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Vol. 9 No 1 (2021): RED

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Article 1

L'avocat : simple aliment ou étonnant alicament ?

M. Rouzier, Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), Université d'Etat d'Haïti (UEH)

RESUME Rouzier, M. 2021. L'avocat : simple aliment ou étonnant alicament ? RED 9 (1): 6 - 13

L'avocat est un aliment courant en Haïti et apprécié en tant que tel par la population. Actuellement, il passe pour nombre de chercheurs internationaux comme ayant de nombreux bienfaits sur la santé et est présenté comme un fruit dont la consommation pourrait aider à combattre certaines maladies fréquentes dans le monde. Cette revue de littérature a été faite dans le but de jeter un peu plus de lumière sur les possibilités thérapeutiques de la pulpe d'avocat. Elle envisagera tour à tour ses actions en tant que pourvoyeur important de nutriments à différents moments de la vie et contre de nombreuses affections pouvant toucher la population haïtienne. En particulier, sont considérés ici les maladies cardio-vasculaires, le diabète, le surpoids, le syndrome métabolique, les problèmes hépatiques. la fonction cognitive, les maladies dégénératives et plusieurs autres. Elle permet d'ouvrir une fenêtre sur des thérapies envisageables à partir de simples aliments présents sur le territoire mais peu connus et non valorisés de ce point de vue dans le monde médical haïtien et par la population elle-même. Quelques perspectives de recherche ont été envisagées.

ABSTRACT Rouzier M. 2021. Avocado: simple food or astonishing alicament? RED 9 (1): 6 - 13

Avocado is a current food in Haïti and appreciated as such by the population. Currently, it is considered by many international researchers to have many health benefits and is presented as a fruit whose consumption could help fight certain diseases common in the world. This literature review was done with the aim of shedding more light on the therapeutic possibilities of avocado pulp and considers in turn its actions as a supplier of important nutrients at different moment of the live and against several affections that can touch the Haitian population. Particularly, are considered cardiovascular diseases, diabetes, overweight, metabolic syndrome, liver problems, cognitive function, degenerative diseases, and several others. It opens a window on possible therapies from simple foods present in the territory but little known and no valued from this point of view in the Haitian medical world and by the population itself. Some research perspectives have been considered.

Introduction ‘médicaliment”, de ‘nutricament”,

L'importance d'une bonne alimentation pour le maintien de la santé est désormais reconnue. Pour être sûr d'arriver à un équilibre alimentaire satisfaisant, la plupart des diététiciens et des nutritionnistes recommandent de rechercher la diversité dans l'alimentation de façon à éviter les carences pouvant causer des maladies. A côté de la diversité proposée, pour éviter certaines carences, il est souvent recommandé d'inclure systématiquement dans la diète des aliments particulièrement riches en des éléments cruciaux. Depuis quelques années, il est admis que les aliments peuvent prendre part au traitement de maladies comme l'aurait fait un médicament. Le terme ‘” alicament * est alors apparu. Il dérive de la combinaison de 2 mots : aliment et médicament. En fait, c'est un aliment qui a ou qui peut aussi avoir un usage médicinal particulier : il permet donc de se nourrir et de se soigner en même temps. On parle aussi de

de ‘nutraceutique”, ‘d'aliment fonctionnel”, termes ayant, à quelques différences près, le même sens que l'alicament. Certains aliments dans leur état naturel sont considérés comme des ‘” alicaments” : d'autres doivent subir des modifications et peuvent par exemple être enrichis en substances particulières pour être considérés comme tels. Pour les aliments enrichis, on peut donner l'exemple de certains yogourts enrichis en levures recommandés pour favoriser la digestion ou des margarines avec ajout d'oméga 3 qui protégeraient le système cardiovasculaire (33).

L'avocat est le fruit de l’avocatier, arbre du nom latin Persea americana, originaire du Mexique et faisant actuellement parti du paysage haïtien. Il constitue un aliment courant dans le pays et est apprécié en tant que tel par la population. Pendant des années, l'avocat a été considéré par la gente médicale et scientifique comme non bénéfique à

la santé parce que trop riche en graisses (24). Actuellement, ces idées semblent avoir évolué car de nombreuses études tendent à démontrer ses propriétés protectrices et même réparatrices pour des maladies affectant la population haïtienne. Qu'en est-il exactement et en quoi ce fruit particulier peut-il être bénéfique à la santé et utile pour contrer certaines affections courantes dans le pays ? Existe-il des informations fiables pouvant porter à le considérer comme un ‘alicament” ?

Cette revue de littérature est faite dans le but de jeter un peu plus de lumière sur les propriétés de cet aliment du terroir afin de mieux appréhender et de mieux utiliser ses éventuelles possibilités thérapeutiques, sans pour autant le négliger en tant que simple et savoureux aliment. Des perspectives de recherche sur les variétés locales de ce fruit sont considérées.

Méthodologie

Pour produire cette revue de littérature, des sites scientifiques ont été consultés, en particulier Web of science, Scopus, Medline, Google scholar. Des mots clefs ont été introduits : avocat, avocado, Persea americana accompagnés des mots suivants : litterature review, nutrients, health, baby food, maladies neurovégétatives, Alzheimer, cicatrisant, nutriments, diabetis, diabète, maladies cardiovasculaires, cardio vascular illness, carences, maternité, maternity, allaitement, liver, foie, syndrome métabolique, metabolic syndrome, cholestérol, LDH cholesterol, weight, surpoids, obesity, triglycérides, hepatic enzymes, cancer. Dans cette revue de littérature, on s'est uniquement intéressé à la pulpe du fruit, partie comestible de l'avocat et non aux autres sousproduits du fruit (graines, pelure) ou à d'autres organes de l'arbre (feuilles, fleurs, ..).

Résultats

Tour à tour, seront considérés dans cette partie du texte les points suivants : l'avocat comme importante source de nutriments, l'avocat pour la protection du système cardiovasculaire, l'avocat et le diabète, l’avocat et l'obésité, l'avocat et le syndrome métabolique, l'avocat et le foie, l'avocat, la fonction cognitive et les maladies dégénératives, quelques autres propriétés de l'avocat.

L'avocat _ comme _ importante source de nutriments

Chez l'adulte

Pour mieux appréhender cette partie, les principaux nutriments contenus dans la pulpe de l'avocat sont présentés dans le tableau 1, avec leurs teneurs exprimées pour 100g d'aliment ou en %. Signalons tout de suite qu'il existe différentes variétés d'avocat dans le monde et que la teneur en ces nutriments peut différer selon les variétés et les zones de production. Les quantités indiquées dans ce tableau représentent donc un exemple de ce qui est publié dans la littérature puisqu'il n'existe pas de données particulières pour Haïti. Il se pourrait donc que les variétés trouvées dans le pays ne contiennent pas exactement ces quantités mais ce qui est présenté ici peut globalement donner une assez bonne idée de la réalité en attendant que des études chimiques soient menées sur les fruits des variétés locales.

En plus de ses constituants intrinsèques présentés au tableau 1, l'avocat, consommé avec d'autres aliments, a la propriété de favoriser l'absorption d'éléments contenus dans ces derniers. Une étude clinique a en effet montré que, chez un groupe de personnes en bonne santé, l'ajout d'avocat à une diète à base de végétaux faisait augmenter l'absorption de plusieurs caroténoïdes favorables au fonctionnement de l'organisme lycopène, bétacarotène, alpha-carotène et lutéine, entre autres (16), alors que ce fruit est déjà l'un des fruits les mieux pourvus en lutéine/zéaxanthine (20, 40).

Le tableau 1 et les informations données indiquent qu'une consommation régulière d'avocat peut apporter à l'organisme des nutriments importants qui font parfois défaut dans l'alimentation, en particulier, on peut le considérer comme étant une :

-Très bonne source de lipides et de calories: Avec ses plus de 14g de lipides/100g, l'avocat est le fruit le plus riche en graisse. Les graisses de l'avocat sont à plus de 70% constituées d'acides gras mono insaturés du même type que ceux de l'huile d'olive, avec un fort pourcentage d'acide oléique connu pour ses effets favorables sur l'organisme (13). L'avocat ne renferme pas de cholestérol, substance que les nutritionnistes conseillent de limiter dans la diète pour un bon équilibre alimentaire. Avec sa teneur en bons lipides, c'est un aliment qui favorise l'effort tant physique (ouvriers, sportifs) qu'intellectuel.

“Excellente source de potassium avec très peu de sodium, comme ceci peut être observé au tableau 1 (potassium : 509m£g; sodium : Tmg). Quoiqu'indispensable au fonctionnement des cellules, le sodium a tendance à être trop présent dans l'assiette et il est conseillé d'en éviter l'excès. Le potassium par contre qui joue un rôle de 1ère importance dans l'organisme fait souvent défaut dans l'alimentation des gens consommant peu de fruits et de légumes.

“Excellente source de Vitamines de type B (elles sont presque toutes présentes) indispensables au bon fonctionnement du système nerveux et au métabolisme des graisses.

“Excellente source de provitamine A dont l'absorption est favorisée par la présence des lipides.

“Excellente source de lutéine/

zéaxanthine, éléments dont la consommation réduit les risques de cataracte et de dégénérescence maculaire, 2 affections très courantes des yeux chez les personnes âgées (20).

Tableau 1. Valeur nutritionnelle de la pulpe d'avocat / 100 g d’aliment

Energie 160 kcal Protéines 2g Lipides totaux 14.6 Lipides saturés 48g Hydrates de carbone _| 8.53 g Fibres totaux 6.7 g Sodium T mg Potassium 509 mg Fer 0.55 mg Magnésium 30 me Calcium 12 mg Phosphore 52 me Zinc 0.64 me Cuivre 0.9 mg Niacine 1.7 me Acide folique 81 ug Acide pantothénique | 138 mg | Pyridoxine 0.257 me Thiamine 0.067 me Vitamine C 10 mg Vitamine E 2 mg Vitamine K 21 ug B-carotène 62 ug Alpha-carotène 24ug Cryptoxanthine 28 ug Lutéine/zéaxanthine |271ug

Source : USDA National Nutrient Database (40)

-Importante source de fibres, tant solubles qu'insolubles.

- Source de protéine : l'avocat fournit en moyenne 2 fois plus de protéines que la majeure partie des autres fruits: on y trouve également tous les acides aminés essentiels (40).

-Source de vitamines C et E, 2 antioxydants bien connus : la première protège l'organisme des infections: la deuxième est indispensable au système hormonal: les 2 renforcent le système immunitaire.

Chez l'enfant

Une alimentation équilibrée est un des facteurs les plus importants pour assurer la croissance et le développement harmonieux de l'enfant. Selon un article récemment publié (22), l'avocat pourrait constituer un aliment de complément

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pour les enfants après les premiers 6 mois d'allaitement exclusif conseillés par l'Organisation Mondiale de la Santé. Il pourrait aussi être un aliment de transition vers une alimentation ‘régulière’. Les arguments avancés concernent d’abord la teneur élevée de l'avocat en différents nutriments bénéfiques aux bébés (acides gras mono-insaturés, antioxydants, vitamines, fibres), tout en ayant peu de substances indésirables telles calories vides, sucres et lipides saturés. Actuellement, vu l'épidémie d'obésité et de maladies chroniques associées à la mauvaise alimentation observée à travers le monde, les nutritionnistes suggèrent de familiariser très tôt les bébés aux aliments contenant peu de sucre, les habitudes alimentaires s’'acquérant dès le plus jeune âge selon les observations faites (22). D'autre part, l'avocat a une saveur plutôt neutre qui se marie bien aux autres aliments et une consistance crémeuse rendant son ingestion aisée (22). Selon une autre étude, à quantité égale, l'avocat peut fournir aux bébés plus de vitamine B1, B2, niacine, acide folique, potassium, magnésium que nimporte quel autre fruit ou légume généralement offert aux bébés (13).

Selon une estimation faite au cours d'une étude, la moitié d'un avocat de la variété Hass (variété de taille assez modeste, commune dans les supermarchés nord-américains) qui correspond approximativement à 80g de fruit, fournit un pourcentage non négligeable de nutriments indispensables aux enfants âgés de 7 à 10 ans (13).

Chez la femme enceinte ou allaitante

Dans un article publié récemment dans la revue ‘Nutrients”, le rôle que pourrait jouer l'avocat dans l'alimentation des femmes enceintes ou allaitantes a été considéré (22). Pour l’auteur, avec son bon contenu en caroténoïdes, en fer, en vitamines de type B et C, en graisses monoinsaturées, en acide folique et en potassium, l'avocat offre une palette de nutriments pouvant contribuer à une diète équilibrée chez ces

femmes, tout en les protégeant de maladies pouvant atteindre le fœtus ou la femme elle-même. Ainsi, avec sa bonne teneur en acide folique, la consommation régulière d'avocat protégera le foetus du bec de lièvre. D'autre part, il a été récemment démontré qu'une diète riche en potassium est associée chez la femme enceinte à un risque de pré éclampsie beaucoup plus faible que les diètes en fournissant peu (22). Or l'avocat est l’un des fruits les mieux pourvus en ce minéral (40).

Pour contrer l'insécurité alimentaire et nutritionnelle L'insécurité alimentaire dans le monde a des causes diverses. L'une d'elles est la consommation par les populations d'aliments ne fournissant pas suffisamment de nutriments essentiels à l'organisme. Un chercheur a récemment proposé l'avocat comme aliment pouvant aider à contrer l'insécurité alimentaire dans certaines régions d'Afrique due à l'indisponibilité de nutriments importants dans les aliments les plus consommés (30). Selon lui, avec une bonne campagne d'information expliquant le bienfondé de la démarche, l'avocat, avec ses atouts nutritionnels, permettrait de lutter contre l'insécurité alimentaire et nutritionnelle dans les zones semi arides du Kenya notamment (30).

Avocat pour la protection du système cardiovasculaire

Les problèmes cardiovasculaires sont des pathologies atteignant le cœur et les vaisseaux sanguins. On sait qu'une diète adéquate peut aider à les prévenir ou à en diminuer la pathogénicité. Les recherches récentes indiquent que la consommation d'avocat est capable d'aider à adresser certains facteurs de risque de ces maladies, comme ceci sera vu dans les paragraphes suivants.

Avocat, cholestérol et athérosclérose

L'hypercholestérolémie est un désordre métabolique caractérisé par une augmentation du cholestérol total et du LDL (low-density lipoprotein) cholestérol dans le sang. En

dépit du fait qu'elle ne soit pas le seul facteur impliqué dans les maladies cardio-vasculaires, de nombreuses observations ont indiqué qu'en diminuant le cholestérol sanguin, on était capable de faire régresser l'athérosclérose et de réduire l'incidence des maladies cardiovasculaires (37). Plusieurs travaux tant chez l'humain que chez l'animal ont nettement indiqué les effets de l'avocat sur le cholestérol. Une étude réalisée chez le rat a ainsi montré qu'une consommation de 30 g d'avocat a significativement fait baisser le cholestérol total, le LDL cholestérol ainsi que les triglycérides respectivement de 22%, 29% et 38%, tout en faisant augmenter le HDL cholestérol qui lui est un indicateur positif du bon fonctionnement du système cardiovasculaire. Les auteurs ont attribué ces effets à la présence dans la pulpe d'avocat de plusieurs substances parmi lesquelles les acides gras monoinsaturés, les fibres, les flavonoïdes, les composés phénoliques et les stérols (29). Une autre étude menée en Egypte a montré qu'un extrait hydro alcoolique de pulpe d'avocat administré à des rats pendant 8 semaines a agi positivement à la fois sur le profil lipidique et sur l'indice d’athérosclérose des rats (9).

Plusieurs études ont montré l'action bénéfique de la consommation d’avocat sur le profil lipidique et le risque cardiaque chez l'homme (32). Une étude s’est penchée sur les effets de l'avocat sur le profil lipidique des gens en surpoids. L'étude réalisée sur 45 personnes montre que l'avocat a eu des effets bénéfiques sur le groupe en diminuant plusieurs facteurs de risques cardiovasculaires. Pour les auteurs, à part les acides gras MUFA (mono-unsaturated fatty acids), d'autres substances, en particulier les stérols (le B-sitostérol surtout) et les fibres de l'avocat joueraient un rôle important dans cette action. Des patients atteints d'hypercholestérolémie qui ont reçu 300g d'avocat par jour pendant seulement 7 jours ont vu leur cholestérol total, leur LDL (low-density lipoprotein) cholestérol et leurs triglycérides baisser par rapport au groupe

témoin (6). Comme pour l'étude précédente, les auteurs, ont attribué cette baise à la présence du B- sitostérol qui agit comme un anticholestérolémiant et l'avocat en contient beaucoup plus que les autres fruits (6). D’autres chercheurs attribuent l'effet protecteur de l'avocat sur le système cardiovasculaire à la présence des acides gras monoinsaturés, plusieurs études épidémiologiques réalisées dans la région méditerranéenne ayant montré que les régimes incluant des aliments riches en ces acides gras comme l'huile d'olive induisaient une faible incidence de l’athérosclérose et de maladies cardiovasculaires. L'huile contenue dans la pulpe de l'avocat a une composition très voisine de l'huile d'olive avec une teneur élevée en acide oléique (25). Le rôle du potassium dans la prévention des maladies du cœur a aussi été démontré et une consommation quotidienne de 400 mg de ce minéral a été associée à une réduction de 40 % du risque de souffrir d'un stroke : or ceci représente approximativement la quantité de potassium contenue dans un # avocat de taille moyenne (13). De nombreux chercheurs attribuent cependant l’action bénéfique globale de l'avocat sur le système cardio-vasculaire à la synergie entre les différentes substances évoquées plus haut et que l'avocat renferme en quantité importante (32).

Avocat et action antiplaquettaire

Les plaquettes sanguines sont nécessaires à la coagulation sanguine mais quand elles sont en excès, elles peuvent favoriser la formation de caillots sanguins dans les vaisseaux et provoquer une obstruction de la circulation sanguine (une thrombose) avec des conséquences très graves, voire mortelles. Quand un excès de plaquettes est décelé chez un patient, si le cas ne semble pas trop avancé, il lui est souvent recommandé de prendre de l’aspirine (acide acétylsalicylique) qui agit comme anti coagulant en empêchant la formation de ces caïllots. La pulpe d'avocat contient 2 substances acétogéniques, la persénone A et la persénone C qui ont démontré des effets antiplaquettaires et protégeraient de la thrombose artérielle en diminuant la formation de caillots (39). Une diète supplémentée en avocat pourrait ainsi être bénéfique aux personnes exposées à la maladie ischémique selon certains chercheurs (39).

Avocat et hypertension L'hypertension est un facteur de

risque important des maladies cardiovasculaires. C’est une cause majeure de stroke. Les enquêtes menées par le Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) indiquent que l'hypertension artérielle représente actuellement en Haïti la première cause de mortalité chez les adultes (18). Cette affection est associée, entre autres, au déséquilibre du rapport potassium/ sodium dans l'alimentation. Le Dr Roger Jean-Charles, médecin cardiologue, attire depuis quelques années l'attention sur l'importance de rétablir cet équilibre dans l’alimentation haïtienne où la quantité de sodium consommée sous forme de sel de cuisine par rapport au potassium dépasse largement ce qui est admis dans une diète équilibrée (18). La Food and Drug Association aux USA avise que les diètes renfermant des aliments riches en potassium et faibles en sodium réduisent les risques d'hypertension artérielle et de stroke (13). De ce fait, de nombreux nutritionnistes recommandent aux hypertendus ou aux personnes à risque une alimentation riche en potassium mais pauvre en sodium. Or avec ses 509 mg de potassium et ses 7mg/100g de sodium, l'avocat est un des aliments les plus riches en potassium et les plus pauvres en sodium. En fait, il contient plus de 50 fois plus de potassium que de sodium et ceci en fait un aliment qui peut contribuer à rétablir l'équilibre entre ces 2 minéraux dans l'alimentation et permettre un meilleur contrôle de l'hypertension artérielle (20). D'autre part, on sait aujourd'hui que les diètes riches en acides gras monoinsaturés agissent favorablement sur la tension artérielle (6) et l’avocat est avec l'huile d'olive l'un des aliments renfermant le plus d'acide gras mono-insaturés. Récemment, une étude portant sur près de 5000 volontaires a montré que si les graisses mono-insaturées et polyinsaturées sont toutes 2 associées à une baisse du cholestérol sanguin, seules les mono-insaturées causent une baisse de la tension artérielle (13). Les effets de l'avocat en cas d'hypertension ont été démontrés, entre autres, au cours d'une étude menée sur un groupe de rats rendus hypertendus par du sel d'acétate de désoxy-corticostérone : un extrait de pulpe d'avocat a provoqué chez ces rats une activité anti hypertensive dose-dépendante (2). En plus, au cours d'autres études, la pulpe d'avocat s'est montrée capable d'une action de protection du rein, organe particulièrement sensible aux poussées d'hypertension (29).

Avocat et diabète

Le diabète est un défaut du métabolisme des sucres. Chez les patients atteints de cette affection, après un repas contenant des glucides, la montée soudaine du niveau de glucose sanguin, due à l'insuffisance ou à l'absence d'insuline, cause de l'hyperglycémie (concentration anormalement élevée de sucre dans le sang) par hydrolyse des glucides. Lorsque ce phénomène se produit fréquemment, il cause à la longue des altérations progressives des nerfs et des vaisseaux, avec des conséquences néfastes sur plusieurs organes vitaux (reins, yeux, cœur, etc...). C’est la raison pour laquelle il est généralement demandé aux diabétiques de limiter leur consommation d'aliments riches en sucres (ou en hydrates de carbone).

L'avocat présente de l'intérêt dans la diète des diabétiques par sa composition et ses propriétés. D'abord, son contenu en hydrates de carbone est très faible (Tableau 1). En fait, contrairement à la majorité des autres fruits, l'avocat renferme de faibles quantités à la fois de glucose, de fructose et de sucrose, ce qui a comme corollaire qu'il ne provoque pas de pic glycémique. En plus, il contient du D-mannoheptulose qui

favorise le catabolisme du glucose dans l'organisme (36), ce qui constitue un avantage supplémentaire. Il favorise aussi la tolérance au glucose qui pourrait se trouver dans d’autres aliments (23). Par ailleurs, la grande richesse de l'avocat en fibres (solubles et insolubles) contribue au contrôle du niveau de sucre dans le sang, les fibres ayant la propriété de ralentir la vitesse de dégradation des glucides dans le système digestif, ce qui évite les pics glycémiques (17).

L'une des approches thérapeutiques généralement proposée aux diabétiques pour le contrôle de la glycémie est de diminuer l'absorption du glucose dans le système digestif en inhibant l’action des enzymes hydrolysant les hydrates de carbones. Ces enzymes sont principalement l'alpha-amylase et l’alpha-glucosidase. Là encore, selon les expérimentations faites, la pulpe d'avocat s'est montrée capable d'inhiber ces 2 enzymes de manière significative, ce qui, selon les chercheurs ayant mené l'étude, justifie l'usage de ce fruit pour faire baisser le taux de sucre sanguin (1). Selon l'étude, cette action serait due à la forte teneur de l'avocat en composés phénoliques (1). Une autre étude a montré comment en expérimentation animale, un extrait de pulpe d'avocat a pu ramener presqu'à la normale le niveau d'insuline plasmatique, suggérant les effets stimulants de l'avocat sur la production d'insuline ellemême (26). Par ailleurs, les effets positifs de la pulpe d'avocat chez un groupe de rats diabétiques par action sur les enzymes contrôlant le métabolisme des glucides ont été démontrés (27). Chez l'homme, une étude a comparé 2 groupes de diabétiques : l’un a reçu une diète à faible taux de lipides et fort taux d'hydrate de carbone : l’autre, une diète à fort taux d'acides gras mono-insaturés provenant principalement de l’avocat et à faible taux d’hydrate de carbone. Le groupe consommant les graisses mono-insaturées provenant de l'avocat a eu un meilleur contrôle de la glycémie (13).

Obésité et surpoids sont des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires (32). Selon les croyances d'il y a quelques années, la consommation d'aliments riches en lipides causaient inévitablement des gains de poids et étaient défavorable à la santé cardiaque. Depuis plus ou moins 2 décennies, on a appris à distinguer les types de lipides et leurs effets respectifs. Les expérimentations récentes indiquent en effet que dans le cadre d'une diète équilibrée, un régime contenant des quantités modérées de lipides de type mono-insaturé est plutôt associé à une baisse de poids (7). Les expérimentations animales et les études cliniques menées chez l'homme ont montré que la consommation régulière d'avocat dans le cadre d’une alimentation équilibrée ne causait pas de gain de poids et réduisait l'excès d’adiposité dans les tissus (7, 15, 32). L'action de l'avocat concernerait surtout l’adiposité abdominale, la plus dangereuse pour le cœur (23). La forte teneur de l'avocat en graisses et en fibres causerait une impression de satiété qui limiterait la quantité de nourriture ingérée et la prise de poids (15). Les fibres agiraient aussi en inhibant l'absorption des graisses. En évoquant à la fois les études in vitro, chez l'animal et chez l'homme, une revue de littérature faite en 2020 sur les effets de l'avocat contre l’obésité a conclu aux effets bénéfiques de ce fruit en cas de surpoids (5). Selon cette même étude, en plus de permettre un meilleur contrôle du poids, la consommation d'avocat serait capable d'inverser les effets délétères de l'obésité sur les lipides sanguins (5).

Avocat et syndrome métabolique Le syndrome métabolique désigne l'association d'un certain nombre de troubles de santé liés à un dérèglement du métabolisme consécutif à un mode de vie inadéquat. À lui seul, l'incidence de ce syndrome augmenterait de 5 fois le risque de diabète de type 2 et de 3 fois celui de maladies cardiovasculaires (17). Quand ce diagnostic est donc posé

chez un patient, ce dernier a grand intérêt à changer d'alimentation et de mode de vie en général, afin de prévenir ces affections qui, en dépit des traitements offerts, constituent des causes majeures de morbidité et de mortalité à travers le monde. Signalons que le syndrome métabolique est de plus en plus courant dans les pays en voie de développement comme Haïti, ce à cause des changements qui se sont opérés dans le style de vie et l'alimentation des populations de ces pays.

Certaines diètes comme la diète méditerranéenne qui font la part belle aux fruits, aux légumes et à l'huile d'olive avec peu de viande pourraient prévenir ce syndrome et selon de récents travaux, l'avocat, avec sa composition particulière, pourrait aussi offrir le même genre de protection (4). Selon une étude réalisée sur 7 ans, il a été constaté que les consommateurs réguliers d'avocat font une ingestion plus élevée de plusieurs nutriments importants tels les graisses mono-insaturées, les fibres, la vitamine E, les minéraux, tout en ingérant moins de sucre : leur poids et leur tour de taille restent significativement plus faibles que les non consommateurs et leur risque de développer un syndrome métabolique est 2 fois plus faible que les non consommateurs (11). Les auteurs de l'étude ont conclu qu'il serait bénéfique d’incorporer l'avocat à la diète des adultes sains en prévention du syndrome métabolique, de même qu'à celle de ceux présentant déjà ce syndrome afin qu'ils soient mieux protégés des affections telles le diabète ou les maladies cardiaques qui les guettent (11). Selon des travaux publiés récemment, pour procurer cette protection, l'avocat agirait de différentes façons : en abaïssant les lipides sanguins, par son action anti oxydante et anticoagulante, en permettant un meilleur contrôle du poids, en diminuant le taux de glycémie et le stress oxydatif (16, 17).

Avocat et fonctionnement du foie Les fonctions du foie sont multiples : excrétrices, métaboliques, de détoxification, entre autres. Tout disfoncRED 9(1) Mai 2021 10

tionnement de cet organe crée des troubles dans tout l'organisme. Pour évaluer le fonctionnement du foie, mis à part l'examen clinique, on mesure généralement la concentration sanguine de certaines enzymes dont les plus fréquemment demandées sont l'alanine aminotransférase (ALT), l'aspartate transaminase (AST). les phosphatases alcalines et les transpeptidases.

Il est important de comprendre comment l'avocat, un fruit si riche en graisses, agit sur le foie. Les études faites jusqu'ici démontrent que non seulement l'avocat n'a pas d'action négative à ce niveau, mais il peut même améliorer le fonctionnement de cet organe. Déjà en 2001, une étude a évalué l’activité protectrice de 22 fruits courants contre les dommages causés au foie par de la galactosamine, un sucre aminé utilisé dans les modèles animaux pour l'étude des pathologies liées au disfonctionnement du foie. Comme l'ont indiqué les résultats obtenus pour l'ALT et l'AST, parmi les 22 fruits testés, l'avocat a eu la plus forte capacité à réparer les dommages causés au foie par cette substance (21). Selon une autre étude, un supplément de pulpe d'avocat chez des animaux de laboratoire a réduit l'AST et l'ALT respectivement de 31% et de 38%, montrant l'effet bénéfique de l'avocat sur le foie (29). Les auteurs de l'étude signalent que le niveau de cholestérol total et les triglycérides hépatiques ont également été abaissés avec la consommation d'avocat (29). D'autre part, des rats ayant eu une diète riche en cholestérol et en glucose mais qui ont reçu un supplément d'avocat ont eu moins d'accumulation de graisses au niveau du foie (stéatose hépatique) que ceux n'ayant pas reçus d'avocat (6). Par ailleurs, chez des rats recevant une alimentation riche en sucrose, l'huile tirée de la pulpe d'avocat donnée en complément alimentaire a favorablement affecté les marqueurs hépatiques chez ces animaux. Une régénération des cellules hépatiques a aussi été rapportée chez eux (13).

Avocat, fonction cognitive et maladies neuro-dégénératives

Les maladies neuro-dégénératives et la démence engendrent des processus inflammatoires dans les tissus (3). Avec sa teneur élevée en nutriments comme l'acide folique et la lutéine, l'avocat est un réservoir de substances anti-inflammatoires et anti-oxydantes connues pour leur action de protection des cellules. Un large corpus d’évidences indique que le stress oxydatif est impliqué dans ces affections en produisant des dommages aux nerfs et en modifiant les signaux intercellulaires, ce qui à la longue peut conduire à la mort des neurones par nécrose ou autre processus (3). Les anti-oxydants en général se sont montrés capables de réduire ces effets délétères dans de nombreuses études in vitro et in vivo et ceux de l'avocat se sont révélés être des agents neuroprotecteurs effectifs (3). L'avocat renferme des composés phénoliques dont les plus importants sont la quercétine, l'acide coumarique et l'épicatéchine et la consommation d'aliments riches en ces composés est généralement associée à la prévention des maladies neurodégénératives. La lutéine/ zéaxanthine dont la teneur est très élevée et particulièrement biodisponible dans la pulpe d'avocat peut aussi jouer un rôle protecteur car, en général, elle est associée à une meilleure fonction cognitive. Au cours d'une récente étude, il a par exemple été démontré qu'un supplément de lutéine/zéaxanthine donné à un groupe de personnes âgées agissait favorablement sur la fonction cognitive, en particulier en ce qui a trait à l'attention et la flexibilité cognitive (14). Différentes études menées sur l'avocat montrent que ce dernier peut causer une augmentation de la lutéine/ zéaxanthine dans les tissus, avec des effets bénéfiques, même pour des personnes obèses dont la fonction cognitive est souvent altérée. Au cours d'une étude publiée récemment dans la revue bien connue “Nutrients”, les effets de l'avocat sur la fonction cognitive ont été étudiés chez des sujets sains ayant consommé de l'avocat tous les jours pendant 6 mois. Après cette période, une augmentation de 25% de lutéine a été observée dans certains tissus tels ceux des yeux et du cerveau. La mémoire et l'attention des sujets se sont aussi améliorées (38). Dans une autre étude, après avoir testé les effets de l'avocat sur la fonction cognitive d'adultes en bonne santé pendant 6 mois, les auteurs ont conclu que leurs observations permettaient de croire qu'une consommation quotidienne d'avocat augmentait la lutéine neurale et pourrait constituer une stratégie efficace pour mieux préserver la santé cognitive (19). Dans une étude datant de 2019 réalisée pendant 12 semaines chez des gens en surpoids ou obèses, les chercheurs ont constaté qu'une consommation quotidienne d'avocat améliorait sensiblement le niveau d'attention chez ces sujets (8).

Quelques autres actions de l’avocat

Plusieurs recherches in vitro laissent aussi croire que l'avocat aurait des propriétés favorables à la prévention du cancer. L'une d'elle a démontré qu'un extrait de pulpe diminuait la prolifération de cellules cancéreuses humaines de la prostate (34). D'autres travaux ont montré que la persénone contenue dans l'avocat avait la capacité de faire baisser certains enzymes impliqués dans le développement des cellules cancéreuses. Par ailleurs, une étude a montré que la consommation d'avocat pourrait aider à réduire les effets délétères de la chimiothérapie sur les lymphocytes humains (35).

L'avocat avec ses vitamines A, C, B, E, ses bonnes graisses et ses flavonoïdes a démontré des effets bénéfiques sur le système immunitaire en stimulant la production des immunoglobulines (12). Cette propriété pourrait être mise à profit au cours de la pandémie causée par le Sars-cov-2 afin de renforcer le système immunitaire face aux attaques microbiennes et aux perturbations diverses observées, d'autant que l'avocat renferme des composés phénoliques qui agissent sur le système

de régulation de l'organisme ainsi que sur la réponse au stress, ce dernier affaiblissant généralement le système immunitaire (36).

Par voie cutanée, l'avocat pourrait aussi, en augmentant le contenu en hydroxy-proline des tissus, participer à la constitution du tissu conjonctif et aider à la cicatrisation des blessures, selon des observations histologiques réalisées (39).

Conclusion

Vivant dans un pays où le système de santé conventionnel est loin de pouvoir répondre aux besoins de la population. il est de l'intérêt général de porter une attention particulière à l'alimentation et de chercher à y inclure des produits locaux pouvant assurer un fonctionnement optimal de l'organisme, tout en protégeant ce dernier des maladies courantes. Certains aliments du terroir semblent répondre à ces critères et après ce tour d'horizon concernant les propriétés de l'avocat, il est clair que ce fruit peut beaucoup apporter à la population haïtienne, tant pour la maintenir en santé que pour l’aider à lutter contre un certain nombre de maux communs connus pour causer morbidité et mortalité au sein des communautés. Comme ceci a été vu dans les pages précédentes, les propriétés nutritionnelles et thérapeutiques de l'avocat peuvent être attribuées à de nombreuses substances contenues en bonne quantité dans sa pulpe, qu'il s'agisse de vitamines comme la lutéine ou le b-carotène, de minéraux tels le potassium et le magnésium, de lipides mono-insaturés, de fibres solubles et insolubles, de flavonoïdes divers, d'inhibiteurs d'enzymes à effet glycémique, de stérols influençant favorablement le profil lipidique, etc. Toutes ces substances, agissant seules ou en synergie avec les autres, contribuent à faire de l'avocat un remarquable ‘alicament” pouvant répondre à de nombreux besoins de l'organisme en nutriments tout en contribuant à prévenir et même à prendre part au traitement de problèmes de santé majeurs affectant la population. Les propriétés de l'avocat sont d'autant

plus intéressantes qu'il s'agit d'un fruit toujours prêt à l'emploi, consommable sans cuisson, donc sans déperdition de ses constituants et bien protégé de la poussière et des microorganismes par sa pelure entourant la pulpe comestible. De la même manière que l'huile d'olive est présentée aujourd'hui en tant que l'une des composantes fondamentales du régime méditerranéen, ce dernier battant tous les records pour la protection de nombreuses affections, les maladies cardiovasculaires entre autres, l'avocat devrait occuper une place spéciale dans la diète haïtienne pour tout ce qu'il peut apporter pour l'entretien et la préservation de la santé. Des études concernant la composition chimique et les effets de la pulpe des variétés locales sur des affections de plus en plus courantes dans le pays telles l'hypertension et le diabète devraient être menées. D'autres travaux pourraient concerner les autres parties de la plante dans le domaine de la santé ou des soins cosmétiques : la feuille qui a démontré des effets antinflammatoires, la graine qui aurait des propriétés anti -oxydantes, anti-inflammatoire et anti-diarrhéiques, l'huile, de plus en plus prisée sur le marché extérieur par voie orale ou comme produit cosmétique. C’est dire toute l'étendue du potentiel tant curatif que commercial de cet arbre ! A la population de lui donner la valeur qu'il mérite et de profiter pleinement de ses multiples possibilités et bienfaits !

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Article 2

Les recettes haïtiennes face à la pandémie provoquée par le SARS-CoV-2 A. Bien-Aimé, Campus Henry Christophe- Limonade, UEH, J. Casimir, Faculté des Sciences, UEH, M-F Civil, E.

Noël et M. Rouzier, Faculté de Médecine et de Pharmacie, UEH

RESUME Bien Aimé, A. Casimir J., Civil, MF. Noël, E. et Rouzier. M. 2021. Les recettes haïtiennes face à la pandémie provoquée par le SARS-CoV-2. RED 9 (1): 14 - 22

Le présent article est tiré d'un travail d'évaluation des remèdes traditionnels utilisés par la population haïtienne face à la Covid-19. Un jury créé à cet effet par le Conseil Exécutif de l'UEH qui avait pour tâche de donner un avis scientifique et éthique sur ces remèdes, s'est penché sur un total de 72 recettes identifiées. Les données recueillies ont permis d'identifier 76 produits dans ces recettes, avec notamment 69 espèces de plantes, 5 produits d'origine animale et 2 d'origine minérale. Par ordre décroissant de fréquence d'apparition dans les recettes, les 9 principaux produits recensés sont : le miel, le gingembre, le citron, l'aloës, le g1rofle, l'ail, l'oignon, la cannelle et l'armoise. La recherche bibliographique et l'analyse faite à partir des données de la littérature relative à la composition chimique et aux propriétés des 48 produits les plus utilisés et de leur association montrent que la population a su faire un choix raisonné de recettes ayant la possibilité de prévenir la maladie, de soulager les symptômes et d'atténuer ou d'éviter plusieurs complications de la Covid-19, ce qui témoigne de sa bonne connaissance de la phytothérapie. Il faut toutefois noter l'usage de quelques plantes à effet toxique, de quelques associations et dosages pouvant présenter certains risques pour la santé humaine. Ceci démontre l'importance de l'établissement de normes pour l'utilisation de la médecine traditionnelle dans le pays. Précisons qu'il s'agit de résultats préliminaires devant être corroborés par des études ultérieures de type chimique et clinique. A partir des constats faits, des recommandations concernant, entre autres, les précautions à prendre en utilisant ces recettes ont été formulées.

ABSTRACT Bien Aimé, À, Casimir J., Civil, MF. Noël, E. et Rouzier. M. 2021. Haïtian recipes used to face the pandemic caused by SARS-CoV-2. RED 9 (1): 14 - 22

This article comes from an evaluation of the traditional remedies used by the Haitian population to fight the Covid-19. The jury created for this purpose by the Executive Council of the UEH, whose task was to give scientific and ethics advice on these remedies, looked at a total of 72 recipes identified. The data collected allowed the identification of 76 products in these recipes, including 69 species of plants, 5 products of animal origin and 2 of mineral origin. In decreasing order of frequency of appearance in recipes, the top 9 products listed are: honey, ginger, lemon, aloe, cloves, garlic, onion, cinnamon and mugwort. Bibliographic research and analysis based on data from the literature relating to the chemical composition and properties of the 48 most used products and their combination show that the population has been able to make a reasoned choice of recipes with the possibility of preventing the disease, to relieve symptoms and to alleviate or avoid several complications of Covid-19, which testifies to his good knowledge of herbal medicine. However, it should be noted the use of some plants with toxic effects and some associations and dosage that may present certain risks for human health. This demonstrates the importance of setting standards for the use of traditional medicine in the country. Note that these are preliminary results to be corroborated by subsequent chemical and clinical studies. On the basis of the observations made, recommendations concerning the precautions to be taken when using these recipes have, among other things. been formulated.

Introduction Le SARS-COV-2 est un virus appapar les autorités étatiques ellesmêmes comme remède contre la Coru en Chine à la fin du mois de décembre 2019. Il s'est rapidement étendu d’un continent à l’autre et la maladie qui en a résulté a mis les populations du monde entier dans une situation de détresse, les contraignant à la recherche rapide de médicaments en dehors des normes prescrites par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ceci a, par exemple, été le cas à Madagascar avec l'Artemisia annua, une plante de la famille des Astéracées portant le nom d'armoise annuelle qui dès le début de la pandémie a été proposée

vid-19 (18). Le caractère hautement contagieux et la propagation rapide de ce nouveau virus n’a en effet pas accordé le temps nécessaire aux scientifiques et au corps médical de bien comprendre la maladie qui en a résulté et de mettre au point des médicaments capables de contrôler la pandémie. Jusqu'à présent, dans les pays touchés, il n'y a donc pas de remèdes spécifiques mais des protocoles de soins comprenant des antiviraux, des antibiotiques et des médicaments pour traiter les symptômes sont proposés aux patients.

Lorsque ces derniers présentent une détresse respiratoire, ce qui indique un degré d'atteinte assez avancé de la maladie, ils sont mis sous oxygène ou placés en réanimation. Dans la plupart des pays touchés et plusieurs semaines après l'apparition de la maladie, des anticoagulants ont été ajoutés au traitement de base : ceci semble avoir amélioré le pronostic vital d'une grande partie des patients atteints. Faisons remarquer qu'aucun des protocoles proposés dans ces pays n'est à la portée des petites bourses. Il faut aussi signaler que depuis le mois de décembre 2020, la mise sur le marché de plusieurs vaccins a été autorisée dans un certain nombre de pays tels La France, l'Angleterre et les Etats Unis d'Amérique. Il faudra cependant attendre quelques mois avant de pouvoir évaluer l'impact des campagnes de vaccination dans l'évolution de la pandémie.

En Haïti, la maladie est bien présente et pour y faire face, le gouvernement haïtien a dès le début pris différentes mesures et les a rendues publiques. Depuis le mois de mars 2020, le Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) publie de façon assez régulière le nombre de personnes atteintes et décédées par la Covid-19 (37). Au 7 décembre 2020, ce Ministère déclarait pour le pays 9434 cas confirmés pour 233 décès (37). Aux problèmes sanitaires posés par cette pandémie, s'est ajoutée dans les premiers mois une quasi psychose d'être contaminé, poussant tantôt au déni, tantôt au rejet des personnes suspectées de porter le coronavirus ou même à l'agressivité. Cependant, une fois informée du danger représenté par le virus, la population s'est aussi systématiquement tournée vers sa médecine traditionnelle en faisant appel à des remèdes à base de plantes. Çà et là, des recettes comprenant plusieurs produits ont été proposées par ceux détenant des connaissances dans le domaine et la

population s'est mise à consommer des thés de compositions diverses supposés la protéger ou la guérir de la maladie. Des potions préparées par des “spécialistes” sont aussi assez rapidement arrivées sur le marché, parfois sans aucune notice concernant la composition des préparations offertes.

C'est dans ce contexte que l'Université d'Etat d'Haïti (UEH), voulant évaluer ces savoirs et leurs effets en cas de Covid-19, a mis en place au mois de juin 2020 un jury devant donner son avis scientifique et éthique sur les recettes utilisées dans le pays pour faire face à la pandémie. Ceci a été fait dans l’idée d'avoir une meilleure lisibilité du niveau d'efficacité et de sécurité de ces pratiques. Vu l'urgence de la question, il avait été demandé audit jury d'effectuer cette évaluation en 1 mois.

Dans cet article, sont présentés les principaux résultats de ce travail effectué dans l'urgence ainsi que les recommandations faites à la population haïtienne, en vue de l'orienter face aux multiples recettes qui lui sont proposées pour contrer cette pandémie ayant déjà causé de nombreuses pertes en vies humaines et de sérieux bouleversements économiques à travers le monde.

Esquisse méthodologique

Pour faire cette évaluation en un temps si court, le jury a dû au départ décider de n'effectuer aucune interview ni d'analyse chimique ou microbiologique sur les remèdes. Il a plutôt mis l'accent sur les aspects qualitatifs des recettes. La recherche a été avant tout bibliographique et basée sur les documents scientifiques disponibles sur les produits retrouvés dans les recettes, leur compilation et l'analyse de l’ensemble des données. Afin de répertorier les recettes, les membres du jury ont utilisé leurs relations professionnelles ou familiales et des réseaux sociaux divers. Une association de femmes, le Fonds d'assistance aux femmes victimes de viol (FAAFVV) qui s'est donné la tâche d'effectuer un inventaire des recettes utilisées dans le pays en cas de la Covid-19, a bien voulu mettre ces dernières à la disposition du jury.

La compilation des données a permis d'établir le répertoire des remèdes les plus utilisés dans le pays ainsi que la liste des produits retrouvés dans les formules avec leur fréquence d'apparition. Une recherche bibliographique concernant les noms scientifiques, les principes actifs, les propriétés pharmacologiques et les effets secondaires possibles de la majorité des produits répertoriés a été effectuée.

L'action des différentes plantes et autres produits utilisés dans les recettes en cas de Covid-19 a été envisagée pour les symptômes et complications suivants: la fièvre, la toux, les signes de grippe et de rhume, les douleurs et courbatures, le mal de gorge, les infections bactériennes et virales, la faiblesse immunitaire, l'inflammation, les complications vasculaires, la tempête cytokinique (emballement du système immunitaire) et la formation de caillots sanguins dans les vaisseaux (pouvant entrainer une thrombose). En ce qui concerne les facteurs de comorbidité associés à la Covid-19 dont 2 d'entre eux (le diabète et l'hypertension artérielle) sont fréquents dans le pays, le jury s'est aussi penché sur les actions possibles des produits répertoriés contre ces affections.

À partir des informations obtenues lors des étapes précédentes, une analyse des données a été réalisée sur les différents produits, notamment en ce qui concerne leurs effets possibles en cas de Covid-19. Différents groupes de recettes ont par la suite été constitués, en lien entre autres, avec la composition, le nombre de produits, les actions pharmacologiques et le mode d’administration des formules et un jugement a été porté en ce qui a trait à l’action potentielle de ces recettes sur la prévention, les symptômes et les complications de la maladie. Les effets globaux positifs et négatifs des différents groupes de recettes ont été envisagés.

Résultats

Les constituants des recettes

En tout, le jury a travaillé sur 72 recettes traditionnelles. La compilation faite a permis de recenser plus de 76 différents produits dans ces recettes, avec notamment 69 espèces de plantes, 5 produits d'origine animale et 2 d'origine minérale. Dans le tableau 1, est présentée la fréquence d'apparition de ces différents produits.

Comme ceci peut être observé sur le tableau ci-contre, trente-six (36) produits n'apparaissent qu'une seule fois dans les recettes alors que d'autres sont plus fréquents. Le miel et le gingembre sont en tête de liste avec des fréquences d'apparition respectives de 25 et 24. Ils sont suivis en ordre décroissant par le citron, l’aloès, le girofle, l'ail, l'oignon, la cannelle et l’armoise. Les familles de plantes les plus représentées sont les Astéracées, les Euphorbiacées, les Lamiacées et les Liliacées, 4 familles bien connues dans le monde pour leurs propriétés thérapeutiques. Les produits et plantes trouvés dans les recettes appartiennent à plusieurs catégories : alimentaires, condiments, plantes à huile essentielle, plantes à principes amers, plantes médicinales à propriétés diverses, extraits de plantes, vitamines et autres. Il convient de faire remarquer que la plupart des plantes recensées font partie de pharmacopées d’autres pays.

Mode de préparation et d'administration des remèdes

Les recettes comprennent de 1 à 12 ingrédients. Les associations de deux à huit ingrédients dominent. Le mode de préparation des remèdes est variable : décoction, trempés sur alcool (rarement sur vinaigre), passage des ingrédients au mixer, jus, infusion, etc. Les modes d'administration sont aussi très variés : la voie orale prévaut, rarement accompagnée de frictions ou de bains. Des inhalations sont aussi proposées. Dans bon nombre de recettes, il est demandé que les thés soient administrés bien chauds et d'éviter les boissons glacées. Le

Tableau 1. Fréquence d'apparition des plantes et autres produits dans 72 temps d'administration des remèdes recettes de médecine traditionnelle utilisées en cas de Covid-19

Non commun Nom latin Famille Fréquence du produit d'apparition Miel - - 25 Gingembre Zingiber officinale Zingiberaceae 25 Citron Citrus aurantifolia Rutaceae 22 Aloès Aloe vera Liliaceae 19 Girofle Syzyzium aromaticum Myrtaceae it Ail Allium sativum Liliaceae 15 Oignon Allium cepa Liliaceae 14 Cannelle Cinnamomum zeylanicum Lauraceae 14 Armoise Artemisia sp Asteraceae 12 Rhum - - 9 Muscade Myristica fragrans Myristicaceae 9 Œuf de poule - 8 Lait Lait - 8 Eucalyptus Eucalyptus globulus Myrtaceae 4 “Asorosi” Momordica charantia Cucurbitaceae 5 Orange sure Citrus aurantium Rutaceae 5 Persil Petroselinum sativum Apiaceae 5 Sel - - 5 Safran Curcuma longa Zingiberaceae 4 Basilic Ocimum basilicum Lamiaceae 4 Citronnelle Cymbopogon citratus Poaceae 4 Carotte Daucus carotta Apiaceae 4 “Kase sèk” Samyda pubescens Flacourtiaceae 3 Ricin Ricinus communis Euphorbiaceae 3 Absinthe Artemisia absinthium Asteraceae 3 Malaguette Myrtaceae 3 “Bwazen” Tecoma stans Bignoniaceae 2 Florida - - 2 Cresson Nasturtium officinale Brassicaceae 2 Vin - - 2 Betterave Beta vulgaris Chenopodiaceae 2 Romarin Croton linearis Euphorbiaceae 2 Piment Capsicum frutescens Solanaceae 2 Argile É > 2 Verveine Stachytarpheta jamaicensis Verbenaceae 2 Moringa Moringa oleifera Moringaceae 2 Tabac Nicotiana tabacum Solanaceae 2 Beurre - - 2 Sirop de canne Saccharum officinarum Poaceae 2 Pois puant Senna occidentalis Legumineuse 2 Vitamine C - - 2 Vitamine À - - 2 “Dèyè do” Phyllanthus sp Euphorbiaceae 1 Mombin batard Trichillia hirta Meliaceae À Artichaut Cynara scolymus Asteraceae 1 Langue de chat Eupatorium odoratum Asteraceae 1 ‘Malonmen” Euphorbia hirta Euphorbiaceae L Bois d'orme Guazuma ulmifolia Sterculaceae 1 Absinthe marron Parthenium hysterophorus Asteraceae 1 Poivre Piper nigrum Piperaceae 1 Celéri Apium graveolens Apiaceae 1 “Zèbaklou” Ocimum micrantum Lamiaceae 1 Camomille Gnaphalium viscosum Asteraceae 1 Manioc Manihot esculenta Euphorbiaceae 1

est en moyenne de 5 à 10 jours ; souvent pour la prévention, il est recommandé de prendre le remède 1 fois par jour, parfois 2 alors que si on déjà atteint par la maladie, on recommande de le faire 3 fois/j. Pour les punchs (préparations complexes comprenant à la fois des plantes aromatiques, des œufs, du lait et du rhum), la recommandation est souvent d’une fois par jour. Quelques personnes ont attiré l'attention sur la toxicité de certaines plantes et ont demandé de ne pas administrer l'armoise et certains autres remèdes aux femmes enceintes ou allaitantes ainsi qu'aux jeunes enfants. Parmi les plantes utilisées pouvant présenter une toxicité, signalons aussi la présence de l'absinthe (Artemisia absinthium) et de l’absinthe marron (Parthenium hysterophorus).

Action des principes actifs contenus dans les produits répertoriés

Le jury s'est penché sur les principes actifs des ingrédients contenus dans ces recettes d'un point de vue qualitatif et des monographies (ces dernières sont présentées dans le rapport complet mais pas dans cet article) ont été préparées pour 45 plantes et 3 produits d'origine animale. Ces monographies qui renseignent principalement sur les noms scientifiques, la composition, les propriétés thérapeutiques de ces produits ont permis de comprendre les actions potentielles que ces derniers pourraient avoir en cas de Covid-19.

Le miel qui arrive en première position pour sa fréquence d'utilisation dans les recettes se caractérise, entre autres, par sa teneur élevée en glucose fournissant de l'énergie rapidement utilisable ainsi que par ses propriétés antibactériennes, cicatrisantes et anti inflammatoires (10). Le lait et l'œuf contiennent tous les éléments nutritifs dont l'homme a besoin en quantité plus ou moins équilibrée et donnent un mélange nutritif pouvant aider à la récupération rapide d'un malade ou à préparer l'organisme à affronter une pathologie à venir (13, 15, 19).

Tableau 1. Fréquence d'apparition des plantes et autres produits dans 72 recettes de médecine traditionnelle utilisées en cas de Covid-19 (suite)

Non commun du Nom latin Famille Fréquence produit d'apparition Cayimite Chrysophyllum cainito Sapindaceae 1 Fougère Pteridophyte Non identifée 1 Menthe Mentha spicata Lamiaceae 1 Herbe de Guinée Panicum maximum Poaceae 1 Anis étoilé Illicium verrum Illiciaceae 1 Noni Morinda citrifolia Rubiaceae 1 Medicinier Jatropha sp Euphorbiaceae 1 “Zamorèt” Solanum torvum Solanaceae 1 Siwo - - 1 Cacao Theobroma cacao Sterculaceea 1 “Kokoyer” Cocos nucifera Palmaceae 1 Grenade Punica granatum Punicaceae 1 Pourpier Portulaca oleracea Portulacaceae 1 Petit mil Sorghum vulgaris Poaceae 1 “Atiyayo” Ocimum gratissimum Lamiaceae 1 Camphre - - 1 Vinaigre - - 1 Vicks - - 1 Shoe black Hibiscus rosa-sinensis Malvaceae 1 Mabi Colubrina arborescens Rhamnaceae 1 Thym Thymus vulgaris Lamiaceae + Goyave Psidium guajava Myrtaceae 1 Escargot Helix sp - 1

Des principes actifs amers sont trouvés dans plusieurs plantes

thuyone de l'armoise, momordicine de l’asowosi, azadirachtine du neem. Ces substances peuvent agir contre la fièvre et les douleurs (20, 30). D'autres substances telles les flavonoïdes, les alcaloïdes et les tanins, peuvent agir sur plusieurs symptômes de la covid. Pour prendre ici l'exemple des flavonoïdes : quercétine, rutine et naringine trouvés dans plusieurs espèces utilisées sont connues pour leurs actions antivirales, antibactériennes, antiinflammatoires et immunostimulantes (35). Certains flavonoïdes comme la quercétine ont même donné lieu à des essais cliniques particuliers contre la SarsCov-2 : cette dernière substance est présente en bonne quantité dans l'oignon et est commercialisée sous différentes formes et proposée par plusieurs médecins naturalistes en prévention de la Covid-19. Des flavonoïdes présents dans la pelure des Citrus tels la nobilétine pourraient, selon certaines études, avoir un effet préventif de l'infection (14), alors

que d'autres comme l'hespérétine, en inhibant l’action de certains enzymes, seraient capables de diminuer l'impact du virus sur l'organisme (14). La curcumine contenue dans le safran aurait un effet similaire à l'hespéridine (16). Quant à l'émodine contenue dans l'aloes (Aloe vera), elle s'est montrée capable de rompre l'enveloppe virale tout en inhibant certains enzymes importants pour l'entrée du virus dans la cellule (14).

En ce qui a trait aux plantes à huiles essentielles particulièrement nombreuses dans les recettes utilisées (eucalyptus, gingembre, girofle, citron, cannelle, muscade, basilic, citronnelle, ...), contenant de nombreuses substances actives (eucalyptol, bornéol, citral, eugénol, pinène, gingérol, …), et douées de propriétés anti-oxydantes, antiinflammatoires, décongestionnantes, antibactériennes et antivirales (14, 31). la diversité et l’efficacité de leurs actions en cas de maladies infectieuses sont aujourd'hui bien établies et elles sont particulièrement recommandées en cas

d'infections du système respiratoire, parfois sous forme d'inhalations (14, 31, 39, 40).

D'un autre côté, en se basant sur la littérature consultée, il est constaté que plusieurs plantes retrouvées dans les recettes (gingembre, ail, cannelle, etc...) renferment des substances actives comme l’alliine signalées pour leurs effets contre des bactéries telles le Streptococcus pneumoniae ou le Klebsiella pneumoniae (4, 11, 22) pouvant causer des sur-infections au niveau de ce système en cas de Covid-19.

Un autre aspect à considérer ici est celui de l'effet immuno-modulateur des espèces. Car, si dans un premier temps, face à la covid, le système immunitaire doit être assez fort pour être capable de défendre le corps, dans cette affection, ce système réagit parfois de façon disproportionnée : cette réaction nommée “tempête cytokinique” déclenche des lésions graves au niveau de plusieurs organes vitaux des patients. Selon la littérature consultée, des substances retrouvées dans les espèces utilisées telle la naringine des Citrus, le citral de la citronnelle ou la curcumine du safran auraient le potentiel de prévenir ces excès en inhibant la libération des cytokines pro-inflammatoires (9, 14, 24).

Il importe aussi ici d'attirer l’attention sur les effets des plantes utilisées dans les recettes sur la coagulabilité du sang puisque des travaux ont nettement établi le rôle important joué par les thromboses dans le pronostic de la Covid-19. Des espèces comme le girofle, le gingembre et l'ail, renferment des principes tels l'eugénol, le 6-gingérol et l'alliine permettant au sang de garder sa fluidité, ce qui entrave la formation de caiïllots sanguins dans les vaisseaux et peut permettre d'éviter l'apparition d'une thrombose (2, 7, 20, 25, 27). Plusieurs autres espèces utilisées dans les recettes (les Citrus, l'oignon, la muscade, la cannelle, ..…) sont aussi signalées dans la littérature pour leur effet anticoagulant (7, 25, 26).

Les produits utilisés par la populaRED 9(1) Mai 2021 17

tion pour combattre la Covid-19 peuvent donc potentiellement et individuellement, chacun selon les principes actifs spécifiques qu'il renferme, apporter une contribution dans ce combat. Il reste à voir comment ces différentes plantes lorsqu'elles sont associées au sein d’une recette particulière peuvent agir comme un tout et quels effets globaux elles peuvent avoir sur la maladie.

Les regroupements constitués avec des exemples de recettes Pour se faire une opinion des 72 recettes répertoriées qu'il était évidemment impossible de présenter ici dans leur intégralité, il a été décidé de constituer des regroupements de ces remèdes, en faisant ressortir certaines de leurs caractéristiques communes : nombre de produits retrouvés au sein des recettes, vole d'administration utilisées, symptômes particuliers visés, type de substances présentes, entre autres. Neuf (9) regroupements ont été constitués. Des exemples de recettes ont été choisis dans ces regroupements pour être analysés au point de vue de leur action potentielle en cas de Covid-19.

Exemples de recettes avec leurs actions potentielles

Les fourre-tout ou ‘plon gaye”

3 exemples : 1 exemple minimum : gingembre, oignon, miel : 1 exemple moyen : gingembre, safran, ail, oignon, miel et 1 exemple maximum : cannelle, muscade, gingembre, oignon, ail, girofle, miel.

Dans cette catégorie, sont retrouvés 3 à 8 plantes (ou autres produits) en association ayant des effets divers et pouvant aider en bloquant l'entrée du virus (gingembre, safran), en combattant les symptômes (fièvre, rhume pour le girofle et l'oignon) et les complications de l'affection: les thromboses par l'effet anticoagulant de plusieurs plantes (oignon, ail, gingembre, muscade, cannelle, girofle), les sur-infections par l'effet antibactérien du gingembre, du girofle, de l'ail : la tempête cytokinique par l'action du safran et du

gingembre (4, 9, 11, 22, 24, 31). Le miel fournira de l'énergie au corps et agira comme antibactérien et anti inflammatoire (10). Dans le 3ème exemple, il importe cependant de signaler la présence de 6 plantes à propriétés anti coagulantes et de la possibilité d'un risque de saignement si le remède est très concentré et pris sur une longue période.

Le punch : 1 exemple : oignon rouge, muscade, ail violet, girofle, cannelle, aloès, gingembre, œuf,

rhum, lait, miel.

Le punch est bien pourvu en plantes diverses (allant jusqu’ à 8) pouvant aider à prévenir la maladie, lutter contre les symptômes et les complications (comme dans les fourretout : voir paragraphe précédent) : mais, en plus, il renferme des aliments protéiniques (lait, œuf) pour renforcer la défense immunitaire et donner de la force à l'organisme (13, 15, 19). Le miel fournira de l'énergie et agira comme antibactérien et anti inflammatoire (10). La remarque faite au paragraphe précédent concernant l'effet anti coagulant des fourre-tout s'applique aussi au punch.

Les amers : 2 exemples : -Armoise seule et Armoise + Verveine.

Ces recettes comportent une plante amère telle l’armoise ou l'asowosi, utilisée seule ou associée à une autre plante amère ou non. Elles combattent la fièvre en particulier ainsi que d'autres symptômes (toux, grippe asthme) (20). Etant donné la variabilité des substances actives contenues dans les Artemisia, genre auquel appartient l'armoise et le peu de précisions concernant l'identité des plantes dénommées ‘armoise” dans le pays, l'usage de ces espèces n'est pas sans risque. L'armoise la plus courante dans le pays (Artemisia vulgaris) présente un effet hyperglycémique (fait augmenter le taux de sucre du sang) et ne devrait pas être utilisé par les diabétiques. La verveine agit contre la douleur, la fièvre, le rhume et protège le foie : elle a un effet antihémorragique qui pourrait atténuer l'effet anti coagulant que présente

l'armoise (21).

Les tandems : 2 Exemples : Oignon + gingembre et Aloès+ girofle.

Dans ces recettes, 2 plantes en tandem agissent sur un assez grand nombre de symptômes et de complications.

Oignontgingembre : l'oignon agit contre les symptômes de la grippe, du rhume et comme anti-coagulant. Le gingembre agit pour bloquer l'entrée du virus, comme anticoagulant, pour prévenir les infections bactériennes et contre la tempête cytokinique (2, 14, 24, 27, 31).

Aloès+girofle : l'aloès agit sur le système immunitaire, comme antibactérien et contient des substances agissant contre le Sars-cov-2 telles l'émodine qui pourrait s'opposer au virus en inhibant certains enzymes et en altérant l'enveloppe virale ellemême (14). Le girofle agit sur plusieurs symptômes (douleur, fièvre, fatigue, ...), comme anticoagulant et comme antibactérien (4, 7, 31).

Les recettes visant des symptômes particuliers

3 exemples : Citron contre le mal de gorge : Citronnelle : contre la grippe et la fièvre et mélange de basilic+ bois d'orme+ girofle+ miel, contre la thrombose.

Ces recettes sont d'emblée proposées pour traiter des symptômes particuliers : le citron, par ses propriétés antibactériennes et antiinflammatoires (31) peut agir contre le mal de gorge : la citronnelle est généralement proposée contre la fièvre, la toux et le rhume (31). Par son effet anti-coagulant (31), le girofle peut agir contre la thrombose.

Les « remontants » - 1 Exemple : oignon rouge, ail, carotte, piment rouge, betterave, lait, miel à mixer. Il s'agit d'une association de plusieurs plantes alimentaires connues pour leur bonne teneur en vitamines et leur action stimulante de l'organisme (carotte, betterave, piment rouge, oignon, …) et antifatigue (betterave) (31) à laquelle sont ajoutés du lait, riche en éléments constructeurs (13, 15, 19) et du miel,

excellente source d'énergie) (10).

Les recettes à visée préventive - 1_ Exemple : Vit D, vit A, vit C, zinc, cacao. Ces vitamines et produits sont donnés dans le but de stimuler le système immunitaire et de protéger l'organisme. Les vitamines A et C protègent des infections respiratoires en général et il a été démontré que les gens ayant une bonne teneur sanguine en vitamine D résistent mieux à la Cov-19 (14, 29). La vitamine D est par ailleurs un régulateur de l'immunité et pourrait agir contre la tempête cytokinique selon de récents travaux (14). Le cacao est un aliment riche en fer (pour une bonne oxygénation du sang, l'infection causant souvent un manque d'oxygène dans les tissus) et en d'autres minéraux (magnésium, zinc) renforçant le système immunitaire (31).

Les Bains thérapeutiques : ils concernent le corps tout entier ou seulement les pieds

Exemples :

-Bains pour désinfecter le corps : pois puant, pois Congo, bois caca, rue, manioc, ave

-Bains de pieds : asowosi, armoise, basilic

Le bain du corps est donné généralement en association avec d'autres remèdes (voie orale). Son objectif est de rendre l'épiderme sain et dépourvu de microbes pour éviter les sur infections. Les plantes utilisées (feuilles de pois puant, manioc, etc.) sont connues pour leur action antibactérienne ou agissant sur les champignons pathogènes de la peau. Plusieurs ont de plus des propriétés anti-inflammatoires (31).

En ce qui a trait aux bains de pieds, les plantes utilisées peuvent aider à faire baisser la fièvre (asowosi, basilic, armoise), la toux (basilic, armoise) et à libérer les bronches du mucus (basilic) (3, 20).

Les inhalants thérapeutiques - 2 Exemples : -Inhalant à l'eucalyptus,

-Inhalant aux clous de girofle + pelure de citron ou d'orange amère +feuilles de neem.

Les plantes utilisées agissent ici en tant qu'antibactériens, antiviraux (girofle, eucalyptus, basilic), immuno-modulateurs (neem, citron) (14) et pour fluidifier le mucus (eucalyptus, basilic) (2, 4, 30, 31, 39). En plus des effets décongestionnants et désinfectants des huiles essentielles contenues dans ces plantes (eucalyptus, girofle, basilic, orange, citron), la vapeur chaude inhalée agit aussi contre les virus et les bactéries présents aux principales portes d'entrée du SarsCov-2 (gorge, nez), ce qui peut entraver leur introduction dans l'organisme (effet préventif).

Ainsi, ces différents exemples illustrent bien les multiples modes d’action des associations faites dans les recettes considérées et les effets non négligeables qui pourraient de ce fait être attendus des formules proposées par la population contre la Covid-19. Il importe cependant de signaler que les plantes n'agissent pas avec la rapidité et la force des remèdes synthétiques : leur action est certainement plus lente, plus graduelle et moins agressive pour l'organisme. Certaines recettes peuvent néanmoins poser des problèmes, en particulier celles où il est fait appel à un nombre élevé de plantes ou celles qui comportent des espèces pouvant présenter une toxicité. Ceci amènera à faire quelques considérations concernant ces usages.

Discussion

Ce travail fait dans l’idée de juger et d'optimiser les recettes traditionnelles du pays face à la Covid-19 a permis de jeter un peu de lumière sur les pratiques en cours et leurs implications. Les différents exemples donnés ont bien illustré la capacité potentielle des recettes à aider à la lutte contre l'affection, tout en attirant l'attention sur quelques problèmes posés par certaines formules trop complexes ou sur des plantes à usage hasardeux. D'autres études et observations doivent être réalisées dans le futur en

vue de confirmer de façon formelle les actions thérapeutiques possibles de ces recettes. Notez que les symptômes de la Covid-19 sont nombreux, variés et découverts au fil du temps : de plus, même lorsque la maladie semble sous contrôle, il est signalé que certains patients gardent des séquelles et que des organes importants semblent impactés dans leur fonctionnement.

En dépit des observations, positives pour la plupart, faites dans le cadre de ce travail, il serait donc imprudent pour le jury de tirer des conclusions trop hâtives et définitives sur l'impact des recettes utilisées par la population haïtienne sur la maladie, sans avoir procédé à des études cliniques et chimiques de ces recettes et sans disposer d'une période de recul pour apprécier les effets des remèdes. Mais déjà, sur la base des recherches bibliographiques faites et des exemples donnés, il est possible de dire aujourd’hui que la population a su faire un choix de plantes et de recettes pouvant, dans l'urgence où elle se trouve, l'aider dans ce combat. Certaines plantes plébiscitées par la population semblent particulièrement prometteuses et frappent par leur large éventail de propriétés propres à agir contre la Cov-19. Plusieurs espèces comme l'ail, les Citrus, l'aloès, l'asowosi, le gingembre, en renforçant le système immunitaire ou en bloquant l'entrée du virus dans l’organisme, sont d'abord capables d'exercer une action préventive de la maladie (5, 8, 20, 30). Plusieurs d’entre elles tel le gingembre, le girofle et les Citrus, très appréciées par la population si on en juge à leur fréquence d'apparition dans les recettes, sont à signaler pour la diversité de leurs actions. Le gingembre peut à la fois prévenir l'entrée du virus dans l'organisme, protéger contre les surinfections bactériennes, contribuer à prévenir les thromboses et la tempête cytokinique (2, 7, 14, 24, 27, 31). De plus, il présente une action protectrice des complications hépatiques et rénales liées au diabète (34). Le 6gingérol qu'il renferme a été retenu par certains chercheurs (28) comme

pouvant avoir une action potentielle contre le virus lui-même. Les clous de girofle peuvent agir contre plusieurs symptômes tels fièvre, courbatures, fatigue et augmenter l’activité motrice tout en gardant le sang fluide et en empêchant l'augmentation de la tension artérielle (4, 7). Le citron et l'orange sure constituent également de très précieux alliés par leur richesse en vitamine C et en certains flavonoïdes tels l’hespérétine et la naringine qui pourraient selon des études chinoises contribuer à s'opposer à l'entrée du virus et à prévenir les tempêtes cytokiniques, tout en protégeant les vaisseaux sanguins (8, 14). D'autres plantes comme l'oignon, la cannelle ou l’eucalyptus constituent aussi de très bons choix vu le large spectre de propriétés qu'elles détiennent en lien avec les symptômes et complications de la Covid-19 (14, 31, 39, 40).

Plus haut, il a été vu comment au sein des différentes recettes, les propriétés de ces espèces peuvent se compléter entre elles pour contrecarrer l’action du virus. C'est dire l'intérêt que présentent ces plantes pouvant s'acheter dans tous les marchés et être rapidement préparées à domicile, sous forme de thé ou autre, pour contrer le Sars Cov 2. Plusieurs recettes peuvent prévenir la maladie alors que d’autres agissent contre les symptômes et/ou empêchent les complications de se manifester ou les atténuent, ce qui indique une bonne connaissance de la phytothérapie et une adresse particulière à manier les plantes et à les associer. Le fait qu'il s'agisse d'une population n'ayant jamais renié ses savoirs ancestraux en ce qui concerne l'usage des plantes et qui a toujours fait appel à la phytothérapie pour traiter ses maux quotidiens, a certes aidé à cette réaction rapide et adéquate à cette nouvelle maladie. Cette médecine populaire a sans doute contribué à éviter de nombreuses pertes de vie au sein d'une population déjà affectée par une situation socio-économique catastrophique.

A côté des effets positifs répertoriés, pour que les recettes utilisées gagnent en efficacité et en sécurité, il est nécessaire d'attirer l'attention sur certains points importants des résultats de l'étude :

-Dans l'ensemble, les plantes utilisées ne sont pas connues pour leur nocivité, ce qui est quelque part rassurant. L'usage de certaines d'entre elles comme l'armoise, l'absinthe et l'absinthe marron n'est cependant pas sans danger et devrait être évité par voie orale.

-Le fait d'associer plusieurs plantes au sein d'une même recette a ses avantages, mais aussi ses inconvénients. L'inconvénient majeur décelé dans les recettes concerne l'effet anticoagulant des plantes. Certaines recettes comportent un trop grand nombre de plantes ayant cet effet et pourraient provoquer des saignements chez l'utilisateur.

-De ce point de vue et de façon plus générale, même lorsque les plantes utilisées ne présentent individuellement pas de danger, certaines recettes, tout en aidant à gérer la maladie, pèchent par la trop grande complexité de leur composition.

“La plupart des recettes ne devraient pas être utilisées par les femmes enceintes ou allaitantes et par les enfants en bas âge. Les hypertendus et les diabétiques, nombreux dans le pays et qui constituent des groupes vulnérables doivent être vigilants et éviter les recettes à composition complexe.

-Une réglementation des utilisations traditionnelles est absolument nécessaire : elle doit tenir compte des normes internationales en la matière tout en conservant l'originalité des pratiques et garantir le droit de propriété. Ceci assurerait la sécurité de ces usages et permettrait de rationaliser cette médecine si précieuse pour la population haïtienne.

Conclusion et recommandations à la population

La médecine traditionnelle est une réalité dans le pays et constitue un élément important de notre patrimoine culturel et national. Ce travail devrait attirer l'attention sur ce qu'elle représente dans le pays et sur la nécessité de mieux la structurer tout en la préservant et en la protégeant. Le regard ou l'intérêt porté sur cette médecine par l'Université d'Etat trouve ici son sens d'un triple point de vue scientifique, sanitaire et éthique. La dimension éthique doit nous conduire à exiger deux choses : qu'on protège et qu'on sauvegarde les pratiques de la pharmacopée locale : qu'on s'assure sur le plan scientifique que ces produits traditionnels ne mettent pas en danger la vie des gens qui en font usage. Notons que l'OMS a ellemême encouragé les populations des pays en voie de développement à mettre au point des traitements valides et sans danger à partir de leur médecine traditionnelle, ne serait-ce qu'à titre préventif ou pour des symptômes bénins de la maladie.

La pandémie qui s'est abattue sur le monde en décembre 2019 a déjà fauché de nombreuses vies et provoqué partout des bouleversements considérables. En Haïti, la catastrophe annoncée n’a cependant pas encore eu lieu malgré les conditions économiques précaires et la faiblesse du système sanitaire. En dépit du fait que d’autres facteurs ont certainement contribué à cet état de choses, il est certain que la médecine traditionnelle y a joué un rôle et ce travail montre, en tous cas partiellement, comment elle y est parvenue. De nombreuses questions importantes demeurent pendantes concernant ce virus. Un point à creuser serait de savoir si la population haïtienne bénéficie d’une protection vis-à-vis de ce virus et sur ce sujet, les hypothèses sont nombreuses. Citons-en quelques-unes une souche de Sars Cov-2 moins virulente dans le pays, le fait quil s'agisse d'une population jeune, les traitements donnés contre la malaria, le BCG, l'immunité développée par la population contre d'autres virus. Il serait important de mettre en place des protocoles de recherche pour tenter de faire la lumière sur ces importantes questions et pour confirmer les effets chimiques et

cliniques des recettes répertoriées dans le pays.

Rappelons pour terminer, que la médecine traditionnelle apporte déjà beaucoup à la population haïtienne et dans ce contexte si difficile, elle se montre encore à la hauteur de sa noble tâche, même si d'autres travaux doivent confirmer les premières observations faites, d'autant qu'étant donné les tendances de la pandémie depuis quelques mois et les rebondissements de l'infection un peu partout à travers le monde, aucun spécialiste n'ose encore se prononcer de façon formelle sur l'évolution future de cette pandémie et la vigilance reste de mise. Il faudra peut-être s'armer de patience dans les mois à venir et redoubler d’ardeur en ce qui a trait aux mesures barrières et au renforcement du système immunitaire, en attendant qu'un médicament spécifique soit découvert. Le jury termine en faisant de nombreuses recommandations au commanditaire et aux autorités étatiques.

En ce qui concerne la population, les principales recommandations du jury sont les suivantes :

“Qu'elle prenne très au sérieux cette affection virale et qu'elle respecte les consignes du MSPP

-Qu'elle continue à faire usage des plantes médicinales contre la Covid-19, en s'informant, en évitant les plantes pouvant présenter une toxicité et en étant modérée dans les quantités et les mélanges d'’espèces. Absinthe et absinthe marron ne devraient pas être utilisées par voie orale: pour la plante dénommée ‘armoise”, vues les doutes pesant sur son identification (plusieurs plantes portant ce nom) et les risques de toxicité, il serait prudent de ne l'utiliser que par la voie externe, en bain par exemple. Pour éviter un cumul de plantes à effet anticoagulant, on conseillerait de ne pas faire de mélange de plus de 3 ou 4 plantes à la fois pour la voie orale.

-Qu'elle profite pleinement des produits locaux riches en vitamines et

minéraux et qu'elle consomme davantage d'aliments tels cerises, cacao, mangues, avocats, légumes/ feuilles, cresson, Moringa : en renforçant le système immunitaire, ces aliments la protégeront de la Covid mais aussi d'autres maladies infectieuses.

“Que chacun, à son niveau, s’applique à protéger son environnement, garant de la santé et du maintien de cette médecine qui soigne la population au quotidien.

Remerciements

Les auteurs remercient vivement le Fonds d'Assistance aux Femmes Victimes de Viol (FAAFVV) pour avoir mis à la disposition du Jury le répertoire des recettes traditionnelles utilisées en cas de Covid-19. Nos remerciements s'adressent aussi au Vice - Recteur à la recherche, le Dr Jacques Blaise pour son support et ses conseils.

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40.

Article 3

Les recettes haïtiennes face à la pandémie provoquée par le SARS-CoV-2 A. Bien-Aimé, Campus Henry Christophe- Limonade, UEH, J. Casimir, Faculté des Sciences, UEH, M-F Civil, E.

Noël et M. Rouzier, Faculté de Médecine et de Pharmacie, UEH

RESUME Bien Aimé, A. Casimir J., Civil, MF. Noël, E. et Rouzier. M. 2021. Les recettes haïtiennes face à la pandémie provoquée par le SARS-CoV-2. RED 9 (1): 14 - 22

Le présent article est tiré d'un travail d'évaluation des remèdes traditionnels utilisés par la population haïtienne face à la Covid-19. Un jury créé à cet effet par le Conseil Exécutif de l'UEH qui avait pour tâche de donner un avis scientifique et éthique sur ces remèdes, s'est penché sur un total de 72 recettes identifiées. Les données recueillies ont permis d'identifier 76 produits dans ces recettes, avec notamment 69 espèces de plantes, 5 produits d'origine animale et 2 d'origine minérale. Par ordre décroissant de fréquence d'apparition dans les recettes, les 9 principaux produits recensés sont : le miel, le gingembre, le citron, l'aloës, le g1rofle, l'ail, l'oignon, la cannelle et l'armoise. La recherche bibliographique et l'analyse faite à partir des données de la littérature relative à la composition chimique et aux propriétés des 48 produits les plus utilisés et de leur association montrent que la population a su faire un choix raisonné de recettes ayant la possibilité de prévenir la maladie, de soulager les symptômes et d'atténuer ou d'éviter plusieurs complications de la Covid-19, ce qui témoigne de sa bonne connaissance de la phytothérapie. Il faut toutefois noter l'usage de quelques plantes à effet toxique, de quelques associations et dosages pouvant présenter certains risques pour la santé humaine. Ceci démontre l'importance de l'établissement de normes pour l'utilisation de la médecine traditionnelle dans le pays. Précisons qu'il s'agit de résultats préliminaires devant être corroborés par des études ultérieures de type chimique et clinique. A partir des constats faits, des recommandations concernant, entre autres, les précautions à prendre en utilisant ces recettes ont été formulées.

ABSTRACT Bien Aimé, À, Casimir J., Civil, MF. Noël, E. et Rouzier. M. 2021. Haïtian recipes used to face the pandemic caused by SARS-CoV-2. RED 9 (1): 14 - 22

This article comes from an evaluation of the traditional remedies used by the Haitian population to fight the Covid-19. The jury created for this purpose by the Executive Council of the UEH, whose task was to give scientific and ethics advice on these remedies, looked at a total of 72 recipes identified. The data collected allowed the identification of 76 products in these recipes, including 69 species of plants, 5 products of animal origin and 2 of mineral origin. In decreasing order of frequency of appearance in recipes, the top 9 products listed are: honey, ginger, lemon, aloe, cloves, garlic, onion, cinnamon and mugwort. Bibliographic research and analysis based on data from the literature relating to the chemical composition and properties of the 48 most used products and their combination show that the population has been able to make a reasoned choice of recipes with the possibility of preventing the disease, to relieve symptoms and to alleviate or avoid several complications of Covid-19, which testifies to his good knowledge of herbal medicine. However, it should be noted the use of some plants with toxic effects and some associations and dosage that may present certain risks for human health. This demonstrates the importance of setting standards for the use of traditional medicine in the country. Note that these are preliminary results to be corroborated by subsequent chemical and clinical studies. On the basis of the observations made, recommendations concerning the precautions to be taken when using these recipes have, among other things. been formulated.

Introduction Le SARS-COV-2 est un virus appapar les autorités étatiques ellesmêmes comme remède contre la Coru en Chine à la fin du mois de décembre 2019. Il s'est rapidement étendu d’un continent à l’autre et la maladie qui en a résulté a mis les populations du monde entier dans une situation de détresse, les contraignant à la recherche rapide de médicaments en dehors des normes prescrites par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ceci a, par exemple, été le cas à Madagascar avec l'Artemisia annua, une plante de la famille des Astéracées portant le nom d'armoise annuelle qui dès le début de la pandémie a été proposée

vid-19 (18). Le caractère hautement contagieux et la propagation rapide de ce nouveau virus n’a en effet pas accordé le temps nécessaire aux scientifiques et au corps médical de bien comprendre la maladie qui en a résulté et de mettre au point des médicaments capables de contrôler la pandémie. Jusqu'à présent, dans les pays touchés, il n'y a donc pas de remèdes spécifiques mais des protocoles de soins comprenant des antiviraux, des antibiotiques et des médicaments pour traiter les symptômes sont proposés aux patients.

Lorsque ces derniers présentent une détresse respiratoire, ce qui indique un degré d'atteinte assez avancé de la maladie, ils sont mis sous oxygène ou placés en réanimation. Dans la plupart des pays touchés et plusieurs semaines après l'apparition de la maladie, des anticoagulants ont été ajoutés au traitement de base : ceci semble avoir amélioré le pronostic vital d'une grande partie des patients atteints. Faisons remarquer qu'aucun des protocoles proposés dans ces pays n'est à la portée des petites bourses. Il faut aussi signaler que depuis le mois de décembre 2020, la mise sur le marché de plusieurs vaccins a été autorisée dans un certain nombre de pays tels La France, l'Angleterre et les Etats Unis d'Amérique. Il faudra cependant attendre quelques mois avant de pouvoir évaluer l'impact des campagnes de vaccination dans l'évolution de la pandémie.

En Haïti, la maladie est bien présente et pour y faire face, le gouvernement haïtien a dès le début pris différentes mesures et les a rendues publiques. Depuis le mois de mars 2020, le Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) publie de façon assez régulière le nombre de personnes atteintes et décédées par la Covid-19 (37). Au 7 décembre 2020, ce Ministère déclarait pour le pays 9434 cas confirmés pour 233 décès (37). Aux problèmes sanitaires posés par cette pandémie, s'est ajoutée dans les premiers mois une quasi psychose d'être contaminé, poussant tantôt au déni, tantôt au rejet des personnes suspectées de porter le coronavirus ou même à l'agressivité. Cependant, une fois informée du danger représenté par le virus, la population s'est aussi systématiquement tournée vers sa médecine traditionnelle en faisant appel à des remèdes à base de plantes. Çà et là, des recettes comprenant plusieurs produits ont été proposées par ceux détenant des connaissances dans le domaine et la

population s'est mise à consommer des thés de compositions diverses supposés la protéger ou la guérir de la maladie. Des potions préparées par des “spécialistes” sont aussi assez rapidement arrivées sur le marché, parfois sans aucune notice concernant la composition des préparations offertes.

C'est dans ce contexte que l'Université d'Etat d'Haïti (UEH), voulant évaluer ces savoirs et leurs effets en cas de Covid-19, a mis en place au mois de juin 2020 un jury devant donner son avis scientifique et éthique sur les recettes utilisées dans le pays pour faire face à la pandémie. Ceci a été fait dans l’idée d'avoir une meilleure lisibilité du niveau d'efficacité et de sécurité de ces pratiques. Vu l'urgence de la question, il avait été demandé audit jury d'effectuer cette évaluation en 1 mois.

Dans cet article, sont présentés les principaux résultats de ce travail effectué dans l'urgence ainsi que les recommandations faites à la population haïtienne, en vue de l'orienter face aux multiples recettes qui lui sont proposées pour contrer cette pandémie ayant déjà causé de nombreuses pertes en vies humaines et de sérieux bouleversements économiques à travers le monde.

Esquisse méthodologique

Pour faire cette évaluation en un temps si court, le jury a dû au départ décider de n'effectuer aucune interview ni d'analyse chimique ou microbiologique sur les remèdes. Il a plutôt mis l'accent sur les aspects qualitatifs des recettes. La recherche a été avant tout bibliographique et basée sur les documents scientifiques disponibles sur les produits retrouvés dans les recettes, leur compilation et l'analyse de l’ensemble des données. Afin de répertorier les recettes, les membres du jury ont utilisé leurs relations professionnelles ou familiales et des réseaux sociaux divers. Une association de femmes, le Fonds d'assistance aux femmes victimes de viol (FAAFVV) qui s'est donné la tâche d'effectuer un inventaire des recettes utilisées dans le pays en cas de la Covid-19, a bien voulu mettre ces dernières à la disposition du jury.

La compilation des données a permis d'établir le répertoire des remèdes les plus utilisés dans le pays ainsi que la liste des produits retrouvés dans les formules avec leur fréquence d'apparition. Une recherche bibliographique concernant les noms scientifiques, les principes actifs, les propriétés pharmacologiques et les effets secondaires possibles de la majorité des produits répertoriés a été effectuée.

L'action des différentes plantes et autres produits utilisés dans les recettes en cas de Covid-19 a été envisagée pour les symptômes et complications suivants: la fièvre, la toux, les signes de grippe et de rhume, les douleurs et courbatures, le mal de gorge, les infections bactériennes et virales, la faiblesse immunitaire, l'inflammation, les complications vasculaires, la tempête cytokinique (emballement du système immunitaire) et la formation de caillots sanguins dans les vaisseaux (pouvant entrainer une thrombose). En ce qui concerne les facteurs de comorbidité associés à la Covid-19 dont 2 d'entre eux (le diabète et l'hypertension artérielle) sont fréquents dans le pays, le jury s'est aussi penché sur les actions possibles des produits répertoriés contre ces affections.

À partir des informations obtenues lors des étapes précédentes, une analyse des données a été réalisée sur les différents produits, notamment en ce qui concerne leurs effets possibles en cas de Covid-19. Différents groupes de recettes ont par la suite été constitués, en lien entre autres, avec la composition, le nombre de produits, les actions pharmacologiques et le mode d’administration des formules et un jugement a été porté en ce qui a trait à l’action potentielle de ces recettes sur la prévention, les symptômes et les complications de la maladie. Les effets globaux positifs et négatifs des différents groupes de recettes ont été envisagés.

Résultats

Les constituants des recettes

En tout, le jury a travaillé sur 72 recettes traditionnelles. La compilation faite a permis de recenser plus de 76 différents produits dans ces recettes, avec notamment 69 espèces de plantes, 5 produits d'origine animale et 2 d'origine minérale. Dans le tableau 1, est présentée la fréquence d'apparition de ces différents produits.

Comme ceci peut être observé sur le tableau ci-contre, trente-six (36) produits n'apparaissent qu'une seule fois dans les recettes alors que d'autres sont plus fréquents. Le miel et le gingembre sont en tête de liste avec des fréquences d'apparition respectives de 25 et 24. Ils sont suivis en ordre décroissant par le citron, l’aloès, le girofle, l'ail, l'oignon, la cannelle et l’armoise. Les familles de plantes les plus représentées sont les Astéracées, les Euphorbiacées, les Lamiacées et les Liliacées, 4 familles bien connues dans le monde pour leurs propriétés thérapeutiques. Les produits et plantes trouvés dans les recettes appartiennent à plusieurs catégories : alimentaires, condiments, plantes à huile essentielle, plantes à principes amers, plantes médicinales à propriétés diverses, extraits de plantes, vitamines et autres. Il convient de faire remarquer que la plupart des plantes recensées font partie de pharmacopées d’autres pays.

Mode de préparation et d'administration des remèdes

Les recettes comprennent de 1 à 12 ingrédients. Les associations de deux à huit ingrédients dominent. Le mode de préparation des remèdes est variable : décoction, trempés sur alcool (rarement sur vinaigre), passage des ingrédients au mixer, jus, infusion, etc. Les modes d'administration sont aussi très variés : la voie orale prévaut, rarement accompagnée de frictions ou de bains. Des inhalations sont aussi proposées. Dans bon nombre de recettes, il est demandé que les thés soient administrés bien chauds et d'éviter les boissons glacées. Le

Tableau 1. Fréquence d'apparition des plantes et autres produits dans 72 temps d'administration des remèdes recettes de médecine traditionnelle utilisées en cas de Covid-19

Non commun Nom latin Famille Fréquence du produit d'apparition Miel - - 25 Gingembre Zingiber officinale Zingiberaceae 25 Citron Citrus aurantifolia Rutaceae 22 Aloès Aloe vera Liliaceae 19 Girofle Syzyzium aromaticum Myrtaceae it Ail Allium sativum Liliaceae 15 Oignon Allium cepa Liliaceae 14 Cannelle Cinnamomum zeylanicum Lauraceae 14 Armoise Artemisia sp Asteraceae 12 Rhum - - 9 Muscade Myristica fragrans Myristicaceae 9 Œuf de poule - 8 Lait Lait - 8 Eucalyptus Eucalyptus globulus Myrtaceae 4 “Asorosi” Momordica charantia Cucurbitaceae 5 Orange sure Citrus aurantium Rutaceae 5 Persil Petroselinum sativum Apiaceae 5 Sel - - 5 Safran Curcuma longa Zingiberaceae 4 Basilic Ocimum basilicum Lamiaceae 4 Citronnelle Cymbopogon citratus Poaceae 4 Carotte Daucus carotta Apiaceae 4 “Kase sèk” Samyda pubescens Flacourtiaceae 3 Ricin Ricinus communis Euphorbiaceae 3 Absinthe Artemisia absinthium Asteraceae 3 Malaguette Myrtaceae 3 “Bwazen” Tecoma stans Bignoniaceae 2 Florida - - 2 Cresson Nasturtium officinale Brassicaceae 2 Vin - - 2 Betterave Beta vulgaris Chenopodiaceae 2 Romarin Croton linearis Euphorbiaceae 2 Piment Capsicum frutescens Solanaceae 2 Argile É > 2 Verveine Stachytarpheta jamaicensis Verbenaceae 2 Moringa Moringa oleifera Moringaceae 2 Tabac Nicotiana tabacum Solanaceae 2 Beurre - - 2 Sirop de canne Saccharum officinarum Poaceae 2 Pois puant Senna occidentalis Legumineuse 2 Vitamine C - - 2 Vitamine À - - 2 “Dèyè do” Phyllanthus sp Euphorbiaceae 1 Mombin batard Trichillia hirta Meliaceae À Artichaut Cynara scolymus Asteraceae 1 Langue de chat Eupatorium odoratum Asteraceae 1 ‘Malonmen” Euphorbia hirta Euphorbiaceae L Bois d'orme Guazuma ulmifolia Sterculaceae 1 Absinthe marron Parthenium hysterophorus Asteraceae 1 Poivre Piper nigrum Piperaceae 1 Celéri Apium graveolens Apiaceae 1 “Zèbaklou” Ocimum micrantum Lamiaceae 1 Camomille Gnaphalium viscosum Asteraceae 1 Manioc Manihot esculenta Euphorbiaceae 1

est en moyenne de 5 à 10 jours ; souvent pour la prévention, il est recommandé de prendre le remède 1 fois par jour, parfois 2 alors que si on déjà atteint par la maladie, on recommande de le faire 3 fois/j. Pour les punchs (préparations complexes comprenant à la fois des plantes aromatiques, des œufs, du lait et du rhum), la recommandation est souvent d’une fois par jour. Quelques personnes ont attiré l'attention sur la toxicité de certaines plantes et ont demandé de ne pas administrer l'armoise et certains autres remèdes aux femmes enceintes ou allaitantes ainsi qu'aux jeunes enfants. Parmi les plantes utilisées pouvant présenter une toxicité, signalons aussi la présence de l'absinthe (Artemisia absinthium) et de l’absinthe marron (Parthenium hysterophorus).

Action des principes actifs contenus dans les produits répertoriés

Le jury s'est penché sur les principes actifs des ingrédients contenus dans ces recettes d'un point de vue qualitatif et des monographies (ces dernières sont présentées dans le rapport complet mais pas dans cet article) ont été préparées pour 45 plantes et 3 produits d'origine animale. Ces monographies qui renseignent principalement sur les noms scientifiques, la composition, les propriétés thérapeutiques de ces produits ont permis de comprendre les actions potentielles que ces derniers pourraient avoir en cas de Covid-19.

Le miel qui arrive en première position pour sa fréquence d'utilisation dans les recettes se caractérise, entre autres, par sa teneur élevée en glucose fournissant de l'énergie rapidement utilisable ainsi que par ses propriétés antibactériennes, cicatrisantes et anti inflammatoires (10). Le lait et l'œuf contiennent tous les éléments nutritifs dont l'homme a besoin en quantité plus ou moins équilibrée et donnent un mélange nutritif pouvant aider à la récupération rapide d'un malade ou à préparer l'organisme à affronter une pathologie à venir (13, 15, 19).

Tableau 1. Fréquence d'apparition des plantes et autres produits dans 72 recettes de médecine traditionnelle utilisées en cas de Covid-19 (suite)

Non commun du Nom latin Famille Fréquence produit d'apparition Cayimite Chrysophyllum cainito Sapindaceae 1 Fougère Pteridophyte Non identifée 1 Menthe Mentha spicata Lamiaceae 1 Herbe de Guinée Panicum maximum Poaceae 1 Anis étoilé Illicium verrum Illiciaceae 1 Noni Morinda citrifolia Rubiaceae 1 Medicinier Jatropha sp Euphorbiaceae 1 “Zamorèt” Solanum torvum Solanaceae 1 Siwo - - 1 Cacao Theobroma cacao Sterculaceea 1 “Kokoyer” Cocos nucifera Palmaceae 1 Grenade Punica granatum Punicaceae 1 Pourpier Portulaca oleracea Portulacaceae 1 Petit mil Sorghum vulgaris Poaceae 1 “Atiyayo” Ocimum gratissimum Lamiaceae 1 Camphre - - 1 Vinaigre - - 1 Vicks - - 1 Shoe black Hibiscus rosa-sinensis Malvaceae 1 Mabi Colubrina arborescens Rhamnaceae 1 Thym Thymus vulgaris Lamiaceae + Goyave Psidium guajava Myrtaceae 1 Escargot Helix sp - 1

Des principes actifs amers sont trouvés dans plusieurs plantes

thuyone de l'armoise, momordicine de l’asowosi, azadirachtine du neem. Ces substances peuvent agir contre la fièvre et les douleurs (20, 30). D'autres substances telles les flavonoïdes, les alcaloïdes et les tanins, peuvent agir sur plusieurs symptômes de la covid. Pour prendre ici l'exemple des flavonoïdes : quercétine, rutine et naringine trouvés dans plusieurs espèces utilisées sont connues pour leurs actions antivirales, antibactériennes, antiinflammatoires et immunostimulantes (35). Certains flavonoïdes comme la quercétine ont même donné lieu à des essais cliniques particuliers contre la SarsCov-2 : cette dernière substance est présente en bonne quantité dans l'oignon et est commercialisée sous différentes formes et proposée par plusieurs médecins naturalistes en prévention de la Covid-19. Des flavonoïdes présents dans la pelure des Citrus tels la nobilétine pourraient, selon certaines études, avoir un effet préventif de l'infection (14), alors

que d'autres comme l'hespérétine, en inhibant l’action de certains enzymes, seraient capables de diminuer l'impact du virus sur l'organisme (14). La curcumine contenue dans le safran aurait un effet similaire à l'hespéridine (16). Quant à l'émodine contenue dans l'aloes (Aloe vera), elle s'est montrée capable de rompre l'enveloppe virale tout en inhibant certains enzymes importants pour l'entrée du virus dans la cellule (14).

En ce qui a trait aux plantes à huiles essentielles particulièrement nombreuses dans les recettes utilisées (eucalyptus, gingembre, girofle, citron, cannelle, muscade, basilic, citronnelle, ...), contenant de nombreuses substances actives (eucalyptol, bornéol, citral, eugénol, pinène, gingérol, …), et douées de propriétés anti-oxydantes, antiinflammatoires, décongestionnantes, antibactériennes et antivirales (14, 31). la diversité et l’efficacité de leurs actions en cas de maladies infectieuses sont aujourd'hui bien établies et elles sont particulièrement recommandées en cas

d'infections du système respiratoire, parfois sous forme d'inhalations (14, 31, 39, 40).

D'un autre côté, en se basant sur la littérature consultée, il est constaté que plusieurs plantes retrouvées dans les recettes (gingembre, ail, cannelle, etc...) renferment des substances actives comme l’alliine signalées pour leurs effets contre des bactéries telles le Streptococcus pneumoniae ou le Klebsiella pneumoniae (4, 11, 22) pouvant causer des sur-infections au niveau de ce système en cas de Covid-19.

Un autre aspect à considérer ici est celui de l'effet immuno-modulateur des espèces. Car, si dans un premier temps, face à la covid, le système immunitaire doit être assez fort pour être capable de défendre le corps, dans cette affection, ce système réagit parfois de façon disproportionnée : cette réaction nommée “tempête cytokinique” déclenche des lésions graves au niveau de plusieurs organes vitaux des patients. Selon la littérature consultée, des substances retrouvées dans les espèces utilisées telle la naringine des Citrus, le citral de la citronnelle ou la curcumine du safran auraient le potentiel de prévenir ces excès en inhibant la libération des cytokines pro-inflammatoires (9, 14, 24).

Il importe aussi ici d'attirer l’attention sur les effets des plantes utilisées dans les recettes sur la coagulabilité du sang puisque des travaux ont nettement établi le rôle important joué par les thromboses dans le pronostic de la Covid-19. Des espèces comme le girofle, le gingembre et l'ail, renferment des principes tels l'eugénol, le 6-gingérol et l'alliine permettant au sang de garder sa fluidité, ce qui entrave la formation de caiïllots sanguins dans les vaisseaux et peut permettre d'éviter l'apparition d'une thrombose (2, 7, 20, 25, 27). Plusieurs autres espèces utilisées dans les recettes (les Citrus, l'oignon, la muscade, la cannelle, ..…) sont aussi signalées dans la littérature pour leur effet anticoagulant (7, 25, 26).

Les produits utilisés par la populaRED 9(1) Mai 2021 17

tion pour combattre la Covid-19 peuvent donc potentiellement et individuellement, chacun selon les principes actifs spécifiques qu'il renferme, apporter une contribution dans ce combat. Il reste à voir comment ces différentes plantes lorsqu'elles sont associées au sein d’une recette particulière peuvent agir comme un tout et quels effets globaux elles peuvent avoir sur la maladie.

Les regroupements constitués avec des exemples de recettes Pour se faire une opinion des 72 recettes répertoriées qu'il était évidemment impossible de présenter ici dans leur intégralité, il a été décidé de constituer des regroupements de ces remèdes, en faisant ressortir certaines de leurs caractéristiques communes : nombre de produits retrouvés au sein des recettes, vole d'administration utilisées, symptômes particuliers visés, type de substances présentes, entre autres. Neuf (9) regroupements ont été constitués. Des exemples de recettes ont été choisis dans ces regroupements pour être analysés au point de vue de leur action potentielle en cas de Covid-19.

Exemples de recettes avec leurs actions potentielles

Les fourre-tout ou ‘plon gaye”

3 exemples : 1 exemple minimum : gingembre, oignon, miel : 1 exemple moyen : gingembre, safran, ail, oignon, miel et 1 exemple maximum : cannelle, muscade, gingembre, oignon, ail, girofle, miel.

Dans cette catégorie, sont retrouvés 3 à 8 plantes (ou autres produits) en association ayant des effets divers et pouvant aider en bloquant l'entrée du virus (gingembre, safran), en combattant les symptômes (fièvre, rhume pour le girofle et l'oignon) et les complications de l'affection: les thromboses par l'effet anticoagulant de plusieurs plantes (oignon, ail, gingembre, muscade, cannelle, girofle), les sur-infections par l'effet antibactérien du gingembre, du girofle, de l'ail : la tempête cytokinique par l'action du safran et du

gingembre (4, 9, 11, 22, 24, 31). Le miel fournira de l'énergie au corps et agira comme antibactérien et anti inflammatoire (10). Dans le 3ème exemple, il importe cependant de signaler la présence de 6 plantes à propriétés anti coagulantes et de la possibilité d'un risque de saignement si le remède est très concentré et pris sur une longue période.

Le punch : 1 exemple : oignon rouge, muscade, ail violet, girofle, cannelle, aloès, gingembre, œuf,

rhum, lait, miel.

Le punch est bien pourvu en plantes diverses (allant jusqu’ à 8) pouvant aider à prévenir la maladie, lutter contre les symptômes et les complications (comme dans les fourretout : voir paragraphe précédent) : mais, en plus, il renferme des aliments protéiniques (lait, œuf) pour renforcer la défense immunitaire et donner de la force à l'organisme (13, 15, 19). Le miel fournira de l'énergie et agira comme antibactérien et anti inflammatoire (10). La remarque faite au paragraphe précédent concernant l'effet anti coagulant des fourre-tout s'applique aussi au punch.

Les amers : 2 exemples : -Armoise seule et Armoise + Verveine.

Ces recettes comportent une plante amère telle l’armoise ou l'asowosi, utilisée seule ou associée à une autre plante amère ou non. Elles combattent la fièvre en particulier ainsi que d'autres symptômes (toux, grippe asthme) (20). Etant donné la variabilité des substances actives contenues dans les Artemisia, genre auquel appartient l'armoise et le peu de précisions concernant l'identité des plantes dénommées ‘armoise” dans le pays, l'usage de ces espèces n'est pas sans risque. L'armoise la plus courante dans le pays (Artemisia vulgaris) présente un effet hyperglycémique (fait augmenter le taux de sucre du sang) et ne devrait pas être utilisé par les diabétiques. La verveine agit contre la douleur, la fièvre, le rhume et protège le foie : elle a un effet antihémorragique qui pourrait atténuer l'effet anti coagulant que présente

l'armoise (21).

Les tandems : 2 Exemples : Oignon + gingembre et Aloès+ girofle.

Dans ces recettes, 2 plantes en tandem agissent sur un assez grand nombre de symptômes et de complications.

Oignontgingembre : l'oignon agit contre les symptômes de la grippe, du rhume et comme anti-coagulant. Le gingembre agit pour bloquer l'entrée du virus, comme anticoagulant, pour prévenir les infections bactériennes et contre la tempête cytokinique (2, 14, 24, 27, 31).

Aloès+girofle : l'aloès agit sur le système immunitaire, comme antibactérien et contient des substances agissant contre le Sars-cov-2 telles l'émodine qui pourrait s'opposer au virus en inhibant certains enzymes et en altérant l'enveloppe virale ellemême (14). Le girofle agit sur plusieurs symptômes (douleur, fièvre, fatigue, ...), comme anticoagulant et comme antibactérien (4, 7, 31).

Les recettes visant des symptômes particuliers

3 exemples : Citron contre le mal de gorge : Citronnelle : contre la grippe et la fièvre et mélange de basilic+ bois d'orme+ girofle+ miel, contre la thrombose.

Ces recettes sont d'emblée proposées pour traiter des symptômes particuliers : le citron, par ses propriétés antibactériennes et antiinflammatoires (31) peut agir contre le mal de gorge : la citronnelle est généralement proposée contre la fièvre, la toux et le rhume (31). Par son effet anti-coagulant (31), le girofle peut agir contre la thrombose.

Les « remontants » - 1 Exemple : oignon rouge, ail, carotte, piment rouge, betterave, lait, miel à mixer. Il s'agit d'une association de plusieurs plantes alimentaires connues pour leur bonne teneur en vitamines et leur action stimulante de l'organisme (carotte, betterave, piment rouge, oignon, …) et antifatigue (betterave) (31) à laquelle sont ajoutés du lait, riche en éléments constructeurs (13, 15, 19) et du miel,

excellente source d'énergie) (10).

Les recettes à visée préventive - 1_ Exemple : Vit D, vit A, vit C, zinc, cacao. Ces vitamines et produits sont donnés dans le but de stimuler le système immunitaire et de protéger l'organisme. Les vitamines A et C protègent des infections respiratoires en général et il a été démontré que les gens ayant une bonne teneur sanguine en vitamine D résistent mieux à la Cov-19 (14, 29). La vitamine D est par ailleurs un régulateur de l'immunité et pourrait agir contre la tempête cytokinique selon de récents travaux (14). Le cacao est un aliment riche en fer (pour une bonne oxygénation du sang, l'infection causant souvent un manque d'oxygène dans les tissus) et en d'autres minéraux (magnésium, zinc) renforçant le système immunitaire (31).

Les Bains thérapeutiques : ils concernent le corps tout entier ou seulement les pieds

Exemples :

-Bains pour désinfecter le corps : pois puant, pois Congo, bois caca, rue, manioc, ave

-Bains de pieds : asowosi, armoise, basilic

Le bain du corps est donné généralement en association avec d'autres remèdes (voie orale). Son objectif est de rendre l'épiderme sain et dépourvu de microbes pour éviter les sur infections. Les plantes utilisées (feuilles de pois puant, manioc, etc.) sont connues pour leur action antibactérienne ou agissant sur les champignons pathogènes de la peau. Plusieurs ont de plus des propriétés anti-inflammatoires (31).

En ce qui a trait aux bains de pieds, les plantes utilisées peuvent aider à faire baisser la fièvre (asowosi, basilic, armoise), la toux (basilic, armoise) et à libérer les bronches du mucus (basilic) (3, 20).

Les inhalants thérapeutiques - 2 Exemples : -Inhalant à l'eucalyptus,

-Inhalant aux clous de girofle + pelure de citron ou d'orange amère +feuilles de neem.

Les plantes utilisées agissent ici en tant qu'antibactériens, antiviraux (girofle, eucalyptus, basilic), immuno-modulateurs (neem, citron) (14) et pour fluidifier le mucus (eucalyptus, basilic) (2, 4, 30, 31, 39). En plus des effets décongestionnants et désinfectants des huiles essentielles contenues dans ces plantes (eucalyptus, girofle, basilic, orange, citron), la vapeur chaude inhalée agit aussi contre les virus et les bactéries présents aux principales portes d'entrée du SarsCov-2 (gorge, nez), ce qui peut entraver leur introduction dans l'organisme (effet préventif).

Ainsi, ces différents exemples illustrent bien les multiples modes d’action des associations faites dans les recettes considérées et les effets non négligeables qui pourraient de ce fait être attendus des formules proposées par la population contre la Covid-19. Il importe cependant de signaler que les plantes n'agissent pas avec la rapidité et la force des remèdes synthétiques : leur action est certainement plus lente, plus graduelle et moins agressive pour l'organisme. Certaines recettes peuvent néanmoins poser des problèmes, en particulier celles où il est fait appel à un nombre élevé de plantes ou celles qui comportent des espèces pouvant présenter une toxicité. Ceci amènera à faire quelques considérations concernant ces usages.

Discussion

Ce travail fait dans l’idée de juger et d'optimiser les recettes traditionnelles du pays face à la Covid-19 a permis de jeter un peu de lumière sur les pratiques en cours et leurs implications. Les différents exemples donnés ont bien illustré la capacité potentielle des recettes à aider à la lutte contre l'affection, tout en attirant l'attention sur quelques problèmes posés par certaines formules trop complexes ou sur des plantes à usage hasardeux. D'autres études et observations doivent être réalisées dans le futur en

vue de confirmer de façon formelle les actions thérapeutiques possibles de ces recettes. Notez que les symptômes de la Covid-19 sont nombreux, variés et découverts au fil du temps : de plus, même lorsque la maladie semble sous contrôle, il est signalé que certains patients gardent des séquelles et que des organes importants semblent impactés dans leur fonctionnement.

En dépit des observations, positives pour la plupart, faites dans le cadre de ce travail, il serait donc imprudent pour le jury de tirer des conclusions trop hâtives et définitives sur l'impact des recettes utilisées par la population haïtienne sur la maladie, sans avoir procédé à des études cliniques et chimiques de ces recettes et sans disposer d'une période de recul pour apprécier les effets des remèdes. Mais déjà, sur la base des recherches bibliographiques faites et des exemples donnés, il est possible de dire aujourd’hui que la population a su faire un choix de plantes et de recettes pouvant, dans l'urgence où elle se trouve, l'aider dans ce combat. Certaines plantes plébiscitées par la population semblent particulièrement prometteuses et frappent par leur large éventail de propriétés propres à agir contre la Cov-19. Plusieurs espèces comme l'ail, les Citrus, l'aloès, l'asowosi, le gingembre, en renforçant le système immunitaire ou en bloquant l'entrée du virus dans l’organisme, sont d'abord capables d'exercer une action préventive de la maladie (5, 8, 20, 30). Plusieurs d’entre elles tel le gingembre, le girofle et les Citrus, très appréciées par la population si on en juge à leur fréquence d'apparition dans les recettes, sont à signaler pour la diversité de leurs actions. Le gingembre peut à la fois prévenir l'entrée du virus dans l'organisme, protéger contre les surinfections bactériennes, contribuer à prévenir les thromboses et la tempête cytokinique (2, 7, 14, 24, 27, 31). De plus, il présente une action protectrice des complications hépatiques et rénales liées au diabète (34). Le 6gingérol qu'il renferme a été retenu par certains chercheurs (28) comme

pouvant avoir une action potentielle contre le virus lui-même. Les clous de girofle peuvent agir contre plusieurs symptômes tels fièvre, courbatures, fatigue et augmenter l’activité motrice tout en gardant le sang fluide et en empêchant l'augmentation de la tension artérielle (4, 7). Le citron et l'orange sure constituent également de très précieux alliés par leur richesse en vitamine C et en certains flavonoïdes tels l’hespérétine et la naringine qui pourraient selon des études chinoises contribuer à s'opposer à l'entrée du virus et à prévenir les tempêtes cytokiniques, tout en protégeant les vaisseaux sanguins (8, 14). D'autres plantes comme l'oignon, la cannelle ou l’eucalyptus constituent aussi de très bons choix vu le large spectre de propriétés qu'elles détiennent en lien avec les symptômes et complications de la Covid-19 (14, 31, 39, 40).

Plus haut, il a été vu comment au sein des différentes recettes, les propriétés de ces espèces peuvent se compléter entre elles pour contrecarrer l’action du virus. C'est dire l'intérêt que présentent ces plantes pouvant s'acheter dans tous les marchés et être rapidement préparées à domicile, sous forme de thé ou autre, pour contrer le Sars Cov 2. Plusieurs recettes peuvent prévenir la maladie alors que d’autres agissent contre les symptômes et/ou empêchent les complications de se manifester ou les atténuent, ce qui indique une bonne connaissance de la phytothérapie et une adresse particulière à manier les plantes et à les associer. Le fait qu'il s'agisse d'une population n'ayant jamais renié ses savoirs ancestraux en ce qui concerne l'usage des plantes et qui a toujours fait appel à la phytothérapie pour traiter ses maux quotidiens, a certes aidé à cette réaction rapide et adéquate à cette nouvelle maladie. Cette médecine populaire a sans doute contribué à éviter de nombreuses pertes de vie au sein d'une population déjà affectée par une situation socio-économique catastrophique.

A côté des effets positifs répertoriés, pour que les recettes utilisées gagnent en efficacité et en sécurité, il est nécessaire d'attirer l'attention sur certains points importants des résultats de l'étude :

-Dans l'ensemble, les plantes utilisées ne sont pas connues pour leur nocivité, ce qui est quelque part rassurant. L'usage de certaines d'entre elles comme l'armoise, l'absinthe et l'absinthe marron n'est cependant pas sans danger et devrait être évité par voie orale.

-Le fait d'associer plusieurs plantes au sein d'une même recette a ses avantages, mais aussi ses inconvénients. L'inconvénient majeur décelé dans les recettes concerne l'effet anticoagulant des plantes. Certaines recettes comportent un trop grand nombre de plantes ayant cet effet et pourraient provoquer des saignements chez l'utilisateur.

-De ce point de vue et de façon plus générale, même lorsque les plantes utilisées ne présentent individuellement pas de danger, certaines recettes, tout en aidant à gérer la maladie, pèchent par la trop grande complexité de leur composition.

“La plupart des recettes ne devraient pas être utilisées par les femmes enceintes ou allaitantes et par les enfants en bas âge. Les hypertendus et les diabétiques, nombreux dans le pays et qui constituent des groupes vulnérables doivent être vigilants et éviter les recettes à composition complexe.

-Une réglementation des utilisations traditionnelles est absolument nécessaire : elle doit tenir compte des normes internationales en la matière tout en conservant l'originalité des pratiques et garantir le droit de propriété. Ceci assurerait la sécurité de ces usages et permettrait de rationaliser cette médecine si précieuse pour la population haïtienne.

Conclusion et recommandations à la population

La médecine traditionnelle est une réalité dans le pays et constitue un élément important de notre patrimoine culturel et national. Ce travail devrait attirer l'attention sur ce qu'elle représente dans le pays et sur la nécessité de mieux la structurer tout en la préservant et en la protégeant. Le regard ou l'intérêt porté sur cette médecine par l'Université d'Etat trouve ici son sens d'un triple point de vue scientifique, sanitaire et éthique. La dimension éthique doit nous conduire à exiger deux choses : qu'on protège et qu'on sauvegarde les pratiques de la pharmacopée locale : qu'on s'assure sur le plan scientifique que ces produits traditionnels ne mettent pas en danger la vie des gens qui en font usage. Notons que l'OMS a ellemême encouragé les populations des pays en voie de développement à mettre au point des traitements valides et sans danger à partir de leur médecine traditionnelle, ne serait-ce qu'à titre préventif ou pour des symptômes bénins de la maladie.

La pandémie qui s'est abattue sur le monde en décembre 2019 a déjà fauché de nombreuses vies et provoqué partout des bouleversements considérables. En Haïti, la catastrophe annoncée n’a cependant pas encore eu lieu malgré les conditions économiques précaires et la faiblesse du système sanitaire. En dépit du fait que d’autres facteurs ont certainement contribué à cet état de choses, il est certain que la médecine traditionnelle y a joué un rôle et ce travail montre, en tous cas partiellement, comment elle y est parvenue. De nombreuses questions importantes demeurent pendantes concernant ce virus. Un point à creuser serait de savoir si la population haïtienne bénéficie d’une protection vis-à-vis de ce virus et sur ce sujet, les hypothèses sont nombreuses. Citons-en quelques-unes une souche de Sars Cov-2 moins virulente dans le pays, le fait quil s'agisse d'une population jeune, les traitements donnés contre la malaria, le BCG, l'immunité développée par la population contre d'autres virus. Il serait important de mettre en place des protocoles de recherche pour tenter de faire la lumière sur ces importantes questions et pour confirmer les effets chimiques et

cliniques des recettes répertoriées dans le pays.

Rappelons pour terminer, que la médecine traditionnelle apporte déjà beaucoup à la population haïtienne et dans ce contexte si difficile, elle se montre encore à la hauteur de sa noble tâche, même si d'autres travaux doivent confirmer les premières observations faites, d'autant qu'étant donné les tendances de la pandémie depuis quelques mois et les rebondissements de l'infection un peu partout à travers le monde, aucun spécialiste n'ose encore se prononcer de façon formelle sur l'évolution future de cette pandémie et la vigilance reste de mise. Il faudra peut-être s'armer de patience dans les mois à venir et redoubler d’ardeur en ce qui a trait aux mesures barrières et au renforcement du système immunitaire, en attendant qu'un médicament spécifique soit découvert. Le jury termine en faisant de nombreuses recommandations au commanditaire et aux autorités étatiques.

En ce qui concerne la population, les principales recommandations du jury sont les suivantes :

“Qu'elle prenne très au sérieux cette affection virale et qu'elle respecte les consignes du MSPP

-Qu'elle continue à faire usage des plantes médicinales contre la Covid-19, en s'informant, en évitant les plantes pouvant présenter une toxicité et en étant modérée dans les quantités et les mélanges d'’espèces. Absinthe et absinthe marron ne devraient pas être utilisées par voie orale: pour la plante dénommée ‘armoise”, vues les doutes pesant sur son identification (plusieurs plantes portant ce nom) et les risques de toxicité, il serait prudent de ne l'utiliser que par la voie externe, en bain par exemple. Pour éviter un cumul de plantes à effet anticoagulant, on conseillerait de ne pas faire de mélange de plus de 3 ou 4 plantes à la fois pour la voie orale.

-Qu'elle profite pleinement des produits locaux riches en vitamines et

minéraux et qu'elle consomme davantage d'aliments tels cerises, cacao, mangues, avocats, légumes/ feuilles, cresson, Moringa : en renforçant le système immunitaire, ces aliments la protégeront de la Covid mais aussi d'autres maladies infectieuses.

“Que chacun, à son niveau, s’applique à protéger son environnement, garant de la santé et du maintien de cette médecine qui soigne la population au quotidien.

Remerciements

Les auteurs remercient vivement le Fonds d'Assistance aux Femmes Victimes de Viol (FAAFVV) pour avoir mis à la disposition du Jury le répertoire des recettes traditionnelles utilisées en cas de Covid-19. Nos remerciements s'adressent aussi au Vice - Recteur à la recherche, le Dr Jacques Blaise pour son support et ses conseils.

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39.

40.

Article 4

Grippes et coronaviroses animales en Haïti

Etudes

J. Blaise, Laboratoire de Zoologie/Parasitologie, Département de Production Animale, FAMV, UEH

RESUME Blaise J. 2021. Grippes et coronaviroses animales en Haïti. RED 9 (1):2-5

Le présent travail vise à faire ressortir l'importance de la pathologie comparée qui, dans un contexte de grippes et coronaviroses, peut permettre d'établir des modèles utiles pour expliquer certains faits observables ou tester des remèdes ou des produits biologiques. Il aborde l'aspect virologique, les réservoirs animaux, la symptomatologie chez l'animal en vue de rappeler les mesures préventives. En ce qui concerne l'aspect virologique, une classification simplifiée des principaux virus, basée sur des données de la microscopie électronique est présentée, en se basant sur leur génome. L'attention est surtout attirée sur les genres Orthomyxovirus (grippes) et Coronavirus impliqué dans la Covid-19 et qui comporte d'autres souches responsables de la bronchite infectieuse aviaire (BIA), bien connue en Haïti : de l’entérite canine aiguë, l'entérite transmissible de la dinde, de la gastro-entérite transmissible (GET) du porc ou intervenant comme cause favorisante dans la mycoplasmose aviaire ou maladie respiratoire chronique (MRC) des oiseaux et les entérites néonatales du veau. En ce qui concerne les réservoirs, ils sont représentés, dans le cas des grippes : par des oiseaux sauvages (canards surtout) et domestiques (dindes, poules), des mammifères (pores, chevaux) : dans le cas des coronaviroses, par des mammifères surtout sauvages : chauves-souris, civettes, furets, pangolins, ragondins inconnus en Haïti sauf les chauves-souris, et un mammifère domestique probable, le chat, vivant en Haïti à l'état domestique et sauvage (chat marron). Les réservoirs, peu sensibles, sont le plus souvent asymptomatiques, mais sont capables d'héberger une large gamme d'antigènes avec possibilité de recombinaison de souches adaptées à l'espèce humaine, comme cela peut se faire également au laboratoire. A partir du cycle de transmission, il est fait un rappel des principales mesures de prévention.

ABSTRACT J. Blaise. 2021. Flu and animal coronavirosis in Haïti RED 9(1):2-5

This paper highlights the importance of comparative pathology which, in the context of flu and coronavirus, can allow development of useful models that could explain certain observable facts or to test remedies or biological products. It discusses the virological aspect, animal reservoirs and symptoms in animals in order to recall preventive measures. Regarding the virological aspect, a simplified classification of the main viruses, based on electron microscopy data is presented, using their genome. Emphasis is especially drawn to the Orthomyxovirus (lu) and Coronavirus genera. The latter, involved in Covid-19, includes other strains responsible for avian infectious bronchitis (AIB), well known in Haiti; acute canine enteritis, transmissible enteritis of turkey, transmissible gastroenteritis (TGE) of pig or as a contributing cause of avian mycoplasmosis or chronic respiratory disease (CRD) of birds and neonatal enteritis of calf. In the case of flu, animal reservoirs are represented by wild birds (especially ducks) and some domestic ones (turkeys, chickens), and by mammals (pigs, horses): in the case of coronaviruses, they are represented by mainly wild mammals: bats, civets, ferrets, pangolins, nutria unknown in Haïti except bats, and by a probable domestic mammal. the cat, found in Haïti in both domestic and wild states (wildcat). Not very sensitive, reservoirs are most often asymptomatic, but capable of harboring a wide range of antigens with the possibility of recombination (Gin nature or in laboratory) in strains adapted to human species. Based on transmission cycle, a reminder of the main preventive measures is given.

Introduction

Les grippes et les coronaviroses animales sont des maladies infectieuses d'origine virale. Elles peuthentiquement humains ont pu infecter des animaux (1). En ce qui concerne les infections par coronavirus, certaines souches canines ou

vent revêtir selon la souche virale en cause, un caractère zoonotique ou non. Dans le cas de la grippe humaine, le rôle des réservoirs animaux ne peut pas être tenu pour négligeable (6, 8). Les investigations montrent que des virus d'origine animale sont transmis dans la nature à l’homme et que des virus auprovenant de mammifères sauvages sont incriminées sans preuve dans l’étiologie de la Covid-19 (8, 10, 11). De plus, l'immense réservoir où se juxtaposent des souches extrêmement variées, pourrait être un lieu idéal de multiples recombinaisons et d'émergence de virus éventuellement redoutables pour l'homme. Ces

considérations commandent de faire constamment le point sur ces infections particulières, en vue d'attirer l'attention sur la nécessité de réfléchir sur les relations d’interdépendance homme-animaux-produits d'origine animale et d'appliquer en permanence les mesures de prévention primaire. Dans cet ordre d'idées, l'Université d'Etat d'Haïti (UEH), interpellée par la menace d'extension de la pandémie Covid-19 en Haïti, avait décidé d'organiser en mars 2020, une conférence visant à sensibiliser sur les aspects susmentionnés. Cet article est tiré de ladite conférence.

Quelques types de virus

Le tableau 1 présente la classification simplifiée de quelques types de virus à partir de microscopie électronique.

Orthomyxovirus

Types connus

À partir d'examens immunologiques, immuno-enzymatiques ou de Polymerase Chain Reaction (PCR) et selon la spécificité des antigènes internes solubles $, trois types sont connus (1) : À (animaux et homme), B et C. Notons que le virus est doué d'une grande variabilité génétique.

Sous-types connus

Selon les antigènes de surface H (Hémagglutinine), allant de H1 à H14 et N (Neuraminidase), allant de N1 à N9, plusieurs sous-types sont connus (1) avec diverses possibilités de combinaison entre H et N, dont 43 pour le canard (5)

La grande majorité des sous-types ne sont pas pathogènes pour les oiseaux domestiques ou sauvages (1).

Chez les canards sauvages, le virus se multiplie dans l'intestin et est éliminé dans les fèces, entrainant la

Tableau 1. Classification simplifiée de quelques types de virus

Types de virus Maladies Acide nucléique |Nom générique Parvovirus Parvoviroses canine et porcine, Papillomavirus |Verrues ADN Adénovirus Conjonctivite, gastro-entérite, hépatite Herpes virus Varicelle, zona. Marek. LTI. Aujeszky Poxvirus Variole, vaccine. ecthyma. Cowpox Picornavirus Polio, hépatite A. fièvre aphteuse, Teschen Rhabdovirus Rage. stomatite vésiculeuse Orthomyxovirus |Grippes Paramyxovirus [Newcastle, oreillons., rougeole ARN Rétrovirus SIDA. leucose. AIE ll Rubivirus Rubéole Bimavirus Maladie de Gumboro Pestivirus PPC. BVD/MD Coronavirus BIA (souche gamma). Covid-19. ECA. ENV. ETD. GET. MRC.

NB : LTI = Laryngotrachéite infectieuse, SIDA = Syndrome immunodéficience acquis, AIE = Anémie infectieuse des équidés, PPC = Peste porcine classique, BVD/MD = Bovine virus diarrhea/Mucosal disease, BIA = Bronchite infectieuse aviaire, ECA = Entérite canine aiguë, ENV = Entérites néonatales du veau, ETD = Entérite transmissible de la dinde, GET = Gastroentérite transmissible, MRC = Maladie respiratoire chronique

contamination des eaux environnantes, moyen très efficace de transmission (14).

Réservoirs animaux de grippes Ils sont représentés par des oiseaux sauvages (canards surtout, hirondelle) et domestiques (canard, poule, dinde) ; des mammifères domestiques : porc surtout, cheval, chien, phoque (1,4, 5). Le phoque ne fait pas partie de la faune locale. Les oiseaux sont le principal réservoir du virus grippal et la principale source d'infection chez les mammifères et l'homme (1) (Figure 1).

Coronavirus chez l'animal

Mammifères

Chez les ruminants, en particulier le veau, le coronavirus est l’un des contaminants pathogènes impliqués dans les entérites néonatales, pathologie majeure des sujets de moins d'un mois où il est responsable de 50% des cas de mortalité (9). Souvent associé à Escherichia coli (sérotypes O8, O9, 0115 et 0137), au Rotavirus et aux Cryptosporidies (protozoaires, apicomplexes), le coronavirus agit en détruisant les villosités des cellules

épithéliales de l'intestin (entérocytes) et peut provoquer une diarrhée mortelle (9). Il est important de signaler que les cryptosporidies (Cryptosporidium hominis, C. parvum, C. felis) sont des agents pathogènes rencontrés en Haïti dans les cas de diarrhée chez les personnes infectées par le virus de limmunodéficience humaine (VIH), ce qui témoigne du rôle de facteur favorisant susceptible d'être joué par le coronavirus (2).

Chez le porc, il est l'agent déterminant de la GET du porc, très contagieuse, se traduisant par des vomissements, une diarrhée abondante, aqueuse, jaunâtre (mortalité 100% chez les sujets de moins de 15 jours) et de la diarrhée épidémique porcine : souche CV777 entraînant des mortalités de 60% chez les sujets de

moins de 15 jours (9).

Chez le chien, le coronavirus a été isolé dans le tube digestif de plusieurs sujets. Il est important de signaler que les souches canines ont été incriminées dans l'étiologie d'entérocolites parfois mortelles chez les nourrissons (8).

Chez le lapin, le coronavirus est incriminé dans les entérites fatales des jeunes au nid. Il est toutefois isolé chez les adultes en bonne santé (12).

Oiseaux

Chez la poule, le coronavirus est l'agent déterminant de la bronchite infectieuse aviaire (9). Cette maladie se traduit par des signes respiratoires à l’origine de retard de croissance chez le poulet de chair et une baisse de la ponte chez les pondeuses.

Chez la dinde, le coronavirus est à l'origine d'une maladie très contagieuse appelée : Entérite transmissible de la dinde ou Blue comb Celle -ci se traduit par une entérite rapidement mortelle chez le dindonneau accompagnée de retards de croisJ Eaux Canard environnantes domestique, (+ de 10 jours) Poule, Dinde CH7N7, H3NI, H5N2, H5N1)

Cheval Equus caballus

Canard sauvage Anas platyrhynchos

PET ET Porc © hien Canis Sus scrofa : familiaris

Homme Homme Homo e Homo : Contact : sapiens sapiens

Figure 1. Cycle de transmission habituelle des grippes

sance et de l'amaigrissement : chez les adultes, de la diarrhée, une cyanose de la tête (d’où son appellation anglaise) et une chute de ponte sévère chez les pondeuses (9). Il peut donc occasionner des pertes économiques importantes en aviculture.

Réservoirs animaux de Coronavirus

Ils sont représentés surtout par des mammifères sauvages chauvessouris (chiroptères, rhinolophidés), pangolins (pholidotes, manidés) ressemblant par la morphologie (sans les écailles) et le régime alimentaire au Solenodon paradoxus (insectivores, solénodontidés), nez long haïtien en voie de disparition, civettes (carnivores, viverridés) se rapprochant de la mangouste (carnivores, viverridés, ragondin (xongeurs, capromyidés) se rapprochant de l’agouti haïtien Plagiodontia aedium (rongeurs, capromyidés) en voie de disparition (3). La chauve -souris, la civette et le pangolin pourraient héberger le virus Covid19 sans être symptomatiques (10). L'immunité naturelle observée chez ces animaux peut être exploitée dans la mise en place de mesures préventives chez l'homme (vaccin). Les coronavirus sont normalement spécifiques d'un animal hôte mais ils peuvent parfois changer d'hôte à la suite d'une mutation (10). En dépit de tout, ces animaux réservoirs restent très utiles dans l’environnement par leur régime alimentaire. Le pangolin et la civette, absents dans la faune locale, sont respectivement de gros mangeurs d'insectes (fourmis et de termites) et de rongeurs considérés comme de véritables pestes domestiques (7). Les ragondins, rongeurs herbivores hydrophiles, ne sont pas non plus connus en Haïti (3).

Les mammifères domestiques cosmopolites : chien, chat, pourraient également constituer un réservoir de coronavirus, mais il n'existe encore aucune preuve d'une éventuelle transmission à l’homme (8. 11).

Comme dans le cas du virus grippal. les animaux réservoirs de coronavirus sont le plus souvent asymptomatiques.

Rappel de mesures préventives En cas d'infection par Orthomyxovirus où Coronavirus, le lavage systématique des mains doit être la règle à tout moment. L'intérêt de cette mesure de prévention primaire a amené les autorités sanitaires internationales à consacrer le 15 octobre : la journée du lavage des mains, depuis 2008 (13). Compte tenu du rôle susceptible de jouer par les différents animaux réservoirs signalés dans ce travail, le lavage des mains au savon doit se faire obligatoirement après tout contact avec un animal ou un objet ayant été en contact avec ce dernier. Dans le même ordre d'idées, il n'est pas superflu de rappeler d'autres mesures déjà préconisées telles que : la cuisson suffisante de la viande (plus de 70°C à cœur) et des œufs, surtout dans un contexte local d'inspection sanitaire déficiente : le lavage soigné des fruits (mangues, cerises, fraises, ...) et légumes (carottes, salades) consommés crus éventuellement souillés par des excréments d'animaux porteurs de virus (4). Il est extrêmement important de retenir que ces mesures peuvent permettre non seulement de prévenir des zoonoses infectieuses comme les grippes et coronaviroses traitées ici, mais aussi des zoonoses parasitaires bien connues en Haïti telles que : l'amibiase, l'ankylostomose, la balantidiose, la cryptosporidiose, la giardiose, l'hydatidose, la téniase et la cysticercose, la toxoplasmose, la macracanthorhyncose etc (2).

La vaccination est pratiquée avec succès contre l'ENV, la BIA, la GET porcine (9). Elle est absente dans les cas de l'influenza aviaire, l'ETD, la diarrhée épidémique porcine et la MRC, pour plusieurs raisons. En Haïti, le vaccin polyvalent Newcastle/Bronchite infectieuse a été utilisé avec succès en aviculture. Il faut rappeler qu'en présence de l'une de ces infections chez l'homme, des mesures de prévention secondaire dont le port de masques, sont hautement recommandées.

Conclusion

Cette revue a permis de mettre en exergue un point commun important entre les virus grippaux et les coronavirus : la capacité de recombinaison. Il a permis également de se rendre compte que les coronavirus peuvent être non seulement des causes déterminantes de maladies comme : la BIA, la GET du porc, mais aussi des causes favorisantes comme dans les ENV, la MRC des oiseaux. Ces constats chez les animaux, sont suffisants pour étayer le rôle joué par le virus Covid-19 dans l'aggravation d'autres pathologies sous-jacentes et sensibiliser la population haïtienne au respect de certaines mesures, tel le lavage systématique des mains au savon.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

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