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Vol. 7 No 2 (2016): RED

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Article 1

Communication Courte

Les plantes dans le traitement des affections bucco-dentaires en Haïti C. C. Noël, Faculté d'Odontologie, Université d'Etat d'Haïti (UEH)

Introduction

La lutte contre les maladies a commencé dès leur apparition sur la planète. L'être humain, alors confronté à ces anomalies délétères pour son organisme, a dans les premiers temps utilisé toutes les ressources, minérales, animales ou végétales à sa disposition. Les affections parasitaires, sanguines, 0sseuses ou de différents organes du corps ne sont pas les seules concernées, les maux bucco-dentaires ont eux-aussi été et sont encore sujets à de nombreux essais thérapeutiques.

Dans l'Antiquité, Aurelius Cornelius Celsus, plus connu sous le nom de Celse, Caelius Aureliamus et Scribonius Largus, attribuaient toute anomalie des dents à l'action de petits vers. Aussi, le principal traitement impliquait-il l'éradication de ces derniers. Ce n'est qu'au XVIIIsiècle que l’étiologie de la carie est connue et les fameux petits vers sont mis de côté. Peu à peu la médecine dentaire a évolué, s'enseigne à l'université. Aujourd'hui, toute une panoplie de médicaments industriels est à la disposition des chirurgiens-dentistes pour la prévention et le traitement des pathologies bucco-dentaires, reléguant ainsi aux oubliettes les recettes empiriques, notamment l'usage des plantes. Toutefois, dans certains pays dont Haïti, certaines régions, certaines communautés, la médecine traditionnelle a encore sa place dans la prestation des soins dentaires.

Une enquête a été conduite par la Faculté d'Odontologie afin de collecter des données primaires sur l’état des connaissances en termes d’utilisation des plantes dans les soins dentaires. De manière plus spécifique, cette étude visait à : -répertorier les plantes utilisées dans le traitement des maladies bucco-dentaires, - déterminer leur mode d'utilisation

et leur niveau d'efficacité,

- mettre en perspective des études cliniques pouvant ultérieurement être entreprises pour une éventuelle reconnaissance scientifique des pratiques répertoriées en Haïti contre certaines affections buccodentaires.

Méthodologie

L'étude a été conduite par voie d’enquêtes réalisées dans neuf des dix départements du pays, par des étudiants. Le questionnaire élaboré à cet effet devait permettre de recueillir des informations sur ces symptômes de maladies : rage de dent, saignement gingival et inflammation de la mâchoire. Ces anomalies ne constituent pas en elles-mêmes des pathologies cliniquement diagnostiquées. Il s'agissait de trouver des termes et des définitions qui permettaient d'englober les symptômes de certaines pathologies, traduisant ainsi le vécu des personnes interrogées, et facilitant l'administration du questionnaire et son interprétation. Les questionnaires, au nombre de 700 ont été distribués à des étudiants des facultés d'Odontologie, d'Ethnologie et d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire. Ces étudiants étaient volontaires pour réaliser les enquêtes durant les vacances d'été dans leurs régions d'origine. Des 700 questionnaires distribués, 504 ont été retournés dûment remplis.

Résultats de l'enquête

Un résumé sommaire des résultats de cette étude est présenté dans cet article préliminaire. Ils révèlent dans l'ensemble une tendance générale des enquêtés à l’automédication, notamment à avoir recours à différentes parties de plantes (feuilles, fleurs, fruits, racines, etc.) pour soulager les problèmes buccodentaires.

Les symptômes les plus courants regroupent : la rage de dent rapportée par 70.72% des enquêtés, suivie du saignement gingival (16.53%), l'inflammation de la mâchoire (10.16%), et d'autres comme les maux de gorge, le chancre, l'halitose et l’abcès. Dans ces différents cas, pour savoir quelle médication employée, les personnes malades cherchent conseil majoritairement auprès des voisins (43,5%), puis sont consultés les membres de la famille 27,03%), les guérisseurs traditionnels ou "doktè fèy" de la région (23,85%) et 0,99% pour les autres non déterminés.

L'étude a également révélé que plus un symptôme est répandu, plus grande est la diversité de remèdes traditionnels recommandés pour le traiter. Ainsi, dans le cas de la rage de dents, 156 remèdes ont été rapportés : contre le saignement gingival et l’inflammation de la mâchoire respectivement 62 et 41 remèdes différents seraient connus. De même, la même plante est utilisée dans plusieurs départements du pays pour soulager les mêmes maux bucco-dentaires.

Selon les résultats, dans certaines régions du pays, les habitants tendent à attribuer, à tort ou à raison, des vertus médicinales à la principale plante qui y est cultivée. Il en est ainsi du tabac dans la Grande Anse (Jérémie, Latibolière, Gatineau, Fort Rouge), dans l'Ouest (Thomazeau, Rivière Froide, Carrefour Marin), dans l'Artibonite (Lathan, Bon Repos) et dans le Sud (Fonfred). La même observation a été faite pour la tomate dans le département du Centre (Wasek, Palmary, Tamaren) et dans le département du Sud-Est pour le vétiver à Bainet et la tomate à Marigot.

Par contre, si dans la région l’élevage est dominant, le traitement a

des rapports directs avec les animaux. L'urine des bœufs, des cabris, des moutons, le lait fraiîchement tiré de la mamelle (à Fonfred dans le Sud) sont employés contre la rage de dent.

Les plantes utilisées sont : tomat, jiwôf, medsiyen, pwa kongo, papay. sitwon, tabak, akasya, kalbas, malpouri ou ave, lay, seleri, lanman, chandèl, doukwiy, majolèn, lami, zoranj, bannann, koma, bwa lèt, ti kanson, langchat, amidon, ti blan, sowosi, lyann savon, rada, zebable, pèsi, gwo nèg, barachen, bwadan, lachôy, koupye, gwayav, gwo koton, fon baren, sitwonèl, palma christi, kanpèch, pwav, korosôl, mannyôk, pyant, vetivè, kreson, siwèl, malonnen, geri tout.

D'autres produits ont également été rapportés comme faisant partie de la thérapeutique des maux buccodentaires. Il s’agit de la cendre de charbon de bois, du clairin, du bicarbonate de soude, de l’eau salée, de l'huile de cuisine, du vinaigre, et de l'amidon employés dans les cas de rage de dents, d'inflammation de la mâchoire et du saignement gingival.

Conclusion

Ces résultats mettent en évidence qu'une tranche de la population haïtienne a recours aux plantes dans diverses régions du pays pour soigner une rage de dents, un saignement gingival ou une inflammation de la mâchoire. Ils ouvrent une porte sur la place occupée par la médecine traditionnelle dans le traitement des maux bucco-dentaires en Haïti, en ayant pour objectifs de soulager la douleur, d'arrêter le saignement au niveau des gencives ou de faire régresser une inflammation. Dans le cadre de cette étude, onze

plantes ont été les plus fréquemment indiquées, il s’agit de : Gwo medsiyen (Jatropha curcas ou Curcas curcas), pwa kongo (Cajanus cajan), tomat (Solanum lycopersicum), tabak (Nicotiana tabacum), papay (Carica papaya), Klabas (Crescentia cujete), malpouri ou ave (Petiveria alliacea), sitwon (Citrus aurantifolia), lay (Allium sativum), jiwdf (Syzygium aromaticum), et akasya (Acacia sp). Des études ultérieures seront entreprises afin de recueillir davantage d'informations sur ces espèces et investiguer leur rôle effectif dans le traitement des cas étudiés.

Référence bibliographique

Vidal F. 2007. Regards sur l'histoire de l'art dentaire, de l'époque romaine à nos jours.

qualité microbiologique: de l'Eau, des Aliments naturels

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Article 2

Etudes

Evaluation préliminaire de la teneur en aflatoxine dans l’arachide et produits dérivés en Haïti

L. Delvaï, Y. Philizairet, B. Paul? et P. M. Beaujour5. Département de Sciences et Technologie Alimentaire, 2Département d'Economie et Développement Rural, 5Département de Sciences et Technologie Alimentaire, Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV), Université d'Etat d'Haïti (UEH)

RESUME Delva L., Philizaire Y., Paul B. et Beaujour P. M. 2016. Evaluation préliminaire de la teneur en aflatoxine dans l'arachide et produits dérivés en Haïti. RED 7 (2) : 11 - 14

L'objectif de cette étude était d'évaluer la teneur en aflatoxine de l'arachide brute récoltée sur l'Ile de la Gonâve et du beurre d'arachide vendu dans les supermarchés de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Un total de 24 échantillons d’arachides brutes (12 décortiquées et 12 en coque) a été collecté directement sur des parcelles paysannes dans différentes sections communales sur l'Ile de la Gonâve et analysé. Quatre échantillons de beurre d'arachide ont été analysés. Une marque de beurre d'arachide importée ayant une teneur en aflatoxine inférieure au seuil d'action de 20 ppb recommandé par la Food and Drug Administration (FDA) a été utilisée comme témoin. Les analyses ont été conduites suivant la méthode «Reveal Q+», un dosage immuno-chromatographique de type bandelette basé sur un procédé immunologique compétitif. Parmi les échantillons d'arachides décortiquées analysés, 45% montrent des teneurs en aflatoxine supérieures à 150 ppb, donc au-delà du seuil d'action de 20 ppb recommandé par la FDA. Pour les arachides en coque, 69% présentent une teneur en aflatoxine variant de 21.6 à plus de 150 ppb. Les échantillons de beurre d'arachide ont tous présenté une teneur en aflatoxine supérieure à 150 ppb. Au regard de ces résultats, il est important de former les producteurs d'arachide sur les bonnes pratiques de culture, de récolte et de conditionnement afin de réduire la contamination par les aflatoxines au niveau du champ. La promotion de bonnes pratiques de séchage et de stockage contribuera à réduire la contamination immédiatement après la récolte. Il est suggéré aux transformateurs d'arachide d'adopter la démarche inspirée de la méthode HACCP afin d'assurer la sécurité sanitaire de leur produit.

ABSTRACT Delva L., Philizaire Y., Paul B. and Beaujour P. M. 2016. Preliminary evaluation of aflatoxin in peanuts and derived products in Haïti. RED 7 (2) : 11 - 14

This study aimed to evaluate the aflatoxin content of raw peanuts harvested on a satellite island of Haiti, La Gonâve, and locally processed peanut butter sold in Port-au-Prince supermarkets. In La Gonâve, 24 samples of raw peanuts (12 shelled and 12 unshelled) were collected directly from farmers’ fields in different communal sections. At surveyed supermarkets, four local brands of peanut butter were selected for analysis. As a control, an imported brand was chosen with aflatoxin contents below 20 ppb, the action threshold recommended by the United States Food and Drug Administration (FDA). The analyses were carried out following the "Reveal Q+" method, an immuno-chromatographic assay based on a competitive immunological method. For the unshelled peanuts, Aflatoxin levels higher than 150% ppb were recorded in 45% of the samples. In 69% of the shelled peanuts samples, aflatoxin content varied from 21.6 to more than 150 ppb. All analyzed local peanut butter samples showed aflatoxin levels higher than 150 ppb. Training is recommended for groundnut farmers on best agricultural practices to reduce aflatoxin contamination from soil. Furthermore, promoting appropriate drying and storage practices will reduce post-harvest contamination. Finally, to ensure the safety of their products, local peanut butter processors should receive support to adopt a Hazard Analysis and Critical Control Point (HACCP) System.

Introduction

L'arachide (Arachis hypogaea), communément appelée pistache en Haïti, est une culture au statut particulier, une légumineuse à graines comme le haricot, la plante oléagineuse la plus cultivée en Haïti. Pratiquée par de petits agriculteurs, elle est à la fois une culture de rente et vivrière, mais la production a toujours été insuffisante pour donner naissance à une industrie même

artisanale d'extraction d'huile comestible. Elle est vendue et consommée majoritairement sous forme de beurre d’arachide (manba), et de cacahouèêtes (pistaches grillées), vendues soit dans les supermarchés, soit par des marchands ambulants. L'arachide présente à la fois un intérêt économique et nutritionnel pour la population. Du point de vue nutritionnel, elle représente, après le haricot, la principale source de protéine dans la diète alimentaire des Haïtiens à travers tout le pays, à cause de son prix abordable pour les petites bourses, en accompagnement du pain et de la cassave (1). À cause de sa grande valeur nutritive, le beurre d’arachide est utilisé dans la fabrication d’alicaments. Il est l'ingrédient principal du médicamanba fabriqué pour la récupération rapide des enfants malnutris si nombreux dans le pays (Bien-Aimé, Com pers). Toutefois, pour que l’arachide puisse continuer à jouer son rôle de supplément protéique, trois conditions doivent être réunies: l'innocuité totale du produit, sa disponibilité toute l'année sur le territoire, un prix accessible à tous les consommateurs. Malheureusement, les sécheresses récurrentes et les contraintes économiques des producteurs, l'inaccessibilité à des semences de bonne qualité, le manque d'infrastructures notamment pour le séchage et le stockage des graines représentent des obstacles majeurs à une production régulière et de qualité. Cet environnement est favorable à l'infestation de l'arachide et des produits dérivés par des champignons microscopiques qui produisent les aflatoxines.

L'aflatoxine est une mycotoxine produite par Aspergillus flavus ou Aspergillus parasiticus. Aujourd'hui, plus de 20 molécules d'aflatoxine sont connues. Elles ont une large distribution et un haut pouvoir contaminant. Les plus connues sont les types B1, B2, G1, et G2 (3, 5, 7, 9). Ces champignons peuvent se développer sur plusieurs produits de consommation courante (arachide, maïs notamment).

En 2012, huit des dix échantillons de beurre d'arachide analysés par des chercheurs américains conteRED 7(2) Octobre 2016 11

naient plus de 20 ppb d'aflatoxine, le seuil d'action établi par la Food and Drug Administration (FDA) (2). Selon cette étude, le niveau d'aflatoxine dans l'échantillon le plus contaminé était d'environ 800 ppb, soit 40 fois la limite admise par la FDA. L'étude a également révélé que 87% des aflatoxines identifiées étaient du type B1, impliqué dans le développement du cancer du foie. Selon Schwartzbord et al., Haïti serait le pays de la Caraïbes qui aurait la plus forte prévalence de cancer du foie (7).

Dans le souci de faire une contreexpertise des résultats déjà publiés dans la littérature, une évaluation préliminaire du niveau de contamination des arachides et produits dérivés par les aflatoxines a été réalisée. L'étude a porté sur des échantillons d'arachide collectés directement dans des parcelles de paysans sur l'Ile de la Gonâve (communes de Anse-à-Galet et Pointe-à-Raquette) et des échantillons de beurre d’arachide de marque locale (fabriqué en Haïti) et vendu dans les supermarchés à Port-au-Prince.

Matériels et Méthodes

Echantillonnage

Les échantillons prélevés ont été constitués, d'une part de 14 échantillons d’arachide décortiquée et de 14 échantillons non-décortiqués collectés directement sur des parcelles paysannes dans différentes localités de l'Ile de la Gonâve et, d'autre part, de 4 échantillons de beurre d’arachide local (Manba) et d'un échantillon d’'arachide locale collectés dans des supermarchés de Port-auPrince. Du beurre d’arachide et de l'arachide importés, achetés dans des supermarchés, ont été utilisés comme témoin. Les arachides nondécortiquées ont été collectées sur des parcelles au moment de la récolte. Afin de prendre en compte l'hétérogénéité dans la distribution du champignon (et donc de la toxine), au moins deux échantillons ont été collectés sur une même parcelle mais à des endroits différents. Les échantillons d'arachide collectés ont été emballés, conditionnés dans

des sachets en plastique de type Ziploc et transportés dans la petite unité de laboratoire du projet AKOSAA à Saint Marc pour être analysés. Les analyses ont été réalisées sur 12 échantillons d'arachide décortiquées et 13 échantillons d’arachides en coque.

Immédiatement après l'achat des bocaux de beurre d’arachide, les étiquettes ont été enlevées et un code aléatoire de 3 chiffres a été inscrit sur chaque échantillon. Tous les échantillons collectés ont été conditionnés et transportés au laboratoire du projet AKOSAA à Saint Marc pour être analysés. Les échantillons collectés sont décrits dans le tableau 1.

Préparation des Echantillons et Extraction des Aflatoxines

Afin de faciliter l'extraction des aflatoxines, les échantillons d’arachide (brute ou grillée) ont été préalablement broyés en particules suffisamment fines à l’aide d'un mixeur de cuisine et les beurres d’arachide ont

été homogénéisés afin de pouvoir collecter un échantillon représentatif. L'extraction a été réalisée sur 10 g d'arachide broyée ou de beurre d'arachide homogénéisé auquel sont ajoutés 30 ml d’éthanol 65%. La suspension ainsi obtenue a été agitée vigoureusement pendant 3 minutes puis laissée au repos pour décantation. Le surnageant a été filtré afin de récupérer le filtrat à doser. Une dilution 1:5 a été ensuite préparée en utilisant le diluant accompagnant la trousse de dosage. La bandelette a été déposée dans le filtrat dilué qui a migré dessus pendant 6 minutes. La bandelette a été ensuite introduite dans le lecteur «AccuScan gold». La quantité d’aflatoxine présent dans l'échantillon en question est alors affichée en moins d'une minute en png/kg ou en partie par milliard (ppb). Principe du Test Reveal Q+ Accuscan Gold

Reveal Q+ pour l'analyse des aflatoxines est un dosage immunochromatographique de type « bandeTableau 1. Description des échantillons d’arachide et de beurre d’arachide

collectés et analysés

Echantillon Signification Lieu de collecte

A et A Pistache sans coque La Gonâve

Bet B' Pistache sans coque La Gonâve

Cet C’ Pistache sans coque La Gonâve

Det D’ Pistache sans coque La Gonâve

Eet E Pistache sans coque La Gonâve

FetF Pistache sans coque La Gonâve

Get G Pistache sans coque La Gonâve

HetH Pistache avec coque La Gonâve

letr Pistache avec coque La Gonâve

JetJ' Pistache avec coque La Gonâve

Ket K Pistache avec coque La Gonâve

LetL Pistache avec coque La Gonâve

MetM Pistache avec coque La Gonâve

Net N° Pistache avec coque La Gonäâve

MLO01 Manba Lokal 001 Supermarché Port-au-Prince MLO02 Manba Lokal 002 Supermarché Port-au-Prince MLO03 Manba Lokal 003 Supermarché Port-au-Prince MLO04 Manba Lokal 004 Supermarché Port-au-Prince PLO05 Pistache Locale Supermarché Port-au-Prince MTO006 Manba Témoin Supermarché Port-au-Prince PTO06 Pistache importée Supermarché Port-au-Prince

lette » basé sur une méthode immunologique compétitive (6). L'extrait à analyser traverse une zone réactive de la bandelette contenant des anticorps spécifiques aux aflatoxines conjuguées avec des particules colloïdales d'or. En cas de présence d'aflatoxines, celles-ci sont capturées par le complexe anticorpsparticule. Le complexe aflatoxinesanticorps-particule poursuit sa migration en traversant une zone contenant des aflatoxines conjuguées à une protéine porteuse. Cette zone permet la capture des anticorps anti -aflatoxines non complexés, qui se traduit par l'apparition d’une ligne visible à l'œil nue. Les molécules d'aflatoxines libres forment un complexe avec les anticorps-particules d'or. Plus la teneur en aflatoxines dans un échantillon est élevée, plus la quantité d'anticorps-or capturés dans la zone de test est faible. Par conséquent, plus la concentration d'aflatoxines dans l'échantillon est élevée, plus la densité de la ligne de test est faible. Les algorithmes programmés dans le lecteur Reveal AccuScan® III transforment ces densités de ligne en un résultat quantitatif affiché en parties par milliard (ppb). La membrane contient également une zone de contrôle où un second complexe immun, présent dans la zone réactive, est systématiquement capturé pour former une ligne visible. Cette ligne de contrôle apparaîtra, indépendamment de la présence d'aflatoxines, permettant ainsi de s'assurer de la validité du test (6).

Résultats et Discussion

Teneur en Aflatoxine des Arachides Décortiquées et en Coque

Parmi les échantillons d’arachide décortiquée collectés et analysés. 45% montrent des teneurs en aflatoxine supérieures à 150 ppb, 55% ont une teneur en aflatoxine comprise entre 5.8 et 12.4 ppb, donc en dessous du seuil d'action de 20 ppb recommandé par la FDA (Tableau 2). Pour les arachides en coque, sur un total de 13 échantillons analysés, quatre, soit un peu moins que 31% présentent une teneur en aflatoxine

en dessous du seuil d'action de la FDA (Tableau 3). Des teneurs d'aflatoxine variant de 21.6 à plus de 150 ppb, supérieures au seuil d'action de la FDA, ont été enregistrées dans neuf échantillons soit 69% des échantillons.

Ces résultats montrent que la teneur en aflatoxine à l'intérieur d'une même parcelle ne varie pas beaucoup. Cependant, il existe une très grande variabilité dans les teneurs en aflatoxine obtenues entre les parcelles. Etant données que les parcelles sont localisées dans différentes sections communales, et de ce fait sont cultivées par différents agriculteurs, cette variabilité pourrait être en partie le résultat d’application de pratiques culturales différentes. En effet, les pratiques culturales comme la rotation de cultures réduit la quantité de champignons (Aspergillus flavus ou Aspergillus parasiticus) dans le sol, alors que la succession de culture d’arachide favorise une forte prévalence du champignon dans le sol et augmente considérablement les chances de contamination des arachides par les aflatoxines (7).

Teneur en Aflatoxine des Beurres d’Arachide Vendus dans les Supermarchés à Port-auPrince

Les échantillons de beurre d’arachide achetés dans les supermarchés et analysés dans cette étude ont tous une teneur en aflatoxine supérieure à 150 ppb (Tableau 4). Parallèlement, l'échantillon de beurre d’arachide de marque importée présente une teneur en aflatoxine de 8.8 ppb, donc inférieure au seuil d'action de la FDA. Les arachides grillées (cacahouète) de marque locale et importée ont une teneur en aflatoxine de 19.2 ppb et 8.3 ppb respectivement donc conformes aux normes de la FDA.

Il peut être admis que les petits ateliers de transformation achètent les arachides sur le marché local et les transforment en beurre d'arachide. Par contre, le mode d'approvisionnement des unités de transformation semi-industrielles n'est pas bien

Tableau 2. Teneur en aflatoxine des échantillons d'arachide décortiquée collectés sur des parcelles paysannes dans l'Ile de la Gonâve

Code échan- Aflatoxine (ppb)

tillons*

A-001 6.0 A'-002 5.9 B'-003 5.9 B-004 5.8 C-005 >150 C'-006 >150 D-007 5.8 D'-008 5.8 E-009 >150 E'-010 >150 F-011 >150 F'-012 N/A EG-013 12.4 EG'-014 N/A

*Les échantillons dont le code est précédé d'une même lettre sont collectés sur la même parcelle

Tableau 3. Teneur en aflatoxine des échantillons d’'arachides en coque collectés sur des parcelles paysannes dans l'Ile de la Gonâve

*Code échantil- Aflatoxine (ppb) lons

EH-015 >150ppb EH'-016 >150ppb EI-017 5.2 ppb ETI-018 N/A EJ-019 4.8 ppb EK-020 21.6 ppb EK-021 22.2 ppb EK-022 20.8 ppb EL-023 6.1 ppb EL'-024 6.0 ppb EM-025 >150ppb EM'-026 >150ppb EN-027 85.1 ppb EN"-028 85.6 ppb

*Les échantillons dont le code est précédé d'une même lettre sont collectés sur la même parcelle

Tableau 4. Teneur en aflatoxine des beurres d’arachides et autres produits collectés dans des supermarchés de Port-au-Prince

Echantillons Aflatoxine pb)

Beurre d'arachide local >150ppb Beurre d'arachide local >150ppb Beurre d'arachide local >150ppb Beurre d'arachide local >150ppb Pistache grillée locale 19.2 ppb Beurre d'arachide importé 8.8 ppb Pistache grillée importée 8.3 ppb

connu. Cependant, à partir des résultats obtenus pour les arachides décortiquées et non-décortiquées, il est possible que des lots d'arachides arrivent dans les usines de transformation avec un niveau d'aflatoxine assez élevé. Selon Filbert et Brown (2), au niveau des ateliers de transformation il y a un défaut de triage où les graines d’'arachides endommagées sont parfois utilisées lors du processus de production de beurre d'arachide.

Conclusion et Perspectives

Avec plus de 50% des échantillons contenant des niveaux d'aflatoxine supérieurs à 150 ppb, ce travail montre que le problème de présence de cette mycotoxine dans l’arachide et le beurre d'arachide est réel. La contamination est possible à n'importe quel niveau de la chaine de production. En plus de l’arachide, d'autres produits, comme le maïs, le riz, le lait peuvent aussi être contaminé. Toutefois, le problème est remédiable moyennant des solutions adaptées. Cependant, elles doivent être abordées à plusieurs niveaux. En effet, les producteurs d’arachide doivent être formés sur les bonnes pratiques agricoles (rotation de cultures, gestion de l'irrigation, lutte contre les pestes, etc.) afin de réduire la contamination par les aflatoxines au niveau du sol (7). En plus, la promotion de bonnes conditions de séchage et de stockage contribuera à réduire la contamination immédiatement après la récolte.

Au niveau des usines de transformation, des mesures de contrôle de qualité basées sur la détermination de point critique de contamination (PCC) établis à partir d'une analyse de risque menée sur un diagramme de fabrication standardisé doivent être appliquées. En outre, il est recommandé aux ateliers de transformation d'arachide de procéder à un triage rigoureux de l’arachide pour enlever les graines contaminées.

Les réglementations relatives aux aflatoxines sont strictement établies dans de nombreux pays. Aux EtatsUnis, pas plus de 20 parties par milliard (ppb) d'aflatoxines ne sont autorisés dans les grains et pas plus de 0,5 ppb dans le lait (2). Dans la majorité des pays Européens, la teneur de 4 ppb est la limite supérieure autorisée dans les aliments (3.8). Au Kenya, une limite de 10 ppb a été établie par le Bureau des normes du Kenya (KEBS) (5). En Haïti, jusqu'à date, aucune norme d'innocuité alimentaire n'est encore en place. En conséquence, les instances régulatrices du pays, particulièrement les ministères concernés (commerce, agriculture et santé publique) ont l'obligation de penser rapidement à franchir les étapes nécessaires pour établir des normes et standards pour cette industrie.

Remerciements

Ce travail de recherche a été réalisé avec le précieux appui financier du projet CORDAH financé par le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI) et exécuté par la Représentation de lIICA en Haïti. Notre équipe tient à les remercier. Nous voulons aussi remercier le projet AKOSAA pour son appui technique dans la réalisation des analyses de laboratoire.

Références bibliographiques

Références Bibliographiques

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Article 3

Recherche

Influence du traitement à l’urée sur l’ingestion et la croissance de chevreaux recevant des feuilles ou des pseudo-troncs de bananier séchés

A. Bien-Aimé, ML. Fontin et E. Jean-Pierre. Département de Production Animale, Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV), Université d'état d'Haïti (UEH)

RESUME

Bien-Aimé A. Fontin M. L. et Jean-Pierre E. 2015. Influence du traitement à l'urée sur l'ingestion et la croissance de chevreaux recevant des feuilles ou des pseudo-troncs de bananier séchés. RED 7 (1):3-8

Des feuilles et des faux-tronc de bananier plantain, séchés et/ou traités avec 5% d'urée et ensilés, furent distribués suivant un carré latin 4X4 à quatre lots de quatre chevreaux de 11.8 kg de poids vif pendant quatre période de 21 jours chacune pour mesurer l'ingestion et la croissance. Les résultats trouvés ont montré que les rendements au séchage ont été de 21.2 % pour les feuilles et 5.1% pour les pseudo-troncs, que le bananier plantain entier (rhizome compris) après récolte est pauvre en matières azotées totales (6.3%) et en matière sèche (6.2%), et riche en cellulose brute (27.6%), en minéraux (20.4%) et en phosphore (1.08%). Les chevreaux ont ingéré en moyenne 28.6 : 27.4 ; 20.9 et 22.5 g de MS par kg P/j et ont eu un gain moyen quotidien de 17.26+1.03: 10.71+3.97 ; 9.82+3.41 et 5.35+3.13 g de poids vif avec respectivement les régimes de feuilles séchées, feuilles séchées et traitées, pseudo-troncs séchés et pseudo-troncs séchés et traités. La production de crottes séchées a été de 182,4 g par tête et par jour, soit une estimation 66 kg par tête par an. L'utilisation de résidus de bananiers séchés et complémentés en azote dans l'alimentation des caprins en stabulation est sans doute potentiellement faisable, mais ne peut permettre qu'une croissance faible.

Mots clés : Bananier, feuilles, pseudo-tronc, alimentation, caprin.

ABSTRACT

Bien-Aimé A., Fontin M. L. et Jean-Pierre E. 2015. Effect of urea treatment on feed intake and growth of young goats receiving plantain dried leaves or dried pseudo stems. RED 7 (1) : 3-8

Dried leaves and pseudo stems of plantain and silage made using dried leaves and false stems + 5% urea were distributed to four groups of four young goats of 11.8 kg body weight during four 21-day periods according to a Latin square design 4X4 in order to measure feed intake and growth. The results showed that drying yields were 21.2% for the leaves and 5.1% for the false stems: the whole plantain (rhizome included) after harvest was poor in crude protein (6.3%) and dried matter (6.2%) and rich in crude fiber (27.6% DM), minerals (20.4%) and phosphorus (1.08%). The young goats ingested on average 28.6 : 27.4 : 20.9 and 22.5 g of DM/kg body weight/day and had an average daily gain weight of 17.26+1.03: 10.71+3.97 ;: 9.82+3.41 and 5.35+3.13 g respectively with dried leaves, leaves silage, dried pseudo stems and pseudo stems silage diets. Excrements produced were 182.4 g per animal per day, an estimated of 66 kg per animal per year. The use of dried plantain residue complemented by nitrogen to feed goats living in stalls is probably possible but would only allow a slow growth.

Keywords: Plantain, leaves, pseudo stems, feeding. goat.

Introduction

En Haïti, la production caprine représente une importante source de revenu pour près de 65 % des 1 080 000 familles rurales. Elle constitue même souvent la princide contribuer à l'aggravation de l'érosion de surface et au déboisement déjà très avancés des sols d'Haïti. Deux améliorations sont donc souhaitables : trouver des ressources alimentaires alternatives et

pale denrée des paysans dans les zones semi-arides. La population caprine du pays s'élève à environ 2 millions de têtes et tend à augmenter (8, 18). Cependant, l'élevage libre et à la corde de cette espèce, en entraînant le surpâturage de ressources alimentaires déjà peu abondantes et la consommation inopportune de jeunes pousses d'arbres fruitiers et forestiers, a de forte chance

élever ces petits ruminants de préférence en stabulation. Or, les ressources alimentaires alternatives pour caprins sont quantitativement limitées. Une opportunité à explorer consisterait à les nourrir au départ des résidus de la culture de la banane.

Cette plante cultivée est très répandue dans toute la zone tropicale et

subtropicale. Après le maïs, le riz et la canne-à-sucre, elle est la quatrième culture d'Haïti, où elle constitue l'une des principales productions vivrières et fruitières et où on la retrouve en culture pure dans des plaines irriguées et des vallées humides et en culture associée à travers tout le pays. Sa récolte étant étalée, les principaux résidus consommables par les herbivores après la récolte du régime, les feuilles et le faux-tronc, sont disponibles toute l'année. Un hectare de bananeraie peut produire de 2.9 à 20 tonnes de matière sèche de résidus aériens par an (2, 3, 10, 21).

Plusieurs synthèses bibliographiques récentes (5, 6, 13, 17) ont été réalisées sur la composition chimique et la valeur nutritive des résidus aériens de la banane tigrée et du plantain après la récolte du régime. Les feuilles et le faux tronc du bananier sont de composition chimique parfois différente contenant dans leur matière sèche respectivement de 9.5 à 16.6 et de 3.5 à 5.1 % de matières azotées, 19.1 à 34.8 et 13.4 à 31.1de cellulose brute, 8.2 et 8.8 % de lignine. Les résidus du bananier sont particulièrement riches en eau (plus de 93 %) à l'exception du limbe des feuilles (20 à 24 %) et en potassium (26 à 86 g/kg de MS) et pauvres en matières grasses (1.5 %) d'après Bui Quang Tuan et Nguyen Van Hai, cités par Dao Thi My Tien et al. (7). De plus, le bananier contiendrait des polyphénols, des tanins (17) qui pourraient influencer négativement sa digestibilité.

La valeur alimentaire des feuilles se rapproche de celle de graminées fourragères tropicales moyennes ou pauvres, par contre, le faux tronc ne contient pratiquement que de l’eau, des fibres et des minéraux. La conRED 7 (1) Septembre 2015 3

sommation de matière sèche de feuilles a été de 2.15 kg par 100 kg de poids vif chez de jeunes bovins (9) et de 20-25 g /kg P09 chez des petits ruminants (11, 17). Dans une révision de littérature, Heuzé et al. (13) ont noté que les feuilles sont ingérées en plus grande quantité (23.0 ; 13,6 et 20.0 g de MS par kg de P.V. par jour) par respectivement des zébus, des chèvres et des agneaux que le faux tronc (13 g pour les zébus et 6.6 pour les chèvres). La digestibilité chez les ruminants a été de : 74.0 et 70.4 % respectivement pour la matière organique et l'énergie, 54.7 pour les protéines de la partie aérienne (feuilles plus faux tronc de bananier) (13) et 65 % pour la matière sèche des feuilles de plantain (9). Il paraît que le faux tronc serait plus digestible que les feuilles. En effet, Kimambo et Muya (16) ont constaté une plus grande dégradation in sacco en 48 heures de la matière organique du pseudo-tronc (56.7 % pour la tige et 43.5 % pour les gaines) comparée à celle des feuilles (35.4% pour la nervure et 25.6% pour le limbe), ce qui fut en accord avec des résultats obtenus précédemment par Santana et Hovell cités par ces mêmes auteurs et par Amarnath et Balakrishnan (2, 3). La valeur énergétique a été estimée à 4230, 2960 et 2360 kcal/kg de MS respectivement pour l'énergie brute, digestible et métabolisable pour la partie aérienne de la banane (13).

De nombreux traitements (séchage, ensilage avec ou sans urée) ont été tentés soit pour la conservation, soit pour améliorer la valeur nutritive des résidus aériens du bananier. Selon Sheikh (22), les feuilles et le tronc du bananier paraissent trop riches en eau et trop pauvres en glucides solubles pour être ensilés seuls ou sans conservateur.

Enfin, plusieurs auteurs pensent que les résidus du bananier pourraient être utilisés comme aliments pour les ruminants, mais ils ont affirmé qu'il est difficile de les nourrir même à l'entretien avec de tels résidus sans une complémentation en azote et en énergie (12, 17).

Par ailleurs, dans un essai réalisé à Damien (15), il a été constaté que des chevreaux recevant des feuilles vertes de bananier n'en avait consommé que le limbe. D'un autre côté, le faux-tronc de bananier haché et distribué vert avec un concentré en complément avait été ingéré en quantité statistiquement beaucoup plus faible (60.6 + 5.81 g /Téte/j) comparativement à 220 + 2.66 pour les feuilles (P<0.05). De plus, durant une période pré-expérimentale de 109 jours décrite par Jean-Pierre (14), l'ingestion de différents régimes à base de résidus de bananiers complémentés avec un concentré par des chevreaux et chevrettes de 12.1 kg de poids vif en moyenne a été de 26 g par kg de PV et par jour. Les régimes à base de feuilles vertes seules (31.3 g/kgPV/j), ainsi que tous les autres contenant des feuilles vertes (28 à 31.9 g/kgP/j) ont été ingérés en plus grande quantité que ceux basés sur les feuilles ou les pseudo-troncs séchés ou ensilés (15 à 25 g/kgPV/j).

Ainsi, il a été jugé opportun d'étudier l'influence du séchage et du traitement à l'urée par ensilage sur le comportement alimentaire, l'ingestion et la croissance chez des chevreaux nourris au départ des résidus de bananier.

Matériel et méthodes

Localisation et durée

L'essai a été réalisé sur la ferme expérimentale de la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire à Damien, Haïti et s'est étendu sur une période de trois mois. Il a été précédé d'une longue période de 109 jours d'adaptation à la vie en stabulation et à la consommation de résidus de bananier, la phase expérimentale a débuté en mai pour se terminer en août 2014 et a compris quatre périodes, chacune de 21 jours, divisées en une semaine de transition et deux de mesure.

Les résidus de bananier

Les feuilles et les pseudo-troncs de bananier récoltés ont été hachés (2 à 7 cm) et séchés séparément au soleil sur des bâches en plastique. Le séchage au soleil a duré 8 à 9 jours en moyenne pour les

feuilles et pseudo-troncs hachés. Pour faire l’ensilage, le mélange suivant a été utilisé : en base sèche 81.4% de résidus séchés, 13.9% de son de blé et 0.3% de calcaire, 0.3 % de sel de cuisine et traité avec 4.4% d’urée diluée dans la quantité d'eau nécessaire pour porter le mélange à 30% d'humidité. Ce mélange a été ensilé pendant un mois dans des sacs en plastique après tassement. Par ailleurs, six bananiers plantains ont été arrachés après récolte du régime pour mesurer les quantités respectives de limbe, de nervures, de pseudo-tronc et de rhizome. Un échantillon homogène de chacune de ces parties a été retenu pour analyse de laboratoire.

Les animaux et leur conduite

Des jeunes caprins créoles au nombre de 16 (8 mâles et 8 femelles), pesant en moyenne 11.8 kg au début de l'essai, ont été achetés au marché public. Ils ont été déparasités et traités à l’aide de sulfamides et de vitamines AD:E, suite à une attaque quasi généralisée de coccidies attestée par des analyses de laboratoire. Ils ont été répartis en quatre lots 1, 2, 3 et 4 respectivement de poids moyen 11.4 : 12.4 : 11.6 et 11.8 et placés dans quatre cages juxtaposées avec parquet en ciment. Les animaux ont été abreuvés et nourris avec les résidus de bananier utilisés comme aliment de base à volonté. Ces fourrages ont été distribués deux fois par jour dans un râtelier. Des seaux ont été utilisés, les uns comme mangeoires pour la distribution du concentré et d'autres pour la distribution de l'eau. Les abreuvoirs et mangeoires ont été vidés et nettoyés chaque matin.

Schéma expérimental

Un carré latin 4 X 4 a été utilisé pour accommoder quatre traitements durant quatre périodes expérimentales. Les quatre traitements ont été des feuilles de bananier séchées (A) : des feuilles séchées, traitées à l'urée et ensilées (B) : des pseudo-troncs séchés (C) et des pseudo-troncs séchés, traités à l'urée et ensilés (D).

Les régimes expérimentaux Pour complémenter en matières azoRED 7 (1) Septembre 2015 4

Tableau 1. Biomasse potentielle en ré

sidus du plantain à raison de 1.5 récoltes par an mesurée sur des exploitations paysannes de Damien

Rhi- faux- Ner- Limbes Feuilles + Plante

zome tronc vures faux-tronc Matière fraiche (kg) 5.53 15.9 1.87 1.29 19.1 24.58 MS/plante (kg) 0.24 0.79 0.2 0.3 1.28 1.53 En % MS de la plante 15.7 51.6 13.1 19.6 84.3 100 Kg MS/ha de 1600 plantes 576 1896 480 720 3094 3672

Tableau 2. Composition chimique de différentes parties du bananier Plantain après la récolte du régime

Parétdelgiante MS % En % de la matière sèche PB CB MM Ca P

Limbe 2492 13.25 920.32 13.5 146 1.43 Nervure 11.19 3.48 39.22 16.4 (0.69 0.89 Pseudo-tronc 4.93 5.23 30.00 25.9 0.34 1.02 Rhizome 3.9 8.98 15.31 27.8 006 1.01 Feuilles + pseudo-tronc 10.0 6.1 30.4 19.4 0.70 1.10 Plante 6.20 6.31 27.56 20.4 0.56 1.08

tées les deux régimes à base de résidus non traités (A et C), un concentré (E) à base de maïs (34%), tourteau de soja (60%), phosphate de Ca (4%), carbonate de Ca (1.6%) et sel de cuisine (0.4%) a été préparé et distribué en quantité suffisante pour porter les régimes concerné à 16 % de protéine brute. La composition de ce concentré (E) a été de 31.9 % de P.B., 2.8 de C.B., 1.5 % de Ca et de 1.3 de P.

Les quatre régimes expérimentaux

étaient 1so-azotés (16 % de PB) et se

sont présentés comme suit en base sèche :

- Feuilles séchées + concentré (E)

- Feuilles séchées et ensilées avec le mélange de son de blé, de sel et d'urée ci-dessus

- Pseudo-troncs séchés + E

-Pseudo-troncs séchés et ensilés avec le mélange de son de blé, de sel et de durée.

Collecte des données

Les aliments offerts à chaque repas et les refus tous les matins ont été quantitativement collectés et quantifiés. Les animaux ont été pesés au début et à la fin de chaque période expérimentale. Les matières fécales produites par les chevreaux ont été

également collectées à la fin de chaque période et pesées.

Analyses chimiques

La matière sèche des aliments distribués et refusés a été déterminée une fois par semaine. Différentes parties (limbe, nervure principale, pseudo-tronc et rhizome d'un bananier plantain de la variété « miske bwa nwa ») ont été analysées selon la méthode AOAC (1990) pour la détermination de la matière sèche (MS), des protéines brutes (PB), de la cellulose brute (CB), des cendres (MM). du calcium et du phosphore.

Analyses statistiques

Les données collectées sur l'ingestion et le gain moyen quotidien ont été organisées sur le logiciel MS Excel pour des analyses statistiques subséquentes avec un modèle linéaire sur le logiciel ANOVA. Les sources de variation ont été les traitements, les périodes, les lots de chevreaux et l'erreur expérimentale. Les moyennes ont été comparées en utilisant la méthode du t de Student.

Résultats et Discussions Biomasse et composition chimique du bananier plantain à Damien

Le poids moyen d'un bananier plantain des plantations paysannes de Damien a été de 24.8 kg de matière verte et de 1.5 kg de MS (Tableau 1). À raison de la densité courante en Haïti de 1600 plantes par ha et d'une récolte et demie par an, la production de biomasse après récolte du régime serait de : 3.1 et 3.7 tonnes de MS/ha/an respectivement pour la partie aérienne et la plante entière (rhizome compris), ce qui est nettement inférieur aux 7 à 20 tonnes généralement rapportés (10, 21):

L'analyse séparée du limbe, de la nervure, du pseudo-tronc et du rhizome du bananier plantain (miske bwa nwa) a révélé que cette plante est riche en eau (93.8%), riche fibre 27.6% de CB dans la MS), riche en minéraux (20.4% de la MS) et très pauvre en matières azotées (6.3% de la MS). Par ailleurs, une variation très grande des teneurs en constituants a été enregistrée entre les différentes parties du bananier pour la MS de 3.9 à 242%, pour les PB de 3.4 à 13.2%, pour la cellulose brute de 9.3 à 39.2% (Tableau 2). La composition chimique du bananier plantain cultivé à Damien est assez proche des résultats cités ailleurs (5, 6, 13, 17). Par ailleurs, le rhizome qui représente 16% de la matière sèche de la plante a été révélé la partie la plus riche en matière azotées totales (9%) après le limbe (13.2%) (Tableau 2). Il semble que la récupération des résidus après la récolte du régime pourrait être très profitable pour l'élevage des herbivores.

Ingestion de feuilles et de pseudotroncs de bananier séchés ou séchés, traités à l’urée et ensilés

Au cours de la période expérimentale, les chevreaux de 12.8 kg de PV en moyenne ont eu une ingestion de 341.6 g/tête/jour (g/T/j) ou 24.9 g de MS de ration par kg de poids vif (PV) par jour, soit 2.7 % du poids vif ou 50.5 g par kgP0%5. Les animaux recevant le régime à base de feuilles séchés (370 g/T/j ou 28.6 g/kg P) et

Tableau 3. Influence de la nature du résidu (feuilles ou pseudo-trones) sur l'ingestion des chevreaux en g de MS par tête ou en g/kgPV/j

Régimes résidus seuls Ration totale

en g/T/j eT/j* g/kgPV/i Moyenne Feuilles séchées 308.0 369.974 29a 28.6 28.0 Feuilles séchées, traitées 289.7 355.41223.51a 27.4 à l'urée Pseudo-troncs séchés 225.9 270.74+27.35b 20.9 21.7 Pseudo-troncs séchés et 237.7 291.76+12.64b 22.5 traités à l'urée Moyenne 272.8 341.6 24.9

*Les moyennes affectées d'indices semblables ne sont pas statistiquement différentes

Tableau 4. Influence de l’ensilage avec de l'Urée sur l’ingestion des chevreaux en g de MS par en g/kgPV/j

Ration totale

HÉBroRE g/kgPV/j Moyenne Feuilles séchées 28.6 24.8 Pseudo-troncs séchés 20.9

Feuilles séchées. traitées à l'urée 27.4 _ Pseudo-troncs séchés et traités à l'urée 22.5 sai Moyenne 24.9

de feuilles séchées, traitées à l’urée et ensilées (355.4 g/T/j ou 27.4 g/ kgPV) ont eu une ingestion statistiquement (P<0.05) plus élevée que ceux auxquels ont été distribués les régimes basés sur des pseudo-troncs séchés (270.4 g/T/j ou 20.9) g/kgPV ou des tipes séchés, traités à l'urée et ensilés (291.7 g/T/j ou 22.5 g/ kgPV) (Tableau 3). Si les quantités de feuilles ingérées sont comparables à celles trouvées à l'étranger,

Tableau 5. Gain de poids des chevreaux suivant les régimes expérimentaux consommés en g/tête/jour

Régimes Gain de poids Feuilles Séchées 17.26+1.03a

10.71+3.97ab 9.821+3.41ab

Feuilles traitées

Pseudo-troncs séchés

Pseudo-troncs traités 5.35+3.13b Moyenne feuilles séchés 13.5422.02a et pseudo-troncs séchés

Moyenne feuilles trai- 8.0322.88a tées et pseudo-troncs

traités

Moyenne feuilles sé- 13.99 chées et feuilles traitées

Moyenne pseudo-troncs 7.55

séchés et pseudo-troncs traités

celles de pseudo-troncs séchés obtenues ici sont nettement plus élevées que les données qui avaient été révélées pour les pseudo-troncs verts partout ailleurs (13).

Il a été intéressant de constater que, quand les feuilles avaient été séchées, une plus grande part de nervure a été ingérée et que les pseudotroncs séchés ont été ingérés en quantité significative, alors que verts ils ont pratiquement été refusés par les chevreaux (14, 15). Par contre, dans cet essai, le traitement à l’urée par ensilage n’a pas amélioré l’ingestion des feuilles et pseudotroncs de bananier séchés (24.8 versus 25 g/kgPV/j, Tableau 4). La durée d'ensilage d'un mois n'a peutêtre pas été suffisante.

Croissance de chevreaux et de chevrettes recevant des feuilles et pseudotroncs de bananier séchés ou traités à l’urée et ensilés

Pendant la période expérimentale, le gain moyen quotidien des chevreaux est resté très bas : 11 g par jour. Il n’a été enregistré de différences statistiquement significatives qu'entre les régimes feuilles séchées et pseudo-troncs traités

(P=0.05). Toutefois, la vitesse de croissance a varié en général dans le même sens que l'ingestion des régimes soit 17.26 : 10.71: 9.821 et 5.35 g par tête et par jour respectivement avec les régimes de feuilles séchées : feuilles séchées, traités à l'urée et ensilées : pseudo-troncs séchés et pseudo-troncs séchés, traités à l’urée et ensilés (Tableau 5). Le traitement à l'urée n'a pas contribué à augmenter la croissance.

Production de fumier

La production de crottes séchées a été de 182,4 g par tête et par jour. soit une estimation 66 kg par tête par an pouvant permettre de restituer du moins en partie les minéraux prélevés et de restaurer la matière organique de la bananeraïie.

Comportement alimentaire

Il n’est pas inutile de souligner qu'il a été observé une ingestion significative des nervures des feuilles, lorsque celles-ci sont séchées. De même, les pseudo-troncs séchés ont été consommés en quantité suffisante pour assurer l'entretien des chevreaux, alors que verts, leur ingestion avait été constatée si peu élevée que le régime à base de pseudo-tronc vert avait dû être interrompu (15). Les chevreaux alimentés de résidus de bananier ont effectué un tri systématique, de sorte que la proportion de refus pouvait atteindre jusqu'à 50% pour que les animaux puissent consommer à volonté.

Conclusion

Cet essai a permis de confirmer et ou de préciser en Haïti des résultats obtenus à l'étranger. La teneur en eau du bananier 93.8 %, la rendant sans doute insipide, pourrait expliquer sa faible appétibilité chez les chevreaux, car seul le limbe à 24.2 % de MS est apprécié par ces animaux, la chèvre étant un animal qui généralement aime sélectionner ses aliments. Par ailleurs, il serait peutêtre bon d'inclure le rhizome, 16 % de la matière du bananier d'une part et 9% de MAT et 15% de cellulose brute (CB) d'autre part, dans la ration des herbivores. En effet, un mélange de toutes les parties de la

plante offert aux animaux aurait l'avantage de valoriser un plus grand volume de résidus et peutêtre un meilleur équilibre nutritionnel.

Le limbe du bananier complémenté en matières azotées peut probablement assurer l'entretien de chevreaux et, a fortiori de chèvres, alimentés à volonté, mais difficilement leur production. Les nervures et le faux-tronc de la plante, paraît-il, doivent être traités, du moins séchés, pour être ingérées par des chevreaux en quantité significative. En dehors de l'alimentation des animaux à l'entretien, il semble indispensable de complémenter ces résidus non seulement en MAT, mais en énergie pour pouvoir espérer toute croissance ou production de lait significative. Cela paraît conforme aux résultats publiés à l'étranger. Une explication claire n'a pas été trouvée pour montrer pourquoi l'ensilage à l’urée n’a pas eu d'influence (P-<0.05) ni sur l'ingestion de MS, ni sur la croissance des chevreaux. Dans la perspective d'une valorisation des résidus de bananier par l'élevage de chèvres en stabulation, il sera indispensable de procéder à des amendements avec le fumier venant des déjections des animaux en vue de la reconstitution de la fertilité des sols de ces plantations.

Remerciements

Les auteurs remercient le Ministère de l'Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR), le Centre de Recherche pour le Développement International du Canada (CRDI) et l'Institut Interaméricain de Coopération Agricole (IICA) qui avaient mis en place le Consortium de Recherche pour le Développement Agricole en Haïti (CORDAH) qui a financé ce projet de recherche ainsi que le Rectorat de l'UEH qui l'a cofinancé.

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Article 4

Variation de la prévalence de l'hypertension artérielle dans les zones de Place Cazeau et de Delmas et analyse du mode d’expression utilisé

R. R. Jean-Charlest, O. Diallo?et E. Popes. 1Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), Faculté d'Odontologie (FO), Université d'Etat d'Haïti (UEH), Rectorat de l'UEH, Boston University School of Public Health

RESUME Jean-Charles R. R. et Diallo O. 2016. Variation de la prévalence de l'hypertension artérielle dans les zones de Place Cazeau et de Delmas et analyse du mode d'expression utilisé. RED 7 (2): 15 - 18

Le présent article décrit une activité de recherche entamée par le Centre Haïtien d'Hypertension (CHH) et la Société Haïtienne d'Hypertension (SHH) en collaboration avec l'Université de Boston sur les variations de la tension artérielle au sein de la population haïtienne, son mode d'expression et ses conséquences. Les investigations ont porté sur un nombre de 102 patients âgés de 17 à 89 ans, répartis en 2 groupes; le groupe A pour lequel la tension artérielle (TA) a été mesurée en cm/Hg et le groupe B pour lequel les mesures ont été exprimées en mm/Hg. La réalisation des examens a été faite au cours de foires de santé, en utilisant des tensiomètres de type OMRON automatique digital. Les résultats montrent que seulement 3 sur 35 patients du groupe A sont définitivement hypertendus et 58 sur 65 patients du groupe B présentent une TA dépassant les valeurs admises.

Les variations en fonction de l'âge ont pu être signalées mais la méthode utilisée et le mode d'expression retenu n'ont pas permis d'avoir des précisions relatives au rapport entre le profil des patients et le stade d'hypertension quand la TA est rapportée en cem/Hg. L'utilisation de mm/Hg comme unité de mesure est fortement recommandée pour limiter les erreurs d'interprétation.

ABSTRACT Jean-Charles R. R. et Diallo O. 2016. Variation of prevalence of heart blood pressure in Place Cazeau and Delmas and Analysis of expression mode used. RED 7 (2): 15 - 18

This article describes a research activity initiated by the HCH and HSH in collaboration with Boston University on variations in blood pressure measurement within the Haitian population, its mode of expression and consequences. The investigations covered a number of 102 patients between the ages of 17 to 89 years, divided into 2 groups. group A for which the blood pressure (BP) was measured in cm / Hg and group B for which the measures were in mm / Hg. The data obtained were collected during health fairs, using automatic digital blood pressure monitors the type of OMRON. The results show that only 3 of 35 patients in group À are definitely hypertensive and 58 of 65 patients in group B have a blood pressure exceeding the normal values.

The variations due to age have been reported but the method used and the mode of expression selected failed to establish the accuracy in terms of the relationship between the profile of patients and the staging of the hypertension. The use of mm / Hg as a unit of measurement is strongly recommended to minimize the errors of interpretation.

Introduction

Les enquêtes menées par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) montrent que l'hypertension artérielle (HTA.) représente la première cause de mortalité chez les adultes en Haïti (8). Cette affection se traduit par des symptômes fréquemment révélateurs tels que maux de tête, essoufflement, vertige, douleur précordiale et fatigue débouchant sur des complications cérébrales, cardiaques, rénales et oculaires graves (6). Selon Healthy Caribbean Coalition Initiatives (3), Haïti a la plus forte prévalence de l'HTA dans la Caraïbe. En vue d'étudier la prévalence de l'hypertension artérielle dans les zones où le niveau de pauvreté est élevé, il a été décidé de mener des investigations dans des établissements de santé ayant la réputation de collecter des données pertinentes sur ladite affection. Il a été observé que les tensiomètres utilisés sont de type OMRON très réputés pour leur exactitude. Alors que ces tensiomètres sont gradués en mm/Hg, le personnel médical rapporte les chiffres de tension en cm/Heg, omettant toujours les décimaux. Cette étude présente les résultats des investigations et met en évidence les problèmes d'interprétation que pourrait avoir ce mode de lecture.

Matériels et Méthode Caractéristiques de la population étudiée

Il s’agit d'une population randomisée de 102 personnes âgées de 17 à 89 ans, réparties en 2 groupes À et B à partir de l'expression de la TA en cm/Hg ou en mm/Hg par le personnel médical. Le groupe A (< de 40 ans à = 60 ans) comporte 15 patients de sexe masculin et 20 patients de sexe féminin. La TA a été enregistrée en cm/Hg. Le groupe B (< de 40 ans a > 60 ans) comporte 22 patients de sexe masculin et 45 patients de sexe féminin. La TA a été enregistrée en mm/Hg.

Echantillonnage

Les données collectées proviennent de patients examinés au cours de foires de santé dans 2 églises situées à Place Cazeau et à Delmas. Les tensiomètres utilisés étaient de type OMRON automatique, gradués en mm d'Hg.

Lecture des tensiomètres

Elle a été faite en enregistrant les 2 paramètres chiffrés de la valeur systolique et de la valeur diastolique comme rapportés par le personnel médical. Dans le groupe A le personnel médical enregistre la pression artérielle en cm/Hg en adoptant seulement les 2 premiers chiffres pour valeur systolique et seul le premier chiffre comme valeur diastolique, omettant les décimaux. Ce qui est habituellement la pratique en Haïti. Dans le groupe B le personnel médical rapporte les chiffres tensionnels systolique et diastolique en mm/Heg. comme donnés ou lus dans le tensiomètre. Les tensiomètres sont toujours gradués en mm/Hs.

Traitement des données

Pour le traitement des données,

nous avons fait appel à la classification de JNC7 (1) qui aide au diagnostic de l'hypertension artérielle

selon 4 étapes :

- Pré-hypertension : 130-139/80-89

- hypertension stade 1 : 140-159/9099

- hypertension stade 2 : 160-169/100 -109

- hypertension accélérée : = de 180/110.

Résultats et Discussion Prévalence de l'hypertension

chez la population enquétée:

À partir des données relevées du groupe À, il ressort que sur les patients examinés, les hypertendus représentent 34% et ceux qui ont une tension probablement normale représentent 66%. En relation avec les valeurs obtenues, 3 classes d'individus peuvent être signalées pour le groupe A : < de 40 ans, entre 40 et 60 ans, > de 60 ans.

Valeurs systoliques et diastoliques en fonction du tensiomètre utilisé

Si la tension artérielle moyenne est considérée normale à 10cm/Hg ou moins, les individus âgés de moins de 40 ans selon le tableau 1 peuvent être considérés tous comme ayant une tension artérielle normale.

Si la tension artérielle moyenne est considérée normale à 10cm/Hg ou moins, le tableau 2 montre que 5 sur 16 ou 31.25% des individus âgés de 40 à 60 ans sont considérés comme hypertendus.

En référence à la valeur considérée comme normale pour la tension artérielle moyenne (2), le tableau 3 montre que sur un total de 7 individus âgés de plus de 60 ans, 42.85% sont hypertendus.

Tableau 1. Répartition des valeurs systoliques (VS), diastoliques (VD) et de la tension artérielle moyenne (TAM) chez les individus âgés de moins de 40 ans du groupe A

Age Sexe VS VD TAM 17 F 12 8 9.60 25 F 12 8 9.60 31 M 12 8 9.60 25 M 13 7 9.40 36 F 12 8 9.60 25 M 12 8 9.60 34 M 12 8 9.60 33 M 12 7 9.00 18 M 12 7 9.00 30 M 13 8 10.00 31 F 12 7 9.00 23 M 12 T 9.00

Si la tension artérielle moyenne est considérée normale à 100mm/Hg ou moins, 8 sur 16 ou 50% des individus âgés de moins de 40 ans du groupe B sont hypertendus (Tableau 4).

Si la tension artérielle moyenne est considérée normale à 100mm/Hg ou moins, 26 sur 29 ou 90% des individus âgés de 40 à 60 ans du groupe B sont hypertendus (Tableau 5).

Si la tension artérielle moyenne est considérée normale à 100mm/Hg ou moins, 18 sur 22 ou 82% des individus âgés de plus 60 ans du groupe B sont hypertendus (Tableau 6). L'âge apparait donc comme un facteur

Tableau 2. Répartition des valeurs systoliques (VS), diastoliques (VD) et de la tension artérielle moyenne (TAM) chez les individus âgés de 40 à 60 ans du groupe A

Age Sexe VS VD TAM 55 M 13 9 10.60 45 F 13 8 10.00 55 F 13 10 11.60 41 F 13 10 11.60 58 F 13 9 10.60 50 F 12 8 9.60 43 F 12 8 9.60 50 F 12 8 9.60 60 F 13 8 10.00 51 F 12 7 9.00 40 F 12 8 9.60 48 F 12 8 9.60 54 M 12 7 9.00 41 M 12 8 9.60 51 F 12 8 9.60 57 F 13 7 9.40

Tableau 3. Répartition des valeurs systoliques (VS), diastoliques (VD) et de la tension artérielle moyenne (TAM) chez les individus âgés de plus de 60 ans du groupe A

Age Sexe VS VD TAM 67 M 20 11 14.6 44 M 20 11 14.6 82 M 19 8 12.4 73 F 12 8 9.6 63 F 13 8 10.0 77 F 13 8 10.0 63 F 12 8 9.60

Tableau 4. Répartition des valeurs systoliques (VS), diastoliques (VD) et de la tension artérielle moyenne (TAM) chez les individus âgés de moins de 40 ans du groupe B

Age Sexe VS VD TAM 37 F 120 80 96

27 M 120 80 96

30 M 120 80 96

29 M 130 80 100 37 F 120 80 96

27 M 120 80 96

30 M 120 80 96

29 M 130 80 100 36 F 140 100 116 37 F 140 100 116 27 F 140 100 116 35 F 160 110 130 34 M 161 101 125 38 F 160 100 124 35 F 116 100 106.4 35 M 160 100 120

Tableau 5. Répartition des valeurs systoliques (VS), diastoliques (VD) et de la tension artérielle moyenne (TAM) chez les individus âgés de 40 à 60 ans du groupe B

Age Sexe VS VD TAM 49 M 140 80 104 57 F 190 100 136 48 F 200 127 156.2 49 F 140 90 110 48 M 130 80 100 43 F 120 80 96

48 F 182 106 136.4 42 F 140 80 104 57 F 150 100 120 57 F 140 110 122 41 F 150 80 108 47 F 150 100 120 47 F 130 110 118 53 F 150 100 120 53 M 120 110 114 47 M 120 80 96 52 F 140 100 116 54 F 140 100 116 56 F 140 90 110 40 F 140 90 110 49 F 140 100 116 46 F 160 100 124 57 F 160 130 142 51 M 170 80 116 51 M 180 160 168 57 M 160 130 142 53 F 160 120 136 47 F 170 110 134 54 F 170 100 128

déterminant.

Variation de la prévalence selon l’âge et le sexe dans le groupe A

La pratique du report de la tension artérielle en cm/Hg utilisée en Haïti omettant les chiffres décimaux ne permet pas de classifier l'hypertension en différents stades pour le groupe À ni non plus de désigner un plan thérapeutique répondant au standard international. D'où la raison pour le consensus des sociétés savantes en hypertension Société Haïtienne d'hypertension, Collège Haïtien de Médecine Interne et Collège Haïtien de Cardiologie (SHH, CHAMI, CHOC) d'obtenir l'adhérence d'Haïti au standard international.

Variation de la prévalence selon l’âge et le sexe dans le groupe B

Les données présentées dans le tableau 7 montrent que pour le sexe masculin, la plus forte prévalence s'observe au stade 1. Pour le sexe féminin, les plus fortes prévalences s'observent aux stades 2 et suivants

Tableau 6. Répartition des valeurs systoliques (VS), diastoliques (VD) et de la tension artérielle moyenne (TAM) chez les individus âgés de plus de 60 ans du groupe B

Age Sexe VS VD TAM 76 M 150 90 114 65 M 130 80 100 61 F 140 70 98

60 F 160 90 118 78 F 140 60 92

62 M 140 80 104 63 M 144 80 105.6 70 F 150 100 120 64 F 140 90 110 66 M 140 90 110 65 F 166 80 114.4 FE F 170 70 110 77 F 185 88 126.8 61 F 130 90 106 63 M 130 90 106 61 M 160 100 124 61 F 180 90 126 72 F 180 110 138 72 F 120 80 96

88 F 220 100 154 75 F 120 80 96

65 F 220 120 160

Tableau 7. Prévalence en pourcentage selon le sexe

Stade Sexe masculin Sexe féminin Pré-hypertension 7.3 0 Stade 1 11 16.4 Stade 2 5.5 27.3 Hypertension accélérée 7.3 22.5

Tableau 8. Prévalence en pourcentage selon l’âge Stade Moins de 40 ans 40 à 60 ans Plus de 40 ans Pré-hypertension 4 2 2 Stade 1 0 11 16.5 Stade 2 13 13 5.5 Hypertension accélérée 0 22 13

contrairement à ce qu'on observe dans le sexe masculin. Ceci peut être dû à une particularité culturelle importante de femmes à participer plus que les hommes dans les foires de santé et visiter les centres de santé : notre échantillonnage a montré un plus grand pourcentage de femmes que d'hommes dans cette étude.

Le tableau 8 montre que l'hypertension accélérée n'a pas été observée chez les individus de moins de 40 ans, contrairement à ce qui est rapporté dans la littérature (6). La plus forte prévalence de 13% obtenue concerne le stade 2. Cependant, selon la Fondation Haïtienne du Diabète et des Maladies CardioVasculaires (FHADIMAC), "la prévalence de l'Hypertension Artérielle en Haïti est de 49% entre les âges de 25 à 39 ans et 69% après 40 ans" (4).

L'analyse des données rapportées dans le tableau 8 montre que la plus forte prévalence chez les individus d'âge compris entre 40-60 ans s’observe pour l'hypertension accélérée. Toutefois, la valeur obtenue est 4 fois moindre que celle rapportée dans la littérature (5).

Les plus fortes prévalences chez les individus âgés de plus de 60 ans s’observent au stade 1 et à celui de l'hypertension accélérée (Tableau 8). Là encore, les valeurs obtenues sont de très loin inferieures par rapport à

celles rapportées dans la littérature. Ceci pourrait s'expliquer par les imperfections des valeurs exprimées en cm/Hsg.

Il est tout à fait évident que les foires de santé pour être plus bénéfiques, devront toujours être conduites avec un personnel qualifié pour prendre les tensions artérielles et les rapporter en mm/Hg et jamais en cm/Hg.

Les données recueillies dans la mesure de la tension artérielle exprimée en cm/H£g restent la coutume en Haïti et ne cadrent pas avec la médecine moderne dans la classification actuelle de l'hypertension artérielle.

L'omission des décimaux dans la lecture de la tension artérielle rend fausse les vraies valeurs et peuvent entrainer des erreurs dagnostiques et thérapeutiques. Rapporter une lecture de 13/8 cm/Hg entraine une erreur diagnostique estimant que le patient a une tension artérielle normale car ce chiffre (13/8) peut être interprété comme 130/80 mm/Heg, cependant, la vraie lecture de l'appareil indique 138/89 mm/Hg qui est une tension anormale nécessitant une intervention thérapeutique.

Conclusion

Les résultats de ces investigations partielles confirment l'importance épidémiologique de l'hypertension artérielle chez des patients haïtiens

et la faiblesse du mode d'expression des données relatives à cette affection par les techniciens.

Compte tenu de la gravité de cette affection, il n'y a donc pas d’alternative sinon que de ne plus rapporter la T.A. en cm/Hg et d'endosser ou d'accepter que la T.A. soit toujours exprimée en mm/Hg. La France dont nous avons hérité cette pratique en cm/Hg l’a congédiée depuis les années 1980.

Le «Concensus des sociétés savantes en Hypertension» est une étape dans l'identification du mal. Il n'est que diagnostique. La thérapeutique qui s'impose est l'implémentation du Consensus où les responsabilités doivent être assumées par le MSPP, ministère de tutelle, les écoles de médecine, les écoles d'infirmières, l'Association Médicale Haïtienne (AMH), l'Association Nationale des Infirmières Licenciées d'Haïti (ANILH), les directeurs d'hôpitaux et de Centres de Santé. De notre côté au niveau du consortium du Consensus (CHAMI, SHH et CHC),

nous faisons cause commune pour établir des programmes de formation avec la coopération du MSPP,

lAMH, l'ANILH et des agences

telles que Organisation Mondiale de

la Santé/Organisation Panaméricaine de la Santé (OMS/OPS), Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), United States Agency for International Development (USAID), la Croix Rouge Haïtienne ou Croissant Rouge, etc.

Références bibliographiques

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de santé, page 15, alinéa 3

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Stroke reference. 2009. Lancet, 6: 345-354

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Article 5

Problématique de l’eau dans le sous bassin versant Ravine Diable (Saut du Baril),

troisième section communale de l’Anse-à-Veau

P. Duviviert et F. Orélien?. 1Département de Phytotechnie , Département des Ressources Naturelles et Environnement, Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV), Université d'Etat d'Haïti (UEH)

RESUME Duvivier P. et Orélien F. 2016. Problématique de l'eau dans le sous bassin versant Ravine Diable (Saut du Baril), troisième section communale de l'Anse-à-Veau. RED 7 (2): 19 - 25

Ce travail a été réalisé pour comprendre la situation des ressources en eau du point de vue quantitatif et qualitatif dans le sous bassin versant Ravine Diable. Les zones agro écologiques (ZAË) et les points d'eau du sous bassin versant ont été inventoriés et les débits des sources et rivières mesurés pour la quantification des disponibilités en eau. Les besoins totaux ont été estimés par extrapolation des besoins par personne à l'ensemble de la population. Des échantillons ont été prélevés et analysés au laboratoire pour la mesure des paramètres de qualité. Les résultats ont montré que le sous bassin versant comporte une zone de montagne humide de haute altitude sur substrat calcaire (MHHASC), une zone de montagne humide de moyenne altitude sur substrat calcaire MHMASC) et une zone de montagne sèche de basse altitude sur substrat basaltique (MSBASB). Globalement, les disponibilités en eau de surface (sources et rivières) ont été estimées à 59 343 167 180 l/an et dépassent largement les besoins de la population qui ont été évalués à 34 310 000 litres d'eau par an. Cependant, toutes les eaux de surface disponibles se trouvent dans les zones de MHMASC et MSBASB où vit seulement 26.80% de la population. Dans la zone de MHHASC où vivent 73.20 % de la population, seulement 61 familles sur 344 (17.73%) disposent d'une citerne de 8 000 litres de capacité. Les qualités physico-chimiques de tous les échantillons analysés se sont révélées satisfaisantes pour le pH, la couleur et l'odeur : la conductivité électrique et la dureté totale : les teneurs en calcium, magnésium, chlore, nitrate, sulfate, sodium et matières solides en suspension. Des germes d'Escherichia coli et de coliformes totaux ont été retrouvés dans tous les échantillons d'eau de source et dans 20 % des échantillons d'eau de citernes. Des germes de coliformes fécaux ont été retrouvés dans tous les échantillons d'eau de sources et dans 40% des échantillons d'eau de citerne. Des germes de streptocoques fécaux ont été présents dans 75 % des échantillons d'eau de sources et 20 % des échantillons d'eau des citernes. La présence de salmonelle n'a pas été observée dans les échantillons d'eau analysés.

Mots clés : eau potable, zone agro-écologique, disponibilités, qualités physico-chimiques et bactériologiques

ABSTRACT Duvivier P. and Orélien F. 2016. Water problematic in the sub watershed of Ravine Diable (Saut du Baril), third communal section of Anse-à-Veau. RED 7 (2): 19 - 25

This work has been realized to understand the situation of water resources from a quantitative and qualitative point of view in the sub watershed of Ravine Diable. The agro ecological zones (ZAE) and water bodies were inventoried and the flow rate of the rivers and sinks was measured for quantification of availability of water resources. Total needs were estimated by extrapoling per capita needs to total population. Samples were taken and analyzed in laboratory for quality parameters measurement. The results showed that the sub watershed comprises a zone of humid high mountains on calcareous substratum (MHHASC), a zone of humid medium altitude mountains on calcareous substratum (MHMASC) and a zone of dry low altitude mountains on basaltic substratum (MSBASB). Globally, the quantity of available water is in the watershed was estimated to 59 343 167 180 lyear and was from far higher than whereas the needs of the population evaluated to 34 310 000 l/year. However, all the surface water resources are located in the zones of MHMASC and MSBASB where only 26.80 % of the population lives. In the zone MHHASC where 73.20 % of the population live, only 61 families in 344 (17.73%) get a cistern of 8 000 liters of capacity. The physico-chemical qualities of all the samples were satisfactory for pH. color, and odor: electrical conductivity and. total hardness; contents of calcium, magnesium, chlorine, nitrate, sulfate, sodium, and solid suspended matters. Germs of Escherichia coli and total coliforms were found in all the springs water samples and in 20 % of cistern water samples. All the spring’ s water samples and 40 % of cistern water samples contained fecal coliforms germs. Fecal streptococcus germs were found in 75% of the spring’ s water samples and 20% of the cistern water samples. No salmonella germs were found in the water samples.

Key words: potable water, agro-ecological zones, availability, physico-chemical and bacteriological qualities

Introduction Sa maitrise et sa gestion servent de

De toutes les ressources naturelles, l'eau est l’une des plus fondamentales pour l'existence de l’homme.

base d'appréciation du niveau de civilisation d'un peuple (9). Bien de première nécessité, elle est indispensable à la survie de toute agglomération humaine (11). Cependant, malgré l'importance vitale de l'eau (7), une bonne partie de la population mondiale a jusqu'à nos jours un accès limité, voire inexistant à cette ressource (8). Plus de la moitié de la population de la planète est tributaire directement de l'eau des bassins versants (BV) pour la boisson, l'agriculture et la production de l'énergie. Les activités humaines et les modes d'utilisation du territoire ont des répercussions sur la quantité et la qualité de l’eau générée dans les BV (2).

En Haïti, le milieu naturel est surexploité et les mesures conversationnistes sont insuffisantes (4). Les BV sont sujets à des désastres écologiques et leurs niveaux de dégradation sont à la limite de l'irréversible (1). La destruction du couvert végétal et la pression démographique sur les terres exploitées contribuent à l’'amplification du déséquilibre écologique, de l'érosion des sols et du ravinement des versants (10). Il en résulte une lenteur dans le processus de réalimentation de la nappe phréatique et une diminution du débit des sources et des rivières à la longue (9). La situation est pire en zone rurale où près de quatre millions d'individus vivent à 66.5% sans eau canalisée (6). Les eaux de surface (rivières et sources), souvent polluées, sont utilisées sans traitement préalable pour la boisson. Ce qui pose un problème pour la santé des consommateurs, en particulier des enfants, qui sont plus fragiles. La même eau de rivière qui est utilisée pour la boisson en amont l'est aussi en aval tant par des hommes que par des animaux (6).

Pour une amélioration des conditions d'existence de la population, il s'avère nécessaire d'étudier quantitativement et qualitativement la problématique de l’eau dans son miRED 7 (2) Octobre 2016 19

lieu de vie en vue des actions préventives ou de correction appropriées. Ainsi, cette étude a été réalisée dans le sous bassin versant Ravine Diable, troisième section Sautdu-Baril, commune de l'Anse-àVeau, pour y estimer les disponibilités des ressources en eau, analyser leurs disponibilités par rapport aux besoins de la population et analyser leurs qualités physico-chimiques et bactériologiques.

Matériels et méthodes

Matériels

Une carte du réseau hydrographique de la zone a été utilisée pour un repérage provisoire des points d'eau dans le sous BV avant d'aller sur le terrain. Un GPS de type Garmin a été utilisé pour la détermination des points qui définissent les limites du sous BV sur le terrain et pour la prise des coordonnées géographiques des points d'eau inventoriés. Une carte topographique a été utilisée pour la délimitation du sous BV et une ortho photo plan pour la digitalisation des points d'eau inventoriés dans le sous BV. Des récipients stériles en matière plastique ont été utilisés pour le prélèvement et le transport des échantillons d'eau à analyser au laboratoire. Une caméra numérique a été utilisée pour la prise de photos et un ruban métrique pour la mesure des distances lors de l'évaluation des débits des cours d'eau.

Prospection, délimitation et z0nage agro-écologique du sous bassin versant

Après une visite de prospection, le sous BV a été délimité à l’aide d'un GPS Garmin etrex en suivant les lignes de crête. L'enregistrement des coordonnées géographiques prises sur les lignes de crête à l'aide du GPS a permis d’avoir les données caractérisant les limites. Le sous BV a été par la suite cartographié sur la carte topographique de la zone. Son aire et son périmètre ont été ensuite calculés. Un zonage agro-écologique a été réalisé en suivant un transect d'orientation sud-nord, d'amont en aval de manière à traverser le maximum d'hétérogénéité. Les différentes unités agro écologiques (UAG) ont été identifiées et décrites en fonction de l'altitude, de la végétation et de la nature du substrat (calcaire, basaltique).

Description des systèmes de production agricole

Etant donné que les pratiques agricoles appliquées dans les BV ont des impacts sur les processus de ruissellement et de l'infiltration de l'eau alimentant la nappe phréatique qui, par résurgence, va donner naissance aux sources (5) et sur les qualités physico-chimiques de l'eau, les systèmes de production agricoles ont été identifiés et décrits. Description du mode de gestion des déchets humains

De même, le mode de gestion des déchets domestiques a été décrit en vue de comprendre les résultats d'analyse microbiologiques, car toute mauvaise gestion de ces déchets entraine des conséquences néfastes sur la qualité des ressources en eau.

Inventaire des ressources en eau Les points d'eau dans le sous BV ont été inventoriés au cours de deux visites exploratoires. Leurs coordonnées géographiques ont été déterminées au GPS, puis ils ont été digitalisés sur un ortho photo plan. Les débits ont été déterminés par la méthode de flotteur pour les cours d'eau importants qui coulent sur la surface du sol. Ils ont été déterminés par la méthode volumétrique pour les petits cours d'eau qui coulent en cascade. Les disponibilités en eau en litres par an ont été calculées en additionnant les débits (l/s) des points d'eau de surface inventoriés et en multipliant le résultat obtenu par 31 536 000 secondes par an.

Estimation de la population vivant dans le sous BV et de ses besoins en eau

Un recensement du nombre d'habitats du sous BV a été réalisé, puis le nombre de personnes par habitat a été déterminé. La population a été estimée en multipliant le nombre d'habitats recensés par le nombre de personnes par habitat. Les besoins en eau de la population ont été estimés en multipliant le nombre de personnes par 14 600 litres qui est une estimation des besoins en eau par personne par jour dans les pays en développement (6).

Analyses physico-chimiques et microbiologiques des échantillons d’eau

Après une enquête auprès de la population en vue de déterminer les sources dans lesquelles elle a l'habitude de puiser l'eau pour les différents usages domestiques et un in36 È s ; rl 1/0 TT 4 800 1 \, \! ef; À ke gi \ { TX KK

Figure 1. Délimitation du sous bassin versant Ravine Diable

ventaire des citernes familiales, des échantillons ont été prélevés pour analyses de laboratoire. Le pH, la couleur, l'odeur, la dureté totale, la conductivité électrique et les teneurs en calcium, magnésium, chlore, nitrates, sulfates, sodium et matières en suspension ont été déterminés en trois répétitions au Laboratoire de Chimie de la FAMV. Les germes d'Escherichia coli, coliformes totaux, coliformes fécaux streptocoques fécaux et salmonelles ont été recherchés.

Analyse des données et interprétation des résultats

Les données physico-chimiques pour chaque point d'eau considéré ont été résumées à leur moyenne + écarttype et le résultat obtenu comparé aux valeurs normales admises de l'OMS. Les valeurs des paramètres microbiologiques obtenues ont été interprétées en considérant que lOMS recommande l'absence dans un échantillon de 100 ml.

Résultats

Limites et caractéristiques agro écologiques du sous BV

La Figure 1 montre la délimitation du sous BV étudié. Il a une superficie de 9.44 km? et un périmètre de 17.42 km. Dans le sous BV, trois zones agro écologiques (ZAE) ont été identifiées: 1) une zone de montagne humide de haute altitude sur substrat calcaire (MHHASC) : 2) une zone de montagne humide de moyenne altitude sur substrat calcaire (MHMASC) ; 3) une zone de montagne sèche de basse altitude sur substrat basaltique (MSBASB) comme le montre la Figure 2. Leurs superficies respectives sont 6.64, 1.10 et 1.70 km?.

La zone de MHHASC se trouve sur une altitude supérieure à 600 m et se caractérise par un relief peu accidenté, un sol rouge de type ferralitique sur substrat calcaire filtrant, peu érodé. Sa végétation dominante est représentée par les agrumes et l'avocatier. La zone de MHMASC se trouve entre 400 et 600 m d'altitude. Elle est caractérisée par un relief moyennement accidenté, un sol noir

ZONES AGRO-ECOLOGIQUES OU SOUS-BV DE RAVINE DIABLE

Echelle : 1/12000 Î

Légende

IC unies où aou-8v crane aus _.| Zones agre deoiogiques

MHHASC

M uucc

Source des données rpg let l oni dt Mec es à parts den points 2 ON pris Bu Le Doris nr” (Brniame de coordomens

Datum. WO 884 Projection: TM zone 18

Réalisée par Noé DESTIN Date de réalsation: Juin 2012 |

Figure 2. Délimitation des trois zones agro-écologiques identifiées dans le

sous bassin versant Ravine Diable

de type calcimagnésien sur un substrat calcaire filtrant, peu érodé. La couverture arborée est diversifiée et relativement dense avec pour végétation dominante les espèces comme le manguier, l'avocatier, l'arbre véritable, l'acajou, le cèdre et le chêne. La zone de MSBASB se situe entre 100 et 400 m d'altitude. Elle présente un relief très accidenté avec des pentes raides, un sol érodé sur substrat basaltique friable. Les espèces dominantes sont le manguier et l’avocatier, mais des essences forestières telles que le cèdre, le frêne et l’acajou sont aussi observées.

Les systèmes de production des ZAE identifiées

Dans la zone de MHHASC, les principales cultures pratiquées sont le haricot, le maïs, les ignames, le manioc, le malanga, la banane et le maraichage (chou et carotte). Ces cultures sarclées sont pratiquées dans toute l'étendue de l'unité agroécologique, mais le maraichage se fait de façon plus intensive dans la partie la plus haute de l'unité. Les engrais chimiques sont très utilisés dans cette ZAE. Cependant, par rapport à l'urée, les engrais complets sont plus utilisés en raison des associations de culture qui sont très fréquentes dans cette zone. Les pesticides ne sont pas très utilisés, mais pour combattre la chenille du chou des applications d'insecticides se font parfois. Les bovins, les porcins, les équins (chevaux, mulets), les caprins et les volailles sont les principaux animaux d'élevage rencontrés. Ils sont élevés à la corde pendant toute l’année (sauf les volailles) parce que les terres sont en cultures toute l’année. Après chaque récolte, ces animaux sont amenés sur les parcelles pour valoriser les résidus de culture. Cependant, les porcins sont gardés aux jougs dans les jardins de case pour la valorisation des déchets de cuisine. Toutes les déjections de ces animaux sont restées sur le sol pour aider à renouveler la fertilité des terres.

Dans la zone de MHMASC, le maïs, le haricot, le pois congo, le manioc, le malanga, les ignames et la banane sont les principales cultures pratiquées. Ce sont des cultures de plein soleil qui requièrent un émondage des arbres pendant la préparation des sols. Elles se font toute l'année sans application d'engrais chimiques ni pesticides malgré la présence des pestes. Les animaux d'élevage rencontrés sont les bovins, les porcins, les équins (chevaux, mulets), les caprins et les volailles. Ces

Tableau 1. Liste des sources et rivière inventoriées dans le sous BV de Ravine Diable, leurs localisations et leurs débits

Zones Sources / Rivière Débits (Vs) Débits (m/s) Laporporte Ravine diable 920 0.92 Ravine Diable Ravine Diable 2 75 0.075 Ravine Diable Ravine Diable 3 724 0.724 St-Yves K- Zarou 31 0.031 Ravine Diable Ravine Diable 1 127 0.127 Ladorlette K- Charlemagne 1.37 0.00137 La paix La source 1.10 0.0011 Ladorlette K- Klednor 0.93 0.00093 La paix Nan Ti dlo 0.27 0.00027 St-Yves K- Jozon 0.252 0.000252 Kabon Mérismé 0.237 0.000237 Kabon Nan lakou 0.226 0.000226 Kabon Zarou 0.200 0.0002 La paix Nan Ti sous 0.074 0.000074 Kabon Nan mapou 0.063 0.000063 Ladoise Nan ferme 0.047 0.000047 Total 1881.769 1.881769

animaux sont gardés à la corde toute l’année (sauf les volailles) et déplacés sur les parcelles après récolte, excepté les porcins qui sont gardés aux jougs. Comme dans la zone de MHHASC, les déjections animales sont laissées sur le sol pour le renouvellement de la fertilité.

Dans la zone de MSBASB, les principales cultures pratiquées dans les parties encore cultivables sont l’arachide, le sorgho, le maïs, le manioc et le pois congo. Ces cultures sarclées se font sans application d’engrais chimiques ni de pesticides en dépit de la présence des pestes qui les attaquent. Les bovins, les porcins, les équins (chevaux, mulets, ânes), les caprins et les volailles sont les principaux animaux d'élevage rencontrés. Le système d’élevage est similaire à celui rencontré dans les zones de MHHASC et MHMASC.

Modes de gestion des déchets humains dans les zones agroécologiques du sous BV

La gestion des déchets humains est encore un épineux problème dans ce milieu rural. Dans la zone de MHHASC, seulement deux localités (Javel et Périgny) ont des toilettes publiques. Sur un échantillon de 43

exploitations enquêtées dans cette ZAE, 36 % seulement ont des latrines familiales. La grande majorité de la population qui habite cet étage agro-écologique fait ses besoins physiologiques à même le sol. Même ceux qui possèdent leurs propres latrines familiales utilisent parfois la nature pour satisfaire ce besoin quand ils sont en voyage, vu les déficiences de la zone. Ce qui explique des cas de contaminations

Figure 3. Répartition des sant Ravine Diable

fécales des ressources en eau du sous BV. Les vêtements usagés sont gardés sous les lits dans la majorité des cas. Ils sont parfois brûlés. Les cadavres des animaux, quand ils sont proches des maisons d’habitation, sont enterrés à cause de leurs odeurs désagréables. Quand ils sont éloignés des maisons d'habitation, ils sont laissés aux carnivores (chiens et vautours) dans les pâturages. Dans la zone MHMASSC, la situation est plus grave en dépit de la pléthore de sources qu'elle renferme. Il n'y a pas de toilettes publiques. Seulement 29.35 % des exploitations possèdent des latrines familiales. Les gens font leurs besoins majoritairement en pleine nature. Les vêtements usagés sont le plus souvent gardés sous les lits. Ils sont aussi parfois soit brülés, soit jetés dans la rivière Ravine Diable. Les cadavres des animaux sont majoritairement enterrés. Dans la zone de MSBASB, il n'y a pas de toilettes publiques et seulement 27.8% des exploitations possèdent des latrines familiales.

Les ressources en eau du sous BV Un total de 16 points d’eau (sources et rivière) a été inventorié dans le sous BV. Leur débit varie de 0.047 à 920 l/s pour un total de 1881.769 l/s (Tableau 1). Considérant qu'il y a

REPUBLIQUE D'MAITI

LES DIFFERENTS POINTS D'EAU DU SOUS-BV DE RAVINE DIABLE

Légende

CD uvtes de Sous 8V de aire datée

Réalisée par. Noé DESTIN Date de réabsaton: Juin 2012

points d’eau dans les UAE du sous bassin verRED 7 (2) Octobre 2016 22

Tableau 2. Volume mensuel d’eau capté dans les citernes familiales de 8 000 litres et adéquation avec les besoins familiaux de 200 litres par jour

pour 5 personnes

Mois Nombre Pluviomé- Volume Besoins Variation entre

de jours trie (mm)* d’eau eneau(l) volume capté et capté (l) besoins (1) **

Janvier 31 89.39 3575.6 6200 -2624.4

Février 28 105.18 4207.2 5600 -1392.8

Mars 31 135.31 5412.4 6200 -787.6

Avril 30 219.25 8770 6000 2770

Mai 31 236.97 9478.8 6200 3278.8

Juin 30 152.72 6108.8 6000 108.8

Juillet 31 158.63 6345.2 6200 145.2

Août 31 255.22 10208.8 6200 4008.8

Septembre 30 186.69 7467.6 6000 1467.6

Octobre 31 242.18 9687.2 6200 3487.2

Novembre 30 132.18 5287.2 6000 -712.8

Décembre 31 66.42 2656.8 6200 -3543.2

Total 365.00 1.980.14 79.205.60 73.000.00 6.205.60

* Source : Centre de Salagnac, données de 1998 à 2012 non publiées

Tableau 3. Répartition de la population du sous BV Ravine Diable par localité et par ZAE

ZAE Localités Nombre d'unités Popula- Pourcentage de résidence tion Javel 186 930 39.58 % Fraicheur 35 175 7.45% MHHASC Périgny de Lacrabière 63 315 13.40 % Platon Jovin 49 245 10.42 % Salagnac 11 55 2.35 % Sous totall 5 344 1720 73.20 % St-Yves 48 240 10.22 % MHMASC Ladorlette 12 60 2.55 % Ladoise 20 100 4.25 % Sous total2 3 80 400 17.02% Kabon 21 105 4.46 % MSBASB La Paix 25 125 5.32% Sous total3 2 46 230 9.78% Total 10 470 2350 100 %

31536000 secondes par an, les disponibilités totales d'eau de surface (sources et rivière) ont été estimées à 59343167180 l/an. Cependant, les débits ne sont pas constants. Par exemple, le débit de la rivière Ravine Diable était passé de 490 l/s en juin 2006 (3) à 920 l/s en décembre 2012, un mois et demi après le passage de l'ouragan Sandy en Haïti. Ce qui montre une variation interannuelle très marquée du débit de la rivière et évidemment des sources qui la forment. La variation mensuelle intra-annuelle des débits n’a pas été mesurée dans le cadre de cette étude, mais il ne fait pas de doute qu'elle suit la variation de la pluviométrie. De plus, les 16 points d'eau de surface se trouvent dans les zones de MHMASC et MSBASB (Figure 3).

Un total de 61 familles sur un effectif de 344 possède des citernes de 8000 litres de capacité alimentées chacune en saisons de pluie par un toit de 40 m2. Les 61 citernes familiales se trouvent dans la zone de MHHASC (Figure 3). Considérant qu'un mm de pluie correspond à 1 litre d'eau par m?, chacune de ces familles comprenant en moyenne cinq personnes est en mesure de collecter un volume d’eau allant de 2656.8 litres en décembre à 10208.8 litres en aout pour un total annuel de 79205.60 litres (Tableau 2). L'eau stockée dans ces citernes est utilisée pour l’abreuvement des animaux, l'arrosage de pépinière, la lessive, la boisson, la toilette et autres usages domestiques.

Les besoins en eau de la population du sous BV

La population du sous BV est repartie dans trois ZAE et 10 localités et 170 unités de résidence comportant cinq personnes en moyenne. Elle comprend 2350 personnes dont 1720 (73.20%) dans la zone de MHHASC, 400 (17.02%) dans la zone de MHMASC et 230 (9.78%) dans la zone de MSBASB (Tableau 3). Les besoins en eau de la population sont estimés à 34310000 l'an.

Comparé aux 59343167180 litres disponibles par an, les besoins de 34310000 litres sont très faibles. Les disponibilités dépassent largement les besoins. Cependant, les 16 points d'eau de surface étant situés dans les zones de MHMASC et MSBASB alors que 73.20% de la population vivent dans la zone la zone de MHHASC. Il se pose un problème de temps d'approvisionnement. Une proportion de 73.20% de la population doit marcher entre 1 et 2 h pour s'approvisionner en eau. Les 61 familles qui possèdent des citernes ont l'eau de pluie pendant les mois pluvieux d'avril à octobre. Entre novembre et mars, les besoins sont supérieurs aux volumes collectés. Les besoins annuels d'une famille de 5 personnes sont estimés à 73000 litres. La capacité de captage sur les 40 m2 de toit est 79205.6 litres, mais vu le volume limité de 8000 litres des citernes, la capacité de stockage est moindre. Il y a moyen de faire des réserves à partir de la collecte du mois d'octobre seulement pour une partie du mois de novembre. Dans ce contexte, il

Tableau 4. Qualités physico-chimiques des échantillons d'eau analysés

Variable Unité Provenance de l'échantillon Limites admises Sources (moyenne Citernes (moyenne Par OMS/OPS + écart-type) + écart-type)

pH - 7.62+0.45 7.83+0.1 6.5-8.5

Odeur - Inodore Inodore Seuil de perception

Couleur UTN Incolore Incolore 15

Matières en mg/l 0.75+1.44 0.80+1.3 100-600

suspension

Conductivité dS/m 0.44+0.1 0.23+11.46 -

électrique

Ca mg/l 80.18+23.4 24.62+5.22 >100

Meg mg1 5.06:5.3 3.7143.58 0-100

Dureté mg/l 85.61+19.3 28.13+3.5 100-300

totale

Na mg/l 32.65+24.9 35.80+69.6 -

cl mg/l 11.02+3.77 22.31+39.1 0-200

NO: mg/l 3.00+3.56 1.60+3.58 10

SO3 mg/l 11.52+1.82 11.82+2.71 0-200

Tableau 5. Qualités microbiologiques (nombre d'unités formant de colonies/ml) des échantillons d’eau analysés

Provenance E. coli Coliformes Coliformes Streptoco- Salmoéchantillon totaux fécaux ques fécaux nelles Source Ravine 7.32x102 5.45x102 4.15x10? 7.13x10? 0 Diable # 1

Source K-Jozon 5x101 1.6x102 5x101 0 0 Source Nan Lakou 2.5x102 4x10? 1.3x102 4.25x102 0 Source Nan Ti dlo 5.4x104 >3 x104 5.7 x104 14x104 0 Citerne # 1 8x101 1.8x102 9x101 0 0 Citerne #2 0 0 0.2x101 1.4x102 0 Citerne # 3 0 0 0 0 0 Citerne #4 0 0 0 0 0 Citerne #5 0 0 0 0 0

NB. Limites admises : absence dans 100 ml

s'avère nécessaire d'envisager un caractéristiques conformes aux

projet de construction de citernes familiales pour permettre à plus de familles d’avoir accès à l’eau. Les citernes à construire doivent aussi avoir une capacité minimum de 18000 litres pour permettre aux familles de stocker un peu plus d'eau pour la saison sèche.

Qualités physico-chimiques et microbiologiques des eaux du sous BV

Les échantillons d’eau de source et de citerne analysés ont présenté des

normes de qualité admises par TOMS pour le pH, le Mg, le Cl, les NO: et les SO: (Tableau 4). Aucune odeur, ni couleur n’a été perçue. Les valeurs de conductivité électrique, dureté totale, les teneurs en matières en suspension, Ca et Na ont été faibles.

Les germes de salmonelles n'ont été retrouvés dans aucun échantillon analysé. Par contre, des germes d'Escherichia coli, coliformes totaux et coliformes fécaux ont été retrouvés dans tous les échantillons d’eau de source analysés, tandis que des germes de streptocoques fécaux ont été retrouvés dans 75% des cas (Tableau 5). Dans une citerne sur cinq, des germes d’Escherichia coli, coliformes totaux, et coliformes fécaux ont été retrouvés, tandis que des germes de coliformes fécaux et de streptocoques fécaux ont été retrouvés dans une autre. Ce qui dénote que les points d’eau (sources et citernes) ont été objet de contaminations fécales. Cet état de fait pourrait s'expliquer par la mauvaise gestion des déchets humains au niveau du sous bassin versant, les résultats des enquêtes ayant montré une utilisation abusive de la nature pour la satisfaction des besoins physiologiques à cause de la précarité des conditions socio-économiques de la population. En outre, les déjections animales, sous l'effet du ruissellement de l’eau, peuvent enrichir les cours d'eaux et les nappes en dérivés azotés et constituer une source de pollution bactériologique. Dans le cas des citernes, la contamination provient probablement des récipients utilisés pour puiser de l’eau. Ces cas de contaminations fécales des points d'eau dans le pays sont courants (11) et posent un problème de santé publique parce que la population rurale utilise ces eaux pour la boisson sans traitement préalable.

Etant donné que la qualité d’une eau de boisson prend en compte ses qualités physico-chimiques et microbiologiques, l’eau disponible dans ce sous bassin versant n'est pas adéquate qualitativement pour répondre aux besoins de la population. Certes, il existe beaucoup d'eau dans la partie aval du sous bassin versant, en particulier dans les zones de MHMASC et MSBASB, mais non seulement que ces eaux sont souillées par des pollutions fécales, elles sont aussi mal distribuées au regard de la répartition de la population. De plus, pendant les périodes de sécheresse où il n’y a plus d’eau dans les citernes, déjà insuffisantes, la majorité de la population doit consentir environ deux

heures de marche pour s'approvisionner dans ces sources contaminées.

Conclusion

La problématique de l'eau se présente différemment dans les 3 ZAE identifiées dans le sous bassin versant Ravine Diable. Globalement, les disponibilités dépassent largement les besoins. Cependant, malgré le surplus de disponibilité observée par comparaison aux besoins, la zone de MHHASC où vivent 73.20 % de la population sans source ni rivière ni nappe phréatique proche de la surface souffre d'une rareté d'eau. Les 61 citernes domestiques sont insuffisantes non seulement en termes de nombre, mais aussi en termes de capacité. Les 16 points d'eau de surface (sources et rivières inventoriés) se trouvent dans les zones de MHMASC et de MSBASB où ne vit que 26.80% de la population.

Les germes d'Escherichia coli, coliformes totaux et coliformes fécaux (dans 100% des échantillons d'eau de source et 20% des échantillons d'eau de citerne) et de streptocoques fécaux (dans 75% des échantillons d'eau de source et 20% des échantillons d’eau de citerne) ont dénoté une contamination d'origine fécale qui risque de poser de sérieux problèmes de santé publique, surtout avec la présence du choléra dans le pays. Dans ce contexte, trois axes d'action sont recommandées :

-la sensibilisation de la population dans les 3 ZAE sur les risques encourus en buvant une eau contaminée : sa formation sur l'hygiène

collective, domestique et personnelle et son entrainement au traitement de l'eau de boisson pour diminuer les risques de contamination individuelle dans un milieu pollué.

-Le captage et la protection des sources les plus importantes et la construction de latrines publiques et familiales dans les 3 ZAE pour assainir le milieu.

-l'augmentation du nombre et de la capacité des citernes familiales pour satisfaire les besoins en termes de quantité dans la zone de MHHASC.

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11. Sival W. 2007. Étude de la qualité bactériologique et physicochimique de l’eau de boisson aux Sources-Chaudes (2°%° section communale d'Anse-Rouge). Mémoire de Fin d'Etudes, FAMV/ UEH, Damien, Haïti. 50p.

Article 6

Les droits de propriété intellectuelle dans l’agriculture haïtienne: Cas de la patate

douce (/pomoea batatas) J. A. Victor

RESUME Victor JA. 2016. Les droits de propriété intellectuelle dans l'agriculture haïtienne: Cas de la patate douce (/pomoea batatas). RED 7 (2): 26 - 35

Les savoirs et les savoir-faire paysans sont rarement considérés dans la prise en compte des facteurs qui pourraient améliorer la productivité des terres, la durabilité de la production et la résilience de l'agriculture haïtienne aux changements climatiques. Le cas d'espèce de la patate douce a donc été utilisé pour montrer les enjeux associés aux droits de propriété intellectuelle (DPI) des agriculteurs et l'intérêt que la reconnaissance de ces droits pourrait avoir sur le développent agricole en particulier et le développement rural en général. Les enquêtes effectuées dans les dix départements géographiques du pays ont révélé l'existence de plus de 200 clones différents de patate douce, cultivés dans divers agrosystèmes: montagnes humides, montagnes sèches, plaines irriguées et plaines sèches. Ces clones semblent avoir été sélectionnés pour des caractères tels la longueur du cycle végétatif, la productivité, la qualité des tubercules, la résistance à la sécheresse, le photopériodisme, etc. Il existe un fonds de savoir important en ce qui concerne la culture de la patate douce pratiquée en Haïti, bien avant l'arrivée de Christophe Colomb. Les 1° et 2ème sections communales de Petite Rivière de l'Artibonite et la 3°% section communale de Dessalines ont été proposées comme centre de l'agrobiodiversité de la patate douce, étant donné qu'on y a rencontré des techniques spécifiques de culture de l'espèce quant aux méthodes d'amélioration des plantes cultivées (sélection, mutation, hybridation, sélection culturelle). Le clone Ti Savien est le seul à offrir une couverture nationale, les autres étant bien moins distribués. Il a été recommandé de construire un atelier de transformation de la patate douce dans la Vallée de l’Artibonite, d'appliquer la loi Lescot relative au besoin de mélanger la farine de blé et la farine de patate dans la fabrication du pain, d'octroyer 1% du PIB à la conservation de l'agro-biodiversité et de mettre en vigueur des lois sui generis en ce qui concerne notamment la production et la vente de semences, le système de certification, la standardisation des poids et mesures, les contrats de conservation de l'agro-biodiversité et la reconnaissance des droits de propriété intellectuelle dans l'agriculture.

ABSTRACT Victor J_A. 2016. Intellectual property rights in the Haïitian agriculture: Case of sweet potato (Ipomoea batatas). RED 7 (2): 26 - 35

The peasants knowledge and know-how are rarely valued in considering factors that could enhance land productivity, production sustainability and resilience of Haitian agriculture to climate change. The case of the sweet potato has been used to show the significance of the intellectual property rights (IPR) issues and the interest that the recognition of such rights might have on agricultural development in particular and rural development in general. Surveys carried out in ten geographical departments of the country have revealed the existence of more than 200 different sweet potato clones, grown in diverse agro-systems: wet or dry mountains, irrigated lowlands or even dry plains. These clones seem to have been selected for features such as length of the vegetative cycle, plant productivity, tuber quality, resistance to drought or photoperiodicity, ete. Haitian farmers have a very great know-how, regarding the culture of sweet potato that was grown in Haiti, well before the arrival of Christophe Colomb. The 1st and 2nd communal sections of Petite Rivière de l'Artibonite and the 3nd communal section of Dessalines have been proposed as Center of the agrobiodiversity of the sweet potato, given that it has met specific techniques for culture of sweet potato with respect to methods of improvement of cultivated plants (selection, mutation, hybridization, cultural selection). The Ti Savien clone is the only one that offers national coverage, unlike the others that accuse an area of influence of lesser scope. It was recommended to build a plant for processing sweet potato in the Artibonite Valley, to enforce the Lescot Law regarding the need to mix wheat and sweet potato flours to manufacture bread, to give 1% of GDP to the agrobiodiversity conservation and to implement laws sui generis regarding seeds production, certification system, weights and measures standardization, and the contracts of recognition of intellectual property rights in the agricultural sector.

Introduction

La reconnaissance des droits de propriété intellectuelle (DPI) dans l'agriculture constitue l’une des conditions nécessaires, bien que non suffisante, du développement rural. Elle encourage la recherche agricole et l'investissement privé dans l’agriculture en faisant progresser les technologies qui supportent la modernisation de cette branche du secteur primaire. À qui appartiennent les espèces de plantes ou d'animaux, les plantes sauvages et les variétés cultivées, les organismes génétiquement modifiés et les nouvelles races

animales, les ressources phyto ou Zo0-génétiques qui se retrouvent au centre de la production et du développement agricoles ? A qui profite le marché de l'agro-biodiversité, le commerce des semences améliorées et l'exploitation des ressources génétiques associées à l'agriculture ? Pourquoi, certains pays ont-ils des lois, des normes et des règlements sur la bio-prospection, le biocommerce et la biosécurité, voire la bioéthique, alors que d'autres n'en ont pas ? La République d'Haïti estelle dotée de lois sui generis en la matière ou a-t-elle signé et/ou ratifié des conventions internationales qui régissent les créations de l'esprit dans l’agriculture ? Les limites et les insuffisances du droit haïtien de l'agro-biodiversité ne représententelles pas un obstacle de taille au développement agricole en Haïti ?

Des réponses générales à certaines de ces questions fondamentales ont été déjà apportées dans les publications effectuées pour mieux faire connaitre l'importance des DPI dans l'agriculture haïtienne (21, 22). Le présent texte s'intéresse à un cas particulier et traite, en l'occurrence, de la problématique des DPI dans le cas de la culture de la patate douce (Ipomoea batatas). Il vise l'amélioration de la gouvernance agricole au bénéfice de la sécurité alimentaire et du développement durable axé sur une meilleure résilience de l'agriculture haïtienne aux changements climatiques. Etant donné qu'un tel objectif ne peut pas être atteint sans la participation, la motivation et la mobilisation de l'homme rural, il convient de questionner la pertinence des modes de collaboration et des choix technologiques proposés traditionnellement aux agriculteurs. On se demande alors si l'absence de valorisation des savoir paysans n'est pas un frein majeur au progrès économique et social, contrairement à l'opinion qui

veut faire croire que le retard technologique de l’agriculture haïtienne réside, avant tout, dans l'ignorance totale des masses rurales. La reconnaissance des DPI dans l’agriculture peut-elle encourager le développement de la culture de la patate douce et l'avancement technologique de cette filière de production ? Pour répondre à une telle question, il sera mis en exergue, ne serait-ce que brièvement, la dimension ethnobotanique et agro-économique de la culture de la patate douce (Section 1), établi la richesse de l'agrobiodiversité spécifique de la patate douce en Haïti (Section 2), mis en évidence l'importance des savoirs et savoir-faire paysans dans le domaine (Section 3), avant d'envisager les possibilités de faire bénéficier les détenteurs des savoirs et savoirfaire locaux, du partage des bénéfices découlant de l'exploitation des ressources de la biodiversité, selon le vœu de la Convention Internationale des Nations Unies sur la Biodiversité (Section 4).

Section 1. Aspects Ethnobotaniques et agronomiques de la culture de la patate douce en Haïti

Afin de bien cerner les enjeux associés à la culture de la patate douce en Haïti, Il convient de faire ressortir l'évolution ethnobotanique et agro-économique de cette espèce. Ceci peut se faire en mettant l’accent sur la dimension historique, agronomique, social, économique, alimentaire et culturel de la culture de cette plante amylacée, classée dans le groupe des racines et tubercules.

La dimension historique

La patate douce était cultivée en Amérique, avant l’arrivée de Christophe Colomb, en 1492 (10). On la trouve dans la liste des plantes originaires de l'Amérique de Jorge de Leon (8) et dans la liste des centres d'origine des plantes économiques du monde tropical (17). Selon Moreau de St Mery dans la description de la partie française de l'ile de Saint-Domingue parue en 1797, la patate douce était cultivée et consommée à l'époque coloniale. Il n'est donc pas exagéré de penser que cette plante de la famille des Convolvulacées ait joué un rôle important dans les "places à vivres" des captifs africains d’abord et dans le développement de l'agriculture haïtienne, ensuite. Ce qui a permis aux créoles haïtiens d'amasser un capital intellectuel de plus de 500 ans dans la maitrise de la culture de la patate douce. On verra, plus loin, comment ce capital intellectuel a été exploité, valorisé et conservé notamment par les paysans, et cela sans aucune contrepartie en ce qui concerne la reconnaissance de leurs droits de propriété intellectuelle (2).

La dimension agronomique

La patate douce connait périodiquement des mutations spontanées liées à sa grande variabilité génétique (patat la tounen). De telles mutations peuvent entrainer la dégénérescence du clone en question lors des multiplications végétatives enregistrées sur diverses générations (10.). La vigueur actuelle des variétés et cultivars rencontrés en Haïti dérive, comme partout ailleurs, de la combinaison des quatre forces qui déterminent les variations dans les plantes cultivées mutation, hybridation, sélection naturelle et sélection culturelle (1,16). Chez nous, les rendements moyens demeurent très bas et restent de l'ordre de 7 TM/Ha. Dans le cadre du programme national de la sécurité alimentaire, le MARNDR, assisté de la FAO, a fourni, il y a une dizaine d'années, une assistance technique aux agriculteurs, dans sept communes relevant des départements de l’Artibonite et du Sud, notamment dans la lutte contre le charançon de la patate (Cylas formicarius, appelé Kanson fè ou Ti Yogann, en créole). Les rendements seraient passés dans ces zones à une moyenne de 15 TM/Ha (MARNDR, 2003). Seulement, deux mémoires d'étudiant ont été recensés sur une période de plus de vingt ans (16). La recherche agronomique est pauvre et se borne à l'introduction de variétés dites améliorées. Ces cas d'introduction effectués par les

pouvoirs publics, les ONG ou les particuliers sont réalisés, le plus souvent, sans précaution de quarantaine ni essai d'adaptation, sans suivi-évaluation ni objectifs de sélection. Ce qui complique la situation au lieu de contribuer à la solution des problèmes rencontrés.

La dimension alimentaire

La valeur alimentaire de la patate douce, bien connue des spécialistes l'est bien moins des consommateurs. Elle est deux fois plus riche en bêtacarotènes que la carotte et accuse un niveau nutritionnel plus élevé que le blé, en termes de calories, de protéines et de glucides. Elle est riche en vitamine À, en vitamine B6, en cuivre et en manganèse. Les tubercules contiennent de l'amidon et du saccharose de l'ordre de 6% (pouvant donc entrer dans la production d'alcool et de bière). Les feuilles sont plus riches en protéines, en Vit C, en calcium, en fer et en phosphore que l'épinard. Riche en fibre, la patate aide à prévenir certains types de cancer. En Afrique de l'Ouest et à Madagascar, les jeunes feuilles sont pilées, blanchies et servies avec du riz, de la viande ou du poisson. La patate serait à l'origine de la longévité des habitants d'Okinawa, une île japonaise dont la diète alimentaire repose sur cette amylacée. C'est en outre, un excellent fourrage, que ce soit à l'état frais ou après dessication (5). La gastronomie haïtienne offre un éventail impressionnant de préparations à base de patate (pain de patate, patate au lait, patate au sirop, patate bouillie, patate frite, patate sautée, patate cuite sous la cendre, patate pelée ou en robe des champs, confiture de patate, etc.). Loin de valoriser une telle richesse culturelle, les élites haïtiennes semblent vouloir modifier les habitudes alimentaires dans le sens d’une consommation accrue de céréales importées au détriment du grand groupe des racines et tubercules dont la patate fait partie.

La dimension sociale

La patate douce est consommée beaucoup plus dans les familles à faible revenu tout comme les racines

et tubercules en général. Toute amélioration des revenus se traduit, pour une famille donnée, par une augmentation de la consommation des céréales au détriment de celle des racines et tubercules. Or, le pays a un avantage préférentiel pour la production de racines et tubercules, compte tenu de ses caractéristiques éco-climatiques, édaphiques et physiographiques (8.6) Les Haïtiens devraient donc consommer en priorité des racines et tubercules et non des céréales. Les habitudes alimentaires de la population devraient s'’aligner sur la vocation naturelle des sols et non sur l'adoption de patrons de consommation importés. Etant donné que la consommation des céréales tend à augmenter avec l'accroissement du taux d'urbanisation, il est donc indiqué de questionner les habitudes alimentaires de la population afin d'orienter dans le bon sens la politique alimentaire du moment. Le slogan Consommer Local devrait faire place progressivement à une vraie campagne d'éducation alimentaire pouvant limiter les dégâts de la déculturation aveugle et de l'acculturation sauvage.

La dimension économique

Les racines et tubercules occupent annuellement en Haïti, une superficie de 244 000 Ha dont 27% sont consacrés à la culture de la patate (MARNDR, 2012). Avec un rendement moyen de 7 TM/Ha, la population haïtienne consomme environ 462 000 TM de patate douce par an. Ce qui fait une moyenne de 46 Kg/ tête pour une population de 10 millions d'habitants. Sans la patate, la facture céréalière serait encore plus élevée. Etant donné qu'un agriculteur manipule un total de 50 000 boutures / Ha, à raison d'une moyenne de 50 boutures/10 m°, le paysan haïtien est donc obligé de produire un total de 3 milliards de boutures /an pour conserver l’agrobiodiversité de cette espèce. Dit autrement, les semences de patate douce représentent une valeur d'usage presque nulle parce que tous les agriculteurs produisent leurs propres semences et une valeur d'option équivalant à la somme de 3 milliards de Gourdes (un paquet de 100 boutures comptant pour 100 Gourdes environ), puisque le pays devrait dépenser la susdite somme au cas où elle souhaiterait acheter les semences susmentionnées (22). Mais, le paysan ne trouve point de compensation proportionnelle pour les 3 milliards de Gourdes susmentionnés. Un tel exemple suffit pour donner une idée du mode de fonctionnement du système d'exclusion mis en place, consciemment ou pas, pour écarter les agriculteurs de la richesse nationale.

La dimension culturelle

Les racines et tubercules jouent un rôle essentiel dans la culture populaire. Le repas blanc, l’un des plus prestigieux du menu vodou est à base d'igname tandis que la pelure de patate est considérée comme la dernière ressource du pauvre qui va mourir de famine. Les racines et tubercules rentrent dans la préparation des "manje loa" et dans celle du "migan”, un repas spécial qui accuse une ressemblance frappante avec un plat traditionnel de l'Afrique noire. Ce qui laisserait entendre que la cuisine du vodou haïtien pourrait avoir essentiellement pour origine les plats traditionnels de l'Afrique. Ce qui n'est pas sans intérêt dans le cadre d’une stratégie de développement fondée sur le tourisme culturel où la gastronomie locale pourrait apporter une contribution significative. En langue Baoulé, le mot Duo signifie Igname ; tandis qu'il existe 37 mots différents pour désigner les variétés d'igname dans le pays baoulé de la Côte d'Ivoire. En Baoulé, le mot Alenda veut dire Patate alors que Xlenba signifie Petit Tambour (18). Ce qui met en lumière l'importance des racines et tubercules dans la gastronomie des calendas (danses et fêtes des esclaves à Saint-Domingue) et les similitudes phonétiques des mots Alenda, Klenba et Calenda. Dans les pays pauvres, la patate représente l’aliment de sécurité par excellence en période de conflit et de sécheresse (5). Glaner dans les champs de patate déjà récoltés est connu de tous les crève-la faim en milieu rural. Otez la patate de la diète des pauvres et vous provoquerez une crise alimentaire dont l'onde de choc finira par ébranler le poto mitan de la souveraineté alimentaire tant désirée maïs si peu recherchée.

Section 2. L'agro-biodiversité spécifique de la patate douce en Haïti

On considère généralement une variété de plante cultivée comme un ensemble végétal d'un taxon botanique du rang le plus bas, lequel présente des caractères résultant d'un certain génotype, distinct de tout autre ensemble végétal et pouvant se reproduire de manière uniforme. Faute d'informations suffisantes, le thème variété a été écarté afin de tenir compte de la diversité génétique du matériel de reproduction actuellement disponible.

Pour éviter la confusion, le terme clone a été retenu pour désigner exclusivement l'unité taxonomique de reproduction utilisée par les paysans, un clone étant un ensemble de descendants semblables issus par, reproduction végétative, d'un parent unique.

La liste des clones de patate douce cultivés en Haïti a été dressée à partir des enquêtes menées sur tout le territoire national à raison de 5 communes par département. Elle permet de quantifier le nombre de clones par département, de connaitre les noms vernaculaires de chaque clone, d'établir leur aire d'influence et leur fréquence de distribution. Si elle est mise à jour périodiquement, elle pourra constituer un outil important dans la dynamique de l'amélioration des plantes cultivées.

Le nombre de clones disponibles sur le territoire national

Il est utile, à plus d'un titre, de connaitre le nombre de clones disponibles sur le territoire national. Bien que l'information présentée repose exclusivement sur les déclarations des agriculteurs, elle est loin d'être fantaisiste puisqu'elle a été

contrôlée plusieurs fois pour un même site, à partir d'informateurs différents. Un minimum de trois informateurs par commune a été utilisé afin de couvrir le plus grand nombre de sections communales en se basant sur l'hypothèse qu'un planteur de patate connait le nom des clones cultivés dans sa région.

Néanmoins, la susdite enquête, pour n'avoir pas été exhaustive, doit être interprétée avec prudence s'il s’agit de l'extrapoler à tout le territoire national. Dans dix départements enquêtés, 275 clones ont été dénombrés (Tableau 1).

Cependant, ce chiffre ne correspond pas au nombre de clones différents localisés dans l'espace agricole en question puisque les mêmes noms se retrouvent dans diverses communes dans plusieurs des cas considérés. En outre, le même clone peut être dénommé différemment selon les localités, voire selon la période. Il y a tout de même des clones tels Ti Savien, Mizè Malere, Banbou Salnave, Domi kole, qui ne changent de nom ni en fonction du temps ni du lieu. Dans ce dernier cas, ne peuton pas parler de clones prometteurs en ce qui concerne la recherche agronomique ?

L'inventaire susmentionné permet toutefois d'avoir un ordre de grandeur quant à la richesse de l’agrobiodiversité associée à la patate douce et de son impact positif sur la sécurité alimentaire des gens les plus pauvres.

Le nombre de clones par 1 000 Ha est, par exemple, de 2 pour le Nord et le Nord-Ouest, de 3 pour l'Artibonite et le Sud, de 7 pour le Centre et le Nord-Est et de 21 pour les Nippes. Etant donné que les critères de sélection des clones varient avec les conditions de culture, un nombre élevé de clones par millier d'hectares serait un signe de la grande hétérogénéité des zones de production dans un département géographique déterminé.

Il est donc recommandé de caractériser les clones prometteurs selon les caractères distinctifs retenus par

Tableau 1. Nombre de clones rencontrés dans les départements géographiques Départe- Communes concernées Superficie Nombre de ments cultivée clones dé- (Ha) clarés Nord Ouest Jean Rabel — Bombardopolis — St Louis 14 200 28 — Port de Paix — Chansolme Ouest Petit-Gôave — Grand Gôave -Gressier — 11 600 57 Montrouis — Croix des Bouquets Sud St Louis — Chantal — Cavaillon — Tor- 9 000 28 beck — Camp Perrin Nord Limbe — Plaine du Nord — L'Acul — St 6 500 17 Raphaël-Ranquitte — Pignon Artibonite Petite Rivière — Verrettes — La Chapelle 6 500 23 — St Marc - Marchand Dessalines Grand'Anse Pestel — Beaumont — Dame Marie — 6 500 44 Moron — Chambellan Nord Est Carice —- Mont Organisé - Ouanaminthe 3 900 22 — Les Perches —- Mombin Crochu Centre Müirebalais — Saut d'eau — Boucan Carré 3 900 26 — Lascahobas-Thomonde Sud Est Jacmel — Belle Anse — Marigot — Bainet 2 600 9 — Côtes de Fer Nippes Fond d Nègres — Paillant — l'Asile — Pe- 1 300 21 tit Trou — Plaisance du Sud Total 66 000 275

Source : Rapport sur le recensement général de l'agriculture (12)

le CIP (Centro Internacional de Papas) détenteur d'une banque de gènes de plusieurs milliers de populations naturelles, de plantes améliorées et de matériels de reproduction (19). En Haïti, il sera possible d'avoir un catalogue de variétés et des fiches techniques pour chacune d'entre elles. C’est le premier vers la valorisation de la banque de gènes in situ que représente le territoire national

La taxonomie paysanne

Les noms vernaculaires donnés par les paysans aux différents clones cultivés, apparaissent, à première vue, étranges et bizarres Pourtant, il semble que le mode d'identification adopté par les agriculteurs cache une certaine logique et n'est nullement dépourvu de rationalité, comme cela se passe, d'ailleurs, dans presque toutes les manifestions de la vie rurale.

Un essai de catégorisation des appellations rencontrées permet de classer ces dernières en 4 groupes

différents fondés sur les noms de personne, les noms de lieu, des critères agronomiques et autres appellations non étudiées. Il reste encore beaucoup à faire, du point de vue linguistique, pour s'approprier la pierre de rosette qui permettra de mieux comprendre la logique paysanne.

Les appellations fondées sur les noms de personne ou de lieu commencent toujours par un "Ti". Ex Ti Michel, Ti Janèt, Ti Wôz, Ti Madlèn, Ti Jerdm, Ti Jesnè, Ti Kadè, Ti Kawôl, Ti Okap, Ti Miami, Ti Pôtoprens, Ti Miklon, Ti Pestel. Le Ti indique ainsi la provenance, dans ce cas précis. Mais, le Ti peut indiquer également un sentiment d'affection Ti Nwa, Ti Sourit, Ti Blanch.

Dans le cas des appellations fondés sur des caractéristiques agronomiques, le message est passé sous forme de symbole ou d’'analogie, compréhensibles uniquement pour ceux-là qui connaissent la culture paysanne. L'identification choisie

Tableau 2. Aire d'influence des principaux clones recensés

Principaux clones Départements Communes Ti Savien 9 22

Mizè Malere 7 10

Salnave ou Banbou Salnave ou Blan Salnave 5 6

Ti Wôz 3

Dômi kole 2 2

Autres 1 Ind.

indique alors une caractéristique

agronomique bien déterminée. Cela

peut se référer, par exemple :

- À la productivité du clone Bon Dye bay - Misè Malere — Chay Milèt - Fann Tè - Manman Vin Wè

- Au cycle végétatif du clone Galope Cheval — Prese Plante — San Dat - Sove Nouris

- Au comportement en plein champ du clone Janbe ravin — Fanm fouye —- Fanm pa Fouye - Mal Chen — Pa desann bit

- Aux qualités organoleptiquesde la tubercule Pa tout dydl — Ti Sik — Ponm nan men — Ti fi pi dous — Lèt an poud — Bon Bàbôt — Ti fenfen

- Au mode de tubérisation, à la forme ou à la grosseur des tubercules Zago Milèt - Pat Chwal - Plentwou — Jen Nan Makout — Ti Sourit — Bout Kanson — Manmèl a Bèf — Mega Bèf

- À la forme et la couleur des tubercules Bouda Bouryk — Ouvri lekù —- Bwa Bourik - Blanch - Nwa - Nèg Nwè — Bouda Zanyen — Bwa yoyo

- Au comportement à la cuisson ou à la valeur alimentaire Fanm pa bouyi - Twonpe NourisTi Lèt - Ti Jomou

L'ensemble des critères agronomiques fait supposer que les divers clones sont nécessaires et répondent chacun à un besoin des agriculteurs ou des consommateurs. Ce qui suggère que les objectifs de sélection peuvent être très différents selon le modèle d'agriculture, la taille de l'exploitation, la nature des sols, le statut de l’agriculteur et les exigences du marché (productivité, richesse en amidon, en sucre ou en carotène, cycle végétatif, résistance

aux pestes et aux maladies, photopériodisme, aire d'adaptation, etc.). Photographier, dessiner, classer et interpréter les données de base associées aux différentes parties des clones observés pourraient déboucher sur une espèce de tableau de Mendeleev, capable de révéler les secrets de la logique paysanne.

Quant aux autres appellations non contrôlées, il s'agit d'un casier fourre-tout qui comprend des noms difficiles à décoder ou à préciser. Par exemple, certaines appellations comme Mawonbe, Yagonde, Dawonme, Abouda, Mondong, rappellent une origine africaine mais, il est difficile de dire s’il s’agit de provenance, de symbolisme, ou de fantaisie. D'autres comme Tenda, Gwondifis, Ti Frenn, Sove Kata ou Ldk semblent être d'interprétation plus complexe. La linguistique appliquée a beaucoup de pain sur la planche, en ce qui concerne la taxonomie paysanne.

Sans vouloir trop caricaturer, il est utile d'illustrer, par des exemples, comment le paysan arrive, à l’aide d'une simple appellation, à identifier les clones selon les critères de sélection choisis. Le clone Ti Sik laisse entendre que le taux de sucre du tubercule est plus élevé que la normale. Le clone Fann pa Bouyi fait référence au taux d'amidon, car il ne résiste pas à la cuisson prolongée; le clone Bwa bourik voudrait dire que le tubercule est démesurément long : le clone Zago Milèt compare la forme du tubercule à celle d'un sabot de mule : enfin le clone Mizè Malere est venu résoudre un problème de disponibilité alimentaire pour les classes les plus pauvres en raison de son cycle végétatif très court de 2 mois et 1/2. Le folklore agricole ouvre donc de

larges perspectives aux sciences de la communication.

L'aire d'influence des clones et leur fréquence de distribution

Il a été dit que certains clones se rencontrent à la fois dans plusieurs communes d'un même département et même dans plusieurs départements géographiques. L'aire d'influence d'un clone est alors déterminée par l’espace géographique qu'il occupe en plaine et/ou en montagne. A partir de 1 600 m d’altitude, la patate douce se fait remplacer généralement par la pomme de terre (10). Ainsi, certains des clones recensés, tels Ti Savien et Mizè Malere se retrouvent respectivement dans neuf et sept des dix départements, tandis que d’autres tels Ti Woz et Domi kole ne se rencontrent que dans deux (Tableau 2). Les clones, Ti Okap, Koupe Klouwe et Ti Miami, non représentés dans le tableau couvrent respectivement deux départements.

Ainsi, le clone Ti Savien est largement distribué sur toute l'étendue du territoire national. Ce qui suggère que ce clone pourrait être une variété à part entière. Les trois clones Ti Savien, Mizè Malere et Banbou Salnave peuvent être considérés comme des clones prometteurs, du point de vue agronomique, en raison de leur capacité d'adaptation à des conditions très variées.

Le clone Domi Kole date de plus de 60 ans et se retrouve dans deux départements géographiquement éloignés l’un de l’autre (le Nord-Ouest et la Grand'Anse) si l'on excepte la communication par voile maritime. S'agirait-il du même génotype ? De même, il faut approfondir l'enquête pour savoir si Ti Miami est un clone importé de Miami : sachant que Ti Matinik provient de la Martinique et est cultivé exclusivement à l'ile de la Gonâve, jusqu'à date.

Le fait que Ti Okap ne se retrouve pas dans le Nord tout comme Ti Pestel ne se rencontre pas à Pestel serait une preuve que ces clones proviennent vraiment du lieudit, puisque pour les noms de lieu, c'est celui qui accueille un clone qui le

baptise et non l'inverse. Selon ce dernier constat, il serait logique de penser qu'un nom de lieu peut cacher une appellation d'origine différente.

Section 3. Importance des savoirs et savoir-faire paysans

Le clone Ti Savien qui couvre une large aire d'influence semble être un cas particulier. Etant donné qu'il existe, dans l’Artibonite, une localité de la première section communale de Petite Rivière de l'Artibonite du nom de Savien où des ventes de bouture de patate douce ont été constatées périodiquement, il est permis de supposer que cette localité pourrait avolr une certaine connexion avec le clone Ti Savien. Une enquête approfondie a donc été réalisée dans la Vallée de l'Artibonite. Voyons, tour à tour, l'historique de Ti Savien, le concept de centre de conservation de la l’agrobiodiversité, l'organisation de la production de Ti Savien dans et autour de la localité Savien et l'impact de la culture de la patate sur le développement durable.

L'Historique de Ti Savien L'origine de Ti Savien n'est pas bien connue. Les paysans de la localité Savien racontent que ce clone avait dégénéré à un moment donné et il était considéré comme étant en voie d'extinction dans les années 1960. Une souche a été conservée par un agriculteur, du nom de Belot Dorméus, d'où le nom de Ti Belot donné au nouveau clone régénéré par ce dernier, chez qui tous les planteurs allaient s'approvisionner en semences. Par la suite, le nom de Ti Savien a repris le dessus.

La version qui veut faire croire que le nom de Ti Belot viendrait de la dame Chritiana Belot, Chef de la milice locale de François Duvalier dans les années 60, ne tient pas la route. Madame Belot aurait exigé que son nom soit associé au nouveau clone mais cette hypothèse ne résiste pas à l'épreuve des faits. D'après l'agriculteur Daniel Heurtelou, la famille de Belot (y compris sa femme) vit encore et ses membres sont des témoins à charge en ce qui

concerne la version de Belot Dorméus. La thèse fondée sur l'autorité de Chritiana Belot suppose que le clone avait déjà été régénéré avant que le Chef de la milice l’eût découvert à la 5ème section communale de St Marc, comme on l'a prétendu. Or, la régénérescence de Ti Savien ne pouvait être faite que par un sélectionneur, qualité qu'on reconnait à Belot Dorméus et non à Chritiana. En outre, les clones cultivés, de façon préférentielle, à la 5ème section se nomment Fanm pa Bouyi et Banbou Salnave.

Le nouveau concept de centre de conservation de l’agrobiodiversité

Le modèle de Vavilov relatif au centre d'origine (région indépendante où certaines plantes différentes pour chaque région étaient cultivées pour la première fois) a été élargi par Harlan avec le concept d'endémisme et de centrisme (centre et non-centre), le tout étant présenté par Quérol qui a publié la liste des 50 principales plantes cultivées dans le monde, avec la patate douce en %weposition par ordre d'importance (17).

Un centre de conservation de l’agrobiodiversité est défini ici comme un espace agricole collectivement géré de manière indépendante, où du matériel végétal sélectionné est utilisé commercialement et conservé en permanence à des fins de reproduction. En s'inspirant de la méthode phytogéographique différentielle de Vavilov, il est proposé, pour les raisons ci -après définies, que la 3ème section communale de Dessalines et les 1ère et 2ème sections communales de Petite Rivière de l'Artibonite soient considérées comme un centre de conservation de l'agro-biodiversité de la patate douce en Haïti.

En effet, on trouve, dans cet espace, une concentration contrôlée du clone Ti Savien, la présence des trois clones les plus cultivés sur toute l'étendue du territoire (Ti Savien, Mizè Malere, Salnave) et l'existence de règles locales qui régissent la pureté du clone Ti Savien. Il est bon de noter que dans la littérature

haïtienne, Maurice Sixto a immortalisé le plat fétiche de sorgho et de Ti Savien ; tandis que dans la chanson créole le plat traditionnel des gens pauvres (Ti Savien, Pois inconnu, Calalou Gombo) est célébré à titre symbolique. Ti Savien est devenu, de fait, synonyme de patate douce dans la culture populaire. Serait-ce alors un gain de la sélection culturelle ?

Contrairement à beaucoup d'autres terroirs à patate, l'espace proposé comme le centre de conservation de l'agro-biodiversité de la patate douce en Haïti jouit d'un ensemble de conditions favorables à sa vocation : un régime foncier stable, des sols libres de sel, une certaine maitrise de l’eau d'irrigation et un capital social doté d'un savoir et d'un savoir-faire exceptionnels en la matière. Autant de conditions qui favorisent l'émergence de la couvée, décrite plus loin, sans laquelle il est impossible, sur le terrain, de garder en vie une banque de gènes, sous forme végétative, de manière permanente. Pour conserver les clones en tant que semences, le paysan n'utilise alors ni chambre froide, ni pots en terre ni culture in vitro, comme dans la recherche conventionnelle. Sans le savoir-faire paysan, il aurait fallu importer, sans cesse, de nouveaux clones de patate douce, avec le risque d'instabilité de la production agricole.

La gestion du clone Ti Savien par les paysans

Dans les limites de la 3ème section communale de Dessalines et des lércet 2ème sections de Petite Rivière de l’Artibonite, les planteurs de patate cultivent essentiellement le clone Ti Savien. Il semble exister une règle non écrite, respectée de tout le monde, consciemment ou pas, à savoir qu'il faut se garder de cultiver d’autres types de clone dans cet espace. D'un autre coté, les Madan Sara, commerçantes agricoles qui achètent directement des producteurs pour revendre aux détaillants et/ou aux consommateurs, exigent que la pureté du clone soit garantie et la "traçabilité" du produit reconnue, notamment pour le clone

Ti Savien. De plus, il existe une technique particulière pour conserver la pureté du clone, c'est la couvée.

En effet, dans la vallée de l’Artibonite, le semis pour Ti Savien se fait en Octobre, la récolte a lieu en Février et peut s'échelonner jusqu'au mois de Mai. De Mai à Octobre, on organise la couvée en repiquant des boutures présélectionnées (semences de fondation) pour les multiplier deux ou trois fois (boutures de multiplication) avant d'avoir suffisamment de semences (boutures de plantation) pour emblaver une grande superficie. La dernière transplantation de boutures se fait en Septembre afin d'avoir le nombre de boutures nécessaires pour la grande culture en Octobre. La couvée s'assimile à une forme de "culture de tissus" en plein champ. Dit autrement, le photopériodisme de Ti Savien (floraison en jours courts), loin d'être un inconvénient, devient un avantage et pour la couvée et pour la rotation Patate — Riz — Patate. Une fiche technique du clone Ti Savien est actuellement en préparation.

L'action des grands planteurs de patate douce dans l’Artibonite

Il est difficile de trouver, dans le reste du pays, à part dans la zone dite de conservation de l'agrobiodiversité de la patate, des parcelles de plus d’un hectare, cultivées exclusivement en patate. (Ce qui laisse supposer qu'il y a une relation obligée entre la couvée et la superficie des grandes parcelles rencontrées dans le haut de la vallée de l’Artibonite.

Sans la couvée, il eût été impossible d'emblaver, avec des moyens rudimentaires, des superficies aussi grandes en une saison et d'un seul tenant. Dit autrement, il faut de plus en plus de savoir pour gérer des parcelles relativement grandes avec la houe et la machette et sans équipement stratégique en ce qui concerne les biotechnologies.

Le tableau 3 met en lumière la distribution géographique des grandes exploitations de production de paTableau 3. Distribution géographique des grandes parcelles de production de patate douce dans la haute Vallée de l’Artibonite

Zones de production Nombre d'exploi- Superficie

Clones dominants

tations moyenne (Ha) La Chapelle 10 4.0 MizèMalere Verrettes 7 3.0 Polerès Petite Rivière 18 2.0 Ti Savien Dessalines 16 1.0 Ti Savien Total 51 2.5

tate douce dans la haute vallée de l'Artibonite, là où se trouve localisé le centre de conservation de l’agrobiodiversité de Ti Savien.

Selon ces données, des parcelles de relativement grandes dimensions sont cultivées en patate douce dans le haut de la Vallée de l'Artibonite, allant d'un maximum de 5 Ha à la Chapelle à un minimum de 1 Ha à Dessalines, en tenant en compte des 51 parcelles recensées. A ce sujet, il convient de rappeler qu'au niveau national, sur les 1,3 millions d'exploitations agricoles existantes, 73% accusent une superficie inférieure à un carreau ou 1, 29 Ha (11).

La gestion technique de ces parcelles exige en particulier une maitrise totale de la couvée, ce qui témoigne d'un savoir-faire exceptionnel. Quelqu'un qui fait 5 Ha de patate douce doit manipuler pas moins de 250 000 boutures.

Les données actuellement disponibles sont insuffisantes pour expliquer la forte présence du clone Polerès aux Verrettes. Certains agriculteurs l'expliquent en argumentant que le clone en question s'adapte très bien aux sols lourds de la commune considérée. Par contre, La présence prépondérante de Ti Savien a été confirmée à Petite Rivière et à Dessalines où les conditions pour la couvée paraissent être les meilleures.

L'impact de la culture de la patate sur le développement durable

La culture de la patate douce a un impact positif sur le développement durable, à travers la conservation de l'agro-biodiversité, le développement agricole, la sécurité alimentaire et

la résilience aux changements climatiques.

Le nombre élevé de clones en usage, les savoirs et savoir-faire mis en oeuvre pour assurer la longévité des clones et les superficies consacrées à cette culture autorisent à penser que la valorisation et la conservation de l’agro-biodiversité ne sont pas des faits aléatoires. Bien exploité, le fonds de savoir paysan pourrait être un puissant stimulant pour sauvegarder les intérêts des générations futures.

Le rôle joué par la patate dans les rotations et les assolements agricoles, le maintien de l'équilibre interspécifique entre la patate et les racines et tubercules (RT) d'une part, et entre les RT et les céréales (C) d'autre part, suggèrent un rôle important pour la culture de la patate dans les stratégies de développement agricole. En effet, la patate () est cultivée dans tous les départements avec des rapports P/RT variant de 0, 17 pour le Centre à 0, 46 pour le Sud.

On pourrait aussi classer les départements en trois catégories sur le

plan des superficies cultivées en racines et tubercules et en céréales:

- Ceux qui accusent un rapport RT/ C allant de 0,12 à 0,30. Ce sont les grands consommateurs de céréales (Artibonite, le Centre, les Nippes. le Sud-Est, le Sud)

- Ceux qui présentent un rapport RT/C compris entre 0,31 et 1,0. Ce sont les départements à diète plus ou moins équilibrée, au regard du rapport susmentionné (l'Ouest, le Nord-Est)

- Ceux qui ont un rapport RT/C variant de 1,1 à 1, 7. Ce sont les

grands consommateurs de racines et tubercules (Le Nord-Ouest, la Grande Anse, le Nord)

Si on admet que la souveraineté alimentaire peut se définir comme le droit des peuples à une alimentation saine, culturellement acceptable, produite avec des méthodes écologiquement durables selon leur propre système alimentaire, force est d’admettre que pour y arriver, la voie la plus sure en Haïti est de consommer moins de céréales et plus de racines et tubercules.

Qui planifie l'importance des superficies emblavées en patate, le rapport P/RT et le calendrier des semailles ? Qui collecte, valorise et conserve les clones cultivés ? Qui identifie les mutants et fait la sélection des clones prometteurs? Qui assure la bonne conservation de l'agro-biodiversité ? Dans ce domaine, la "main invisible" d'Adam Smith est bien celle du paysan : mais les élites urbaines continuent d'ignorer les élites paysannes. Il est temps de reconnaitre et de faire reconnaitre les droits de propriété intellectuelle des paysans dans l’agriculture (Victor, comm. Pers).

Toutefois, c'est au niveau de la sécurité alimentaire que les savoirs paysans sont les plus éloquents. L'échelonnement des plantations de patate dans le temps et l’espace et le stockage en plein champ assurent les disponibilités nécessaires durant toute l'année. Ce n'est donc pas un hasard si le Nord-Ouest qui souffre périodiquement de pénuries alimentaires a choisi de cultiver 14 000 Ha de patate (soient 2 fois plus que l'Artibonite et 11 fois plus que les Nippes). Ce n'est point un hasard, non plus, si la Chine, avec une population de 1,4 milliard d'habitants a choisi de fournir 75 % de la production mondiale de patate douce.

Grâce à sa richesse exceptionnelle en matière d'agro-biodiversité, la patate douce se cultive dans les agroécosystèmes les plus variés, tels que ces derniers sont distribués dans les plaines irriguées, les plaines sèches, les montagnes humides et les montagnes sèches. Il y

a donc un clone de patate douce adapté à chaque agro-écosystème. Cette plante à tubercule exprime, de ce fait, un niveau élevé de résilience aux changements climatiques, contrairement à beaucoup d'autres cultures.

Section 4. Le partage des bénéfices issus des savoirs et savoirfaire locaux

La République d'Haïti ne dispose pas comme l'Inde ou le Costa Rica, de lois sui generis de protection des variétés végétales et des droits des agriculteurs (6, 24). Ce vide juridique alimente l'exclusion des paysans du système socio-économique et finit par bloquer le développement de l'agriculture lui-même. Certes, le pays a signé et/ou ratifié des traités internationaux relatifs à la collecte, la valorisation et la conservation des ressources phytogénétiques mais la mise en œuvre nationale des conventions internationales n'a jamais été une préoccupation nationale. L'activité législative de l'Etat Haïtien étant très limitée à cause de l'instabilité politique, il est suggéré de mettre à profit les sources règlementaires, que ces dernières relèvent du Gouvernement ou des Collectivités Territoriales.

Dans l'état actuel des choses, qu'estce qui peut être fait dans l'immédiat, pour que les communautés rurales, voire le centre de conservation de l'agro-biodiversité de la patate douce dans l'Artibonite, puissent bénéficier de compensations équitables et justes, en matière de DPI dans l’agriculture ? Comment protéger, exploiter et innover dans ce domaine tout en préservant les acquis en matière de partage traditionnel des savoirs et de la libre circulation des connaissances (9) ?

Certaines démarches seraient actuellement en cours, à l'initiative du Ministère de l'Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR), assisté de la FAO, pour faire rédiger un avantprojet de loi sur les semences. Dans l'hypothèse où tout irait bien dans le meilleur des mondes, il faudrait

compter, au minimum deux à trois ans, pour avoir une loi sui generis, si l'on choisit de régler, une fois pour toutes, la question de l'accès aux ressources génétiques, celle de la distribution des bénéfices associés à l'exploitation de ces ressources (17), celle de la protection des savoirs paysans (10), celle du bio-commerce et celle du paiement pour services environnementaux (26, 25, 3, 13). Sans une approche holistique, en ce qui concerne les droits des paysans, la démarche MARNDR/FAO pourrait ne favoriser que les grandes multinationales de production de semences. Ce danger est d'autant plus grand que l’on évolue dans un cadre où aucun modèle d'agriculture n'est prioritaire (traditionnelle, semi -productiviste, productiviste, biologique ou permaculture).

En attendant, il faudra, par voie règlementaire, reconnaitre aux 1ère et 2ème sections communales de Petite Rivière de l'Artibonite et à la 3ème section communale de Dessalines, le statut de zone de conservation de l’agro-biodiversité de la patate douce, organiser la défense de la culture de la patate sur une base permanente, appliquer la loi Lescot qui fait obligation de mélanger la farine de blé et la farine de patate dans la fabrication du pain, d'installer dans la zone sus-indiquée une unité de transformation et de commercialisation de la patate, avec un atelier de conditionnement approprié (lavage, pesage, empaquetage, labelling et valeur ajoutée), tout ceci dans la perspective de mettre en route un projet d'envergure sur la promotion des racines et tubercules d'abord et sur la modernisation de l'agriculture ensuite.

La mise en œuvre des mesures susmentionnées réclame un investissement de moins de cent millions de gourdes et permettra à la république de sauver des centaines de millions de dollars, sans compter l'effet stimulant de la démarche sur le développement rural. La reconnaissance des DPI du planteur viendra couronner le processus en permettant à ce dernier de bénéficier de compensations équitables et

justes dans le cadre de la valorisation des savoirs et savoir-faire locaux (6). Des contrats de conservation de l'agro-biodiversité pourraient être conclus avec les planteurs identifiés, catalogués et réhabilités. Cela permettra de dissiper la confusion entre les semences de ferme et les obtentions végétales (matériel végétal issu formellement d'une création de l'esprit).

Il est aussi recommandé de mettre en place un système de financement du crédit et d'assurances agricoles afin de développer les possibilités de faire carrière dans la culture de la patate en particulier et dans l’agriculture en général. La rotation Riz — Patate — Riz sera alors au centre des transactions agricoles tandis que les exploitations concernées participeront dans le programme de développement des entreprises intelligentes, fondées sur l'addition de valeur ajoutée aux diverses filières de production (unités de transformation et agritourisme).

Dans le cadre de cette recherche participative, l'AHDEN (Association Haïtienne de Droit de l'Environnement) a aidé les paysans de l’Artibonite à faire les premiers pas dans le domaine de l'accroissement de la productivité, de l'amélioration de la qualité, de la conservation de l’agrobiodiversité et de la reconnaissance des DPI associés à la culture de la patate douce. La restitution des travaux de recherche ayant été faite aux planteurs concernés, un groupe d'initiative a été créée pour assurer le suivi des recommandations et mettre en place une unité de valorisation de la patate douce.

Les organisations concernées sont conscientes qu'elles doivent lutter pour la défense des droits paysans, conformément à la Déclaration des droits de l'Homme de 1948, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes et la résolution 15/63 de la 12ème session de la conférence de la FAO de 1963. Tout semble indiquer que le renouveau de l’agriculture haïtienne doit passer immanquablement par une approche basée sur le respect des

droits des paysans. Il faudra faire vite, car la revanche sociale est incontournable dans une nation fondée sur l'exclusion et les inégalités sociales

Après deux siècles d'exclusion, afin de permettre aux paysans de jouir, aujourd'hui, de l'égalité des chances, il faut avoir recours aux inégalités compensatrices (affirmative action) et à un régime de discrimination positive en octroyant 1% du produit national brut à la conservation de l’agro-biodiversité. On pourrait ainsi concilier la politique semencière et la politique environnementale (7).

Beaucoup de questions agronomiques, anthropologiques, sociologiques, linguistiques et juridiques resteront, malgré tout, sans réponse, en ce qui concerne les savoirs et savoir-faire locaux (4). Puisse la patate douce constituer le sésame des DPI dans l’agriculture haïtienne !

Remerciements

L'auteur remercie vivement l'Avocate Générale, Jennifer Gleason, de Environmental Law Worldwide (ELAW), les agronomes Serge Manéuset Zidor Jackner, l'agriculteur Dantès Heurtelou et tous les autres bénévoles qui ont collaboré activement dans cette activité de recherche participative, réalisée dans le cadre du programme de l'Université d'Etat d'Haïti (UEH) sur les savoirs locaux.

Références bibliographiques

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Article 7

Le Système de Riziculture Intensive (SRI) : Atouts, contraintes et perspectives d’utilisation en Haïti

O. N. Carvili, R. P. Tescar1, P. Duvivier1. et N. Jean-Baptiste?. 1Département de Phytotechnie, Département des Ressources Naturelles et Environnement, Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire, Université d'Etat

d'Haïti

RESUME Carvil, O. N., Tescar, R. P., Duvivier P. et Jean-Baptiste N. 2016. Le Système de Riziculture Intensive (SRI) : Atouts, contraintes et perspectives d'utilisation en Haïti. RED 7 (2): 36 - 46

Le riz, depuis un peu plus d'une vingtaine d'années, occupe une place importante dans la diète alimentaire des haïtiens. Les besoins annuels en cette denrée se chiffrent à 450 000 TM contre une production estimée à moins d'un tiers de la demande nationale, soit 130 000 TM/ an. La Vallée de l'Artibonite, principale zone de production de la culture, avec 28 000 hectares de terres irriguées, fournit 75% de la production : d'autres régions du pays situées dans 7 autres départements géographiques du pays contribuent pour les 25% restant. Dans l'Artibonite, la gestion de l'eau constitue l'une des contraintes majeures auxquelles fait face la culture pratiquée sous régime de parcelles inondées. Dans l'objectif de trouver un régime alternatif, moins gourmand en eau et susceptible de produire de meilleurs rendement, le Système de Riziculture Intensive (SRI) a été introduit, d'abord dans le Nord et le Sud, puis timidement dans l'Artibonite à titre d'essai. Cet article présente le système, ses avantages, ses inconvénients et les controverses y relatives. Il analyse les premiers essais dans le pays, particulièrement dans l'Artibonite où il est l’objet d'activités de recherche collaborative entre la FAMV, TUC Davis et l'OXFAM-America et définit ce que devrait être le rôle de la recherche dans ce processus d'innovation.

ABSTRACT Carvil, O. N., Tescar, R. P., Duvivier P. and Jean-Baptiste N. 2016. The Intensive Rice Faming System (SRI) : Assets, constraints and prospects for use in Haiti. RED 7 (2): 36 - 46

Since the last twenty years or s0, rice has become a key item in people alimentation in Haiti. The needs for that product are estimated at 450 000 TM annually, compared to a production of 130 000 TM corresponding to less than one third of the total national demand. The Artibonite Valley, main rice cropping area, with 28 000 ha of irrigated lands, provide 75% of the national production while the remaining 25% is filled by seven other geographic departments of the country. Water management is one of the major constraints faced by that crop in the Artibonite Valley. The Intensive Rice Farming System (SRI) was tentatively introduced first in Ferrier (North-East), the Cayes (South) and shyly in the Artibonite Valley in order to find an alternative system, less water demanding than the traditional one. This article presents the system its advantages, disadvantages and controversies. It analyses the first trials conducted in the country, mainly in the Artibonite Valley where it is the object of collaborative research activities between the Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV), the University of California-Davis, and the NGO OXFAM America. It defines the role of research in this innovation process.

Introduction

Le riz (Oryza sativa L.) entre dans l'alimentation de plus de 2.7 milliards de personnes et constitue, après le Blé (Triticuum aestivum L subsps aestivum), la deuxième céréale la plus cultivée dans le monde (19). La Chine et l'Inde contribuent pour plus de 50% de la production mondiale estimée par l'USDA à 474.8 millions TM entre 2013 et 2014 pour une superficie de 160.6 millions d'hectares (31). La culture est particulièrement répandue dans les pays asiatiques, dont l'Inde (plus de 44 millions d'hectares), la Chine, le Bangladesh, le Vietnam et le Sri Lanka (18). Le rendement moyen mondial se situe autour de 4.4 t/ha. Le riz est aussi cultivé dans de nombreux pays du continent américain

incluant cinq états des Etats Unis d'Amérique (Arkansas, Louisiane, Californie, Texas, Mississipi), le Brésil, l'Argentine, le Chili, Cuba, la République Dominicaine, Haïti, etc. La Chine constitue le plus grand producteur mondial de cette denrée avec un rendement moyen équivalant à près du double de celui de l'Inde, soit 6.5 t/ha contre 3.4 t/ha pour cette dernière (17). Le riz peut fournir un peu plus de 21% de l'énergie et 15% des protéines per capita dont l’homme a besoin. Il occupe conséquemment, une place importante dans la sécurité alimentaire et constitue la principale source de calories, de Fe, de Ca, de thiamine, de riboflavine et de niacine dans le régime alimentaire de 32 pays dont 17 en Asie et dans le

Pacifique, neuf en Amérique Latine et huit en Afrique (10).

En Haïti, le riz s'est progressivement substitué aux autres céréales (maïs, sorgho) et aux racines, tubercules et plantain dans la diète alimentaire. Ce phénomène a commencé à la fin des années 1990, époque où le pays, en vertu de ses accords avec le Fonds Monétaire International en 1994, fut contraint d'adhérer aux principes de la libéralisation du commerce international. Cette libéralisation, condition expresse d'octroi de l’aide économique, s'est exprimée à travers la réduction, voire dans certains cas la suppression des tarifs douaniers. Appliquée sans aucune mesure d’accompagnement, elle eut pour effet pervers de contribuer à l'enrichissement d'une micro-élite commerciale, qui avec l'appui des banques, exerce sur le secteur un monopole indiscuté. Suite à cette politique d'ouverture des marchés, Haïti est aujourd'hui après le Mexique et le Japon, le troisième importateur du riz américain (9). Le faible tarif douanier appliqué à ce produit depuis 1995 (3% contre 35% en 1987) a provoqué le déséquilibre économique d'une production déjà chancelante, doublé de celui culturel lié au changement des habitudes alimentaires d’ailleurs exacerbé par l’aide alimentaire en situation d'urgence et les préjugés contre certains aliments dits traditionnels. Le riz est donc devenu, par la force des choses, le plat principal de l’haïtien. Les prix des principales marques importées sur le marché haïtien (Tchaco, Mega, Lucky) fluctuent au rythme du marché américain tout en maintenant généralement, le taux de change aidant, une tendance à la hausse. Une étude de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire a indiqué en 2010, une corrélation de 91% entre les prix des deux pays, de

sorte que toute variation des prix aux USA est transmise presqu'intégralement au marché haïtien (9). Du coup, l'urbanisation, l’aide alimentaire consécutive aux catastrophes naturelles, les préjugés nourris contre des produits comme le maïs (Zea mays), la patate douce (Ipomoea batatas), l'arbre véritable (Artocarpus altilis), considérés comme nourriture des pauvres, ont contribué à changer les habitudes de consommation. Aussi la demande en riz a-t-elle considérablement augmenté et en 2009, le pays a importé 363 905 TM dont un peu plus de 85% en provenance des Etats Unis (USA) et le reste de la Guyane française (2). Aujourd'hui, les besoins de la population se chiffrent à 450 000 TM contre une production locale estimée à 130 000 traduisant théoriquement un déficit de production de plus de 70%. Comme de fait, le riz représente, en cette deuxième décade du 21° siècle, plus de 34% des importations alimentaires totales du pays, contre moins de 20% avant 1987 (2). En réalité, au découragement des producteurs de riz dont les produits se sont trouvés confrontés à une compétition-prix insoutenable, se sont ajoutés d’autres problèmes inhérents aux activités productives dans le contexte agricole haïtien : la qualité incertaine des semences, la rareté de l’eau d'irrigation ou la gestion inefficiente de la ressource, le caractère aléatoire de l'offre des fertilisants. A tout cela viennent s'ajouter la précarité foncière, le manque d'encadrement technique et la pression d’une démographie galopante sur l'appareil de production, le taux de croissance de la population est estimée à 1.4% selon les donnés de la banque Mondiale (35).

Les zones de production du riz en Haïti

En Haïti, la culture du riz est pratiquée dans les plaines irriguées, les zones marécageuses et les montagnes humides. Il constitue la principale culture de la Vallée de l'Artibonite dont 62% des 45 000 ha disponibles sont annuellement emblavés en riz. Cette vallée assure

Departement Superficie %

Artibonite 28000 73.68 Nord 3000 7.8 Nord Est 1500 3.95 Nord Ouest 1000 2.63 Sud 3500 9.21 Nippes 500 1.32 Centre 500

Légende [___] Département

Zones

Système de coordonnées: Datum WGS 84 Projection: UTM Zone 18N

0 12.5 25 50 75 100

| Zones rizicoles

[5 | Zones d'autres cuitures

ee po lo metres

Figure 1. Carte de distribution des zones rizicoles en Haïti

(Source Garry Paul. 2005)

75% de la production rizicole du pays. La plaine de Maribaroux, dans le Nord-Est, représente la deuxième zone de production avec 19 000 ha irrigables. Outre l’Artibonite et le Nord-Est, Le riz est cultivé dans sept autres départements, le Nord, le Nord-Ouest, les Nippes, l'Ouest, le Sud, le Plateau Central, la Grand'Anse, sur des superficies variant de 500 à 4 000 ha (Figure 1).

Dans la Vallée de l'Artibonite, la filière riz représente la principale activité de plus de 90 000 familles dont 52 000 exploitations rizicoles (34). La culture y est pratiquée pendant une saison pluvieuse, connue aussi comme la grande saison qui débute en mars et une saison sèche qui commence entre novembre et décembre et correspond à la saison sèche. Le rendement moyen y est de 2.4 t/ha, soit à peu près la moitié de la moyenne mondiale. Toutefois, d'importants efforts ont été déployés par le Ministère de l'Agriculture,

des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) en vue d'intensifier l'encadrement des agriculteurs à travers la subvention des fertilisants chimiques et le renforcement du parc d'engins agricoles (tracteurs, motoculteurs) de l'Organisme de Développement de la Vallée de l’Artibonite (ODVA). Les travaux du Projet d'Intensification de l'Agriculture (PIA), conduits avec l'appui de la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l'Université d'Etat d'Haïti (FAMV/UEH) ont contribué d'une part à rationaliser l'usage des engrais chimiques dans la Vallée et à mieux saisir, d'autre part, l'importance du contrôle des maladies, des insectes et autres pestes dans la conduite de la culture.

Les contraintes liées à la culture du riz en Haïti

En dépit de son importance économique et nutritionnelle, la culture du riz fait face à un ensemble de

contraintes techniques, socioéconomiques et agronomiques dont la combinaison explique les faibles performances observées. Dans l'Artibonite, principale zone de production, les riziculteurs sont confrontés aux problèmes de la gestion de l'eau au niveau aussi bien des parcelles que de la Vallée toute entière. La vallée de l’Artibonite est desservie par le fleuve du même nom qui, s'étirant sur une longueur de 320 km, de sa source en République Dominicaine à son embouchure dans le Golf de la Gonâve, est le plus long de l'ile. Le réseau d'irrigation de l’Artibonite, a été construit en 1950 pour irriguer 38 000 hectares. Le manque d'entretien des ouvrages conduit souvent à des retards dans les livraisons d'eau aux parcelles en période d'étiage, alors qu'en période pluvieuse ces dernières peuvent être inondées. De plus, la vallée de l'Artibonite se situe dans ses points les plus élevées à environ 3 m au-dessus du niveau de la mer, d'où un sérieux problème de drainage pour certaines parties. Des travaux de réhabilitation de ce réseau ont été entrepris en 2012 à travers la réparation, la consolidation des canaux et la protection des berges. Ils devraient en plus conduire à une expansion des surfaces irriguées et ultérieurement, à une augmentation de la production rizicole dans la vallée.

Le matériel de plantation constitue également une contrainte de taille pour la culture. En effet, les « semences » proviennent généralement des réserves de l’agriculteur ou de ses voisins. Il n'existe en effet aucune structure officielle spécialisée dans la production de semences de riz dans le pays. Cette observation reste d'ailleurs valable pour d'autres cultures où les grains utilisés comme semences sont souvent achetés directement au marché. Les semences en question ne sont soumises à aucun contrôle de qualité quant à la pureté, la viabilité ou le statut sanitaire. Les variétés ou le matériel utilisé comme telles, sont parfois nommées par l'agriculteur qui les a sélectionnées. Il s’agit généralement de semences paysannes, de variétés dites locales, obtenues par sélection massale en fonction de caractères jugés intéressants comme la taille des panicules, la longueur des grains, le niveau de production. Il existe actuellement environ une dizaine de variétés dont TCS-10 introduite à partir de Taïwan, Prosequisa de la République dominicaine, puis viennent les variétés MS, Malaïka, Cica, la Crête un peu plus rare depuis l'épidémie de Pourriture de la gaine (Sarocladium oryzae et Steneotarsonemus spinki) en 1998, Prosequisa 4, Juma, Bogapote et 1861 (1).

Il faut noter tout de même que la Vallée de l’Artibonite a pendant un peu plus d'une décennie, à partir de 1972, bénéficié de travaux de recherche issus de la coopération entre l'ODVA et la Mission Technique Agricole Chinoise (MTAC). Ces derniers qui ont porté particulièrement sur l'amélioration végétale, l'amélioration des pratiques culturales et l'intensification des système de culture à base de riz, avaient permis la sélection de variétés sur la base de la productivité, la qualité (longueur de grains, teneur en amidon, goût à la cuisson), la résistance à la verse ou la réponse à la fertilisation azotée. Mais nombre de ces variétés, telles Chianung Sen 8 et 11, Tayshung Yu 184 et 190, avaient été refusées par les agriculteurs car ne répondant pas à leurs critères de préférence. La variété Dawn des USA, désignée sous le nom de Madan Gougousse (MGG) en raison de son introduction en Haïti par l'Ingénieur-Agronome Gustave Ménager dans les années 1970, et la MCI-65 sélectionnée en 1977, résultat des travaux de recherche de la coopération ODVA/ MTAC étaient parmi les plus prisées pour leur valeur commerciale (29). La Direction de la Recherche et de la Formation de l'ODVA a pris la relève sans disposer des ressources de la MTAC, sa contribution demeure modeste. L'établissement et la conservation de germoplasme, la création de nouvelles variétés, la production et la conservation des

semences de base restent encore des lacunes à combler pour adresser le problème de l'indisponibilité de semences de qualité contrôlée.

La taille moyenne de la plupart des exploitations agricoles est d’un hectare selon les statistiques de la FAO en 2005. Il s'agit majoritairement de petits exploitants qui, très souvent ne parviennent à mettre en valeur qu'une partie de leurs terres. En effet, le coût élevé de la main d'œuvre salariée et des fertilisants chimiques (bien que très souvent subventionnés), l'absence de crédit, constituent autant de facteurs limitants. De plus, le riziculteur, comme la majorité des agriculteurs haïtiens, doit souvent affronter tout seul les problèmes, en raison de l'insuffisance de l'encadrement technique. Le secteur n'est pas non plus soutenu par un système de recherche et d'innovations efficace destiné à apporter et à expérimenter des solutions appropriées aux problèmes techniques. Les rendements faibles obtenus, généralement en dessous de la moyenne mondiale, devraient être adressés, l'introduction de semences de qualité adaptée aux conditions de cultures devrait être encouragée. La nécessité de fixer les variétés ou le matériel végétal utilisé ou considéré comme telle est d'une grande importance. Des structures spécialisées dans la recherche sur certaines cultures dites stratégiques, comme le riz, les bananes et plantains, le maïs et le haricot devraient être mis en place afin d'adresser les contraintes techniques, améliorer et maintenir les niveaux de production.

Les atouts de la culture du riz en Haïti

La culture présente également quelques atouts, toutefois. En effet, de part la place occupée dans l’alimentation de la population, le riz constitue aujourdhui une filière stratégique que le gouvernement a le devoir de renforcer. Outre les 90 000 familles vivant de cette culture dans l’Artibonite, on dénombre 40 000 autres dans les autres départements du pays où la culture est

pratiquée. Si, la production actuelle ne couvre que 30 à 40% des besoins, les potentialités existent. En dépit des nombreuses contraintes énumérées, les riziculteurs de l'Artibonite ou d'autres zones irriguées dont les plaines de Maribaroux, de Torbeck ou d'Abraham n'ont pas déserté les rizières. Le gouvernement, via le MARNDR, a manifesté son intérêt à travers le projet d'intensification agricole (PIA) exécuté dans la vallée entre 2003 et 2010. Ce projet devait permettre la réhabilitation de certains petits périmètres irrigués dans la Vallée, renforcer les capacités des organisations ou communautés d'agriculteurs, contribuer à l'intensification de la culture et à la commercialisation des produits. Le riz est la seule culture du pays à pouvoir compter sur l'existence d'un organisme consacré, l'ODVA, doté de ce qui aurait pu ou dû être une station expérimentale active et productive, la Ferme de Maugé.

Un dilemme politique de taille

Le pays aujourd'hui a un défi à relever, augmenter la production de riz pour réduire les importations. Evidemment, tout cela peut paraitre bien candide sur du papier, la vérité, c'est que la situation actuelle, défavorable pour les producteurs de l'Artibonite ou des autres contrées rizicoles, constitue un véritable pactole pour le petit groupe d'importateurs sur le marché de Port-auPrince. Les importations de riz ont constitué en fait un marché de plus de 200.000.000,00 USD pour l'exercice 2009-2010 (1). Elles représentent aussi un soulagement pour les petites bourses incapables de se payer le riz de l'Artibonite, bien plus cher que celui importé des Etats Unis. Aujourd'hui, en octobre 2016, la livre de riz Mega est de plus de 50% moins cher que celle du riz haïtien, soit 33 Gourdes pour Mega contre 65 Gourdes pour TCS-10 ou 90 Gourdes pour Shelda. D'un autre côté, ces importations contribuent à maintenir une certaine stabilité sociale, toute factice peut-être, qui retarde l'avènement de situations extrêmes, telles les émeutes de la faim d'Avril 2008, ayant entrainé la

chute du gouvernement dirigé par l'Ingénieur-Agronome Jacques E. Alexis. Les enjeux sont donc de taille et le dilemme est grand. En effet, augmenter la production tout en gardant les tarifs douaniers actuels, revient à provoquer la décapitalisation des riziculteurs du pays. Augmenter les tarifs douaniers, et du coup assainir le marché concurrentiel, risque d’un coté d'être interprété comme du protectionnisme par l'OMC, et de répression fiscale commerciale par les importateurs locaux. Et c'est sans compter sur la pression des lobbyistes américains, Haïti étant parmi les premiers grands importateurs du riz des USA. Il s'agit hélas d’un combat inégal ou le plus faible demeure le secteur productif, car ne disposant ni de mécanisme de compensation, ni de force de pression suffisante pour faire pencher la balance du coté des intérêts nationaux. Ainsi, dans l’état actuel des choses, relever le niveau de production demeure un exercice bien plus intellectuel, un objectif de technicien, d'IngénieurAgronome, de chercheurs plutôt que l'expression d’une volonté politique réelle, profonde tant de la part des dirigeants que de celui des gouvernés, un véritable catch twenty-two.

Le devoir de produire davantage

Toutefois, rien ne peut relever les responsables du secteur, les autorités politiques en général, de leur obligation d'anticiper les lendemains plus sombres que laisse présager une telle situation. Selon les données du recensement de 2003 de lTHSI. la population Haïtienne sera de 16 Millions en 2050. Le pays, nonobstant les considérations antérieures, devra envisager de produire davantage, car le choix de l'importation ne peut être durable. Le gouvernement a le devoir de prévoir ou de définir des stratégies permettant d'augmenter les productions, car susceptibles de réduire la dépendance vis-à-vis des importations, véritable menace pour la souveraineté alimentaire et source potentielle de déstabilisation sociale. Il importe de travailler à cette augmentation d'abord, tout en prévoyant des mesures politiques susceptibles de redonner sa chance à la production nationale, et envisager peut-être parallèlement un relèvement progressif, même non proportionnel des tarifs. (Ceci impliquerait, soit une extension des superficies cultivées, (jusqu'à quelle limite ?), soit une augmentation de la productivité, ou les deux. Dans tous les cas, cela exige une amélioration des conditions de culture, de nouvelles variétés, un meilleur contrôle sur les intrants en termes de disponibilité, des moyens financiers suffisants, un renforcement des organisations d'agriculteurs, l'organisation de la production, la planification de la commercialisation, etc. Les travaux réalisés dans certains pays asiatiques ont montré que les rendements actuels, obtenus dans les systèmes de culture traditionnels, pouvaient être significativement augmentés dans un système alternatif, moins exigeant en eau et éventuellement plus apte à faire face aux changements climatiques annoncés. En effet, pour une culture aussi consommatrice en eau, dans le système traditionnel en tout cas, l'avènement de conditions climatiques extrêmes, principalement dans les phases critiques du développement de la plante, peut réduire significativement les rendements (22). Dans ces conditions la recherche d'un système alternatif, innovant, moins exigeant en ressources aussi limitées que l’eau est un impératif pour les pays confrontés à ces contraintes.

Libéralisation plus politisation de l'appareil de production ajoutées à la réduction de la fertilité des sols, la dégradation des ressources, l’urbanisation des zones de culture, la poussée démographique : tout cela constitue un cocktail détonnant que l'ouverture des marchés a ralenti sans pour autant le désamorcer. Le spectre des émeutes de la faim est toujours à nos portes. Face au défi de nourrir une population sans cesse croissante, la République devra faire un certain nombre de choix. Ces derniers peuvent aller

dans le sens d'une satisfaction ponctuelle des besoins en augmentant l'offre, d'où qu'elle puisse provenir. La solution la plus simple demeure, bien sür, les importations déjà facilitées par les bas tarifs douaniers. Mais ce choix, pour peu qu'il convienne à une minorité, a des conséquences négatives malheureusement trop profondes, pour être acceptables sur le long terme. Il implique en effet la dépendance accrue vis-à-vis des importations et de l'aide externe, le démantèlement du système local de production, et à termes une hypothèque « durable » sur la souveraineté alimentaire. D'un autre côté, elle peut aussi faire le choix plus conséquent d'agir sur les moyens de production en améliorant la productivité du travail, du capital et de la terre : en promouvant des techniques plus efficaces : en finançant une recherche finalisée orientée vers l'obtention ou l'adaptation de variétés plus productives, la gestion de la fertilité des sols, le contrôle des pestes et maladies, la résistance aux changements climatiques, etc. Un tel choix, bien que techniquement réalisable, n'est pas nécessairement souhaitable politiquement, compte tenu de la vision généralement de court terme des dirigeants.

Aujourd'hui, une double question se pose aux chercheurs et techniciens du riz en Haïti, mais aussi aux décideurs, aux importateurs et autres acteurs de la filière et même aux consommateurs : faut-il vraiment augmenter la production nationale de riz? Ou faut-il continuer à importer, tout en gardant à l'esprit que les moments d'euphorie de la fin des années 1980 ont définitivement vécu ? (baisse des prix du lait, du riz et autres produits alimentaires) dumping ?

Il ny a malheureusement pas une réponse simple à cette dernière question, car elle est généralement mal posée. Car en fait, il ne s’agit pas de savoir si les importations doivent continuer, mais plutôt de se demander si l'Etat haïtien serait en mesure de relever les tarifs, entravant du coup les mécanismes du

libre échange, mais aussi déséquilibrant un marché tout compte fait favorable aux petites bourses, pour le moment du moins.

Les systèmes de riziculture

En Inde, le riz occupant près de 45 millions d'hectares, consomme à luiseul plus de 70% de l'eau utilisée en agriculture (19). La diminution progressive de cette ressource, due à une gestion irresponsable de l'Homme et aux changements climatiques annoncés, ne manquera pas d'affecter la croissance, le développement et les rendements de la culture. D'un autre côté, la culture de cette céréale, incontournable dans la poursuite de la sécurité alimentaire dans de nombreux pays du globe participe pour plus de 10% des émissions de gaz à effet de serre, particulièrement du méthane (13). Cette situation est liée à la respiration anaérobique des microorganismes se développant dans les rizières inondées. Aussi, la mise au point de pratiques moins exigeantes, permettant de maximiser l'efficience d'utilisation de la ressource eau, de manière à minimiser les impacts des changements climatiques, est-elle particulièrement importante.

Riziculture en sol saturé

Dans ce système, le sol est constamment maintenu humide, aussi proche possible du point de saturation, ce qui réduit la pression hydraulique de l'eau accumulée sur la parcelle et diminue l'infiltration et la percolation. Pour ce faire, une irrigation superficielle est pratiquée de manière à maintenir continuellement sur le sol, une lame d'eau d’environ un cm à la base des plantes (6).

En réduisant les pertes par percolation, ce système permet de réduire de plus de 20 % le volume d’eau appliquée à la parcelle par opposition au système de riz inondé plus couramment pratiqué. Le maintien de la lame d'eau de manière permanente permet également d'assurer le contrôle des mauvaises herbes. Il présente toutefois l'inconvénient de requérir de fréquents apports d'eau, d'où une augmentation de la maind'œuvre. D'un autre côté, des pertes non significatives de rendement de l'ordre de 6%, par rapport au riz inondé ont été rapportées (5).

Riziculture à irrigation intermittente

Ce système a été mis au point par l'IRRI afin de réduire les émissions de méthane dans les rizières et aussi permettre aux agriculteurs de réaliser des économies d’eau (13). Comme son nom l'indique, il consiste à apporter de l'eau à la parcelle de manière alternée, seulement après qu'elle se soit asséchée, du moins en surface. Les quinze premiers centimètres en dessous de la surface doivent en effet être maintenus humides. L'apparition des premières craquelures à la surface du sol est alors considéré comme un bon indicateur pour ramener l'eau dans la parcelle sous forme d'une mince lame de 5 cm au plus aux pieds des plantes. Le nombre de jours où le sol restera non inondé varie de 1 à 10 en fonction du climat. La parcelle est maintenue inondée une semaine avant et après floraison pour être de nouveau soumise au régime d'alternance. Elle est par la suite totalement drainée environ 2 à 3 semaines avant la récolte (37).

Système de riziculture en aérobie

Certaines variétés développées pour ce système en Chine, en Inde, au Laos et aux Philippines, peuvent croitre en sol non inondé, bien drainé. Elles sont utilisées dans des situations de rareté d'eau et sont relativement résistantes à la sécheresse. Cultivées de manière appropriée, elles donnent des rendements pouvant aller jusqu'à 4 à 6 t/ha. Le système de culture en aérobie rappelle la culture du riz de montagne tout en étant plus productive (7). Il s'applique principalement aux zones de plateau, avec une pluviométrie suffisante pour maintenir l'humidité du sol proche de la capacité au champ et où les agriculteurs ont un accès relativement aisé aux intrants particulièrement, aux fertilisants.

Il peut également convenir aux

zones irriguées, mais où l'accès à l'eau est particulièrement limité par manque d'organisation, ou en raison de l'insuffisance ou l'inefficience des systèmes d'irrigation. Dans ces situations, la parcelle est irriguée pour amener le sol à sa capacité au champ. Il permet ainsi aux agriculteurs de faire face au problème de l'inconsistance ou de la rareté de l'eau d'irrigation. Il présente toutefois l'inconvénient de favoriser le développement des mauvaises herbes, la multiplication des nématodes et les infestations par Rhopalosiphum rufiabdominalis (Sasaki), aphide s’attaquant aux racines de la plante (7).

Le système de riziculture intensive

Le Système de Riziculture Intensive (SRI) a été mis au point à Madagascar, par Henry de Laulanié en 1983 27). Il représente comme le souligne Uphoff, une innovation de la société civile. Le SRI n'est en effet né ni en laboratoire, ni dans des stations expérimentales. Les méthodes et pratiques mises en œuvre dans l'application de la technologie sont issues d'observations empiriques des systèmes traditionnels. Les scientifiques récupéreront plus tard la méthode pour expliquer, rationaliser, améliorer, et codifier le système. En fait, le SRI repose sur quatre principes simples: a) le riz n'est pas une espèce aquatique mais requiert de préférence des apports alternés d'eau : b) le repiquage précoce augmente le tallage: c) la gestion de la fertilité du sol est essentielle à une bonne récolte : d) la réduction de la densité favorise la croissance et le développement de la plante. Aujourd'hui, le SRI est présenté comme une méthode agroécologique, climato-intelligent d'amélioration de la productivité du riz à travers une gestion plus rationnelle du végétal, du sol, de l’eau et des éléments nutritifs (8).

Aiïnsi, plus qu'une innovation technologique, le SRI représente un véritable changement de paradigme dans la culture du riz et peut être dans la pratique de l’agriculture en général. En effet, le concept

"Système de Culture Intégré" est né quelques 10 à 15 ans plus tard, avec pratiquement les mêmes principes : la réduction des intrants extérieurs à l'exploitation, l’utilisation rationnelle de l’eau, la gestion de la fertilité des sols, la prise en compte des paramètres agronomiques des cultures (3).

Les avantages du SRI La lutte contre la faim dans le

monde en général et le défi posé par l'insécurité alimentaire dans certains pays du Sud en particulier imposent certainement aux gouvernements des choix de politiques orientés vers une augmentation des productions. Leur mise en œuvre impliquait, pour plus de trois décennies à compter des années 1960, l'expansion des surfaces cultivées à travers la mécanisation et l'intensification de l'irrigation, l’utilisation massive d'intrants et l'emploi de variétés à haut rendement. Mais, ces pratiques ont très vite montré leurs limites et les préoccupations environnementales actuelles les rendent de moins en moins attrayantes. La mise au point de technologies innovantes, capable à un moindre coût social, économique et environnemental, d'augmenter la productivité est un impératif qui s'impose tant aux chercheurs qu'aux praticiens du secteur agricole. L'adoption de système de culture reposant sur une gestion efficace et efficiente des ressources naturelles disponibles, tel le SRI pourrait être une alternative valable pour faire face aux problèmes de production.

Ce système repose fondamentalement sur trois piliers: le repiquage précoce de plantes saines, la réduction de la densité et la gestion parcimonieuse de l'eau d'irrigation (3). Adopté dans près d'une cinquantaine de pays, le SRI a été rapporté comme capable d'augmenter la productivité de 20 à 100% par rapport aux systèmes traditionnels. Des essais réalisés en Inde, ont montré que la consommation en eau y est 40% moindre que dans les systèmes traditionnels. Cette diminution assez significative s'expliquerait par la réduction de la fréquence d'irrigation, l'alternance des périodes d'entrée et de retrait de l'eau dans les parcelles (8, 23). D'un autre côté, le SRI serait plus rentable financièrement, il nécessiterait 10 à 15 fois moins de semence à l'unité de surface, permettrait de réduire les dépenses encourues à la pépinière en diminuant drastiquement le nombre de jours et éviterait les dépenses liées aux intrants chimiques (15). Sous les conditions de culture définies dans le SRI, il a été démontré que la plante a un plus grand développement racinaire, ce qui augmente ses capacités de mobiliser les éléments nutritifs du sol. Cela se traduit par un plus grand nombre de talles productifs et explique les augmentations substantielles de rendements rapportées. Ce développement racinaire augmenterait également la vigueur des plantes et expliquerait ainsi la résistance à la verse provoquée par le vent et les inondations (29). D'une manière générale, les plantes élevées dans le SRI seraient capables de résister à la plupart des causes biotiques et abiotiques de stress.

Ce système permettrait globalement de réduire de manière drastique les risques agronomiques et financiers auxquels les riziculteurs sont généralement confrontés (31, 18). Un autre avantage non négligeable du système se retrouve au niveau de son impact sur les sols. En effet, la pratique du SRI contribue à améliorer l'aération du sol tout en l’enrichissant en matière organique. La plupart des microorganismes du sol se développent mieux et sont plus efficients dans les conditions d’aérobie entretenues dans le SRI. Conséquemment, le rythme de décomposition et de minéralisation de la matière organique devient plus grand, rendant ainsi disponible pour la plante l'azote assimilable. De même, il a été rapporté que le riz croissant dans les conditions du SRI aurait exhibé une plus grande diversité au niveau des populations de mycorhizes arbusculaires (32). Enfin, la culture du riz contribue à l'augmentation des gaz à effet de serre, notamment par ses émissions

de CH4. Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, les rizières contribueraient pour 20 à 40% des émissions totales de CH4 soit 60 millions de tonnes. La pratique du SRI permettrait de réduire considérablement ces émissions (38). Selon des travaux réalisés au Népal, le volume de CH4 mesuré dans les parcelles conduites en SRI serait 4 fois moins important que dans les systèmes traditionnels (17).

Le SRI n'a toutefois pas que des avantages, le travail intensif requis tant dans la transplantation que dans les opérations de désherbage est une contrainte majeur à l'adoption de la technologie. De plus, l'invasion de la parcelle par les mauvaises herbes constitue une constante menace, le sol n'étant pas recouvert d'eau pour de longue période. Le système est aussi peu applicable dans des sols pauvres en matière organique ou dans les écosystèmes où la disponibilité de l'eau est particulièrement aléatoire (18). La nécessité de bien aplanir le sol pour éviter l'accumulation d'eau en des endroits de la parcelle, le repiquage brin par brin plutôt délicat de très jeunes plants, la gestion stricte de l’eau, sont autant de limitations à l'extension de la pratique du SRI.

SRI une controverse encore vive

L'adoption de la technologie reste encore faible en raison soit de la résistance naturelle au changement soit de la méfiance même des scientifiques peu enclins, pour des raisons compréhensibles, à valider une technologie non encore éprouvée par la recherche. Le système, comme dit antérieurement, est né non point des résultats de travaux scientifiques, mais plutôt des observations empiriques de praticiens. Pour certains chercheurs, il s’agit tout simplement de simples observations de terrain qui ont besoin d'être confirmées. Saint Clair et Cassman utilisent un jeu de mot (UFO) Unconfirmed Field Observations (en référence à Unidentified Flying Object) pour désigner ce qui à leurs yeux constituerait bien plus un mirage que la réalité. Très justement, ils

plaident pour une approche scientifique et une évaluation critique qui ont manqué dans les travaux réalisés à date sur le SRI (26). De même Sheey et al. ont montré, à travers des essais réalisés dans trois différents sites en Chine, qu'aucune différence significative n'avait été relevée entre le SRI et les systèmes conventionnels testés (26). Ces auteurs rappellent que le rendement maximum d'une culture est en fait le résultat de la combinaison entre le milieu, le génome et le système de gestion ou pratiques culturales employées. Dans le cas du SRI, les rendements rapportés sont plus ou moins le double de ce qui est matériellement possible sur la base de l'énergie disponible pour supporter la croissance de la plante (25). Ainsi, bien que mis au point depuis plus de trente ans, les travaux scientifiques sur le système sont relativement récents, les résultats ont été présentés dans des conférences, mais ont rarement fait l'objet de publication dans des revues à comité de lecture. Il leur manque donc la légitimité scientifique conférée par la révision des pairs.

Le SRI en Haïti

Mis au point à Madagascar, le Système de Riziculture Intensive s’est assez vite répandu dans la plupart des pays d'Afrique et d'Asie grâce aux travaux de Uphoff, qui dès 1995 a cherché à en assurer la promotion (31). Aujourd'hui, des riziculteurs d'un peu plus de 30 pays utilisent cette technologie pour produire leurs récoltes. En Haïti, bien que le SRI soit connu depuis 2004, les premiers essais en champs n'ont été mis en place qu'en 2010. En effet, dès juin 2010, des sessions de formation sur la pratique du SRI ont été organisées aux Cayes (Sud), à Ferrier (Nord-Est) et à Verrettes (Artibonite). Elles avaient été réalisées au profit de groupes de fermiers et de techniciens, en vue de les initier à la technologie, de leur démontrer ses avantages et de parvenir à en favoriser l'adoption et plus tard l'extension dans les régions ciblées. Cette initiative supportée par la Better U Foundation

avec l'appui technique de la SRI International Network and Resources Center (SRI-Rice) à Cornell University, avait en plus bénéficié de l’apport de plusieurs organisations dont le Centre de Formation Levèque, lOxfam Intermon, le Mennonite Central Committee, l'ODVA, etc. A la suite de ces formations, des parcelles conduites selon les principes du SRI ont été établies aux Cayes, à Ferrier, Verrettes, Désarmes, Acajou et Pandiassou.

La même année, le projet Watershed Initiative for National Natural Environmental Resources (WINNER), financé par l'USAID, s'était lancé dans une entreprise similaire dans la Plaine du Cul-deSac (Ouest), aux Gonaïves (Artibonite) et à Mirebalais (Centre). WINNER avait alors établi des parcelles de démonstration aussi bien en juin qu'en septembre 2010 avec l'objectif d'intervenir tout le long de la chaine des valeurs, de la sélection des semences à la commercialisation du produit. Le succès rapporté par ces premières tentatives portera le projet à promouvoir la technologie dans toutes ses aires d'intervention. Les années suivantes verront s'étendre les parcelles SRI de WINNER à d'autres régions du pays, notamment en certains points de la Plaine de l'Arcahaïe et de la Côte des Arcadins.

Le premier colloque national sur le Système de Riziculture Intensif en Haïti a eu lieu en mars 2011 à l'initiative du projet WINNER et de la Better U Foundation sous l'égide du MARNDR. Une étude destinée à documenter et analyser l'impact du SRI sur les ménages dans le département de l’Artibonite, est en cours de réalisation. Financée par l'USAID, elle implique la collaboration de University of California - Davis, la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l'Université d'Etat d'Haïti (FAMV/UEH) et Oxfam America. Les résultats devraient permettre aux parties prenantes (organismes de développement, centre de recherche, universités, décideurs politiques) de définir les méthodes et stratégies les plus

aptes à assurer la promotion et à faciliter l'adoption du SRI particulièrement dans l’Artibonite.

D'autres acteurs du développement, IF Foundation, Oxfam avec l'appui de Buddhist Global Relief, World Hunger Relief se sont investis dans la promotion du SRI sur le territoire national. Les résultats à terme de ces louables efforts ont de beaucoup alimenté les grands titres de la presse locale et internationale : toutefois, leurs effets sur les marchés tardent encore à se manifester. Un rapport de l'USDA sorti en novembre 2013 soulignait une relance de la production de riz dans le pays, qui en 2013/14 devait atteindre 142 000 TM de paddy pour une superficie de 85 000 hectares emblavés. Le rapport rappelle qu'Haïti a importé 415 000 TM de riz en 2012 dont près de 97% des USA (38).

Travaux réalisés et en cours Depuis les premiers essais et parcelles de démonstration établis en 2010 à l'initiative de WINNER, Better U Foundation et ses partenaires, l'intérêt pour le SRI s'est régulièrement accru. Dès 2011, de nouveaux acteurs ont rejoint cet effort : World Hunger Relief, en 2012 puis 2013, a conduit des essais pour démontrer la valeur du SRI et l'applicabilité de cette technologie à Ferrier (NordEst). Dans ces essais, l'une des principales contraintes semble être le poids de la main d'œuvre nécessaire dans le système. Les activités de formation et de promotion de la technique ont continué et des Organisations telles Oxfam America, IF Foundation, le projet Feed The Future de l'USAID auraient formé de nombreux riziculteurs dans divers départements du pays, notamment l'Artibonite, le Sud, le Nord, le Nord -Est et le Centre. Toujours selon les rapports, nombre de planteurs auraient adopté ce système et bénéficieraient d'améliorations significatives de leurs revenus liés à la culture.

Les travaux conduits selon des protocoles scientifiques rigoureux n'ont débuté que vers 2011. Ils se sont poursuivis en 2013 avec la recherche d’ailleurs en cours sur l'impact du SRI sur les ménages dans la Vallée de l'Artibonite. Cette étude qui participe d’un protocole d'accord entre la UC-Davis, la FAMV/UEH et Oxfam America avec un financement de l'USAID vise à analyser les changements susceptibles d'interveni dans l'exploitation familiale suite à l'adoption du SRI. Un autre objectif non moins important de l'étude est d'analyser les questions de durabilité ou d'efficacité à terme du SRI.

Des travaux relatifs aux performances technique et financière du SRI. l'adoption du paquet et l'adaptabilité de certaines techniques du SRI aux conditions de riziculture de la Vallée ont été réalisés par la FAMV/UEH entre 2011 et 2012. Les résultats de ces travaux ont confirmé les augmentations de rendement par rapport au système de riziculture traditionnel (SRT). En effet, dans les essais comparatifs mis en place avec la variété TCS-10, des rendements de 6 T/ha ont été enregistrés dans les parcelles SRI contre 3,5 T/ha dans les parcelles SRT. Par contre, les charges de production ont été plus élevées en raison notamment du plus grand nombre de sarclages requis en SRI par rapport au SRT. Toutefois, la marge de profit reste meilleure, le taux de rentabilité calculé en SRI est de loin supérieur à celui trouvé en SRT. Un autre avantage du SRI mis en évidence par ces recherches est la diminution de la susceptibilité à la verse des plantes en raison d'un meilleur développement racinaire (Tescar et al., Comm. Pers).

D'autres travaux sur l'adaptation du SRI aux conditions de la riziculture haïtienne sont en cours d'exécution. Il s'agit de voir comment limiter la croissance des mauvaises herbes et du coup ramener le nombre de sarclages réalisé à celui fait en SRT. Au moment de la rédaction de cet article deux séries d'essais multi locaux sont en cours de réalisation. L'une sur la détermination d'une densité de repiquage qui limiterait la croissance des mauvaises herbes : donc le nombre de sarclages et

l’autre sur la détermination de l’âge optimal au repiquage susceptible de favoriser une croissance vigoureuse et un tallage maximum. Une étude sur la détermination des facteurs pouvant influencer l'adoption des techniques du SRI dans la vallée de l’Artibonite est également en cours.

Le SRI dans la Vallée de l’Artibonite

En réalité, en dépit de toute la publicité faite autour de la question, le SRI reste relativement peu connu des agriculteurs de la principale zone rizicole du pays. Ce n'est en effet pas dans cette région du pays que les investissements les plus importants pour la promotion de ce système ont été consentis. Le projet WINNER qui disposait des moyens financiers les plus importants ne pouvait intervenir que dans la zone qui lui était dévolue, le corridor Matheux. Dans l’Artibonite, où les innovations en riziculture sont les plus attendues, la promotion du SRI est restée déficiente, sectorielle, assurée par des projets auprès d'organisations de planteurs collaborant avec eux. Ainsi, certains agriculteurs ont bénéficié de cette innovation soit parce qu'ils ont été invités à des séances de formation, soit parce qu'ils sont membres actifs d'associations ayant reçu un appui technique ou financier pour faire appliquer le système. (Ces bénéficiaires restent par contre méfiants. Sur une année, ils emblaveront une partie de leurs terres selon la méthode SRI et la plus grande partie sera consacrée aux pratiques traditionnelles.

Bien que le MARNDR, apparemment acquis à cette nouvelle technologie, ait officiellement patronné le premier colloque national sur le SRI en 2011, peu d'effort a été fait du côté du secteur public pour en supporter l'introduction dans la vallée. A l'ouverture de cet évènement, le Directeur Général du MARNDR de l'heure avait déclaré : « l’ancienne méthode de production du riz n'a pas donné les résultats escomptés ». A la fermeture, le ministre de l’agriculture d'alors fit le vœu que "les discussions soulevées autour du SRI

contribuent à enrichir la démarche jusqu'ici utilisée par le gouvernement haïtien pour accroitre la production agricole, notamment au niveau de la filière rizicole, qui est une filière alimentaire stratégique pour le pays … (sic) ". Les actions n'ont toutefois pas suivi et le SRI, présenté comme une alternative prometteuse, est resté l'apanage d'un petit nombre au lieu d'être largement diffusé dans les zones rizicoles effectives. Il demeure entendu que cette diffusion ne pouvait se faire qu'après que le système ait vraiment fait ses preuves. En effet, le SRI a ses avantages certes, mais elle a également ses propres exigences. Il requiert des sols bien drainés, la fertilisation est surtout organique et le contrôle ou la maitrise de l’eau est un impératif incontournable. D'où la nécessité de tester un peu plus le modèle et d'en étudier l’adaptabilité aux conditions de culture de la vallée.

L'appropriation des techniques du SRI

Le paquet SRI a été introduit, essayé et vulgarisé tel qu'il a été défini au Madagascar sans évaluation des techniques ni une étude de leur adaptabilité aux conditions de culture de la Vallée de l’Artibonite. Les études en cours sur les facteurs pouvant influencer son adoption laissent entrevoir que les agriculteurs ont bien compris les différentes composantes du paquet sans être prêts pour autant à l'adopter dans son intégralité. Aussi, y introduisent-ils des modifications en rapport aux contraintes présentes dans leur milieu.

Les agriculteurs respectent tous les prescrits du SRI en pépinière. Ils procèdent au tri des semences, apportent du fumier et transplantent les plantules âgées de 8 à 12 jours. Pour la préparation de sol, ils font le labourage, le hersage, l'endiguement, le nivellement et le tracé. Par contre, ils apportent rarement du fumier, cette ressource n'étant pas disponible en quantité suffisante, et appliquent en contrepartie la moitié de la dose de fertilisant chimique

utilisé généralement en SRT. Le repiquage est réalisé tel qu'indiqué dans le SRI. Toutefois, ayant compris que le cycle irrigation-drainage conseillé dans le SRI favorise l’enherbement, ils irriguent et drainent les parcelles selon leurs anciennes pratiques de manière à assurer un contrôle plus effectif des mauvaises herbes et par ainsi réduire le nombre de sarclages.

Contraintes à l’adoption du SRI dans l’Artibonite

Le SRI est assez attrayant pour les riziculteurs qui en ont connaissance. Cependant, il existe certaines contraintes à son adoption et expansion dans toute la Vallée de l’Artibonite. Ces contraintes sont liées à l’environnement des parcelles, à la planification de la campagne de production, à la disponibilité des intrants, à la longueur du cycle de production, à la qualité de la main d'œuvre agricole et au financement de la production.

L'environnement global des parcelles est très important pour leur conduite en SRI. Une bonne partie des terres rizicoles de la vallée ne sont pas drainées. Sur ces parcelles, il est impossible dans les conditions actuelles d'assurer une gestion effective de l’eau d'irrigation. Le positionnement des parcelles est tout aussi important. En effet, les parcelles situées en aval d’autres conduites en SRT peuvent difficilement être conduites en SRI en particulier en raison du cycle humidificationassèchement difficile à observer sur ces parcelles.

Après le repiquage, en cas d'inondation le risque de perdre des plantules repiquées en conditions de SRI est beaucoup plus élevé. Dans ces conditions, le bourgeon terminal d'une plantule dépasse à peine 3 à 5 centimètres du sol. La lame d'eau dépassant cette hauteur demeurant sur la parcelle pendant plusieurs jours recouvre systématiquement les plantules et peut en entrainer la mort.

L'un des problèmes auxquels l'adoption du SRI fait face est celui de la planification de la campagne agricole. En effet, il n'y a pas d’entité qui donne le signal du démarrage des campagnes de production. Dans la vallée, les machines nécessaires à faire le labourage sont en quantité limitée. Souvent les dates de repiquage sont liées à la disponibilité de ces machines. Il est à noter que les parcelles conduites en SRI doivent être bien drainées, le labour doit être profond en vue de faciliter la reprise des plantules, la croissance des racines et le contrôle des mauvaises herbes. Les sols des rizières doivent être préparés pour recevoir les plantules à temps et les intrants doivent être disponibles. Ces conditions sont difficilement réunies dans la vallée de l'Artibonite. La fertilisation organique prônée en SRI est difficile à observer en raison de la rareté du compost dans la vallée. Les agriculteurs compensent généralement avec les fertilisants chimiques qui, eux non plus, ne sont pas toujours disponibles à temps.

La planification est d'autant plus importante qu'elle doit permettre de faire le découpage de l'espace rizicole et déterminer dans quelle partie des terres seront établies les parcelles conduites en SRI. Car dans les parcelles en SRI, le cycle repiquage-récolte est plus long. En effet, la transplantation a lieu seulement 8 jours après semis en pépinière contre 30 dans le SRT, les plantules transplantées sont plus jeunes et mettent conséquemment plus de temps pour compléter leur cycle. De sorte qu'il se pose toujours un problème de synchronisation entre les parcelles SRT et celles conduites en SRI. Si les parcelles SRI sont mises en place avant les parcelles SRT, elles se font ravager par les animaux laissés en liberté dans la zone jusqu'à la période traditionnelle de repiquage. D'un autre côté, si les parcelles sont mises en place au même moment, celles en SRI resteront seules au champ après la récolte des SRT et constitueront de fait les seules ressources alimentaires pour les insectes et autres ravageurs.

La conduite des parcelles en SRI nécessite plus de rigueur que celle

conduites en SRT. En effet, les agriculteurs sont obligés de passer plus de temps dans la mise en place, le suivi et l'entretien de ces parcelles. Comme le repiquage est fait à la main, il est nécessaire de procéder au tracé de la parcelle pour pouvoir respecter les distances de repiquage : opération qui d'habitude n'est pas réalisé en situation de riziculture traditionnelle. En SRI. les agriculteurs font plus de sarclages. Ils ont besoin d'amener l'eau d'irrigation sur la parcelle mais aussi de drainer plusieurs fois à l'opposé des parcelles conduites en SRT où l’eau stagne presqu'en permanence. Le surplus de temps passé sur les parcelles SRI peut, suivant le cas, entrer en conflit avec le temps nécessaire à l'agriculteur pour mener d'autres activités essentielles à la vie du ménage ou compromettre son temps de loisir à partager avec la famille. De plus, certaines opérations conduites en SRI nécessitent une main d'œuvre plus ou moins qualifiée par comparaison au SRT. Le repiquage en particulier requiert un niveau de précision, un sens de la mesure qui ne se retrouvent pas toujours chez les ouvriers agricoles de la vallée. Ceci vaut également pour le premier sarclage qui doit être très minutieux pour éviter d’arracher les plantules. Ces qualifications ne sont pas exigées en SRT puisque les plantules sont repiquées un peu partout et par touffe bien visible.

Sur les parcelles conduites en SRI. la multiplication et la croissance des mauvaises herbes est accélérée par rapport aux parcelles SRT car le drainage fait en SRI ne facilite pas seulement l'aération du sol pour favoriser le tallage, mais facilite aussi la croissance des adventices qui en SRT est inhibée par la lame d'eau stagnant sur la parcelle. Ainsi, contrairement au SRT, l’agriculteur qui pratique le SRI a besoin de plus de cash flow pour assurer l’entretien de sa parcelle.

Rôle de la recherche Comme toute innovation, le SRI demeure une technologie à améliorer,

sinon dans certaines circonstances à valider. En effet, l'enthousiasme des uns, face à une pratique prometteuse est légitimement balancé par la prudence et la parcimonie de ceux plus enclins à mettre les observations empiriques à l'épreuve de la méthode scientifique. En réalité, l'opposition entre partisans et détracteurs du SRI est emblématique de la différence entre une recherche pure ligne, tournée vers la publication dans les revues à comité de lecture et la recherche-développement plus encline à la mobilisation rapide des connaissances pour résoudre des problèmes ponctuels. Toutefois, c'est un fait, le SRI devra être mieux exploré et ses bases théoriques établies en accord avec la physiologie de l'espèce, les écosystèmes d'implantation, les pratiques de gestion appliquées et surtout applicables. Le rôle de la recherche, dans un pays confronté au cuisant problème de l'insécurité alimentaire, est justement de parvenir à établir ces bases : à vérifier la durabilité du système et tester sa reproductibilité. Toutes les variétés sont-elles souhaïtables pour le SRI? Quel niveau minimum de fertilité des sols, convient-il au SRI et comment en assurer la gestion ? Quelles sont les limites du système ? Quelles sont les bonnes pratiques à mettre en œuvre pour garantir, sur une base durable, les rendements jusque là rapportés ? Comment adapter le système aux conditions de culture, les types de sol, la disponibilité de l'eau ? Quel est le comportement des variétés élevées dans ce système vis-à-vis des causes biotiques et abiotiques de stress chez le riz ? Comment réduire le nombre de sarclages dans les parcelles ou en faciliter la réalisation à un coût moindre ? Comment, le système une fois testé et codifié, en faciliter l'appropriation par les utilisateurs potentiels ? La recherche devra donc répondre à ces questions et bien d'autres encore, s'assurer et assurer qu'il ne s'agit pas d'un miroir aux alouettes, traiter avec objectivité les résultats et en promouvoir, si nécessaire, la diffusion.

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Article 8

Le coût économique et écologique de la pratique du brüûlis dans l’agriculture haïtienne : Cas des pertes d’azote et de carbone dans les rizières de la Vallée de

l’'Artibonite

P. Duvivier, D. Joseph? et J. S. Antoine’. 1Département de Phytotechnie, Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV), Université d'Etat d'Haïti (UEH), Ministère de l'Agriculture, des Ressources Naturelles et du

Développement Rural (MARNDR)

RESUME

Duvivier P., Joseph D. et Antoine J. S. 2016. Le coût économique et écologique de la pratique du brülis dans l'agriculture haïtienne : Cas des pertes d'azote et de carbone dans les rizières de la Vallée de l'Artibonite. RED 7 (2) : 47 - 50

Cet article est une révision de littérature analysant le coût économique et écologique de la pratique du brülis dans l'agriculture haïtienne (cas de la riziculture dans la Vallée de l'Artibonite). Il met en évidence la production de résidus (tiges et feuilles) qui sont brulés et la quantité d'azote consommée pour les produire. Il présente une estimation de l'équivalent en urée et en sulfate d'ammonium de l'azote brülé ainsi que son coùt économique en gourdes. Le coût écologique a été évalué en estimant la quantité de carbone dégagée dans l'atmosphère. En effet, un total de 633 920 tonnes de biomasse de riz, dont 321 778 tonnes de tiges et feuilles, est produit chaque année dans la Vallée de l'Artibonite sur 28 000 ha. La quantité d'azote utilisée pour la production de ces résidus est 1 874 880 kg, soit 4 075 826.09 kg d'urée (90 573.09 sacs de 45 kg) ou 8 928 000.00 kg de sulfate d'ammonium (198 400.00 sacs de 45 kg). Suite à la subvention de 50% par le MARNDR, le prix du sac d'urée a été fixé à 900 gourdes à l'agriculteur et celui du sac de sulfate d'ammonium, à 550 gourdes. Ainsi, les pertes d'azote ont été estimées pour les riziculteurs à 81 516 521.74 gourdes par an si tout l'engrais utilisé était l'urée et à 109 120 000.00 gourdes par an si tout l'engrais utilisé était le sulfate d'ammonium, soit 95 318 260.87 gourdes en moyenne (si l'urée et le sulfate d'ammonium representaient chacun 50% de l'engrais azoté utilisé). En ajoutant le coût de la subvention, ces pertes monétaires s'élèvent à 190 636 521.74 gourdes par an pour le pays. Avec une teneur en carbone de 50%, les 321 778 tonnes de résidus brulés correspondent à 160 889 tonnes de carbone, dont 158 154 tonnes émises dans l'atmosphère. Il est recommandé l'arrêt urgent du brülis des résidus de culture du riz, leur compostage et leur utilisation pour améliorer la fertilité et la qualité des sols et diminuer la facture des engrais chimiques.

Mots clés : brulis, changement climatique, pertes économiques, réchauffement global, résidus de culture du riz

ABSTRACT Duvivier P., Joseph D. and Antoine J. S. 2016. The economic and ecological cost of the practice

of burning in Haïitian agriculture: Case of loss of nitrogen and carbon in Paddy fields of the Artibonite Valley. RED 7 (2) : 47 - 50

This paper is a literature review analyzing the economic and environmental costs of the practice of burning in agriculture in Haïti (case of rice in the Artibonite Valley). It highlights the production of residues (stems and leaves) that are burned and the amount of nitrogen consumed to produce them. It shows an estimate of burned nitrogen in urea and ammonium sulphate equivalent as well as its economic cost in gourdes. The ecological cost was evaluated by estimating the amount of carbon released into the atmosphere. Indeed, 633 920 tons of rice biomass including 321 778 tons of stalks and leaves, are produced each year in the Artibonite Valley on 28 000 ha of land. The amount of nitrogen used for the production of residues is 1 874 880 kg. This is 4 075 826.09 kg of urea (90 573.09 bags of 45 kg) or 8 928 000.00 kg of ammonium sulfate (198 400.00 bags of 45 kg). Following a 50% subsidy by the MARNDR, the price of urea bag was set at 900 gourdes to the farmer and the ammonium sulphate bag, to 550 gourdes. Thus, nitrogen losses were estimated for rice farmers to 81 516 521.74 gourdes per year if all the fertilizer used was urea and 109 120 000.00 gourdes per year if all the fertilizer used was ammonium sulphate, this is 95 318 260.87 gourdes in average (if urea and ammonium sulphate represented each one 50% of the fertilizer used). By adding the cost of the subsidy, these monetary losses amount to 190 636 521.74 gourdes per year for the country. With a carbon content of 50%, the 321 778 tons of burned residues correspond to 160 889 tons of carbone, of which 158 154 tons are emitted into the atmosphere. It is recommended to urgently stop burning the rice crop residues, to compost and use them to improve soil fertility and soil quality and reduce the bill for chemical fertilizers.

Keywords : slash and burn. climate change, economic losses, global warming, rice crop residues Introduction incendie survient souvent par accident, mais il est parfois provoquée de façon intéressée par des gens qui récupèrent par la suite l’espace

En sylviculture (exploitation forestière), le terme brülis fait référence à une portion de forêt incendiée. Cet

pour la production agricole, d'où l'expression « culture sur brülis » ou « agriculture sur brülis ». L'agriculture itinérante, consistant à créer une zone éclaircie dans une forêt par abattage des arbres, à brüler la végétation existante et à ensemencer ensuite la parcelle ainsi défrichée, est une forme d'agriculture sur brülis. Dans les zones de forêts déjà éclaircies et récupérées pour l'agriculture, le brülis est une portion de champ dont les herbes ont été détruites par le feu (9).

En agriculture, le terme brülis est aussi utilisé pour faire référence à l'action de brüler les résidus de culture lors de la préparation du sol avant de mettre en place une nouvelle plantation. Détruire les mauvaises herbes par le feu est un moyen rapide de préparer le sol pour la mise en place d'une culture. De plus, les minéraux (en particulier, le potassium) contenus dans les cendres contribuent à la fertilité. Cependant, le sol perd rapidement une partie de son activité microbienne et de sa matière organique, pourtant nécessaires à sa fertilité (5). L'analyse du coût économique et écologique présentée dans cet article concerne le cas de la riziculture dans la Vallée de l'Artibonite où 28 000 ha sont emblavés annuellement.

Le riz en Haïti

Le riz est une culture d'importance en Haïti, il est semé sur 45 000 ha dont plus de 60% dans la Vallée de l'Atibonite. Selon Famine Early Warning Systems Network, il représente 9% de la production alimentaire nationale en termes d'équivalent-céréales (7). Côte-à-côte avec le sorgho représentant 9% aussi, il vient en 5° position après le maïs (27%), le manioc (17%), les bananes (11%) et la patate douce (10%) (6).

La production rizicole haïtienne a été estimée à 142 000 tonnes de paddy en 2012 selon le service agricole étranger du département américain de l'agriculture (10), soit 85 200 tonnes de riz décortiqué (considérant un rendement au décorticage de 60%) représentant 0.02% de la production mondiale estimée à 465 million de tonnes de riz décortiqué sur une superficie totale estimée à 164 million d’hectares (8). Cependant, la consommation de riz en Haïti avoisine 400 000 tonnes par an (1, 6) et représente 0.09% de la production mondiale et 469% de la production nationale (Tableau 1).

La pratique du brülis dans la riziculture haïtienne

La pratique du brülis est courante dans la riziculture haïtienne. Les résidus de culture, étant riche en silice, constituent un fourrage peu appétissant pour le bétail. Ils représentent aussi un matériau lent à décomposer, ce qui limite leur utilisation dans le compostage par les agriculteurs. L'agriculture haïtienne étant caractérisée par des exploitations agricoles de petite taille, 0.62 ha en moyenne selon la Coordination Nationale de Sécurité Alimentaire, (3), les superficies des parcelles dans les rizières sont petites. Dans ce contexte, les résidus de culture du riz deviennent un déchet encombrant et sont systématiquement brülés.

La masse de matière organique brulée dans les rizières de la vallée de l'Artibonite

Au terme d'une étude réalisée sur trois phénotypes de riz (variété Crête-à-Pierrot (CAP), variété TCS10 et Lignée L1)), des Agronomes de la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) de l'Université d'Etat d'Haïti (UEH) et du Ministère de l'Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) ont rapporté une production de biomasse de 11.32 t/ha de matière sèche pour une saison (4) (Tableau 2). De ces 11.32 tonnes, les graines représentent 4.63 tonnes (41.53%) : les

Tableau 1. Quelques statistiques de production et de consommation du riz

en Haïti Variable Riz paddy Riz décortiqué Production nationale annuelle (millier de tonnes) 142.00 85.2 Production mondiale annuelle (millier de tonnes) - 463 000.00 Consommation nationale annuelle (millier de tonnes) - 400.00 Rapport consommation nationale/production nationale (%) - 469.00 Rapport consommation nationale/production mondiale (%) 0.09 Rapport production nationale/production mondiale (%) - 0.02

Tableau 2. Production de biomasse (matière sèche) et séquestration de carbone dans les rizières de la Vallée de l’Artibonite*

Variable Produc- Produc- Production tion/ ha/ tion/ ha/ sur 28 000 saison an ha/an

Biomasse (tonne) 11.32 22.64 633.920.00

Tige et feuilles (tonne) ** 5.75 11.49 321.778.00

Carbone dans tiges et feuilles (tonne) *** 2.87 5.75 160.889

* : calculs effectués à partir de données expérimentales de Duvivier et al., 2014 et Duvivier et

al.. 2015 (comm. pers)

**Les feuilles et les tiges représentent 50.76% de la biomasse: #*** Teneur de la matière organique en carbone : 50%.

feuilles, 2.97 tonnes (26.62%) ; les tiges, 2.67 tonnes (24.14%) : les racines, 0.86 tonne (7.7%). Considérant que les agriculteurs font deux récoltes de riz par an sur une même parcelle, la production totale de biomasse par hectare par an peut être estimée à 22.64 tonnes. Extrapolée aux 28 000 hectares de la Vallée, la production totale de biomasse peut être estimée à 633 920 tonnes par an.

La méthode de récolte consiste à couper les tiges à 5-10 cm du sol, les prendre en gerbes et frapper les panicules contre un support (un bloc de bois ou un vieux pneu) placé sur un tapis en matière plastique ou fait de vieux sacs en nylon. Les graines sont amenées hors des parcelles et les racines sont incorporées au sol lors de la préparation du terrain pour la prochaine plantation. Les feuilles et les tiges représentent ensemble 50.76% de la biomasse totale, soit 11.4920715 tonnes de matière organique (poids sec) par hectare par an. Considérant que les feuilles et les tiges de riz sont généralement brulées dans la Vallée de

l'Artibonite, il s’agit d'une perte de 11.49 tonnes de matière organique par hectare par an. Ramenées aux 28 000 hectares de rizières de la Vallée de l'Artibonite, ces 11.49 tonnes par hectare par an correspondent à 321 778 tonnes de matière organique par an qui sont brulées au lieu de servir à améliorer la fertilité et la qualité des sols.

Coût économique de la pratique du brülis des résidus de culture du riz dans la Vallée de l’Artibonite

Pour une production moyenne de 11.57 tonnes de matière organique par hectare par saison, la consommation d'azote de la culture du riz est de 90.48 kg, dont 37% (soit 33.48 kg) pour la production de feuilles et de tiges (Duvivier et al. 2015 comm. pers.). Considérant que les agriculteurs font deux saisons de culture par an sur une même parcelle, la quantité d'azote utilisée pour la production de feuilles et de tiges de riz par hectare par an est estimée à 66.96 kg. Extrapolée aux 28 000 hectares de rizière de la Vallée de l'Artibonite, la quantité d'azote utiliRED 7 (2) Octobre 2016 48

Tableau 3. Consommation d'azote par les feuilles et les tiges de riz produites dans les rizières de la Vallée de

l'Artibonite *

Utilisation de l'azote consommé

Consommation (kg)

Par ha/ sai- Par ha/an

Sur 28 000 ha/

son an Production totale de matière sèche 90.48 180.96 5 066 880 Production de tiges et de feuilles ** 33.48 66.96 1 874 880

* : Calculs effectués à partir de données expérimentales de Duvivier et al., 2014 et Duvivier et

al., 2015 (comm. pers).

**Pourcentage d'azote dans les tiges et les feuilles de riz : 37% de l'azote total absorbé par la

culture.

Tableau 4. Equivalents en urée 46% et sulfate d'ammonium 21% de 1 874 880 kg d'azote consommé annuellement par les feuilles et les tiges de riz produites dans les 28 000 ha de rizières de la Vallée de l’Artibonite et coût économique du brülis de ces résidus

Engrais Equiva- Prix du sac Coût aux agri- (Coût total (coût lent en avec 50% de culteurs avec aux agriculteurs sacs de 45 subvention 50% subvention + subvention) en kg (gourdes) (gourdes) gourdes

Urée * 90 573.09 900 81 516 521.74 163 033 043.48

Sulfate** 198 400.00 550 109 120 000.00 218 240 000.00

Urée et sulfate*** - -

95 318 260.87 190 636 521.74

* Scénario considérant que tout l'engrais azoté utilisé est de l’urée ** Scénario considérant que tout l'engrais azoté utilisé est du sulfate d'ammonium #*# Scénario considérant que l'engrais azoté utilisé comprend 50% d'urée et 50% de sulfate

d'ammonium

sée pour la production de feuilles et de tiges de riz est de 1 874 880 kg (Tableau 3).

L'engrais azoté est vendu sur le marché haïtien principalement sous forme d’urée contenant 46% d'azote ou de sulfate d'ammonium contenant 21% d'azote dans des sacs de 45 kg de poids net. Les 1 874 880 kg d'azote correspondent à 4 075 826.09 kg d'urée (soit l'équivalent de 90 573.09 sacs de 45 kg) ou 8 928 000.00 kg de sulfate d'ammonium (soit l'équivalent de 198 400.00 sacs de 45 kg).

Le MARNDR subventionne les engrais à 40 à 60% (50% en moyenne) et fixe le prix de l'engrais subventionné à 900 gourdes/sac pour l'urée et à 550 gourdes/sac pour le sulfate d'ammonium. Ainsi, en supposant que les prix fixés sont respectés, les pertes d'azote pourraient être estimées pour les riziculteurs à 81 516 521.74 gourdes par an si tout l’engrais utilisé était l'urée et à 109 120 000.00 gourdes par an si

tout l’engrais utilisé était le sulfate d'ammonium, soit 95 318 260.87 gourdes en moyenne (si l'urée et le sulfate d'ammonium représentaient chacun 50% de l’engrais azoté utilisé). En ajoutant le coût de la subvention supportée par l'état et les contribuables, ces pertes monétaires s'élèveraient à 190 636 521.74 gourdes par an pour le pays (Tableau 4).

Coût écologique de la pratique du brulis des résidus de culture du riz dans la Vallée de l’Artibonite

La matière organique contient approximativement 50% de carbone. Ainsi, les 321 778 tonnes de résidus de culture du riz brulées dans la Vallée, correspondent à 160 889 tonnes de carbone brulées. Quand la matière organique est brulée, seule une faible part du carbone qui y existait (1.7 % de la biomasse) est transférée au sol sous forme de charbon (5). Ainsi, dans le cas des rizières de la Vallée de l’Artibonite,

il peut être considéré que 158 154 tonnes de carbone sont émises dans l'atmosphère pour y augmenter la concentration de gaz à effet de serre et accélérer les processus de réchauffement global et de changement climatique.

Cette perte peut sembler dérisoire au regard des 1,5 milliards de tonnes de carbone organique stockées dans les terres de la planète), mais il s’agit uniquement de la pratique du brülis dans les rizières de la Vallée de l’Artibonite totalisant 28 000 ha (2). Transposées à l'échelle nationale et extrapolées à d'autres cultures comme la canne à sucre, par exemple, les émissions de carbone atmosphérique dues à la pratique du brülis dans l’agriculture ne sont pas négligeables.

Conclusion

La pratique du brülis des résidus de culture du riz est très répandue sur les 28 000 ha de la Vallée de l'Artibonite. Elle y est responsable de la disparition en fumée de 321 778 tonnes de matière organique, correspondant à la perte de 1 874 880 kg d'azote et à l'émission de 158 154 tonnes de carbone dans l'atmosphère. La quantité d'azote perdue équivaut à 4 075 826.09 kg d'urée 46%, soit 90 573.09 sacs de 45 kg coûtant aux agriculteurs 81 516 521.74 gourdes/an ou 8 928 000.00 kg de sulfate d'ammonium 21% correspondant à 198 400.00 sacs de 45 kg coùtant aux agriculteurs 109 120 000.00 gourdes/an.

Le coût économique de ces pertes est double (190 636 521.74 gourdes par an) en considérant la subvenstion fournie par le gouvernement. L'émission de 158 154 tonnes de carbone contribue certainement à augmenter la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère et à accélérer les processus de réchauffement global et de changement climatique.

Recommandation

Considérant l'énormité du coût économique de ces pertes pour le pays, pour l’état, pour les contribuables et

pour les agriculteurs, et leur impact négatif sur le plan écologique, il est recommandé au MARNDR d'envisager urgemment des actions pour arrêter le brülis des résidus de culture du riz. Il faut apprendre aux agriculteurs à les composter et les utiliser pour améliorer la fertilité et la qualité des sols.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

1. Canada Haïti Action Network. 2013. Rice production and consumption in Haiti. Consulté le 29 novembre 2015 à: bhttp:// canadahaitiaction.ca/content/riceproduction-and-consumption-haiti

. Chaplot V., Podwojewski P. Phachomphon K. et Valentin C. 2008. Spatial variability and controlling factors of soil organic carbon under steep slopes of the tropics, Soil Science Society of America Journal.

. CNSA. 2011. Enquête nationale

de la sécurité alimentaire. MARNDR. Port-au-Prince, Haïti.

182 p.

. Duvivier P., Antoine J. S., Joseph

D. et Alphonse M. E. 2014. Mesure du rendement et de la biomasse de trois phénotypes de riz (Oriza sativa L) en réponse à quatre doses d'azote sur la ferme de Mauger, Vallée de l’Artibonite. RED 6 (1): 10- 15.

. Fearnside P. M., Lima P. M. Graça À. et Rodrigues F. J. A. 2001. Burning of Amazonian rainforest: burning efficiency and charcoal formation in forest cleared for cattle pasture near Manaus, Brazil For Ecol Manage 146:115128

. FEWSNET. 2010. Haïti emergency market mapping/analysis-rice. Washington, DC. Consulté le 29

novembre 2015 à: http:// v4.fews.net/Pages/ countryarchive.as px?pid = 1100 & gb =ht.

. FEWSNET. 2014. Haïti sécurité alimentaire en bref. 44 p.

8. France Agrimer. Mars 2012. Analyse économique de la filière riz. Note de conjoncture Riz.

9. Bahuchet S. et Betsch J. M. 2012. L'agriculture itinérante sur brülis, une menace sur la forêt tropicale humide. Revue d'ethnoécologie [En ligne]. 768. Consulté le 26 octobre 2016. à : http:// ethnoecologie.revues.org/768 DOI : 10.4000/ethnoecologie.768

10. USDA. 2013. Haiti Rice Production and Trade Update. Accédé le 29 novembre 2015 à: http:// www.thefarmsite.com/reports/ contents/HaitiRice14Nov2013.pdf