématurée et prolongée des Membranes : NIA : Non Imminence d'Accouchement : ACTNT : Ancienne Césarisée à Terme Non en Travail : BDCF :

Bruit Du Cœur Fœtal

4]

100%

50%

0%

presses

T T T—SCOrE

Figure 1. Probabilité d’accouchement par voie basse

tion à l'étude nous montrent que l'existence d'une échelle capable de prédire la voie d'accouchement des femmes se trouvant dans cette situation de rupture prématurée de la

Ë RP £ } ë 4 û 5 10 15 2 5. Score Figure 2. Probabilité d’accouchement par césarienne

poche des eaux se révèle être d’une importance capitale surtout en Haïti où les questions de géographie sanitaire et démocratie de la santé ne sont pas encore prises très au sérieux dans l'élaboration des politiques publiques de santé en général, des soins materno-infantiles en particulier. C’est ce qui explique cet essai de mesure de cette prédiction par des calculs de statistiques inférentielles.

La réalisation du test T de Student a montré que les moyennes de scores obtenus par chacun des deux échantillons (voie haute 9,63 ; voie basse 2,95) sont significativement différentes (p<0,0001). Les parturientes ayant accouché par voie haute ont obtenu un score moyen supérieur significatif par rapport à celles qui ont accouché physiologiquement.

Il faut remarquer qu'il n'y a aucun chevauchement au niveau des bornes de ces deux intervalles. Ils sont bien décalés. Ce qui montre clairement que ce score moyen est déjà un bon indicateur de prédiction de la voie d'accouchement. Les données collectées au cours de cette étude indiquent que plus le score est élevé, plus la probabilité d’accoucher par voie basse est faible. Par exemple, pour un score de 4 la borne supérieure de l'intervalle correspondant est au-dessus de 50 %, cela veut dire qu'avec un score de 4 plus de 50% des patientes accoucheront par voie basse : alors qu'avec un score de 6 la borne supérieure de l'intervalle correspondant est endessous de 50%, donc moins de 50% pourront accoucher par voie basse (Figure 1).

De même, l'analyse de ces données permet de constater que plus le score est élevé, plus la probabilité d'accoucher par voie haute est certaine (Figure 2). Par exemple, avec un score de 7, la borne inférieure de l'intervalle correspondant se trouve au-dessous de 50%, ce qui porte à croire et accepter qu'avec l'obtention d'un score de 7 plus de 50 % des gestantes ayant rompu prématurément leurs membranes accoucheront par voie haute. De ce fait, un score supérieur ou égal à 7 représente le score seuil de prédiction de la voie d’accouchement par voie haute chez ces catégories de patientes. Un score

inférieur à 7 est prédictible de l’accouchement par voie basse.

Conclusion

La question fondamentale maintenant est celle-ci : quelle peut être l'importance d'une telle recherche dans le système de soins haïtien ?

Il est vrai que cette étude ne prétend pas que l'échelle mise en place puisse prédire de manière infaillible la voie d'accouchement. D'ailleurs l'accouchement en soi est quelque chose de dynamique et multifactoriel. Cependant, nous croyons avoir tenu compte, dans la conception de cette échelle, de suffisamment d'informations cliniques qui nous ont permis de mesurer cette prédiction qui, aussi minime qu'elle puisse paraitre, constitue un outil qui aidera les professionnels du monde du soin obstétrical à prendre des décisions : ne serait-ce qu'en Haïti où quand ce n'est pas la distance qui pose problème pour nos parturientes, c'est l'absence ou la rupture de stock des matériels médicochirurgicaux rendant non fonctionnelles nos salles d'opération. Ainsi, un tel outil incitera ces professionnels à faire à temps une référence et éviter les complications maternofœtales des RPM.

Par contre, une autre question reste pendante : cette échelle est-elle sensible à cette prédiction ? Cette question de grande importance n'a pas été répondue dans ce travail. Elle fera l’objet d'une autre recherche qui sera cette fois-ci multicentrique. Il parait pourtant évident que l'usage de cette échelle dans les milieux des soins obstétricaux devrait contribuer à diminuer la prévalence

1. Ancelle, T.

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Article 3

Analyse des relations entre l’Alimentation, les comportements individuels et le développement du cancer : les liens à rechercher

M. Rouzier, Faculté de Médecine et de pharmacie / Université d'Etat d'Haïti (FMP) / UEH

Etudes

loppement du cancer : les liens à rechercher

RESUME

Rouzier M. 2017. Analyse des relations entre l'alimentation, les comportements individuels et

le développement du cancer : les liens à rechercher. RED 8 (1) : 12 - 23

Le cancer est actuellement l'une des premières causes de mortalité dans le monde et chaque

année 14 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués, avec une tendance graduelle à la

hausse. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 70 % des décès par cette affection survien-

nent actuellement dans les pays à revenus faibles ou moyens. C'est dire l'impact négatif gran-

dissant de cette affection dans nos sociétés, en dépit des traitements modernes offerts à coût

généralement élevé et des sommes énormes consacrées à la recherche dans le domaine. Dans

un tel contexte, parmi les axes stratégiques d'actions à entreprendre, la prévention devrait

occuper une place de choix, d'autant que de récents travaux ont permis de mieux comprendre

le rôle qu'elle peut jouer et indiqué comment les populations peuvent en tirer parti. Ce texte

propose une synthèse concernant certaines approches comportementales et alimentaires pou-

vant contribuer à mieux prévenir et gérer ce mal. Un accent particulier est mis sur l'influence

bénéfique que peut avoir la consommation régulière de certains produits locaux en ce qui a

trait au déclenchement et à l'évolution de la maladie au cours ou après les traitements clas-

siques généralement offerts. Les aliments ou comportements pouvant avoir un effet négatif

sont aussi passés en revue. Des pistes d'actions pour lutter contre le cancer de façon naturelle

émergent des articles sélectionnés (plus de 125) et peuvent aider à réduire les facteurs de

risque ou permettre d'affronter la maladie avec quelques atouts supplémentaires.

ABSTRACT

Rouzier M. 2017. Analysis of the relationship between diet, individual behaviors and cancer

development: the links to look for. RED 8 (1): 12 - 23

Cancer is currently one of the leading causes of death in the world and every year, 14 million

new cases are diagnosed, with a gradual ascending trend. According to the World Health Or-

ganization, 70% of deaths from this disease currently occur in low- and middle-income coun-

tries. That is to say the growing negative impact of this affection in our societies, despite the

modern treatments offered at generally high cost and the huge budgets devoted to research in

that field. In this context, prevention should play a prominent and strategic role, especially as

recent work has led to a better understanding of its role and how it can benefit to the popula-

tion. This text proposes a synthesis concerning certain behavioral and food approaches that

can contribute to better prevent and manage this disease. Particular emphasis is placed on

the beneficial influence that regular consumption of certain local products may have on the

onset and course of the disease, during or after the usual conventional treatments. Foods or

behaviors that may have a negative effect are also reviewed. Treatment avenues to struggle

naturally combat against cancer emerge from more than 125 selected articles. They can help

reduce risk factors and adding a few tools to fight the disease.

Mise en contexte

Personne n'est à l'abri du cancer,

l'une des premières causes de mor-

talité dans le monde, d'autant qu'il

s'agit d'une affection à multiples

facettes et que plusieurs de ses fac-

teurs de risque tels l'hérédité ou

certains facteurs environnementaux

sont en dehors de notre contrôle.

Ces dernières années, cette maladie

a fait de nombreuses victimes dans

le pays et dans nos familles. Ceci

doit nous interpeller et nous inciter

à garder à l'esprit qu'en dépit de son

côté tantôt inéluctable, tantôt im-

prévisible, cette maladie ne nous

laisse pas tout à fait démunis. En

ce sens, il est important de com-

prendre comment nos propres com-

portements, alimentaires ou autres,

peuvent influencer son apparition et

son développement. Dans un pays

comme Haïti où les traitements

classiques proposés contre le cancer

sont hors de prix pour la plus

grande partie de la population, il est

impensable de prétendre faire face

au problème uniquement par des

traitements curatifs : il parait évi-

dent que les mesures préventives

comportementales doivent consti-

tuer un maillon fondamental dans

cette lutte. En fait, Les recherches

effectuées ces dernières années ont

très nettement indiqué certains

liens entre l'alimentation, le com-

portement et le cancer. À côté du

tabac et des facteurs hormonaux

souvent incriminés, l'alimentation

aurait un rôle non négligeable qui

mériterait d'être mieux compris.

Notre état d'esprit semble aussi être

un facteur déterminant et, même si

on est déjà atteint par cette affec-

tion, selon de nombreuses re-

cherches, l'attitude que nous adop-

tons face à la maladie pourrait avoir

un impact crucial sur son évolution.

Dans son ouvrage “Anti cancer” de-

venu une référence dans le domaine,

le Dr David Servan tache d'étayer

cette thèse en faisant appel à son

propre vécu, ayant lui-même été

touché par la maladie et avec de

nombreux exemples de cas qu'il a pu

suivre en tant que médecin (95).

Selon le Dr Schreiber, le rôle joué

dans ce sens par nos propres méca-

nismes de défense contre le cancer

est d'une importance capitale et

chacun a la possibilité de mettre ces

mécanismes au travail pour bénéfi-

cier de la plus intime des collabora-

tions, celle de notre organisme lui-

même. Encore faut-il lui en donner

les moyens. De nombreux travaux

de recherche ont montré qu'il existe à

tout moment des cellules cancé-

reuses dans notre corps: elles peu-

vent trouver un terrain favorable ou

pas : Si nous avons tous des cellules

cancéreuses en nous, nous avons

tous aussi un corps fait pour déjouer

le processus de formation des tu-

meurs. Il revient à chacun de nous

en servir (sic). La force de l'esprit

doit d’ailleurs s’allier à celle du

corps pour optimiser les effets de

cette lutte (95).

Tout en reconnaissant d'emblée qu'il

n'existe aucune approche naturelle

capable à elle seule de venir à bout

d'un cancer et l'intérêt des diffé-

rents traitements de pointe offerts

par la médecine moderne

(chimiothérapie, chirurgie, radiothé-

rapie, etc.).si on peut se les offrir et

en dépit de leurs limites, Schreiber

suggère une stratégie permettant à

chacun de construire une sorte de

“biologie anti-cancer" à la fois de

l'esprit et du corps afin de modifier

favorablement ce qu'il appelle le

"terrain" et de tirer le meilleur parti

possible des propres mécanismes de

défense du corps. Il incite donc à

mettre en action ses propres res-

sources en suivant son rythme et en

faisant appel à ses intuitions pro-

fondes, tout en appliquant quelques

principes de base ayant déjà éprou-

vés dans ce genre de combat (95).

Les lignes qui suivent constituent

une synthèse de travaux de re-

cherche effectués aussi bien en Eu-

rope qu'en Amérique et en Asie dont

les conclusions méritent d'être

prises en considération.

Les comportements et habitudes

dans le développement du can-

cer

L'activité physique régulière, un

atout majeur

Les effets positifs de l’activité phy-

sique sur la prévention et l'évolution

du cancer sont probants pour de

nombreux types de cancer. Une ré-

cente étude vient de démontrer que

pour les cancers du sein et du colon,

plus le niveau d'activité physique

est élevé, plus la protection contre

ces cancers est forte (40). En ce qui

concerne le cancer du sein, selon

une étude Allemande, cette protec-

tion vaut aussi bien pour les

femmes pré que post ménopausées

(61). Après un diagnostic de cancer

du sein, une activité physique modé-

rée pourrait réduire de 40% les

risques de récidive et de mortalité

liés au cancer(2). L'activité physique

réduit aussi significativement le

risque de mortalité après un dia-

gnostic de cancer de la prostate

(101). L'exercice régulier favorise-

rait l'instauration d'un processus de

modulation de l'état d'inflammation

qui s'exerce via le nombre et la fonc-

tion des lymphocytes T, l’activité de

phagocytose et celle des cellules

tueuses (cellules NK). Selon des ex-

périmentations faites sur des ani-

maux, les exercices réalisés sur une

base régulière ont pu diminuer de

60 % l'incidence et la taille de diffé-

rents types de tumeurs cancéreuses

(85). Inversement, le fait de rester

longtemps assis au cours d'une jour-

née augmenterait le risque de développement de certains cancers (57).

Le stress : facteur d’affaiblisse-

ment des mécanismes de défense

De nombreuses études ont mis en

évidence les effets du stress sur l’ap-

parition et l'évolution du cancer (16,

71, 97). Un niveau de stress chro-

nique pourrait induire une évolution

rapide du cancer du sein par l’acti-

vation du système lymphatique qui

transporte les cellules cancéreuses à

travers l'organisme (97). En dimi-

nuant le niveau de stress, certaines

activités relaxantes et sportives ai-

deraient à lutter contre le dévelop-

pement des cellules cancéreuses (12,

73, 85, 95).

Habitudes et hygiène dans le dé-

veloppement du cancer

Outre le stress, de nombreux autres

facteurs pourraient contribuer à

fragiliser l'organisme et favoriser de

cette manière le développement de

cancers. Ainsi, l'exposition prolon-

gée au rayonnement solaire peut

conduire à l'apparition de cancers de

la peau. De même, le tabagisme est

aujourd'hui considéré comme le pre-

mier facteur de risque du cancer et

serait à origine de 22% des décès

provoqués par le cancer. Il serait à

la base, selon l'OMS, de près de 70%

des cas de cancer du poumon dia-

gnostiqués dans le monde (79). Des

habitudes particulières d'hygiène

chez les femmes pourraient aussi

être à l'origine de certains cancers.

Ainsi, l'application de talc au niveau

des parties génitales augmenterait

le risque de contracter le cancer de

l'ovaire selon une récente étude réa-

lisée aux USA: le risque augmente-

rait avec le nombre d'années de

l'usage (18, 19).De même, la pra-

tique des lavages vaginaux internes

doublerait le risque d'apparition du

cancer de l'ovaire (34). La consom-

mation de boissons trop chaudes

exposerait au cancer de l’œsophage,

selon le Centre International de la

Rechercher sur le Cancer et d’autres

études (60).

Par contre, l'allaitement serait con-

sidéré comme un facteur de protec-

tion. Plus sa durée est longue dans

la vie d'une femme, moindres sont

les risques de développement de

cancer, notamment du sein (30).

L'alimentation dans le dévelop-

pement de cancer

Environ 1/3 des décès liés au cancer

sont dus à des facteurs de risque

comportementaux et alimentaires.

Des changements dans l’alimenta-

tion pourraient à eux seuls dimi-

nuer de près de 25% l'incidence des

cancers de la sphère digestive selon

l'Organisation Mondiale de la Santé

(79).Selon cette organisation, l'ali-

mentation est un des facteurs sur

lequel on doit compter pour réduire

les facteurs de risque du cancer (79).

Cependant, l'alimentation peut

jouer dans les deux sens. Si certains

aliments exerceraient un effet pro-

tecteur et même parfois réparateur,

d'autres par contre, en particulier

quand ils sont consommés en excès,

pourraient se révéler néfastes.

Aliments et compléments alimen-

taires exerçant un effet protec-

teur contre le cancer

a. Les aliments riches en vita-

mine C

Plusieurs études ont montré cet ef-

fet protecteur qui serait dù à l’acti-

vité anti oxydante de ces aliments

(60). Selon une récente étude effec-

tuée par une équipe brésilienne, la

cerise antillaise ou acérola (cultivée

en Haïti), très riche en vitamine C,

aurait la capacité de baisser la fré-

quence des mutations cellulaires et

de réduire les altérations chromoso-

miques induites par les traitements

chimiothérapiques modernes (26).

b. Les Légumes et fruits jaunes,

riches en B-carotène

Plusieurs études épidémiologiques

rapportent une relation inverse

entre le développement de divers

cancers, surtout aéro-digestifs, et

des apports alimentaires ou des

taux sanguins élevés en β-carotène

(60). Selon les résultats d'une méta-

analyse de 5 études épidémiolo-

giques, un apport alimentaire élevé

en B-carotène aiderait aussi à préve-

nir le cancer de l'ovaire (44). De

même, il a été démontré que la con-

sommation de papaye, également

riche en B-carotène, est inversement

corrélée aux infections persistantes

au papillomavirus associées à la

majorité des cancers du col de l’uté-

rus. Une autre étude menée sur

plus de 50 000 femmes noires améri-

caines a également montré que

celles consommant au moins 3 por-

tions de carottes par semaine ont 17

% moins de risque de développer un

cancer du sein que celles en consom-

mant moins d'une fois par semaine

(6). La vessie de même que le colon

seraient aussi protégés par ces lé-

gumes (91). D'autres études indi-

quent toutefois que sous forme de

complément vitaminique, le 6-

carotène a un effet délétère chez les

patients, en particulier chez les fu-

meurs (78, 60).

c. Aliments riches en lycopène

Selon le “World Cancer Research

Fund (WCRF)”, organisme interna-

tional travaillant entre autres sur

les liens entre le cancer et l’alimen-

tation, les aliments riches en lyco-

pène, en particulier la tomate et ses

produits dérivés, auraient une ac-

tion protectrice contre le cancer de

la prostate (117). L’American Medi-

cal Association a récemment recon-

nu que le lycopène pourrait contri-

buer à diminuer le risque de cancer

de la prostate (126). Selon une étude

prospective, les consommations ali-

mentaires les plus élevées en lyco-

pène chez les hommes sont inverse-

ment corrélées au risque d'être at-

teint d'un cancer de la prostate et

plus particulièrement au cancer

mortel de la prostate (54). Dans une

autre étude, il a été démontré que le

risque de développement de ce can-

cer était inversement corrélé au

taux de lycopène dans le sang (112).

Des travaux récents menés chez un

groupe d'hommes suggèrent qu'une

consommation de produits conte-

nant 30 mg de lycopène pendant 3

semaines peut réduire les valeurs

du PSA (Prostate Specific Antigen)

chez ceux ayant un cancer moyen de

la prostate et ne présentant pas de

métastases (47).

Des études expérimentales ont aussi

indiqué que le lycopène pouvait in-

hiber la croissance de cellules cancé-

reuses et prévenir la formation de

tumeurs au niveau des poumons

(82). Le melon d'eau renferme aussi

beaucoup de lycopène facilement

assimilable et peut constituer

comme la tomate une source inté-

ressante de cette substance. La pa-

paye et la goyave en contiennent

également.

d. Aliments riches en fibres

Une récente étude concernant l'ali-

mentation des noirs (américains et

africains) a montré qu'en seulement

2 semaines, une alimentation riche

en fibres pouvait favorablement mo-

difier la flore intestinale et avoir un

effet protecteur contre le cancer du

côlon (77). Des travaux effectués en

Europe, ont montré que la consom-

mation de fibres, particulièrement

celles venant des légumes, est liée à

une diminution significative du

risque du cancer du sein (28). Ces

résultats ont été confirmés par

d'autres recherches qui ont indiqué,

entre autres, que plus la consomma-

tion de fibres est élevée chez la

femme, plus le risque de souffrir

d'un cancer du sein est faible (23).

De même, chez les femmes ayant eu

une grande consommation de fibres

à l'adolescence, le risque de tous les

types de cancer du sein a été de 16%

plus faible que chez celles qui en

consommaient peu et celui des can-

cers avant la ménopause de 24%

plus faible (27). Une équipe de l'Uni-

versité du Colorado a montré qu'un

régime enrichi en fibres freinait la

formation de vaisseaux sanguins

autour des tumeurs prostatiques,

réduisant ainsi la progression du

cancer (86).

e. Les légumes

Les légumes verts sont souvent pro-

posés pour leurs bienfaits sur la

santé en général mais aussi pour

lutter contre le cancer (60, 113,

114). Au Brésil, une relation in-

verse a été trouvée entre le dévelop-

pement des cancers gastro-

intestinaux et la consommation de

légumes verts (21). Il importe de

rappeler ici que, même si l'attention

est attirée sur des aliments ayant

donné lieu à des recherches particu-

lières, les experts insistent souvent

sur les propriétés protectrices des

légumes et des fruits en général et

pour la prévention du cancer, ils

recommandent de 5 à 10 portions de

ces aliments par jour et par per-

sonne (60, 79, 95).

L'action anti tumorale de la bette-

rave est bien connue: des études ont

démontré que l'ajout d'un extrait du

bulbe dans l'eau de boisson d'ani-

maux réduit la formation de tu-

meurs dans de nombreux organes.

Elle exercerait un effet cytotoxique

sur des cellules humaines de can-

cers hormono-dépendants de la

prostate et du sein. Elle agit par ses

nombreux polyphénols à action anti

oxydante (51). La betterave pour-

rait aussi renforcer l’action des anti-

cancers synthétiques. Elle aurait

un effet synergique avec la Doxoru-

bicine qui permettrait de réduire

les doses d'administration de ce mé-

dicament (52).

De même, une relation inverse entre

les risques de développement de

cancer, en particulier de l'estomac,

du colon, du poumon, des seins, de

la prostate et de la vessie et la con-

sommation de légumes de la famille

des crucifères, dont le brocoli, a été

démontrée par de nombreuses

études (32, 39). Le sulforaphane et

la quercétine contenus dans ces lé-

gumes seraient tous deux liés à cet

effet protecteur. Le sulforaphane en

se transformant dans le système

digestif inhibe la formation et l’accu-

mulation de substances cancéri-

gènes et serait capable d'augmenter

l'action des traitements chimiothé-

rapiques classiques (55,56). En ex-

périmentation sur les animaux, une

diète riche en brocoli a eu un effet

protecteur pour le foie (122). Le jus

de chou a une certaine action anti

prolifératrice des cellules cancé-

reuses du sein (9). Un essai clinique

mené récemment au ‘Pittsburgh

Cancer Institute” a démontré que

les extraits de Cresson (Nasturtium

officinale) faisant partie de cette

même famille sont capables de ré-

duire chez les fumeurs l'impact des

substances cancérigènes de la nico-

tine (48). Selon une autre étude, les

extraits de cresson interviendraient

à l'initiation du processus de cancé-

risation, en s'opposant à la prolifé-

ration des cellules et lors de l'inva-

sion par les métastases. De plus, le

cresson a montré un effet protecteur

contre les dommages de l'ADN :in-

duits par la chimiothérapie mo-

derne. Des études pré-cliniques ont

suggéré que sa consommation aug-

menterait l'efficacité des traite-

ments chimiothérapiques classiques

(15, 35).

f. Les légumineuses

Selon des données récentes, l'inci-

dence du cancer du côlon est plus

faible dans les pays où la consom-

mation de légumineuses est grande

(92). Par ailleurs, une étude menée

sur les effets des haricots chez les

rats a montré que l'incidence ainsi

que la multiplicité du cancer du cô-

lon chez les animaux nourris aux

haricots noirs avaient significative-

ment baissé comparativement à

ceux ayant reçu une alimentation

classique (5). Des travaux effectués

au Mexique ont indiqué le potentiel

des pois verts dans la prévention du

cancer de l'estomac (38). D'autres

chercheurs ont montré les effets fa-

vorables des légumineuses en géné-

ral dans la prévention des cancers

du sein et de la prostate et avancé

des hypothèses concernant leur mé-

canisme d'action (76). Selon des tra-

vaux conduits à Taiwan, la consom-

mation fréquente d’arachide protè-

gerait du cancer colorectal (17).

Dans une analyse prospective ré-

cente, 1l a été démontré qu'une forte

consommation d'arachides pourrait

constituer un facteur de protection

contre le cancer du sein (99). Une

méta-analyse néerlandaise parue en

2015 dans “International Journal of

Epidemiology” a indiqué que la con-

sommationd'arachide pourrait, en

plus de diminuer globalement le

taux de mortalité, protéger contre le

cancer en général (109).

g. Les fruits

Avocat.- En expérimentation, un

extrait d'avocat a diminué la prolifé-

ration des cellules cancéreuses de la

prostate (69).Par ailleurs, selon une

publication du “Cancer Research”, il

a été démontré à l'Université de Wa-

terloo au Canada, qu'une substance

tirée de l'avocat, l’avocatin B, ac-

tuellement à l'étude, pourrait aider

à lutter contre certaines formes de

leucémie aigüe (65). Selon certains

chercheurs, la consommation d’avo-

cat serait aussi susceptible de dimi-

nuer les effets secondaires des subs-

tances chimiothérapiques du type

“cyclophosphamides” couramment

utilisées contre certains cancers et

de réduire les aberrations chromoso-

miques provoquées par ces traite-

ments (84).

Grenade.- Les extraits de ce fruit

agissent contre différentes souches

cancéreuses, entre autres sur des

cellules cancéreuses de la prostate,

des seins, des poumons, du colon, du

foie et de la peau (93, 103, 112). Au

cours d'essais cliniques chez

l'homme, l'administration de jus de

grenade a agi favorablement sur le

PSA après des traitements anti can-

céreux classiques (83).

Sapotille.- Une récente étude a dé-

montré que ce fruit provoque l'apop-

tose (mort programmée des cellules

cancéreuses) et diminue la progres-

sion du cancer chez les animaux qui

l'ont consommé (100).

Agrumes en général.- Plusieurs

études ont démontré que la consom-

mation d'agrumes, riches en vita-

mine C et en flavonoïdes, est liée à

la prévention de certains cancers de

la sphère digestive : colon, estomac,

œsophage, bouche, pharynx (29).

Des travaux réalisés au Japon ont

aussi indiqué que les agrumes con-

sommés sur une base quotidienne

pouvaient avoir une action préven-

tive sur les cancers en général (67).

Ils stimuleraient, entre autres, la

détoxication des substances cancéri-

gènes par le foie (95).

Mangue.- Ce fruit est riche en plu-

sieurs polyphénols ayant indiqué

des activités anti cancérigènes. La

mangue regorge de "lupéol" connu

pour ses propriétés anticancéreuses

(90). Des chercheurs chinois ont in-

jecté du "lupéol" dans des cellules

cancéreuses du pancréas et ont

constaté un net ralentissement de

l'évolution des cellules atteintes. En

expérimentation, des cellules cancé-

reuses ont été inhibées par des ex-

traits de mangue (87).

Prunes séchées ou pruneaux.-

Selon une récente étude réalisée sur

des animaux au Texas, ce fruit favo-

riserait la présence de bactéries bé-

néfiques dans le côlon, ce qui contri-

buerait à diminuer les foyers de lé-

sions intestinales anormales, sou-

vent points de départ de cancérisa-

tion de cet organe (106). Une étude

datant de 2017 va dans le même

sens (94).

h. Epices, autres condiments et

boissons

Champignons. Les champignons

renferment des polysaccharides et

une substance dénommée lentinane

stimulant l’activité du système im-

munitaire. Ils renferment aussi de

la lectine qui inhiberait la proliféra-

tion de certaines cellules cancé-

reuses (123). Des études réalisées

au Japon ont montré que ceux qui

consomment régulièrement des

champignons avaient moins de can-

cers de l'estomac que ceux n'en con-

sommant pas (95, 4). Au Japon, les

champignons sont recommandés en

accompagnement de la chimiothéra-

pie pour renforcer cette dernière.

Lors d'une récente étude portant sur

plus de 2 000 femmes chinoises, la

consommation de 10 g de champi-

gnons par jour a réduit de plus de

60% leur risque de contracter un

cancer du sein (123). Des recherches

menées en Corée ont aussi montré

l'intérêt des champignons contre ce

cancer (42).

Ail.- Il renferme des composés sul-

furés qui stimulent les défenses de

l'organisme. Plusieurs études épidé-

miologiques indiquent que sa con-

sommation réduit les risques de con-

tracter différents types de cancer, en

particulier celui de l'estomac, du

côlon et des reins (4, 121, 124). La

consommation de l'ail réduirait aus-

si les risques de développement du

cancer de la prostate (124). Ses ef-

fets protecteurs viennent de ses pro-

priétés antibactériennes, de son ha-

bilité à bloquer la formation de

substances cancérigènes ou à stimu-

ler le système immunitaire de même

qu'à sa capacité à réparer l'ADN ou

à réduire la prolifération des cel-

lules (121). La consommation régu-

lière d'ail permettrait aussi de ré-

duire de manière significative la

taille et le nombre des polypes intes-

tinaux; le développement de polypes

à ce niveau peut conduire au cancer

du côlon (108). A noter que l'oignon,

le poireau, la cive et l'échalote qui

font partie de la même famille que

l'ail présentent aussi des propriétés

protectrices (95).

Piment.- Plusieurs études récentes

indiquent que le piment pourrait

protéger du cancer. Des travaux ont

montré ses effets au niveau de la

prostate (24, 75, 110), des poumons

(11), du colon entre autres (24, 75,

110, 11, 120). Le piment agirait par

sa capsaïcine qui aurait un effet an-

ti prolifératif (11) et induirait aussi

l'apoptose des cellules (11, 120).

D'autres recherches ont montré l'ac-

tion synergique du piment et de la

tomate qui en association pour-

raient avoir un effet de prévention

plus soutenu contre le cancer de la

prostate (111).

Girofle.- Une consommation régu-

lière de girofle pourrait aider à lut-

ter contre le papillomavirus, respon-

sable de lésions pré-cancéreuses du

col de l'utérus et diminuer le risque

que ces lésions se transforment en

cancer. Une récente étude parue

dans “International Journal of Can-

cer Research” indique aussi qu'en

cas de cancer du col de l'utérus, un

extrait de clou de girofle joint à un

traitement à base de gemcitabine

agit en synergie avec la chimiothé-

rapie en augmentant l'efficacité de

cette dernière tout en diminuant ses

effets toxiques (46). Le clou de gi-

rofle pourrait également ralentir la

prolifération des cellules cancé-

reuses en général : en expérimenta-

tion sur des animaux, les extraits de

girofle ont ralenti la croissance du

cancer du poumon par effet d'apop-

tose et anti prolifératif (3).

Curcuma, turméric ou safra.- Le

curcuma est selon plusieurs études

l'un des anti-inflammatoires natu-

rels les plus puissants (95). Chez les

fumeurs, la consommation de curcu-

ma est associée à une baisse du

risque de cancer. Le curcuma agit

comme anti cancérigène en grande

partie par la présence de curcumine

qui lui donne sa coloration jaune: il

induit l'apoptose des cellules et

pourrait selon des travaux récents

augmenter l'efficacité des traite-

ments chimiothérapiques. Il ren-

drait les cellules cancéreuses plus

sensibles à ces traitements et pour-

rait aussi réduire leurs effets indési-

rables (57). Des chercheurs pensent

cependant que le curcuma est sus-

ceptible de modifier l'efficacité de

certains d'entre eux. La curcumine

est mieux absorbée en présence de

poivre et de graisse (95).

Gingembre.- Selon certaines

études cliniques, le gingembre serait

capable de contribuer à la préven-

tion de certains cancers, et à la ré-

duction des nausées chez les pa-

tients, enfants et adultes, lors des

traitements chimiothérapiques (95).

Il agit comme anti inflammatoire et

contribue à réduire la formation de

nouveaux vaisseaux sanguins, ce

qui bloque le développement des

cellules cancéreuses (57, 95).

Café.- Selon David Khayat, auteur

de “La cuisine anti-cancer” paru en

mai 2016, le café serait un des meil-

leurs aliments anti-cancer (57). Un

récent article du “National Cancer

Institute” place aussi le café parmi

“les amis” des cancéreux et une re-

cherche bibliographique ayant tenu

compte de 59 études a conclu que la

consommation de café était associée

à la réduction de nombreux type de

cancers (118). Une étude réalisée

au Japon a indiqué que la consom-

mation de café est liée à la diminu-

tion du risque du cancer des voies

aérodigestives supérieures (81). En

Israël, une réduction de plus de 30%

du cancer colorectal a été observée

chez les buveurs modérés de café,

même décaféiné (102) alors que de

récents travaux ont montré que la

consommation de café est associée à

une réduction significative de la ré-

currence et de la mortalité chez les

patients atteints du stade III du

cancer du côlon (7). Chez les femmes

post ménopausées, une consomma-

tion élevée de café est statistique-

ment corrélée à une diminution du

cancer du sein du type œstrogène

négatif (67). Une très récente méta-

analyse ayant porté sur 500 000

hommes a montré que la consomma-

tion de café est associée à un risque

plus faible de développement du

cancer de la prostate: une autre

étude signale les effets favorables

du café en cas de cancer mortel de la

prostate (43, 116). En ce qui con-

cerne le cancer du foie et selon une

méta- analyse, la protection de cet

organe par le café est évidente et

dépasse 40 % dans certaines études

(63). Les effets favorables du café

sur le foie et sur la cirrhose du foie

sont bien documentés (13). L'ana-

lyse de 34 études sur les effets du

café a permis au Fonds Mondial dé-

dié à la recherche sur le cancer

(WCRF) d'indiquer en 2015 l'exis-

tence de "preuves solides de l'effet

positif du café sur le cancer du

foie.protecteur du café contre le can-

cer du foie“ (117). L'action serait due

à la neutralisation des effets de cer-

taines toxines, notamment des

aflatoxines", substances favorisant

le cancer du foie. Selon le "National

Cancer Institute”. comparés aux

gens ne buvant pas de café, ceux qui

consomment 3 tasses de café par

jour auraient par ailleurs 10%

moins de risque de mortalité, toutes

causes confondues (128).

i. Certaines graisses

Selon une récente étude parue dans

“Jama Internal Medicine”, les

hommes atteints d'un cancer de la

prostate ayant remplacé une partie

des calories venant des glucides par

certaines graisses végétales ont eu

un risque diminué de 29% de décé-

der de leur cancer. Ils ont égale-

ment eu un risque de décès toutes

causes confondues réduit de 26%.

Une cuillérée à soupe par jour

d'huile d'olive a aussi été associée à

une réduction du risque de cancer

mortel de la prostate (41). De même,

un régime riche en huile d'olive ex-

tra-vierge diminue le risque de can-

cer du sein selon l'étude espagnole

PREDIMED réalisée avec 4 152

femmes au départ en bonne santé:

un l* groupe a suivi un régime mé-

diterranéen (peu de viande, beau-

RED S(1) Octobre 2017 16

coup de fruits et de légumes) à

l'huile d'olive représentant 15% des

calories : un 2° groupe a eu un ré-

gime méditerranéen riche en noix :

le dernier groupe a eu un régime

pauvre en graisses. Après 5 ans, les

femmes du groupe "huile d'olive"

sont celles ayant été les moins tou-

chées par le cancer du sein, avec

une baisse du risque de 68% par

rapport au groupe pauvre en

graisses. Selon cette même étude,

chaque fois qu'un régime de type

méditerranéen apporte sur une base

régulière 5% de calories supplémen-

taires venant de l'huile d'olive, le

risque de cancer du sein chute de

28% (31).

j. Poisson

Une méta-analyse de plus de 20

études de cohortes menée récem-

ment sur plus de 800 000 personnes

a révélé que la consommation d'une

portion de thon ou de sardines une à

deux fois par semaine réduit le

risque de cancer du sein(50). Chez

les hommes atteints d'un cancer de

la prostate, les cas de récidive ont

été plus faibles chez ceux ayant

remplacé chaque semaine quelques

plats de viande rouge par du poisson

ou de la volaille (115).

k. Miel

Ce produit pourrait avoir certains

effets anti cancérigènes, en particu-

lier contre le cancer du sein, du foie

et du colon, selon une revue de litté-

rature sortie dans “Molécule”(80).

l. Certains compléments alimen-

taires et vitaminiques

Vitamine D.- Il existe de nom-

breuses preuves indiquant que la

vitamine D peut avoir un effet béné-

fique en cas de cancer (60). Les

femmes ayant une teneur sanguine

adéquate en vitamine D ont jusqu'à

60% moins de risque de souffrir du

cancer du sein: l'effet serait encore

plus marqué après la ménopause.

Une méta-analyse publiée en 2014 a

établi un lien clair entre un bon sta-

tut sanguin en vitamine D et un

risque réduit de mortalité par can-

cers du sein (74). Dans une cohorte

constituée de noirs américains géné-

ralement très touchés par le cancer

de la prostate, il a été démontré

qu'une supplémentation en vita-

mine D pouvait diminuer le risque

pour ces hommes d'être atteints de

ce cancer (36). Pour le cancer du

côlon, les effets de la vitamine D

sont aussi probants. La vitamine D

agirait en prévention mais aussi

contre la progression du cancer et la

formation des métastases (33). Plu-

sieurs études indiquent que de bons

niveaux sanguins en vitamine D

sont aussi associés à une baisse de

la mortalité générale. Les travaux

faits jusqu'ici ont porté récemment

la “Société Canadienne de Cancer“ à

déclarer que la vitamine D exerce

une action préventive contre le can-

cer, en particulier de celui du sein et

du colon (127).

Magnésium.- Ce minéral protége-

rait contre certains cancers, en par-

ticulier celui du pancréas connu

pour son agressivité. Selon des cher-

cheurs de l'université d'Indiana

(USA), un manque de magnésium

favoriserait le développement de ce

cancer. En analysant des données

concernant plus de 66 000 per-

sonnes, ils ont trouvé que pour

100 mg de magnésium consommé en

moins sur une base régulière, le

risque de développer un cancer du

pancréas augmentait de 24%. La

conclusion de l'étude : la prise de

magnésium peut être bénéfique en

prévention primaire du cancer du

pancréas (25). Une méta-analyse

récente a aussi indiqué un effet pro-

tecteur d'un apport alimentaire im-

portant de magnésium contre le

cancer en général et le cancer colo-

rectal, en particulier chez la femme

(58).

Sélénium.- Selon un article paru

dans le "British Journal of Nutri-

tion", un complément de sélénium

ferait régresser les pré-cancers du

col de l'utérus et diminueraït sensi-

blement le risque qu'ils se transfor-

ment en cancer. Cette information

est basée sur une étude clinique réa-

lisée en Iran sur un groupe d'une

soixantaine de femmes ayant reçu

200 ug/j de sélénium pendant 6 mois

(53). Signalons aussi qu'une carence

en sélénium a également été asso-

ciée à d'autres types de cancer : ce-

lui du pancréas, de la prostate, du

poumon et de la vessie (60). Le sélé-

nium stimulerait l’activité du sys-

tème immunitaire, plus particulière-

ment, il activerait les cellules NK

dont la fonction est de s'attaquer

aux cellules anormales de l'orga-

nisme (95). Il pourrait aussi selon

certains travaux aider à diminuer

les effets secondaires des traite-

ments modernes offerts (57). En cas

de présence du Papillomavirus, sou-

vent associé au cancer du col de

l'utérus, la prise d'un complément

de sélénium peut être envisagée, en

accord avec le médecin traitant.

Les effets de la restriction calo-

rique

La restriction calorique peut jouer

un rôle positif. En effet, consommer

moins de calories, tout en recevant

les nutriments indispensables, pour-

rait aider à prévenir et contrôler le

cancer par la voie métabolique, ont

conclu des chercheurs chinois après

s'être penchés sur plus d'une ving-

taine d'études expérimentales sur le

sujet (72).Dans l'analyse réalisée,

les chercheurs ont signalé que la

plupart des études faites montraient

l'effet anti cancer de la restriction

calorique. Les auteurs ont effectué

une méta-analyse sur les effets de la

restriction calorique sur le cancer

du sein chez les animaux : ceux res-

treints en calories ont développé 55

% moins de cancers que ceux ayant

reçu une alimentation standard.

Selon ces études, la restriction calo-

rique préviendrait la formation de

tumeurs en limitant le métabolisme

et les dommages oxydatifs. D’autres

études, dont une réalisée à “Boston

College”. vont dans le même sens,

notamment pour le cancer du cer-

veau (8, 45, 89). Selon une de ces

études, la restriction calorique pour-

rait aussi sensibiliser une large

gamme de cancers à la chimiothéra-

pie classique, tout en atténuant les

effets secondaires de ce traitement

(89). Par contre, l'apport en eau ne

devrait pas être négligé. Une con-

sommation suffisante d'eau pourrait

aider en contribuant à éliminer les

toxines et donnerait une protection

particulière contre le cancer de la

vessie (60).

Le surpoids en tant que facteur

de risque

Le lien entre le surpoids et de nom-

breux types de cancer semble au-

jourd'hui établi (22, 60, 107). Des

études épidémiologiques ainsi que

des recherches de type expérimental

ont clairement associé le surpoids et

l'obésité à l'augmentation du risque

de nombreux cancer : colon, sein,

œsophage, reins, pancréas, prostate,

endomètre, vessie, ovaire (60). Le

Centre International de Recherche

sur le Cancer vient de publier une

liste de plusieurs autres cancers qui

seraient aussi en lien avec une sur-

charge en poids: celui du foie, de la

vésicule biliaire, de l'estomac, de

l'utérus et de l'ovaire (64).

Aliments dont l'excès augmente

les risques de contracter divers

cancers

a. Sel et aliments conservés par

salaison

La consommation excessive de ces

produits serait surtout associée au

cancer de l'estomac et de la gorge

(60). Des expérimentations sur des

animaux ont montré qu'une consom-

mation trop élevée de sel facilitait la

colonisation de l'estomac par une

bactérie, Helicobacter pylori, l'un

des principaux facteurs du dévelop-

pement du cancer de l'estomac.

b. Boissons alcoolisées

La consommation d'alcool en excès

est une cause établie de plusieurs

cancers : de la bouche, du pharynx,

de l'œsophage, du foie, du colon et

du sein (60, 57). Même en quantité

modérée, la consommation d'alcool

(vin ou autres) pourrait augmenter

les risques de certains cancers, sur-

tout de celui du sein (1). L'alcool

favoriserait aussi les récidives de ce

cancer. En ce qui concerne spécifi-

quement le vin blanc, une étude de

l'Université de Brown aux USA

vient de démontrer qu'un simple

verre par jour augmente significati-

vement les risques de mélanome sur

la poitrine: ce risque augmentant

avec le nombre de verres (96). Il faut

néanmoins noter que selon certains

chercheurs, le vin rouge pris au

cours de repas de type méditerra-

néen (c'est-à-dire constitués de peu

de viande, de beaucoup de légumes

et de fruits) et en quantité modérée

(1 verre/j pour les femmes et 2 pour

les hommes) aurait un effet protec-

teur contre certains cancers (56, 95).

D'autres études devraient être me-

nées sur ces différentes assertions

contradictoires, surtout en ce qui

concerne les effets des quantités

modérées d'alcool: en attendant, la

prudence s'impose.

c. Sucre raffiné

En excès, ilgénère un surpoids qui

est un facteur de risque pour cer-

tains cancers ; il entraîne aussi la

sécrétion d'insuline qui, en trop

grande quantité, favorise la prolifé-

ration des cellules cancéreuses. Ex-

périmentalement, après une diète

très riche en sucre, plus de 50 %

d'un groupe de souris a développé

des tumeurs du sein, avec un

nombre élevé de métastases au ni-

veau des poumons (119). En Italie,

des chercheurs ont pu mettre en

évidence un lien direct entre le

risque de cancer du sein et la con-

sommation d'aliments sucrés à fort

indice glycémique. Selon ces au-

teurs, le sucre nourrit les cellules

cancéreuses et favorise le développe-

ment des métastases (105). Il a aus-

si été démontré que la consomma-

tion de boissons gazeuses sucrées

favorisait le cancer du pancréas

(76).

d. Viande rouge, charcuterie

(salami, bacon, saucisses) et

parties carbonisées de viandes

grillées

L'OMS a récemment attiré l'atten-

tion sur le rôle que jouent les excès

de ces aliments dans le développe-

ment de différents cancers. Le colon

et le rectum seraient particulière-

ment touchés par ces abus (60, 113).

La plupart des études épidémiolo-

giques réalisées suggèrent qu'une

grande consommation de viande

rouge (bœuf, veau, cabri) est asso-

ciée au cancer colorectal (60). Selon

une récente étude menée à l'Univer-

sité Harvard et publiée dans la re-

vue “Cancer Prevention Research”,

les hommes atteints d'un cancer de

la prostate ayant remplacé chaque

semaine quelques plats de viande

rouge par du poisson ou de la vo-

laille ont vu leur taux de récidive

baisser de manière significative

(115).

e. Le lait et les produits laitiers

De plus en plus d’études lient la

consommation d'un excès de lait

entier à certains cancers. Une méta-

analyse datant de 2014 a trouvé

qu'une consommation élevée de lait

et de produits laitiers (entiers et

écrémés) pouvait augmenter le

risque de cancer total de la prostate

(20). Une étude de cohorte va dans

le même sens (98). Une étude parue

en 2017 dans la revue “Cancer,

Cause and Control” suggère que les

produits laitiers pourraient favori-

ser le cancer de la prostate en agis-

sant sur le facteur de croissance

IGF-1 qui stimulerait le développe-

ment des tissus. Des études prospec-

tives supportent l'hypothèse qu'une

forte consommation de produits lai-

tiers peut augmenter le risque du

cancer de l'ovaire (62). En ce qui

concerne le cancer du sein, des tra-

vaux ont indiqué que la consomma-

tion de lait entier, mais pas celle de

lait écrémé, est associée à un risque

plus élevé de mortalité après le dia-

gnostic (59). Les résultats d'une

autre étude sur le lait entier vont

dans le même sens (31).

f. La margarine de type dure

Elle renferme des acides gras trans

ayant des effets délétères sur l’orga-

nisme en général et pourrait aug-

menter le risque de certains can-

cers. Au cours d'une étude sur une

cohorte de femmes européennes, il a

été démontré que le risque de cancer

du sein avait presque doublé chez

les femmes présentant des taux san-

guins élevés en ces acides gras (95).

g. Les produits raffinés en géné-

ral

Les aliments fumés, la farine

blanche, les pâtisseries et les fri-

tures doivent être consommés avec

parcimonie selon les recommanda-

tions des experts (60, 79, 113, 114).

Même si certains ne sont pas cancé-

rigènes, ils ne sont généralement

pas favorables à la santé.

Conclusion

Le cancer est une maladie complexe

et multifactorielle ne réagissant pas

toujours favorablement aux traite-

ments modernes offerts: les spécia-

listes prévoient que le nombre de

personnes atteintes par cette affec-

tion augmentera sensiblement au

cours des vingt prochaines années,

en particulier dans les pays en voie

de développement (79). En Haïti, les

statistiques font défaut concernant

l'évolution de la maladie, mais au-

tour de nous, les cas deviennent de

plus en plus nombreux, ce qui peut

être indicateur de la tendance an-

noncée. Etant donné la gravité de la

maladie et les souffrances tant phy-

siques que psychologiques qu'elle

entraine, aucun moyen de lutte à la

portée de la population ne devrait

être négligé et les résultats de ces

divers travaux indiquent des pistes

de défense contre elle. La consom-

mation régulière de fruits et de lé-

gumes divers est une première façon

de réduire les facteurs de risque,

comme le suggèrent de nombreux

spécialistes. Par contre, selon les

récentes données, on est en mesure

de croire que certains aliments cou-

rants tels la charcuterie, la viande

rouge, le lait, le sucre, l'alcool, favo-

risent le développement des cellules

cancéreuses lorsqu'ils sont consom-

més en grande quantité: il faut en

tenir compte dans la façon de s’ali-

menter au quotidien en évitant tout

excès. En dépit du fait que d’autres

travaux devraient confirmer ou affi-

ner les résultats de certaines études

évoquées ici et qu'il est improbable

qu'une action isolée puisse venir à

bout d’un cancer, il est clair que les

comportements et une alimentation

plus ciblée vers des produits parti-

culièrement protecteurs peuvent

avoir une influence positive et pris

dans leur ensemble, ils offrent un

large éventail d'actions à caractère

globalement bénéfique. Ils agissent

selon différents mécanismes tels les

modifications de la flore intestinale,

la stimulation du système immuni-

taire, la protection de l'ADN, la ré-

duction de la prolifération cellulaire,

la diminution des toxines, l’activité

anti oxydante des molécules, la lutte

contre certains virus précurseurs de

cancer, l'allégement des effets secon-

daires des traitements modernes,

les effets synergiques avec les subs-

tances chimiothérapiques, etc. En

plus d'aider à la prévention de can-

cers de différents organes, ils peu-

vent contribuer à lutter contre

l'invasion de l'organisme par les cel-

lules cancéreuses après un diagnos-

tic positif et donner un support non

négligeable au cours des traite-

ments classiques. À côté des autres

actions devant être entreprises

telles l'assainissement de l'environ-

nement, la lutte contre le taba-

gisme, etc., ils constituent un moyen

de lutte abordable et sécuritaire

pour la population haïtienne contre

cette maladie déroutante.

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Article 4

Evaluation de la qualité de l’eau souterraine, Gressier, Haïti

A. Augustin!, Y. Chérémondt et G. Morency?, ! Département de chimie, Faculté des Sciences (FDS), Université d'Etat d'Haïti (UEH), 2? Direction Nationale de l'Eau Potable et Assainissement (DINEPA), Haïti

RESUME Augustin À., Chérémond Y.et G. Morency G. 2017. Evaluation de la qualité de l'eau souterraine, Gressier, Haïti. RED 8 (1) : 24 - 28

La Région de Gressier (Ouest d'Haïti) a connu un développement urbain important au cours des 10 dernières années. L'approvisionnement en eau de consommation se fait à partir de puits traditionnels privés, de forages publics et de kiosques d'eau traitée. De plus, la population ne dispose pas d'un système de traitement des ordures ménagères, encore moins d'un système de collecte, de traitement et d'évacuation des eaux usées. Les activités anthropiques et domestiques liées aux habitations font que les eaux souterraines sont exposées à différentes sources de pollution. La qualité des eaux souterraines est très sensible aux polluants liquides et / ou solides. Afin d'évaluer la qualité hygiénique de ces eaux et l'impact anthropique, une étude a été réalisée en 2014 dans une localité de Gressier. Des points d'eau au nombre de 7 ont été sélectionnés pour les recherches sur les paramètres chimiques et bactériologiques. Les analyses chimiques des eaux de puits testées ont montré que ces eaux ont toutes une dureté totale dépassant les normes de consommation ainsi que des taux de Mn très élevés. Certains points d'eau ont des concentrations d'arsenic, de chlorures bien au-dessus des normes de l'OMS. Les analyses bactériologiques montrent que la grande majorité des puits étudiés dans la zone de Lambi hébergent de fortes densités de Escherichia Coli (4 à plus de 816 CFU/100ml) et de Streptocoques Fécaux (7 à plus de 727 CFU/100ml). La présence de ces fortes quantités de germes pathogènes, qui sont des indicateurs de pollution et de contamination bactériologiques par les eaux usées, pourrait être due aux activités anthropiques et à la mauvaise gestion sur la qualité des eaux de la nappe exploitée dans la zone.

Mots clés : Menace anthropique, arsenic, pollution bactériologique, eau souterraine.

ABSTRACT Augustin À, Chérémond Y.et G. Morency G. 2017. Groundwater quality assessment, Gressier, Haiti. RED 8 (1): 24 - 28

The Region of Gressier (West of Haiti) has experienced significant urban development over the last 10 years. The supply of drinking water is made from traditional private wells, public drilling and treated water stalls. The population does not have a system for the treatment of household waste, let alone a system for collection, treatment and disposal of waste water. The anthropogenic and domestic activities associated with dwellings mean that groundwater is exposed to various sources of pollution. The quality of groundwater is very sensitive to deterioration by liquid and / or solid pollutants. In order to assess the hygienic quality of these waters and the anthropogenic impact, a study was carried out in 2014 in a locality in Gressier. 7 water points were selected for research on chemical and bacteriological parameters. Chemical analysis of the well water tested showed that these waters all had a total hardness exceeding the norm as well as very high levels of manganese. Some water points have concentrations of arsenic, chlorides that are above the norm. Bacteriological analyzes show that the vast majority of the wells studied in the Lambi area contain high densities of Escherichia Coli (4 to more than 816 bacteria / 100ml) and Fecal Streptococci (7 to more than 727 bacteria / 100ml). The presence of these large quantities of pathogenic germs, which are indicators of pollution and bacteriological contamination by wastewater, clearly shows the negative impact of anthropogenic activities and poor management on the water quality of the aquifer in the zoned.

Keywords: Anthropogenic threat, arsenic, bacteriological pollution, groundwater.

Introduction Selon Douhri et al, Asonye et al ainDepuis la catastrophe du 12 janvier 2010 en Haïti, une migration importante est observée depuis le centreville pour s'établir dans les villes et communes périphériques, dont Gressier, ville côtière en direction du Sud d'Haïti, aussi y assiste-t-on à une importante augmentation de la population (15). La très faible présence de kiosques publics d'eau dans la zone oblige la grande majorité de la population à forer des puits. D’autres décident de s’accommoder aux ressources disponibles.

si que Carmon et al, le développement urbain a un impact négatif sur la qualité des eaux souterraines (14,3,6). De plus l'urbanisation croissante du littoral fait peser une menace sur les aquifères côtiers constituant des ressources en eau stratégiques suivant Dôrfliger (17). Dans une étude sur l'ile de la Dominique, la contamination venait principalement d'une surcharge des habitants, causée par une subdivision incontrôlée des lots de terre et l'occupation inadéquate d'un environnement fragile (8). De plus dans cette commune, la population ne dispose pas d'un système de traitement des ordures ménagères, encore moins d'un système de collecte, de traitement et d'évacuation des eaux usées. Or la pression démographique, l'urbanisation imprévue, les politiques d'exploration sans restriction et le déversement de l'eau polluée à des endroits inappropriés augmentent l'infiltration de composés nocifs dans les eaux souterraines (22). Sans ignorer le lessivage des terres en amonts, pour les îles d’Antigua et Barbuda, on a assisté à une pollution des écosystèmes aquatiques par la sédimentation, à la suite l'érosion du sol, qui envase les eaux de surface (7). Des liens existent forcément entre les phénomènes précités et la détérioration de la qualité de l’eau s'était accentuée considérablement en Haïti depuis la fin des décennies 20002010 (12).

Face à ces considérations, il y a lieu de s'interroger sur la qualité de l'eau souterraine de chaque zone habitable d'Haïti. La présente étude s'est donnée pour but d'évaluer la qualité de l’eau à Lambi et Macome ; deux localités de la commune de Gressier afin de dégager l'impact des activités anthropiques.

Matériels et méthodes

Sites de prélèvements

Les localités de Macome et de Lambi sont situées dans la section communale de Morne à Bateau, l'une des 3 communes de Gressier. Cette commune est située dans la partie orientale de la presqu'ile du sud sur le versant nord du massif de la Selle. Ses coordonnées géographiques sont localisées entre les méridiens 72°33' à 72°44' Ouest et les parallèles 18°26' et 18°34° nord. Gressier jouit d'un climat tropical influencé fortement par la proximité de la mer. Il existe deux périodes pluvieuses : l'une qui s'étend d'avril

à juin et l’autre d'octobre à novembre.

Les marnes et les sables, datant du miocène supérieur et du pliocène dans le cas de Gressier, sont généralement des matériaux meubles en surface et particulièrement sensibles à l'érosion superficielle et aux mouvements de masse. La nature et les caractéristiques des sols de Gressier varient suivant que l'on se trouve en montagnes ou en plaines. Dans les montagnes et sur les plateaux, les calcaires massifs donnent par altération une argile latéritique rouge à la fois très poreuse et très perméable (5). Beaucoup de ces sols rouges se développant sur du calcaire sont des sols à sesquioxydes d'alumines et renferment souvent des matières tuffacées non altérées et sont donc impurs.

Les sols de plaines de Gressier appartiennent dans leur totalité à la catégorie des sols alluviaux. Ils sont formés de dépôts fluviatiles de composition hétérogène allant des matériaux fins aux cailloux calcaires arrondis. Ce sont en général des sols de couleur brun-foncé. Leur texture va de limono-sableuse à argilolimoneuse. Leur pH légèrement alcalin oscille entre 7,0 et 8,0. Ils bénéficient dans leur majorité d'un excellent drainage vertical sauf dans la partie basse à cause du haut niveau de la nappe (9).

Prélèvements et analyses des échantillons

Les enquêtes de terrain ont permis de faire le relevé de tous les points d'eau situées dans la zone délimitée. Une seule source et 29 puits ont été répertoriés. Le travail a été réalisé au niveau de sept points d'eau : La source (SM) et les puits de Macome PM3, PM5 et de Lambi PL1, PL3, PL5, PL.

Les prélèvements ont été effectués en fin de période sèche, une hausse de la demande en eau en temps de sécheresse risquant d'affecter le plus la qualité de l’eau (4). L'apport des précipitations saisonnières dans les eaux à analyser a été évité.

Les prélèvements au niveau des deux pompes sont effectués après

Tableau 1. Concentration des cations dans les points d’eau échantillonnés

nr — PLT PL5 PL3 PLI SM PM3 PM5 Arsenic(ug/ml) 15 0 10 0 0 0 0 Aluminum 0.007 0.008 0.006 0.000 0.000 0.000 0.000 Zine 0.07 013 037 027 014 0.14 0.10 Fer 0.12 0.06 0.15 0.02 0.06 0.02 0.03 Manganèse 0.882 1075 0.695 0.970 1107 0.999 0.788 NH# 0.040 0.148 0.080 0.180 0.075 0.086 0.064 Calcium 35.24 3203 67.27 5606 100.90 59.27 105.71 Magnésium 85.55 65.07 3205 63.13 23.31 40.80 13.60

Tableau 2. Concentration des anions dans les points d'eau échantillonnés

Concentration mg/l PL7 PL5 PL3 PLI1 SM PM3 PM5 Carbonates 438 302 288 296 264 268 270 Fluorides 0.54 1.26 0.45 0.35 0.68 0.73 0.62 Hydroxides 0 0 0 0 0 0 0 Nitrates 9.74 40.29 5.31 15.05 16.38 15.94 16.83 Chlorures 102.47 106.97 29.49 439.86 67.98 50.98 70.98 Sulfates 21 32 10 46 12 9 8 Nitrite 0.14 0.14 0.09 0.1 0.09 0.11 0.11

flambage du robinet et un pompage prolongé dans le but d’avoir une eau de qualité permanente. Ceux au niveau des puits ont été effectués après désinfection du sceau et rinçage avec l'eau du puits à l'étude. Les échantillons d'eau ont été recueillis dans des flacons de 1.5 Let des pots stérilisés, conservés en glacière réfrigérée (4°C) jusqu'au moment de l'analyse. La température et le potentiel Hydrogène (pH) ont été mesurés in situ. Les autres analyses ont été effectuées dans 2 laboratoires : Le laboratoire du Centre Technique d'Exploitation (CTE) de la région métropolitaine de Port-auPrince et le laboratoire vétérinaire et de contrôle de qualité des aliments de tamarinier.

Résultats et discussion

Caractéristiques physicochimiques et concentrations en ions des eaux analysées

La nappe exploitée dans la région est une nappe alluviale, généralement peu profonde (10 m en moyenne) par rapport au sol. Les puits des ménages échantillonnés

dans notre zone d'étude sont traditionnels, réalisés par des puisatiers locaux disposant d'un matériel rudimentaire. Deux de ces puits sont à motricité humaine. Ils sont de petits diamètres et moins profonds (10 à 80 m). Certains de ces puits disposent des systèmes de protection, à savoir : la margelle et un couvercle. Le pH des eaux analysées est compris entre 7.05 et 7.25. Des valeurs inférieures aux normes recommandées pour les eaux de boisson ont été enregistrées (18). Ceci a été observé pour les différents paramètres incluant : la salinité, le pH, les nitrites, l'azote ammoniacal, les sulfates, le magnésium, le zinc et l’aluminium (Tableaux 1, 2 et 3).

Tous les échantillons analysés ont présenté une concentration en manganèse supérieure à 0.05 mg/L, ce qui ne correspond pas à la norme recommandée par l'OMS (18). Les eaux de certains des puits prélevées présentent un taux de nitrates (PL5) et de fer (PL3, PL7) deux fois supérieur aux autres points d'eau (Tableau 2). Pour les chlorures, un seul des puits considérés enregistre

Tableau 3. Caractéristiques physico-chimiques des échantillons

Concentration mg/l PL7 PL5 PL3 PLI SM PM3 PM5 Dureté Calcique 88 80 168 140 252 148 264 Dureté Magnétique 340 268 132 260 96 168 56 Dureté Totale 428 348 300 400 348 316 320 Salinité 0.52 0.50 0.29 0.88 0.34 0.32 0.34 Turbidité 1.71 100 107 0.36 0.12 0.20 0.85 Conductivité 1152 1864 1048 3094 2050 185 1230 DCO 16.1 16.3 134 128 13.8 154 142 TDS 631 496 496 871 340 317 339

Tableau 4. Quantité de bactéries détectée dans les eaux analysées en CFU/

100 ml

CFU/100 ml PL7T PL5 PL3 PLI1 SM PM3 PM5 Coliforme totaux 2419 2419 1986 2419 39.9 290.9 7.5 Streptocoque fécaux 727 118 21.5 118 2 149 Escherichia coli 365 816 4 96 3 3 0 Numération germe 36°C 738 738 738 738 195 339 97 des valeurs supérieures aux normes Qualité microbiologique des

recommandées (18), le puits PL1 pour les chlorures (-250 mg/l). Les eaux de Lambi et de Macome sont en outre caractérisées par une dureté totale élevée notamment au niveau des puits PL7 et PL1 respectivement 428 mg/l CaCOs; 400 mg/l CaCOs:. Cependant, on a constaté que la dureté calcique est plus importante à Macome alors qu’à Lambi c'est la dureté magnésique qui prévaut (Tableau 3).

Les puits PL3 et PL7 présentent une concentration de fer total très supérieure à celle des autres points d’eau. De même, l’arsenic a un taux supérieur à celui recommandé (<10ng/ml) a été décelée dans l’eau de ces deux puits (Tableau 1).

La mauvaise gestion des ordures ménagères et des eaux usées, la contamination du sol par les excréta humains, le non-respect de la distance entre les latrines et les puits se traduisent par la forte teneur de leau en certains éléments chimiques (nitrates, fer, manganèse) qui sont des indices de pollution. La présence de ces éléments dans nos résultats pourrait traduire l'impact des actions anthropiques sur l’eau souterraine.

eaux analysées

Nous avons recherché les germes pathogènes, qui sont des indicateurs de pollution et de contamination bactériologiques. Trois ont été sélectionné : Escherichia coli, streptocoque fécal et coliforme total (Tableau 4).

3000 2500

2000

1500

1000

HILL

0 L — L PL7 PLS PL3

Quantity CFU/100mI

Water point analyzed

1 Coliform totals Escherichia coli

B Germe number 36

Une comparaison de tous ces résultats nous permet de comparer la qualité des divers points d’eau. Les points d’eau à Lambi sont plus contaminés tant en streptocoques fécaux qu'en Escherichia coli (Figure 1). La présence de ces fortes concentrations de germes pathogènes, qui sont des indicateurs de pollution et de contamination bactériologiques par les eaux usées, montre clairement l'impact négatif des activités anthropiques et de la mauvaise gestion des déchets sur la qualité des eaux de la nappe exploitée dans la zone. L'analyse des coliformes totaux nous permet d'obtenir de l'information sur la vulnérabilité possible d’un puits à la pollution de surface. Ces résultats laissent à croire que durant les périodes de pluies le taux de pollution serait très élevé vu qu'en période sèche le taux de coliformes totaux est élevé. Suivant les observations de Jagals et al. repris par Bricha et al. un rapport EC/SF élevé (-4) peut être considéré comme un bon indice d’une pollution d’origine humaine (19, 21). Ainsi en utilisant ces rapports (Tableau 5), on peut affirmer qu’à Lambi, la pollution au niveau du puits PL5 est d’origine anthropique (EC/EF = 6.92 >4), ce qu'on pourrait

=." DE Li SM PM3 PMS

Pi

Streptococcus fecal

Figure 1. Concentrations de germes pathogènes observées dans les eaux

analysées

Tableau 5. Caractéristiques

(CFU/100ml)

microbiologiques des eaux analysées

Points d'eau PL7 PL5 PL3 PLI1 SM PM3 PM5 Escherichia coli 365 816 4 96 3 3 1 Streptococcus fecal 727 118 21.5 118 A 149 0 EC/SF 0.50 6.92 0.19 0.81 150 0.02

tenter d'expliquer par le fait que le forage se trouve dans un village aménagé pour les familles ayant perdu leurs logis après le séisme de 2010. La densité de population est visiblement élevée autour de ces puits et les eaux usées sont rejetées à même le sol dans les environs. Cependant une étude sur l'origine de ces bactéries serait de mise. Ce qui pourrait expliquer aussi le taux élevé de nitrates dans les eaux de ces puits (Tableau 2).

Conclusion

Il a été constaté au cours de cette étude que la conductivité, la salinité, la concentration en ions chlorures diminue en altitude à Lambi, tandis qu'a Macome elles ont des valeurs avoisinantes. Cela traduit une infiltration de l'eau de mer dans les eaux souterraine à Lambi. Les variations climatiques, le pompage des eaux souterraines et les fluctuations du niveau de la mer imposent des conditions hydrologiques dynamiques, qui sont liées à la distribution des sels dissous (1).

De même, tous les points d’eau n'ont pas la quantité de fluor nécessaire pour la santé dentaire. Emmanuel et al en 2002 avaient déjà posé le problème de la prévalence de la carie dentaire chez les populations vivant dans la région hydrographique Centre-Sud d'Haïti (13). Selon les travaux de Travi un apport et une concentration non négligeables de calcium dans les eaux souterraines pourrait limiter les teneurs en fluor (25). En comparaison à l'étude d'Emmanuel et al., l'alcalinité de l'eau a augmenté et le taux de fluor a diminué.

Il existe certes des facteurs qui ne sont pas d'origine anthropique. La présence de l'aluminium par exemple est due à l'influence de la lithologie et de la géomorphologie de la zone d'étude. Ces facteurs agissent également sur la qualité de l'eau souterraine (20).

La géologie du territoire d'Haïti est dominée à 2/3 par le calcaire influençant la qualité physicochimique des ressources en eau. La

présence de calcium et de magnésium dans les eaux de Macome et de Lambi est en conformité avec les travaux réalisés sur les sources, exploitées pour approvisionner la population de la Région Métropolitaine de Port-au-Prince, par Tractebel Development et Emmanuel et al. (24,13).

L'impact des activités anthropiques doit être pris en considération car Il est évident que les maladies d'origine hydrique sont dues à l'élimination incorrecte des déchets, à la contamination de l'eau par les eaux usées, au ruissellement de surface (23). De plus, la consommation en arsenic de l'eau des puits artésiens était significativement associée à terme aux cancers de la vessie, du poumon et du foie au niveau individuel dans les études de Wu et al, (16).

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Article 5

Risques liés à l'hypertension artérielle en Haïti et proposition d’une nouvelle approche diagnostique, thérapeutique et diététique

R. Jean-Charles! et J. Blaise? , 1Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), UEH, Président du Centre Haïtien d'Hypertension (CHH), 2Faculte d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV), Vice-Recteur à la Recherche,

UEH

RESUME Jean-Charles R. et Blaise J. 2017. Risques liés à l'hypertension artérielle en Haïti et proposition d'une nouvelle approche diagnostique, thérapeutique et diététique. RED 8 (1) : 29 - 34

Cet article rapporte les résultats d'un suivi relatif à l'hypertension artérielle (HA) réalisé au Centre Haïtien d'Hypertension (CHH). Il a porté sur un échantillon de 24 patients adultes d'âges différents, dument enregistrés au CHH et soumis à des prises de tension artérielle conformément aux règlements du Joint National Committee (INC 7). Les patients avec des chiffres de tension compatibles avec l'hypertension accélérée sont soumis à des examens médicaux et paramédicaux de routine. Selon le degré d'évaluation du fond d'œil, grade 1 ou 2, et l'évaluation paraclinique excluant toute autre forme clinique d’artériosclérose et d'athérosclérose les patients retenus avec hypertension artérielle accélérée (HAA) ont reçu une combinaison : Amlodipine 10 mg, Valsartan 160 mg, Hydrochlorothiazide (HCT 25 mg) et des instructions diététiques. Les résultats, après 7 semaines de traitement montrent une diminution spectaculaire des pressions systoliques et diastoliques. À partir de ces résultats, ce même traitement a été adopté au CHH pour tout malade avec HAA, jusqu'à un seuil de 1000 patients. Les résultats montrent que 88% de ces patients sont en dessous de 60 ans : 40% souffrent d'hypertension artérielle avec risque de mort subite par accident vasculaire cérébral (AVC), décompensation cardiaque (DC) ou insuffisance rénale (IR). L'importance thérapeutique, de même que l'aspect diététique en particulier, l'influence du sel et des graisses sont précisées et discutées.

Mots clés : Risques, Hypertension artérielle, Haïti, Thérapeutique, Diététique.

ABSTRACT Jean-Charles R. et Blaise J. 2017. Risks related to high blood pressure in Haiti and proposal for a new diagnostic, therapeutic and dietary approach. RED 8 (1): 29 - 34

This article describes the findings pertaining to a group of hypertensive patients followed at the Haiti Hypertension Center (CHH). They consisted of a cohort of 24 adult patients of different ages duly registered at the center and diagnosed with hypertension as per the Joint National Committee (INC) 7 criteria and recommendations for blood pressure measurement. Patients fulfilling the criteria of very high risk or accelerated or emergent hypertension were submitted to the standard medical examination including fundoscopy and laboratory evaluation. Those with fundoscopic exam grade I or II without clinical evidence of further advanced arteriosclerosis or atherosclerosis were administered a combination made of Amlodipine 10 mg, Valsartan 160 mg, HCT 25 mg and instructions for DASH II diet. By the seventh week on such therapeutic regimen those patients have shown a spectacular response with marked diminution of both systolic and diastolic pressures. We extended the analysis to the first thousand patients followed at the CHH. We discovered that 88% were below 60 years of age. However, 40% have accelerated hypertension with high risk for sudden death, CVA (CerebroVascular Accident), Cardiomyopathy and ESKD (End Stage Kidney Disease). We emphasize the importance of this new therapeutic formulation in handling such patients as well as the role of DASH II diet which is low sodium, high fiber and low fat.

Keywords: risks, Arterial hypertension, Haïti, Therapeutic, Dietetic.

lon le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) (1). -des pathologies cardiaques selon le Collège Haïtien de Cardiologie -de l'insuffisance rénale terminale selon le Collège Haïtien de Médecine Interne -de l'éclampsie et de la prééclampsie selon une étude entre le Centre Haïtien d'Hypertension et Boston University au CRUO (Centre de Référence des Urgences Obstétricales) à Delmas 33 (13).

Problématique

L'hypertension artérielle (HA) en Haïti est un problème très sérieux et d'ordre de Santé Publique au point de porter des Spécialistes en Médecine Interne et sous Spécialistes en Cardiologie, Néphrologie et Hypertension à émettre le 6 juillet 2015 le document intitulé

« Consensus des Sociétés Savantes en Hypertension » stipulant qu'en Haïti. l'Hypertension Artérielle (HA) est la première cause :

-de mortalité parmi les adultes seSelon l'OPS/OMS, les haïtiens paient le plus fort tribu aux accidents cérébraux vasculaires que le reste du monde, 176/100 000 pour Haïti contre 82/100 000 pour la République Dominicaine (10). La Fondation Haïtienne du Diabète et des Maladies Cardiovasculaires (FHADIMAC) rapporte une prévalence de 50% pour les haïtiens du groupe d'âge 25 4 39 ans et 70% pour les haïtiens 40 ans et plus (7).

Etabli en Haïti en Février 2013, le Centre Haïtien d'Hypertension (CHH) reçoit un grand nombre de patients avec des chiffres de tension artérielle au-delà de 290 mm/Hg ou non mesurables avec les appareils automatiques ordinaires. La majorité des malades avec des chiffres de tension artérielle égale ou supérieure à 180 mm/Hg systolique et 120 mny/Hg diastolique sont diagnostiqués comme souffrant d'hypertension artérielle accélérée selon la nouvelle classification rapportée par Dr Aram Chobanian de Boston University School of Medicine et publiée dans le New England Journal of Medicine en 2009 (4, 6). Une étude précédente au niveau de CHH a permis de mettre en évidence les problèmes d'interprétation du mode de lecture (9).

Ces malades courent un grand risque de mort subite, d'accident cérébral, d'infarctus du myocarde et d'insuffisance rénale terminale (8). Leur affluence a conduit le CHH à envisager une nouvelle approche d'évaluation diagnostique et thérapeutique en vue de limiter l'impact sur la morbidité.

Matériels et Méthodes

Le travail a porté sur 24 patients dument enregistrés à la Clinique et les dossiers remis à l'Infirmière. Cette dernière mesure la tension artérielle (TA) selon la routine du

CHH conforme aux règlements du JNC 7 et de l'American Society of Hypertension (ASH) (3). Le tensiomètre utilisé est un Omron automatique modèle BP 785. Quand la pression systolique dépasse 280 mm/Hg, l'Omron est remplacé par des tensiomètres manuels permettant des lectures jusqu'à 300 mm/ Hg.

Prise de tension

Trois mesures sont prises dans le même bras : la moyenne des trois est inscrite au dossier. Les malades avec une tension systolique (TAS) égale ou supérieure à 180 mm/Hg et ou diastolique (TAD) égale ou supérieure à 120 mm/Hg sont immédiatement référés au médecin.

Examens de routine

Un examen médical s'ensuit avec fundoscopie et poursuite d'indices athérosclérotiques : arcus ou circus senilis, xanthélasma, xanthoma, souffle cardiaque ou abdominal et enregistrement des pouls périphériques, puis une routine de laboratoire et ou un examen des urines.

Administration des médicaments

Les patients avec fond d'œil de grade I & II et en absence d'indices athérosclérotiques sont enregistrés dans la cohorte d'études si les urines sont négatives. Ces patients reçoivent sur le champ une combinaison dite Cocktail (AVH) du CHH consistant en Amlodipine 10 mg, Valsartan 160 mg, Hydrochlorothiazide 25 mg et des instructions pour le Dash Diet II (5). Les médicaments sont donnés pour 7 jours au terme desquels un rendez-vous est arrangé. Lesdits médicaments sont fournis gratuitement au CHH par TEVA pharmaceutical d'Israël et sont donnés gratuitement aux malades.

Au second rendez-vous, la routine de l'enregistrement est répétée avec vérification du mode d'utilisation des médicaments ou du cocktail et l'observance de la diète. La TA est mesurée par l'infirmière selon les prescrits du CHH en conformité avec le JNC 7 et de l'American Society of Hypertension (ASH). Les

Tableau 1. Présentation de l’âge, du sexe et de la TA initiale des participants de l'étude

TA initiale Patients Age Sexe TAS TAD CHH-001 42 F 200 140 CHH-002 55 F 225 125 CHH-003 30 M 220 110 CHH-004 68 M 209 126 CHH-005 60 M 280 140 CHH-006 54 F 180 122 CHH-007 45 M 180 130 CHH-008 52 M 207 138 CHH-009 56 F 200 100 CHH-010 54 M 210 140 CHH-011 51 F 210 120 CHH-012 42 EF 180 130 CHH-013 56 F 220 180 CHH-014 42 M 185 135 CHH-015 50 M 192 120 CHH-016 50 F 200 120 CHH-017 51 F 230 130 CHH-018 55 r 197 123 CHH-019 51 F 210 130 CHH-020 42 F 185 120 CHH-021 72 EF 201 124 CHH-022 57 F 200 130 CHH-023 57 Fr 245 135 CHH-024 44 M 240 130

instructions de diète sont revues et les médicaments ou cocktail sont redonnés pour 2 semaines et une prochaine visite programmée pour 2 semaines. Au prochain rendez-vous, la même routine se répète puis rendez-vous dans deux semaines (Tableau 1).

En général dans 95% des cas, en cinq 4 sept semaines sous ce régime thérapeutique (Cocktail CHH et Dash Diet Il), la TA se maintient entre 130/80 mm Hg et ou 120/70 mm Hg. Nous faisons comprendre aux patients nos attentes de contrôle de TA : TA acceptable 130/80 mm Hg ou TA moyenne 100 mm Hg (TAMA 100) : ou même TA idéale 120/70 mm Hg ou TA moyenne 90 mm Hg (TAMI 90)(6) Pour une meilleure appréciation de l’hypertension artérielle selon l'âge et le sexe, les données enregistrées sur mille patients ont été prises en compte.

Les patients viennent comme « self referral » ou référés par des amis, parents et ou proches souffrant

d'hypertension. Autrement dit les patients sont des hypertendus connus ne recevant aucun autre médicament.

Résultats

Les chiffres de tension artérielle systolique (TAS) et diastolique (TAD) après administration du cocktail du CHH sont alors inscrits dans les dossiers. Ils sont représentés dans le tableau 2 ci-dessous qui montrent aussi les variations et les diminutions observées. On note en effet que la TAS oscille entre 110 et 167 mm Hg tandis que la TAD va de 66 à 111, soit une diminution importante de la pression artérielle. Les nouvelles valeurs obtenues, suite à ladministration du cocktail AVH 10/160/25mg, concordent avec celles préconisées pour les TAS et les TAD (6, 14).

Analyse des données et des résultats

Les chiffres de pression artérielle systolique et diastolique pré et post traitement sont présentés sous

Tableau 2. Réponse en tension artérielle systolique TAS et tension diasto- forme de graphe dans les figures 1

lique TAD 4 l'administration du cocktail du CHH et 2 ci-dessous. Patients TAS TAD Syst/Diast Syst- Diast- Dosage med La figure 1 montre les chiffres de CHH-001 136 87 60/49 -64 -53 10/160/25mg nil TA avant traitement, les barres en CHH-002 132 79 93/46 93 -46 10/160/25mg nil rs De Re a SysCHH-003 125 66 95/44 -95 44 10/160/25mg nil tolique (TAS) et les barres en rouge CHH-004 138 78 71/48 71 48 10/160/2 il ee : “ : è su (TAD) ; puis comme indiqué par le CHH-005 160 79 120/61 -120 -61 10/160/25mg nil protocole les patients avec un funCHH-006 164 99 16/23 -16 -23 10/160/25mg nil dus grade I ou grade IT reçoivent le CHH-007 125 73 55/57 -55 -57 10/160/25mg nil cocktail du CHH (Amlodipine 10 CHH-008 138 85 69/53 -69 -53 10/160/25mg nil MS. ee 160 mg, RE 25 CHH-009 128 82 72/18 12 -18 10/160/25mg nil mg) plus instruction diététique S 7 DASH II. La TAS va de 175 à 275 CHH-010 150 98 60/42 -60 -42 10/160/25mg nil à à à mm Hg, soit une augmentation de CHH-011 120 60 90/60 -90 -60 10/160/25m8 dizzy 100 unités (63%), donc extrêmement CHH-012 132 85 48/45 -48 -45 10/160/25mg nil élevée. La figure 2 montre une dimiCHH-013 141 74 79/106 -79 -106 10/160/25mg nil nution importante de la TAS post CHH-014 135 77 50/48 -50 -58 10/160/25mg nil traitement passant de 275 à 165 CHH-015 129 85 63/35 63 -35 10/160/25mg nil mm Hg soit un pourcentage de 40%. CHH-016 167 111 32/19 -33 9 10/160/25mg nil Effets thérapeutiques CHH-017 141 108 89/22 -89 10/160/25mg nil Ils sont présentés dans la figure 3, CHH-018 164 91 37/32 -33 32 10/160/25mg nil ©n mode delta, pour une meilleure CHH-019 135 79 75/51 -75 -51 10/160/25mg nil appréciation de l'évolution de la CHH-020 165 108 20/12 20 12 10/160/25 il Re Re l : : De diastolique. On note un decrescendo CHH-021 132 84 69/40 -69 -40 10/160/25mg nil de 130 mm Hg de la pression systoCHH-022 133 95 67/35 -67 -35 10/160/mg25 nil lique et un decrescendo de 79 mm CHH-023 110 68 135/67 -135 -67 10/160/25mg dizzy Hg de la pression diastolique pour le CHH-024 113 71 127/59 127 _59 10/160/25mg dizzy patient CHH 005 comme exemple impressionnant de diminution. 566 La figure 4A montre un pic des TAS

et des TAD chez les sujets n'ayant

200 pas reçu de médicaments. Ce pic 15 disparait à la suite de la mise en 100 œuvre d'une thérapeutique précise st AV L'Hde à 5 an matérialisé dans la figure 4B. o

CHICH|CH|ICH CH|CH CH CH|CH CcH|CcHIcH|cH|cH cH|cH|cH|cH|cH|cH|cH CH CH cH Appréciation de la prévalence de

H-{H-{H-|[H-{n-{H- [He H- He Une] He {He {He {He {He {He {He {He [ 4e [He [He He He He u

00/00/0000 /00 00 00 00 00 01/01/01|01/|01/01|01/01/01|01/02/02 02 02/02 l’HA selon l’à age et le sexe

112/3/4/s/6/7/8,9/0|1|2|32|a|s]6e/7]8]e/0)1]213/4 Les d TL 1000 Syst. Av 200225 2202092801801802072001 10p 1041802 20485192200230197210185201200245240 s données collectées sur pa- [Diast. Av 140125/110126140122130138100140120120180125120120120122130120124130125120 tients montrent la gravité de l'HA

: z

Figure 1. Caractéristiques de la pression systolique prétraitement chez cette population analysée. En

effet, ces patients dont 63% de sexe féminin et 37% de sexe masculin, m syst.apr présentent une variation importante

mOn pr de l’'HA soit : 20% au stade I, 40% au stade II et 40% au stade d'HA accélérée (Figure 5A).

En ce qui concerne l’âge, la figure

5B montre que 88% des patients

sont âgés de moins de 60 ans, ce qui

est très inquiétant Parmi ces premiers patients dûment enregistrés

| | . au CHH, 20% souffrent d’hypertene S æ se sa ‘RS 88 É É

10: A o #8 S £ S

œ 0 © © 0 oo o

CH ES ne CHO4 EE ne

ESS E EPS E EFFES sion Stade I, 40% d'hypertension É €» € € = É & € € É € € € = : LU 2 2 © © 2 2 9 © © 2 9 © © © 2 Stade II, 40% d’hypertension accéléFigure 2. Evolution de la réponse systolique et diastolique au cocktail rée avec risques d'incapacité phyRED 8 (1) Octobre 2017 31

-100 -120 -

mSyst. Red

-140

B Diast. Red

-160

Figure 3. Effet du cocktail sur les pressions systoliques et diastoliques en forme de graphe ou réduction en mode delta post traitement

mo

” AE a ve —Syst. Au ——Diast. Av

13 5 7 9 111315 17 19 21 23

ze

…Syst.apr +-Diast. Apr t

mo |

mo

2 PNA ANA RNA RTC

135 7 9 11181517 19 2123

Figure 4. Comparaison des tracés des pressions systoliques et diastoliques

pré (A) et post traitement (B)

Age mAge 60- mAge 60+

1000 patients: 200 with Stage | 400 with Stage Il 400 with Acc. HTN

Figure 5. Représentation de la prévalence de l'hypertension artérielle selon l’âge (A) et le sexe (B) à partir des premiers 1000 patients enregistrés

sique et ou de mort subite prématurée.

Discussion

L'échantillon de 24 patients a permis de mettre en exergue la valeur thérapeutique du Cocktail. L’analyse des données sur 1000 patients montre la gravité de l'HA au sein de la population. Elle a donc permis de révéler que 88% des patients sont âgés de moins de 60 ans et 40% des cas rencontrés, sont au stade d’hypertension accélérée. Dans ce dernier cas, il y a risque de mort subite par accident cérébro-vasculaire, décompensation cardiaque et ou insuffisance rénale (2, 7, 10).

L'approche thérapeutique préconisée (3, 4) est une nouveauté tant en Haïti qu'aux Etats-Unis d'Amérique. La pratique aux USA est d'admettre ces malades dans les services de soins intensifs (ICU). En Haïti, la pratique à l'Hôpital de

l'Université d'État d'Haïti (HUEH) par exemple est d'administrer le Captopril 25 mg, puis reprendre la TA dans deux heures de temps ; par la suite doubler la dose en cas de non réponse, enfin admettre ou exéater avec recommandation thérapeutique. On peut encore administrer la Clonidine 0.1 mg puis vérifier la réponse comme dans le cas de Captopril. L'utilisation du cocktail CHH a plusieurs avantages : - Réponse non aléatoire -Evite la mise du patient sous observation immédiate -Economie de temps pour le patient, le personnel de l'hôpital (médecins et infirmières).

La réponse impressionnante au cocktail CHH n'est pas surprenante car c'est connu que les noirs répondent mieux aux anticalciques et aux diurétiques (15, 2) qui font partie du cocktail. Le Valsartan comme antagoniste de l’angiotensine est une meilleure indication qu'un inhibiteur de l’enzyme de conversion ou IEC. Il élimine la possibilité de toux comme effet secondaire, de même d'angio-æœdème (14). En outre, le mélange de ces molécules à un effet plus qu’additif ou l'exemple 1+1 font 3.

Les habitudes alimentaires varient d'une famille à l’autre et à l’intérieur d’une famille, d’un individu à l’autre. Ces variations peuvent influencer la réponse thérapeutique chimique associée. Il apparait donc opportun de mettre l'accent sur les nutriments susceptibles d’influencer la pression artérielle, en particulier le sel (NaCD), les graisses ; les denrées animales et d'origine animale qui en sont richement pourvues ou non (1, 2). Les besoins quotidiens en sodium, d'environ 1 à 3 grammes (2), sont largement couverts par l'alimentation à partir du sel de cuisine et du sodium contenu naturellement dans les aliments. Les régimes hyposodés et hypocaloriques (12, 15) peuvent être prescrits en cas d’hypertension artérielle, ce qui suggère des recommandations sur la nature des aliments à prioriser ou à éviter selon leur richesse en graisses.

Conclusion et recommandations Ce travail met en exergue la place prépondérante occupée par l'hypertension artérielle dans les problèmes de santé en Haïti. Les données recueillies et analysées montrent que les facteurs âge et sexe conditionnent les risques de mort subite encourus par la population avec 80% des cas aux stades II et IIL. Seule l'utilisation à temps d'une thérapeutique et d'un régime appropriés peut permettre de diminuer la gravité de l'affection.

Il importe pour nous d'informer que bien de malades ont tendance à ne plus vouloir prendre de médicaments quand la TA est contrôlée. Ils voudraient parfois changer de posologie ou prendre un comprimé le matin, un le midi, un le soir. Nous mettons à profit notre familiarisation avec les mœurs haïtiennes : le meilleur repas pour l'haïtien est la combinaison : riz, pois, légumes. Nous faisons comprendre que le tout se prend ensemble non pas le riz le matin, le pois le midi et les légumes le soir. Qu'il en soit de même dans cet arsenal thérapeutique où tout se prend ensemble dans le cocktail.

Sur le plan thérapeutique, nous recommandons pour une meilleure adhérence, que les agences pharmaceutiques en Haïti combinent idéalement les trois molécules en un seul comprimé ou une capsule à l'exemple de Novartis ou TEVA Pharmaceutical en Israël. Le bénéfice est évident, le cout serait moindre. Ce médicament serait utilisé dans les salles d'urgence, les hôpitaux, les centres de santé et cliniques qui regorgent de ces patients avec hypertension accélérée. Entre la CARICOM avec 45 millions d'habitants et les pays d'Afrique, un grand marché s'offre ipso facto pour l'utilisation de cette combinaison. Ce serait alors la contribution haïtienne 4 l'avancement de la science ou la médecine dans le monde. Le MSPP, les Universités et Facultés de pharmacie auraient rempli leur rôle d'avant-garde.

Sur le plan diététique, il faudrait prioriser les aliments maigres : lapin, cheval, âne, poulet, pigeon, morue, carpe, tilapia, dorade et pauvres en sodium et éviter ceux qui sont contraires : porc, oie, mouton, hareng. La plupart des aliments gras : cervelle, rognon, thon, sardine, maquereau, œuf entier sont également riches en sodium. Les céréales et les pâtes sont généralement pauvres en sodium mais les dérivés : biscottes, pain blanc, biscuits industriels en sont bien pourvus. Les fruits sont très pauvres en sodium, les légumes sont en général pauvres en sodium (sauf épinards, carotte, céleri, artichaut). Les fromages (Camembert, Emmental) et beurres salés sont à éviter, il en est de même des produits de charcuterie (jambon, saucisson, boudin). La consommation du miel ne pose pas de problème sauf en cas d'allergie. Le lambi est plus pauvre en lipides que la viande mais plus riche en sodium. L'arachide est naturellement pauvre en sodium mais les cacahouètes et le beurre de cacahouètes salés ou « mamba » sont à éviter. Les aliments auxquels les additifs sont ajoutés en vue d'améliorer la saveur peuvent présenter les mêmes risques que les aliments hypersodés.

Remerciements

Le Centre Haïtien d'Hypertension est une clinique humanitaire dédiée au traitement de l'hypertension artérielle. Les consultations et médicaments sont gratuits. Il est supporté financièrement uniquement par le Dr Roger Jean-Charles, Chevalier de l'Ordre Militaire Souverain de Jérusalem et de Malte, croyant et pratiquant dans la mission de l'Ordre d'aider les malades et les pauvres.

C'est une occasion de rendre un hommage bien mérité au Conseil d'Administration du CHH: Dr Josette Bijou, Dr Marie Claude François, Dr Joanel Joasil, Dr Ritza Germain, Dr Magalie Romain, Dr Claude Suréna, Monsieur Ronald Baudin, Madame Jocelyne JeanBaptiste, Dr Jacques Jeudy.

Nous profitons aussi pour exprimer une profonde gratitude à l'endroit

de l'ingénieur Jean Adrien et au Dr Ronald François qui avaient aidé à implanter la Clinique dans sa première location en février 2013.

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Article 6

Regard sur la qualité des eaux marines utilisées pour la baignade dans la ville de

Gressier

J. M. Desrosiers! et O. Joseph?, 1Faculté des Sciences (FDS) UEH, ?Laboratoire de Qualité de l’eau et de l'Environnement (LAQUE), Université Quisqueya

RESUME Desrosiers J.M. et Joseph O. 2017. Regard sur la qualité des eaux marines utilisées pour la baignade dans la ville de Gressier. RED 8 (1) : 35 - 38

A Gressier, commune côtière située à 21.5 Km de Port-au-Prince, le bord de mer est très exploité par le secteur privé pour l'aménagement de plages qui attirent beaucoup de gens. Face à la méconnaissance de la qualité de ces eaux. l'absence de contrôle sanitaire et la faiblesse de l'assainissement, le doute plane sur l'ensemble des risques sanitaires relatifs à la baignade au niveau de ces plages. L'objectif de ce travail est de jeter un regard sur la qualité de l'eau de mer des plages de la ville de Gressier. Dans le cadre de ce travail, des analyses physicochimiques et microbiologiques de l'eau de mer ont été réalisées et les résultats ont été analysés par rapport aux directives Européennes (2006/7 /CE) qui régissent la qualité des eaux de baignade. Les données ont permis de faire un classement qualitatif des eaux de baignade en fonction des valeurs en E. coli pour la période de l'étude. Ce travail a permis de mettre en relief l'absence des autorités dans le contrôle sanitaire des eaux de baignade et du coup les propriétaires adoptent un certain comportement laxiste vis-à-vis de l'hygiène et la qualité des plages. Au regard de ce travail des programmes de contrôle, de surveillance sanitaire et d'entretien continu des côtes pourront aider à mieux positionner le pays dans le secteur touristique.

Mots Clés : Expansion démographique, germes halophiles, nuisance visuelle.

ABSTRACT Desrosiers J M. et Joseph O. 2017. View on marine waters quality used for swimming in the town of Gressier. RED 8 (1): 35 - 38

In Gressier, a coastal town located at 21.5 km from Port-au-Prince, the seaside is very exploited by the private sector for the development of beaches that attract many people. Faced with a lack of awareness of the quality of these waters. the absence of sanitary control and the weakness of sanitation, there is doubt about all the health risks associated with bathing at these beaches. The objective of this study is to evaluate the quality of the sea water of the beaches of the town of Gressier. Physicochemical and microbiological analysis of the sea water were carried out and the results were analyzed in relation to the European directives (2006/7 / EC) which govern the quality of bathing water. The data allowed a qualitative classification of bathing waters based on E. coli values for the period of the study. This work made it possible to highlight the absence of the authorities in the sanitary control of the bathing waters where the owners adopt a certain lax behavior regarding the hygiene and the quality of the beaches. With this work, programs of control, sanitary surveillance and continuous coastal maintenance will help to better position the country in the tourism sector.

Keywords: Population growth. halophilic germs, visual nuisance.

Introduction

Près du tiers de la population mondiale vit en zones côtières. Cette zone d'interface qui regroupe une partie des sols et de la mer subit des

La baignade est, en Haïti, la plus répandue des activités récréatives liées à l'eau. Plus de quarante plages ont été dénombrées en 2013, lors de cette étude au niveau de

pressions croissantes liées au développement des activités anthropiques (8). Les modifications qui en résultent, impactent négativement les entreprises tant économiques, la pêche par exemple que ludique dont la baignade qui s'y développent. Des études récentes ont confirmé le lien entre la baignade dans la mer contaminée par les eaux des égouts et l'apparition d'une variété de symptômes, de troubles gastrointestinaux et de la diarrhée en particulier (1).

Gressier. Ce qui montre que le littoral de cette commune est une zone économique importante, et également très fréquentée, notamment pour les activités de baignade en mer. Notons que la commune de Gressier est en pleine expansion démographique. Il convient par ailleurs de noter qu'en Haïti et généralement dans les Pays en Développement (PED), la fourniture des services publics suit très rarement le rythme de la croissance démographique. Selon la carte de pauvreté d'Haïti de 2004, la commune de

Gressier était classée au niveau faible par rapport à l'accès aux services d'assainissement, un seuil compris entre 2.5 à 3.5% (11). Cela s'explique par une augmentation de déchets solides et d'eaux usées dans les ravines et rivières qui finissent généralement leurs courses dans la mer. Ce travail se propose de jeter un regard sur la qualité des eaux marines utilisées pour la baignade au niveau des plages de la ville de Gressier.

Matériels et méthodes

L'évaluation de la qualité des eaux de baignade a été réalisée dans deux zones du littoral de la ville de Gressier. Des échantillons d'eau de mer ont été prélevés au niveau de la plage Guillou Beach (1$32'44.0" de Latitude Nord et 07231'51.7" de Longitude Est) et dans le périmètre de l'embouchure de la rivière de Gressier (1832'48.5" de Latitude Nord et 07231'37.0"). L'évaluation de la qualité a été faite sur une période de 6 semaines en saison pluvieuse, 3 semaines pour la plage de Guillou et 3 semaines pour l'embouchure. De manière à avoir une meilleure représentativité, un échantillon composite spatio-temporel a été constitué pour chaque zone de prélèvement. Ainsi, des prélèvements ont été effectués dans différents endroits à des intervalles réguliers de manière à constituer un échantillon moyen (10). Dans le cadre de ce travail le procédé consiste à prélever dans des endroits différents de la côte (3 points, 1 prélèvement par point) à des heures différentes. Un prélèvement a été fait à environ un mètre du rivage et deux autres à des distances d'environ 20 mètres, dessinant un triangle, et à deux intervalles différents (9h30 / 12h30). Une fois l'ensemble des prélèvements achevé, le tout est mélangé pour constituer un échantillon composite. Ce dernier contenu dans un flacon en plastique de 600 ml et placé dans

de la glace dans une boite isotherme pour être acheminé au laboratoire de la faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire pour analyse. Aiïnsi 6 échantillons composites ont été constitués, 3 pour la plage et 3 pour le périmètre de l'embouchure, à raison d'un échantillon par semaine. Au moment des prélèvements, une évaluation des nuisances visuelles de la côte a été réalisée à l’aide de fiche d'observation, le pH, la température et la turbidité des eaux ont été déterminés in situ. Les analyses de laboratoire ont porté sur la détection et la teneur des échantillons analysés en Escherichia coli et en Coliformes totaux ainsi que sur la demande chimique en oxygène (DCO). Les valeurs expérimentales ont été évaluées par rapport aux valeurs limites de la directive européenne (6).

Résultats et discussion

Le faible accès au service d’assainissement de Gressier, avec une couverture de 2.5 à 3.5 % des besoins de la commune en 2004, n’a guère évolué en 2013, au regard de l’expansion démographique de la commune et l'absence d'infrastructure de traitement des eaux usées et des déchets solides (11). Ainsi, la population se trouve dans l'obligation d'assurer elle-même la gestion de ses déchets et de ses eaux usées, en les évacuant dans des endroits inappropriés (ravine, rivière, la mer, rue, terrain vacant, ..), ou en brûlant les déchets solides dans leur cour. Parmi les sites inappropriés de déversement des déchets solides les ravines viennent en tête de liste, etle travail de Bras sur Port-au-Prince illustre très bien ce constat, près de 87.4% des ménages dans les zones d'Habitats bas standing déversent leurs déchets dans les ravines (3). A la suite d’une enquête sur l’assainissement dans la commune de Gressier, il a été constaté que près de 46.2 % des ménages déversent leurs déchets dans les ravines (5). Cet écart observé, trouve une explication dans la densité des habitats des deux communes. À Gressier la densité est 395 hab/Km? alors qu'au niveau de la commune de Port-au-Prince est

Figure 1. Insalubrité et prolifération d'algue sur le littoral

Tableau 1. Résultats des analyses microbiologiques des eaux marines du

littoral de Gressier

Paramètres microbiolo- Périmètre de l'embouchure Plage de Guil- VL

giques de la rivière de Gressier louBeach

S1 S2 S3 S1 S2 S3 Escherichia coli (UFC/ml) 24 10 3 6 8 3 5 Coliformes totaux (UFC/ml) 63 60 10 ND ND ND -

S1 : 1ère semaine, S2 : 2eme semaine, S3 : 3eme semaine, ND : non déterminé, VL : valeur limite pour que l'eau de baignade soit de mauvaise qualité.

de 27395 hab/Km° (9). La faible densité de l'habitat de Gressier par rapport à Port-au-Prince, laisse un éventail de choix à la population Gressiéroises en ce qui a trait aux zones de rejet des déchets solides, terrains vacants, maisons en chantier, sous les buissons, etc. Ainsi une croissance démographique incontrôlée de la communauté Gressiéroises peut être un vecteur de dégradation extrême du littoral de Gressier.

Les Nuisances visuelles

‘évaluation de la pollution visuelle au niveau de la plage « Guillou Beach » révèle la présence de matière flottante (plastique, cosses de noix de coco, fragments de végétation marine), des morceaux de verre, la présence de mousse, la présence d'algues en très faible quantité par rapport au périmètre de l’embouchure. L'eau était turbide, il était impossible de voir un objet placer à un mètre de profondeur. Au niveau de l'embouchure, ont pu être observés des algues et divers déchets étalés le long du littoral (Figure 1).

Résultats des analyses physicochimiques des eaux marines utilisées pour la baignade

Les résultats des analyses microbiologiques (Tableau 1) démontrent une certaine pollution fécale des eaux marines du littoral de Gressier, au niveau de la plage Guillou Beach et la zone d'embouchure de la rivière de la ville. Une pollution fécale qui est bien plus accentuée au niveau de la zone d’embouchure avec des valeurs en Escherichia coli de 24 UFC/ml par rapport à la plage dont la valeur maximale est de 8 UFC/ml.

En Haïti, l'assainissement est strictement individuel. D'un point de vue technique, l'assainissement non collectif ou individuel est un dispositif qui assure la collecte, le traitement et l'évacuation des eaux usées domestiques de manière autonome dans le périmètre de l'habitation (4). Ce mode d'assainissement prédominé par la présence des latrines empêche le drainage des excrétas vers la mer, car ces structures emprisonnent les excrétas dans le sous-sol, à l'exception quand ces latrines sont construites en dehors des normes, dans des terrains poreux au niveau du littoral à moins de 30 mètres de la mer, dès lors les microorganismes fécaux peuvent s'infiltrer jusque vers la mer, ou lorsque les vidanRED 8 (1) Octobre 2017 36

geurs manuels déversent les sacs d'excrétas dans les ravines qui généralement finissent leurs courses dans la mer. Par conséquent ce mode d'assainissement additionné de l’autoépuration des eaux marines bien que les mécanismes explicatifs de la décroissance des bactéries en mer soient assez complexes (2), peut être considéré comme un facteur induisant l’atténuation de la pollution fécale des eaux du littoral en absence de station d'épuration dans la ville de Gressier.

Au regard des résultats, les eaux marines de la plage Guillou Beach, pour la période d'échantillonnage (3 semaines) sont de mauvaises qualités microbiologique (Tableau 1) pour la première et la deuxième semaine, tandis que la qualité de l’eau est meilleure au cours de la troisième semaine, par rapport à la valeur limite pour les germes d'Escherichia coli. Quoique, pour avoir une meilleure appréciation de la qualité des eaux marines des plages, il est nécessaire de faire des évaluations continues de manière à prendre en compte l'ensemble des sources de pollutions possibles et également cerner la qualité de l’eau sur toute une année, afin de garantir la santé des baigneurs.

L'analyse physicochimique des eaux du littoral montre une variation assez faible pour les paramètres tels que le pH. la température et la turbidité dans les échantillons prélevés au niveau de la plage et de l'embouchure : ce qui est différent pour la DCO qui est un paramètre dont l'évolution est sensiblement liée à l'état de l'assainissement et les principaux rejets de la ville (Tableau 2). La présence du sulfate de mercure dans le réactif utilisé minimise l'interférence des ions chlorures sur la DCO, et par rapport aux valeurs mesurées dans d'autres études sur l'eau de mer (DCO comprise entre 7.5 à 27.7 mg.L1), les valeurs trouvées dans le cadre de ce travail sont très élevées (12). Les valeurs élevées de la DCO, la prolifération d'algues, la turbidité et la pollution visuelle observée dans le périmètre de l’embouchure indique qu'une charge polTableau 2. Résultats des analyses physicochimiques des eaux marines du

littoral de Gressier

Paramètres physico- Périmètre de l'embouchure Plage de Guillou beach

chimiques de la rivière de Gressier

S1 S2 S3 S1 S2 S3 Température (°C) 29 30 31 31 30 31 pH 7.6 7.3 7.9 8.1 8.0 7.9 Turbidité (NTU) 15.67 12.72 16.10 14.38 14.62 15.87 DCO (mg/L O:) 536 484 508 ND ND ND

S1 : 1° semaine, S2 : 2m semaine, S3 : 3° semaine, ND : non déterminé.

luante non négligeable, constituée de rejets liquides, de résidus solides et de sédiments, est drainée par la rivière Gressier vers la mer. La pollution observée au niveau de certaine plage est en majeure partie liée à la faiblesse de la desserte en assainissement au niveau de la commune, le déversement des déchets solides et des eaux grises dans les ravines, les rivières ou directement dans la mer et la défécation à l'air libre.

La pollution fécale du littoral de la ville, dont le seuil dépasse en 2 fois sur 3 la limite de 5 UFC/ml en Escherichia coli de la directive Européenne (2006/7 /CE) au niveau de plage Guillou beach et de l'embouchure de la rivière de Gressier est une situation liée aux pratiques de défécation à l'air libre, dans la rivière, les voies fluviales, sur le littoral ou directement en mer. Au regard des diverses dégradation qui menacent le littoral, ce sont les nuisances visuelles qui dérangent le plus, car les différentes séries d’enquêtes, réalisées dans le cadre d'études relatives à l'attractivité des plages. ont mis en évidence l'importance de quatre catégories de facteurs, parmi lesquels la qualité des eaux des plages, généralement appréciée à partir de critères visuels, vient en 2° position (7).

Au regard de cette situation qui s’'amplifie au rythme de la croissance démographique que subit cette commune, il est nécessaire de régulariser l'expansion démographique et d'organiser des campagnes de surveillance de la qualité du littoral en vue de garantir la santé des baigneurs et promouvoir le touriste balnéaire. En absence d’action concrète, il est fort probable que dans un avenir proche, le littoral de Gressier qui représente une zone d'activité économique assez importante pour la commune, soit inapte à toutes activités balnéaires.

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