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Vol. 8 No 2 (2019): RED

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Article 1

Etude de la potabilité des eaux de boisson utilisées à Bocozelle et facteurs de risques

sanitaires associés

H. Corantin et E. F. Dor, Département des Sciences et Technologie des Aliments (DSTA), Faculté d'Agronomie et

de Médecine Vétérinaire (FAMV), Université d'État d'Haïti (UEH)

RESUME : Corantin Het Dor E. F. 2019. Etude de la potabilité des eaux de boisson utilisées à Bocozelle et facteurs de risques sanitaires associés. RED 8 (2): 39 - 43

Cette étude a été réalisée entre février 2017 et octobre 2018 pour évaluer les risques sanitaires liés à l'utilisation des eaux de boisson à Bocozelle, 5 section communale de SaintMarc. Pour ce faire, 10 échantillons d'eau ont été prélevés dans 5 points d'eau différents à savoir Bocozelle, Dubuisson, Gervais, Lubin et Poirier, soit 2 prélèvements par localité. Tous les échantillons ont été analysés pour 24 paramètres physicochimiques et 5 paramètres microbiologiques. Pour l'analyse physicochimique, 4 méthodes ont été utilisées, ce sont : les méthodes spectrophotométrique, titrimétrique, potentiométrique et néphélométrique. Sur le plan microbiologique, les dénombrements d’E. coli, des coliformes totaux et fécaux. et des bactéries hétérotrophes aérobies ont été effectués par la méthode de filtration sur membrane. La présence des bactéries à détection sulfurée a été vérifiée par le test Patho Screen. Les résultats issus des analyses de laboratoire montrent que les eaux de boisson ne répondent pas aux normes fixées par l'OMS et l'UE. En effet, tous les échantillons contiennent des charges horsnormes de coliformes totaux et fécaux, et des bactéries hétérotrophes aérobies. La majorité des échantillons (80%) contenaient d'E. coli et de germes pathogènes et seulement les échantillons de Dubuisson en sont exempts. L'alcalinité totale, la conductivité électrique, la couleur vraie, le fer, l'odeur, le SDT, la température et la turbidité ont affiché des valeurs élevées dans les eaux évaluées. Ces valeurs peuvent être mises en relation avec la nature géologique du terrain parcouru par l'eau et les constituants organiques.

Mots clés : Hygiène publique, assainissement de base, normes de qualité

ABSTRACT Corantin H. and Dor E. F. 2019. Study of the drinkability of drinking water used in Bocozelle and associated health risk factors. RED 8 (2): 39 - 43

This study was carried out between February 2017 and October 2018 to evaluate the health risks related to the use of drinking water in Bocozelle, the 5th communal section of SaintMarc. To do this, 10 water samples were taken from 5 different water points namely Bocozelle, Dubuisson, Gervais, Lubin and Poirier, 2 samples per locality. All samples were analyzed for 24 physicochemical parameters and 5 microbiological parameters. For physicochemical analysis, four methods were used: spectrophotometric, titrimetric, potentiometric and nephelometric methods. On a microbiological level, the counts of E. coli, total and faecal coliforms, and aerobic heterotrophic bacteria were performed by the membrane filtration method. The presence of bacteria with sulphide detection was verified by the Patho Screen test. Results from laboratory analyses show that drinking water does not meet the standards set by WHO and the EU. Indeed, all the samples contain non-standard loads of total and faecal coliforms, and heterotrophic aerobic bacteria. The majority of samples (80%) contained E. coli and pathogenic germs and only Dubuisson samples are exempt. Total alkalinity. electrical conductivity, true color. iron, odor, TDS, temperature, and turbidity were high in the assessed waters. These values can be related to the geological nature of the terrain covered by water and organic constituents.

Keywords: public hygiene, basic sanitation, quality standards

Introduction matières fécales (8). Or, l’eau contaL'eau est indispensable pour le fonctionnement de l'organisme humain. Ainsi, l'eau de boisson doit satisfaire un certain nombre de caractéristiques physicochimiques et microbiologiques la rendant propre à la consommation humaine. La disponibilité et l'accessibilité à l'eau potable posent problème un peu partout dans le monde. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 2 milliards de personnes dans le monde utilisent des points d'eau contaminée par des

minée par les organismes pathogènes intestinaux, qu'ils soient bactériens, viraux ou parasites, provenant des porteurs humains ou animaux, peut transmettre des maladies d’origine microbienne (10).

En Haïti, la population n'est pas totalement épargnée au problème d'accès à l'eau potable. Une bonne partie des ménages (26%) n'a pas accès à une source améliorée d'eau de boisson, ce pourcentage est moins élevé en milieu urbain (5%) qu'en en

milieu rural (40%) (3). La connaissance de la source d’approvisionnement en eau de boisson donne une indication sur la qualité et la salubrité de l'eau consommée par le ménage. Près de 3 millions d'Haïtiens puisent l'eau de boisson dans des rivières et des sources non protégées, donc une eau de qualité douteuse contribuant à la prévalence des cas de diarrhée chez les enfants, de choléra, de typhoïde, d'entérite et de calcul rénal (2).

Faisant partie du milieu rural haïtien, Bocozelle se trouve dans une situation extrêmement critique concernant l'accessibilité à l’eau potable. La population consomme l'eau du fleuve Artibonite, et parfois celle des canaux d'wrigation et des puits et forages. Vu l'absence d'informations y afférentes, il était nécessaire de conduire une étude sur la potabilité des eaux de boisson utilisées à Bocozelle et les facteurs de risques sanitaires associés en vue de faire des recommandations appropriées pour leur amélioration.

Matériels et Méthodes

Présentation de la zone d’étude

Située à 117 Km de Port-au-Prince, Bocozelle est la 5° section communale de Saint-Marc, département de l'Artibonite, Haïti. Elle a une superficie de 189.35 Km° et sa population est estimée à environ 50 412 habitants. Administrativement, cette section comporte 21 habitations et 34 localités (4). Bocozelle a un climat de steppe, les précipitations sont peu importantes toute l’année. Selon la classification de KüppenGeiger, elle est de type BSh (1). En effet, la pluviométrie moyenne annuelle s'élève à 680 mm. Elle a une température moyenne de 26.63°C, le mois d'Aoùût est le plus chaud de l'année avec une température moyenne de 28.1°C, tandis qu'avec une température moyenne de 24.7°C le mois janvier est le plus froid (1).

Détermination de l’accès à l’eau et l'assainissement de base à Bocozelle

À partir d'une enquête formelle, les responsables des institutions œuvrant dans le domaine de l'eau et d'assainissement ont été contactés afin d'obtenir et de traiter les informations qui ont été obtenues auprès d'un échantillon stratifié de 200 ménages choisis aléatoirement, soit une population totale de 1 235 personnes dont 602 enfants de moins de 15 ans et 633 adultes dans cinq localités parmi les plus peuplées de la 5° section, à savoir Bocozelle, Dubuisson, Gervais, Lubin et Poirier. L'état hygiénique des lieux et l'influence des activités humaines et animales sur les points d'eau ont été notés.

Détermination de la qualité des eaux utilisées à Bocozelle Echantillonnage et prélèvement d'échantillons

Pour réaliser cette étude, 10 échantillons d'eau ont été prélevés de façon aseptique à raison de 2 par localité. Dans chaque localité, un prélèvement a été fait pendant une semaine sèche et l’autre pendant une semaine pluvieuse. Les échantillons prélevés ont été identifiés avec un numéro, puis ce numéro a été noté sur une fiche de prélèvement indiquant le lieu, la date et l'heure du prélèvement, l'origine, la présence ou l'absence de chlore dans l’eau. Un seul point d'eau a été considéré par localité en fonction de la fréquence de son utilisation par la population lors de l'étude. L'origine des eaux de boisson utilisées pour la consommation humaine a été considérée suivant qu'elle soit de surface ou souterraine. La figure 1 présente la répartition spatiale des sites de prélèvement des échantillons d'eau à Bocozelle.

Caractéristiques physicochimiques Pour la détermination des paramètres physicochimiques 4 méthodes ont été utilisées. Ce sont : la méthode spectrophotométrique pour la détermination de l'aluminium, la couleur, le fer, les nitrates, les sulfates et le zinc : la méthode titrimétrique ou titrage volumétrique pour

Légendes A Points d'eau —— Rivière principale —— Rivière secondaire [1 5ème Bocozelle 0 1 2

N Localisation des sites de prélèvement des échantillons d'eau

Données : CNIGS SCR : WGS84 . 18 N Réalisation : 26/11/2018

Figure 1. Répartition spatiale des sites de prélèvement des échantillons

d'eau à Bocozelle

le dosage de l’alcalinité, des bicarbonates, du calcium, des carbonates, des ions chlorures, de la dureté calcique et magnésienne, des hydroxydes et du magnésium : la méthode potentiométrique pour évaluer la conductivité, le pH, la salinité, le SDT et la température ; et la méthode néphélométrique pour mesurer la turbidité.

: TT héoué Pour la détermination du profil microbien des échantillons, 4 germes ont été recherchés suivant les méthodes standards (AFNOR NF EN ISO 9308 et AFNOR NF EN ISO

222), ce sont : l'E. coli, les coliformes totaux et fécaux, et les bactéries hétérotrophes aérobies. La présence des bactéries à détection sulfurée a été vérifiée par le test Patho Screen.

Traitement des données

Les données recueillies ont été saisies sur Excel et des statistiques descriptives (pourcentage, valeurs minimales et maximales, moyennes et écarts-types) ont été calculées. Des numéros aléatoires ont été générés et des graphes appropriés ont été dessinés. Les données de géoréférencement ont été utilisées pour

réaliser la carte de prélèvement des échantillons d'eau sur ARCGIS version 10.3.

Résultats et Discussions

Accès à l’eau de boisson et à l’assainissement de base

Les résultats ont révélé que l'eau de boisson à Bocozelle provient à 70% du fleuve Artibonite, à 22% des forages et puits qui sont nettoyés deux fois par an et à 8% d'autres sources comme des kiosques de ventes d'eau se trouvant au centreville de Saint-Marc. Le pourcentage de la population de Bocozelle qui utilise une source d’approvisionnement en eau améliorée (30%) est deux fois inférieur à celui rapporté par l'IHE et ICF (3) lors de l'EMMUS-—VI pour le milieu rural haïtien (60%). Pour son approvisionnement en eau, la population est obligée de marcher en moyenne 35 minutes presque quotidiennement, surtout en période de sécheresse.

Parmi les 92% des ménages qui utilisaient de l'eau de qualité douteuse pour la boisson, seulement 23% utilisent des méthodes de traitement d'eau à domicile (Aquatabs, chlore, filtration, chaleur). 3% des ménages enquêtés avaient un point d'eau perRED 8 (2) Juin 2019 40

sonnel (puits). La vente de l’eau de puits n’est pas pratiquée. Concernant la mise en place d'un système d'adduction d'eau potable dans la zone, 97% des ménages ont déclaré qu'ils sont prêts à contribuer en argent (9.7%) ou en travail (87.3%). 70% des ménages interrogés ont déclaré que l’utilisation de l’eau dont ils disposent donnent des malaises et la qualité organoleptique est mauvaise. 79% des ménages ont cru que l’eau de boisson utilisée peut causer des maladies. 21% des ménages ne sont pas conscients des risques encourus en buvant de l’eau provenant des sources non améliorées. Cette inconscience traduit un manque de connaissance sur l’hygiène publique liée à l’utilisation de leau de boisson. L'occurrence des symptômes d'origine hydrique probable est répartie de la manière suivante : 82% des ménages comptent fréquemment des cas de colique : 60% des ménages des cas de trouble digestif ; et 46% des ménages des cas de nausée. À Bocozelle, seuleRÉPARTITION DES TOILETT ENQUÉ

= k D & cons sh 8 % ë

Bocozelle Dubuisson

Gervais

PAR LOCALITÉ DANS LES MÉNAGES À BOCOZELLE

Lubin Poirier

mToilettes m Pas de toilettes

Figure 2. Occurrence des toilettes par localité dans les ménages enquêtés

ment 24% des ménages utilisent des toilettes pour la défécation. Ce nombre est faible, comparé à la moyenne nationale de 64% pour le milieu rural haïtien rapporté par IHE et ICF (3).

Sources éventuelles de contamination des points d’eau

Les informations recueillies et les observations faites sur le terrain ont

démontré que Bocozelle fait face à un grand déficit d'hygiène publique et d'accessibilité au service d’assainissement de base. Ce manque associé aux activités humaines pourrait être à la base des éventuels cas de pollution microbiologique détectée dans les échantillons d'eau prélevés dans les différents points. Ainsi, le faible pourcentage de couverture en assainissement de base, l'absence de

Tableau 1. Concentrations en substances chimiques des échantillons d’eau de boisson

Paramètres Bocozelle Dubuisson Gervais Lubin Poirier Unités Normes Normes (n=2) (n=2) (n=2) (n=2) (n=2) OMS UE Le L 0:0 0:0 0:0 0:0 0:0 mglCaCOs <500 PVG: Alcalinité totale 600.00456.57 267.0044.24 1640022263 156.00425.46 2970041273 mglCaCOs <500 PVG Aluminium 0.032:0004 0.0330010 00630012 01210026 0.0180009 mg/l A+ <02 <02 Ricarbonaies 600.00456.57 26700424 1640022263 1560042546 2097001273 mglCaCOs PVG PVG Calcium 46.44542.260 38442296 5205527026 5124024597 72071:0001 mg/l Ca” <100 PVG Carbonates 020 0+0 0+0 0+0 00 mg/l CaCO: PVG PVG Chlorures 1549577175 58482636 7002212 8802042 2674517317 mg/lCI- <250 <250 Conductivité élec- 1569.00:263.04 72100:283 3225023465 3215023182 6385020263 pSem <1200 208 trique 25°C <1100 Courses 93.502354 3700849 6100:989 91004141 21002707 UPt/Co <15 AC" Dursté'cslcique 116.005.66 96.00:5.66 130.00:19.79 12800+11.31 18040 mglCaCOs >75&<200 PVG Dureté magnésienne 9600:566 48001131 22002283 3000-1414 92001131 mglCaCOs >30&<150 PVG Dureté totale 2120041131 1440045.66 15200:1697 15800:283 2720041131 mglCaCOs >100 &<300 PVG Fer 0.05040028 0.485:0.300 0144019 0214029 00150021 mg/lFe <02 <02 Hydroxydes 020 020 020 020 020 mg OH Magnésium 23312137 11655275 53450686 7285234209 22341974 mglMg* <100 PVG SDT 183.50:135.06 35200141 1541021626 153.85:15.20 3110024526 mg/l <600 <600 Nitrates 4206-0039 24352180 5.322125 6642188 4214094 mg NOr <50 <50 PH 7.690:0.085 7.675:0130 8055-0078 776-037 743015 UnitépH >65&<85 >65&<0 Salinité 0.785:0134 035000 01500014 0150-0014 0.3140.04 0/00 PVG PVG Sulfates 80.00:7.07 22:20 150040.707 1502071 8502495 mglSO- <250 <250 Température 24.75040.495 2485002 2480:085 24504071 24.704071 oC 25 Turbidité 15750120 4645:1120 78551167 76002665 3.70:0.71 UTN a <a Zine 0:0 0.02:0.03 0.065:0064 0.100:0.014 0:0 mg/l Zn°+ «3 PVG

Moy +ET : Moyenne + Écart-type, n : nombre d'échantillon, *Pas de Valeur Guide, ** Acceptable pour Consommateur

services d'approvisionnement en eau potable gérés en toute sécurité, l'agriculture et l'élevage libre sont identifiés comme les principales sources éventuelles de contamination.

76% des ménages pratiquent la défécation à l'air libre, particulièrement à Lubin et à Gervais. Cette pratique constitue un risque de détérioration de la qualité de l’eau de boisson (5). La figure 2 présente la répartition des toilettes disponibles dans 5 localités de Bocozelle.

Considérés comme les principales activités de la section, l’agriculture et l'élevage sont pratiqués dans le voisinage immédiat des rivières, des puits et forages. Ces derniers sont utilisés comme points d'eau destinée à la consommation humaine, mais aussi à l'abreuvement des animaux sans séparation aucune de l'aire d'utilisation. Les animaux se désaltèrent au même endroit que les humains. Les engrais chimiques, les pesticides utilisés et les excréments de bétail peuvent être facilement transportés par le vent et les eaux de ruissellement pour éventuellement contaminer les points d'eau.

Qualité physicochimique des échantillons d’eau de boisson Pour les 24 paramètres physicochimiques évalués dans les eaux de boisson utilisées à Bocozelle, les valeurs observées sont présentées dans le tableau 1 sauf pour l'odeur.

Les échantillons de la localité de Bocozelle ont des concentrations alcalines hors-normes 640 mg/l et 560 mg/l respectivement, mais les concentrations alcalines des autres échantillons sont conformes aux normes admises par l'OMS (9). Pour la conductivité, les échantillons de

la localité de Bocozelle ont également des valeurs hors-normes 1 755 mg/l et 1383 mg/l respectivement. La conductivité électrique des autres échantillons se trouve dans l'intervalle des normes de potabilité admises par l'OMS (9) et l'UE (7). La conductivité électrique des eaux de Bocozelle est un signe de teneur élevée en substance minérale permettant d'apprécier le degré de minéralisation totale (11).

La couleur de tous les échantillons dépasse la limite des normes admises par l'OMS (9). Ainsi, la couleur des eaux de boisson utilisées à Bocozelle n'est-elle pas acceptable pour les consommateurs. Et elle est due à la présence de matières organiques et minérales qui sont des signes de pollution (9). 40% des échantillons analysés ont des concentrations de fer ne repondant pas aux normes de potabilité admises par l'OMS (9) et l'UE (12). Et ces échantillons présentent de risques sanitaires pour l'homme comme l'atteinte de l'hémochromatose selon l'OMS (9).

Les échantillons de la localité de Bocozelle ont des SDT hors-normes 879 mg/l et 688 mg/l respectivement présentant ainsi de risques de santé pour l'homme comme l'atteinte d'insuffisance rénale, mais les autres SDT se trouvent dans l'intervalle des normes admises par l'OMS (9) et l'UE (12). Les concentrations de SDT dans l’eau varient considérablement selon les régions géologiques en raison des différences de solubilité des minéraux (6).

Pour 80% des échantillons, il n'y a pas eu d'odeur. Lors des deuxièmes prélèvements, les échantillons de Bocozelle et de Dubuisson ont présenté des odeurs indéfinies. L'odeur de l’eau de boisson peut être due à des contaminants chimiques inorganiques ou organiques ou être due à des sources et processus biologiques. Elle doit être acceptable pour le consommateur selon l'UE (12), mais inexistante pour l'OMS (9). La température des échantillons se trouve à 60% dans l'intervalle des normes admises par l'UE (7). Une température élevée de l'eau stimule la croissance des micro-organismes et peut accroître les problèmes liés au goût, à l'odeur, et à la coloration. De plus, la température est l’une des facteurs qui conditionne la solubilité de la plupart de sels dans l'eau, elle influe sur le pH et le SDT (9). La turbidité de tous les échantillons ne respecte pas aux normes fixées par l'OMS (9) et l'UE (12). Etant l'apparence opalescente de l'eau, opposée à sa limpidité, une forte turbidité peut protéger les micro-organismes des effets de la désinfection, stimuler la croissance des bactéries et déclencher une forte demande en chlore (9). Les autres variables physicochimiques évaluées dans les eaux de boisson utilisées ont été conformes aux normes établies par l'OMS et l'UE et ils n'ont pas présenté de risques sanitaires pour l'homme.

Qualité microbiologique échantillons d’eau de boisson Pour les 5 variables microbiologiques évaluées dans les eaux de boisson utilisées à Bocozelle, les valeurs observées sont présentées dans le tableau 2 sauf pour le test Patho Screen.

des

Les charges de coliformes fécaux, de coliformes totaux et de bactéries hétérotrophes aérobies pour tous les échantillons sont supérieures aux normes fixées par l'OMS (9) et l'UE

Tableau 2: Charges microbiennes (moyenne + écart-type) en UFC/100 m1 des échantillons d’eau de boisson pour

chaque localité

Paramètres Bocozelle (n=2) Dubuisson (n=2) Gervais (n=2) Lubin (n=2) Poirier (n=2) Coliformes fécaux 28.00+5.66 3.00+1.41 200+0 147.00+74.95 171.00+15.56 Coliformes totaux 65.00+7.07 11.0027.07 20020 20040 200+0 Escherichia coli 13.00+7.07 0+0 127.50+10.61 85.50+70.00 130.00+45.25 Numération des germes 36°C 200+0 144.00+56.57 200-+0 200+0 200+0

Nota bene : Pour l'OMS (9) et l'UE (12), un échantillon d'eau doit contenir 0 UFC/100 ml pour les germes suivants : coliformes fécaux et totaux et l'E. coli. Et, il ne doit contenir aucun germe pathogène. Pour l'UE, la numération des germes à 36°C doit être inférieure à 20 UFC/100 ml.

(12). Selon l'OMS, la présence des coliformes totaux dans une eau témoigne une contamination fécale récente (9). Les charges d'E. coli pour les 80% des échantillons sont supérieures aux normes fixées par lOMS (9) et l'UE (12). La présence d'E. coli apporte la preuve d'une contamination fécale récente et elle indique aussi qu'un risque de présence de micro-organismes pathogènes soit aussi présent (9). Le dénombrement de bactéries hétérotrophes aérobies dans l'eau sert à indiquer une possibilité de détérioration de sa qualité (9). Les résultats du test Patho Screen ont été positifs pour les 80% des échantillons ne répondant pas ainsi aux normes admises par l'OMS (9) et l'UE (12). Ce test permet de confirmer la présence de microorganismes entéropathogènes comme l'Æ. coli et les salmonelles. Globalement, les résultats microbiologiques obtenus révèlent que les eaux de boisson utilisées présentent des risques sanitaires pour l'homme comme l'atteinte de l’entérite et de la gastro-entérite.

Conclusion

Selon les observations faites et les données recueillies, la population boit de l'eau de mauvaise qualité. Et le taux de couverture en assainissement de base reste encore faible. En somme, cette étude montre que les eaux de boisson utilisées à Bocozelle présentent des risques microbiologiques et physicochimiques pouvant avoir des conséquences graves sur la population qui est largement tributaire de ces ressources en eau pour satisfaire leur besoin. Ainsi, toutes les eaux de boisson sont-elles impropres à la consommation humaine. Dans une perspective de préserver la santé, il y a urgence de doter Bocozelle de points d'eau potable aptes à satisfaire les besoins de la population.

Tenant compte des résultats obtenus, des mesures pressantes devraient être envisagées dans la perspective de prévenir la population des risques de santé encourus par la consommation de ces eaux.

En ce sens, il serait important : d'engager la mise en œuvre d'un projet de construction d'un système d'adduction d'eau potable pour la section communale avec des points d'eau de boisson saine par localité en vue d'améliorer l'accessibilité et l'approvisionnement de la population : d'entreprendre un programme de construction de toilettes familiales dans la section communale de Bocozelle afin de réduire les risques de contamination hydrofécale dus à la défécation à l'air libre : de sensibiliser et former les gens sur l'hygiène publique et les opérations de traitement de l'eau par désinfection en vue d'éliminer les microbes qui y sont présents ; et de doter et appliquer à Bocozelle un plan de gestion de la sécurité sanitaire de l’eau de boisson se conformant au 6° Objectif

de

Développement Durable de

TONU.

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Article 2

Bilan carbone à l’échelle des exploitations agricoles en Haïti, cas du bassin versant

de Limbé

L. J. Charles, P. Duvivier, et B. À. Felix, Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire, Université d'Etat

d'Haïti

RESUME Charles, L. J., Duvivier, P. et Felix, B. A 2019. Bilan Carbone à l'échelle des exploitations agricoles en Haïti, cas du Bassin Versant de Limbé. RED 8 (2): 32 - 38

Les pratiques agricoles au niveau du bassin versant (BV) de Limbé, comme partout dans le pays. sont les unes émettrices. les autres séquestrantes de gaz à effet de serre (GES). Cependant, les recherches bibliographiques effectuées n'ont permis de recueillir aucune donnée chiffrée antérieurement générée sur le bilan carbone à l'échelle des exploitations agricoles (EA) en Haïti. La présente étude a été réalisée pour estimer le bilan carbone des EA traditionnelles au sein de ce BV. Pour réaliser l'étude, un échantillon de 30 EA a été choisi sur la base de deux critères : la position topographique et le système de mise en valeur des parcelles exploitées. Les 30 EA ont été réparties en cinq types. Le type I correspond à des parcelles situées sur des terrains en pente réservées à l'agroforesterie. Les parcelles du type II sont situées sur des terrains en pente et sont utilisées pour des cultures sarclées, excluant le riz. Les parcelles du type III sont situées en plaine exondée et utilisée pour l'Agroforesterie. Le type IV correspond à des parcelles situées en plaine exondée utilisées pour des cultures sarclées, excluant le riz. Les parcelles du type V correspondent à des dépressions marécageuses utilisées pour la culture du riz ou de la canne à sucre. L'outil EX-ACT développé par la FAO a été utilisé pour estimer le bilan carbone des EA de chaque type. Les bilans obtenus ont été respectivement de : 6.52, 2.20, -0.44, 12.40 et 5.59 t egCO7ha pour les types I IL III IV et V. Les types L IL IV et V sont émetteurs parce qu'ils ont un bilan positif variant de 2.20 à 12.40 t eqCOYha. Le type III est séquestrant avec un bilan de -0,44 t eqCO7ha. En moyenne, tous types confondus, les EA du BV de Limbé ont un bilan carbone émetteur de 5.25 t eqCOÏ/ha. Cette valeur du bilan carbone avoisine celle des EA en France (4.7 t eqCO2/ha). Elle est supérieure à celle obtenue en moyenne pour les EA au Royaume-Uni (1.28 t eqCO2/ha) et en Écosse (2.78 t egCO7/ha).

Mots clés : Changement climatique, gaz à effet de serre (GES), émission, pratiques agroécologiques, séquestration

ABSTRACT Charles L. J., Duvivier P. and Félix B. A 2019. Carbon footprint of farms in Haïti: case study of Limbé watershed. RED 8 (2): 32 - 38

As in any part of the country, agricultural practices in the Limbe Watershed either release or sequester Green House Gas (GHG). Yet, no record of carbon footprint at the agricultural exploitations (AË) scale in Haïti could be found in the literature. This study aimed to assess carbon foot print of traditional farms in the Limbe Watershed. For that, a sample of 30 AE was selected based on two criteria: topographic position and the cropping systems. The 30 AE were divided into 5 types. The type I corresponds to sloping lands devoted to agroforestry. Plots from Type II are on sloping lands used for row crops except rice. Plots pertaining to the Type III are located in unflooded plains and used for Agroforestry. Type IV corresponds to plots in unflooded plains used for root crops, excluding rice. Type V plots are swampy depressions used for growing rice or sugar cane. The EX-ACT tool developed by FAO was used to estimate the carbon footprint of AEs of each type. The resulting balances were respectively: 6.52, 2.20, -0.44, 12.40 and 5.59 t eqCO2/ha for types I, IT, III, IV and V. Types L, II, IV and V are emitting because they have a positive balance sheet ranging from 2.20 to 12.40 t eqgCO7 ha. Type III is sequestering with a balance of -0.44 t eqCO2/ha. On average, all types combined, Limbé BV AEËs have an emission carbon footprint of 5.25 t egCO7%ha. This value of the carbon footprint is close to that of the AEs in France (4.7 t egCO2/ha). It is higher than that obtained on average for AEs in the United Kingdom (128 t eqgCO7ha) and Scotland (2.78 t egCOYha).

Keywords: Climate change, greenhouse gas (GHG), emission, agro-ecological practices, sequestration

Introduction

La température globale de la planète a augmenté de 0.74 0C au cours du 20e siècle (12). En plus du rôle joué par le manque d'équilibre entre la quantité d'énergie solaire reçue par la terre et les radiations réémises, l'augmentation de la température pourrait être due aux gaz à effet de serre (GES) qui retiennent une partie de la chaleur du soleil autour de la terre. La concentration de ces GES (CO: CH4, N°0, etc.) dans l'atmosphère a significativement augmenté depuis la fin du 20° siècle (9).

Les préoccupations dues aux changements climatiques à l'échelle mondiale sont de plus en plus grandes, en raison des perturbations qui en résultent au niveau de l'environnement, de l’agriculture, de l'élevage, de l'économie en général, et des nombreuses pertes en vies humaines. En effet, entre 2000 et 2012, plus de 220 millions de personnes en moyenne ont été annuellement affectées par les catastrophes naturelles, dont 10.9% sont liées à des phénomènes climatiques, et plus de 92 000 y ont péri (19). Les effets des changements climatiques sont fortement ressentis en Haïti. Ils se manifestent en particulier par l'augmentation de la température et des irrégularités au niveau des saisons des pluies depuis les quatre dernières décennies (8). Les cyclones, les sécheresses prolongées, les inondations deviennent aussi plus fréquentes et la dégradation des terres arables plus sévère (23).

De plus, il ne semble plus y avoir de doute que les activités humaines sont grandement responsables de ces changements (13). Pour l’année 2000, tous les secteurs confondus, le bilan carbone d'Haïti aurait atteint un total de 7 832.32 Gg eqCO> dont 4 771.36 soit plus de 50% pour le secteur agricole qui représente près de 30% du PIB national (16, 21). Exprimé en tonne équivalent de dioxyde de carbone par hectare (t eqgCO2/ha) (3, 24), le terme bilan carbone renvoie à une estimation de l'impact des activités anthropiques sur l'environnement, en termes de quantité de GES produits, émis dans l'atmosphère ou séquestrés (2). Pour Haïti, aucune donnée chiffrée n'a pu être retrouvée au niveau de la littérature sur le bilan carbone à l'échelle des exploitations agricoles (EA).

Certaines pratiques agricoles sont émettrices (écobuage, labourage,

élevage bovin, ...) ou séquestrantes à termes de GES (épandage à la surface des parcelles des résidus de récolte, ou leur enfouissement, agroforesterie, ..….). Cette étude a été réalisée dans le BV de Limbé Pour comprendre comment les activités agricoles impactent le bilan carbone à l'échelle de différents types d'EA en Haïti dans le but de fournir une première estimation du bilan carbone à l'échelle des EA.

Matériels et méthodes

Caractéristiques du bassin versant de Limbé

Le bassin versant (BV) de Limbé est à cheval entre la partie sud du département du Nord et la partie Nord du département de l’Artibonite. Il a une superficie d'environ 31 000 ha repartis sur les communes de Marmelade (Artibonite), Limbé, Acul du Nord et Bas Limbé (Figure 1). Il a été divisé en unités de paysage, aussi appelées « blocs » ou unités d'aménagement locales (UAL), par des institutions qui y interviennent. Les blocs ou UAL correspondent chacun à un espace ayant une superficie de 10 à 40 hectares sur un versant. Ils renferment des parcelles appartenant à des agriculteurs différents. Ces derniers peuvent avoir des parcelles à l'intérieur et à l'extérieur des blocs. La Rivière de Limbé, principal cours-d'eau du BV, a un sens d'écoulement Sud-Nord. L'étude a été réalisée dans huit blocs répartis sur les 4 communes.

Les caractéristiques du BV varient d'une commune à une autre, notamment en ce qui concerne la pluviométrie (14). À Marmelade (en amont), le climat est de type tropical humide avec un régime de pluies orageuses à fortes intensités. Une saison pluvieuse allant d'avril à novembre est suivie d'une saison sèche allant de décembre à Mars (2). Dans les communes de Limbé et de Bas Limbé (en aval), il y a deux saisons pluvieuses (septembre - décembre et février- mai). Les mois de janvier, juin, juillet et aout sont secs (5). La température annuelle varie de 14°C à 27°C avec une moyenne de 25°C à Marmelade. Les mois les moins

dd Bassin Versant de Limbé

Projection: WGS 84, UTM 18N Auteur: JOSEPH Allen à Date: 28/01/2016 ;

Altitude (mètre)

» 10-250

Figure 1. Bassin versant de Limbé

chauds vont de décembre à mars (14 à 15°C), alors que les plus chauds vont de juin à septembre (26 à 27° € ; 18). À Limbé (en aval), la température moyenne annuelle est de 25.8°C (20).

La zone d'étude présente un relief particulièrement accidenté regroupant vallées (Bas Limbé), plateau (Marmelade) et des zones escarpées avec des pentes pouvant atteindre jusqu'à 75%. Les roches sont principalement de type basaltique et calcaire datant du miocène sur certains sommets. Les vallées sont constituées des matériaux provenant des zones de pente suite à l'érosion de la couche arable, donnant ainsi naissance à des alluvions d'origine basaltique et calcaire. En piémonts. on trouve aussi des colluvions. Sur les pentes dénudées, se trouvent des lithosols, tandis que sur les versants moins érodés, se rencontrent des sols provenant du basalte et du calcaire.

La densité moyenne de la population sur les 4 communes (402.74 habitants/km?) est supérieure à la moyenne nationale estimée à 385 habitants/km? (17). Cette densité élevée sous-entend une forte pression sur les ressources naturelles au sein du BV. Des groupements traditionnels de travailleurs agricoles « ranpono et konbit » existent dans la zone et constituent une forme de solidarité entre les habitants (2).

Echantillonnage des exploitations agricoles

Une base de données sur les agriculteurs établie par l'ONG AgriSud Internationale dans le cadre de ses interventions sur le bassin versant (projet Pad Nord) a été utilisée comme base de sondage. Les informations contenues dans cette base de données incluent la composition de l'EA, la localisation des parcelles et les systèmes de cultures pratiqués. Des visites de reconnaissance de la zone d'étude ont été effectuées pour rencontrer des agriculteurs et recueillir des informations préliminaires, notamment sur les positions topographiques des parcelles, leurs superficies et les systèmes de mise en valeur. L'analyse de la base de données et les visites de terrain ont permis d'identifier cinq types d'EA sur le BV sur la base de la position topographique des parcelles et des systèmes de cultures pratiqués (Tableau 1). Un échantillon de 30 EA reparties dans les cinq types et dans les huit UAL a été constitué. Les interviews ont été conduites avec les chefs d'EA et des observations de terrain réalisées. Des données ont été collectées sur les activités et pratiques courantes sur les exploitations agricoles, notamment les superficies exploitées, les cultures pratiquées, l'élevage, etc.

Dénombrement des arbres sur les parcelles et détermination de leur âge

Un comptage systématique des arbres et leur répartition en 3 classes d'âge (< 5 ans ; 5 à 10 ans; > 10 ans) ont été effectués sur les parcelles de chaque EA pour la détermination des coefficients de séquestration de carbone. Ce comptage a été nécessaire parce que les espèces ligneuses constituent un important poste de séquestration de carbone par le biais de la photosynthèse. Elles peuvent impacter le bilan carbone des EA. Leur répartition en classe d'âge a été nécessaire aussi parce que la séquestration de carbone par les arbres varie avec l’âge. L'âge des arbres a été obtenu à partir des estimations des chefs d'EA interviewés.

Tableau 1. Types d'exploitation agricoles rencontrées sur le bassin versant de Limbé

Système de cultures pratiPosition topographique de plus de 50% des parcelles

qué sur plus de 50% des

parcelles (base superficie) Pentes Plaines exondées Dépressions marécageuses Agroforesterie Type I Type III z Cultures sarclées, saufriz Type II Type IV -

Riz ou canne à sucre -

- Type V

Les plantes annuelles et les adventices ne sont pas inclus dans le calcul des coefficients de séquestration de carbone en raison de leur courte durée de vie. Les plantes cultivées sont récoltées à maturité et les adventices sont enlevés au moment de la préparation de sol. Par contre, les résidus de récolte et les adventices sont pris en compte dans l'analyse des pratiques agroécologiques (enfouissement dans le sol ou non).

Mesures dendrométriques

Des mesures dendrométriques (DEP, hauteur) ont été effectuées à l’aide d’un ruban métrique et d'un dendromètre Haglôf Sweden. Ainsi, selon les techniques consacrées, ces mesures ont été effectuées sur 779 arbres appartenant à neuf espèces (Cedrela odorata L., Anacardium occidentale L., Theobroma cacao L., Catalpa longissima, Jacqu., Swietenia mahogany L., Simaruba glauca DC, Citrus aurantium L., Persea americana Mill. et Mangifera indica L.) avec 30 unités par espèce recensée au niveau de la zone d'étude pour la détermination des coefficients de séquestration du carbone.

Méthode de calcul des coefficients de séquestration du carbone

La biomasse aérienne de chaque arbre a été obtenue par l'équation de Chave et al : biomasse aé-

. et-2977 + In(p(D+D)H))

rienne = dans laquelle p est la densité du bois en g/ cm: D est le diamètre à hauteur de poitrine (DHP) de l'arbre en cm et H, la hauteur en cm (7, 10)). Le calcul a été effectué pour tous les individus sur lesquels des mesures dendrométriques ont été effectuées. La quantité de carbone aérien (CA)

pour chaque arbre a été obtenue en multipliant la biomasse aérienne par 0.5, car le carbone aérien représente 50% de la biomasse aérienne (4). Les neuf espèces recensées ont été réparties en deux catégories suivant la densité du bois (p<0.5 et p>0.5). La combinaison des deux densités avec les trois classes d'âge a donné 6 groupes d'arbres. La

moyenne arithmétique ç°4) des n

valeurs individuelles ç Ai) du carbone aérien de chaque groupe a été

calculée : CÂ = XI ca . C’est le coefficient de séquestration du carbone aérien. Les arbres séquestrent aussi du carbone au niveau de leurs racines (carbone souterrain, CS). Le carbone souterrain représente 20% du carbone aérien. Aussi, le carbone souterrain a-t-il été calculé en multipliant la valeur du CA par 0.2 selon par la formule CS-CAx0.2 (7).

Calcul du bilan carbone

Le calculateur EX-ACT employé pour déterminer le bilan carbone de chaque EA a été conçu pour permettre d'utiliser des valeurs par défaut, d'ajouter des données ou d'inactiver des paramètres selon les réalités locales. Dans le cadre de cette étude, les paramètres suivants ont été pris en compte : coefficients de séquestration du carbone, nombre d'arbres inventoriés, âge des arbres, densité du bois, pratiques agroécologiques, cultures annuelles, systèmes pérennes, riz inondé, bétail, intrants et autres investissements (11). Les données collectées ont été saisies dans le calculateur EX-ACT version 5.2. Une valeur positive correspond à une émission nette de GES dans l’atmosphère, tandis qu’une valeur négative

Tableau 2. Superficies exploitées (ha) par les cinq types d'EA du bassin versant de Limbé ventilées par système de mise en valeur

Système de mise en valeur

Type d'EA Agroforesterie Cultures sar- Riz Canne à Total clées. sauf riz sucre

I 0.73 0.23 - - 0.96

Il 0.26 0.72 - - 0.98

III 0.41 z s 0.07 0.48

IV - 0.35 0.03 0.38

V 0.05 0.16 0.17 0.20 0.59

Tableau 3. Nombre moyen de tête de bétail dans les cinq types d'EA du bassin versant de Limbé ventilé par espèce

Type EA Bovins Caprins Volailles Porcins Lapins Equins I 2.43+1.99 1.00+2.24 7.14+9.06 = s 0.14+0.38 Il 1.75+1.67 1.00+0.93 6.00+4.66 0.25+0.71 0.13+0.35 « III 1.50+2.12 0.50+0.71 3.00+2.83 - - -

IV 2.00+1.41 2.60+3.97 8.60+13.22 : - »

V 1.38+1.85 0.63+0.74 9.00+12.15 1.00+2.83 " .

Tableau 4. Nombre moyen d'arbres dans les cinq types d'EA étudiées dans le bassin versant de Limbé en fonction de l’âge et de la densité du bois

Type Age des arbres < 5 Age des arbres = 5 - 10 Age des arbres > 10 EA p<0.5 p>0.5 p<0.5 p >0.5 p<0.5 p>0.5

I 17.4226.4 80.6+158.0 5.125.4 23.9+23.4 10.3+16.5 39.0+34.1 II 4.426.0 22.524533 1:923.2 10.9+18.9 12.3+18.0 20.5+31.1 IT 56.0+21.2 47.0+14.1 10.0+14.1 28.5+33.2 8.0+11.3 28.0+17.0 IV - -

V 6.3416.8 13.1+30.1 2.8+4.8 3.428.8 2.927.0 6.1+12.8 correspond à une séquestration Résultats et discussion

nette de carbone au niveau de l'EA. Les paramètres qui ne s'appliquent pas à la réalité des EA étudiées ont été masqués.

Analyse statistique des données Les données obtenues ont été soumises à une analyse de variance pour déterminer la variation entre les types d'exploitation. Un test de F a été effectué au seuil de probabilité 5% et une comparaison multiple des moyennes a été réalisée par le test de Duncan. Le logiciel R version 2.13.1 a été utilisé pour réaliser l'analyse.

Caractéristiques des EA échantillonnés

Les cinq types d'EA qui ont fait l'objet de la présente étude ont des caractéristiques un peu différentes les unes par rapport aux autres. Elles sont toutes de petite taille (moins d'un ha), mais les superficies qu'elles exploitent varient presque du simple au triple entre 0.30 à environ 1,0 ha (Tableau 2).

Les parcelles ne sont pas emblavées seulement par des cultures qui ont servi à la désignation du type d'EA. La SAU est en grande partie soumise aux cultures qui ont servi à

désigner le type, mais une portion (moindre) est souvent consacrée à une réalité différente. Dans le type I, les systèmes agroforestiers sont généralement mis en place avec des cultures telles que taro (Colocasia esculenta), igname (Dioscorea sp), banane (Musa sp). En outre, au sein de ce type, d'autres parcelles sont emblavées en cultures sarclées sauf riz.

Le manioc (Manihot sp), le pois congo (Cajanus cajan), le haricot (Phaseolus vulgaris), le maïs (Zea mays) et l'arachide (Arachis hypogaea) sont les principales cultures sarclées retrouvées sur les parcelles des EA du type IL Par ailleurs, des parcelles en agroforesterie ont été aussi retrouvées au niveau de ce type. Comme les systèmes agroforestiers du type I, ceux du type III sont dominés par la présence des cultures de taro, banane et d'igname. Une petite portion est consacrée à la culture de la canne à sucre (Saccharum officinarum L.). Les cultures dominantes dans le type IV sont le maïs, le pois congo, l’arachide et la patate douce. La culture du riz (Oryza sativa L.) est aussi présente au niveau de ce type, mais sur une faible portion de la superficie disponible. Le type V est mis en valeur par la culture de la canne à sucre et du riz. Les autres parcelles qui composent ce type sont en cultures sarclées, autres que riz, ou en agroforesterie.

Les principaux types d'élevage pratiqués au sein des EA sont les bovins, caprins et volailles. Le nombre de têtes de bétail a varié en moyenne de 1.38 à 2.43 pour les bovins, de 0.50 à 2.60 pour les caprins et de 3.00 à 9.00 pour les volailles. Il existe d'autres types d'élevage (porcins, lapins et équins), mais ils ne sont pas présents sur tous les cinq types d'EA étudiées (Tableau 3).

Nombre moyen d’arbres dans les EA

Le Tableau 4 présente le nombre moyen d'arbres par EA en fonction de la densité du bois et de la classe d'âge. Un plus grand nombre

Tableau 5. Coefficient de séquestration de carbone aérien et souterrain (kg C/an) dans les EA étudiées dans le bassin versant de Limbé en fonction de l’âge des arbres et de la densité du bois

Age des arbres (an) Densité du bois

Carbone aérien Carbone souter-

(g/em3) rain <5 <0.5 0.32 0.1 5-10 <0.5 4.03 0.8 > 10 <0.5 4.84 1.0 <5 >0.5 1.62 0.3 5-10 >0.5 6.52 13 > 10 >0.5 7.89 1.6

Tableau 6. Bilan carbone (t éq.CO2/ha) des cinq types d'EA étudiées dans le bassin versant de Limbé ventilé par système de mise en valeur des

terres

Type Cultures Systèmes Riz Bétail Intrants et consomEA annuelles pérennes mation d'énergie I -0.56+0.33 a -3.67+2.06 be - 10.48+13.26 a 0.26+0.26 a

Il -0.23+0.38 a -1.82+2.20 ab - 4.05+3.75 a 0.19+0.14 a

III -0.59+0.41 a -4.80+2.68 c - 4.68+6.61 a 0.27+0.12 a IV -0.31+0.20 a - 0.23+0.52 b 12.03+5.81 a 0.23+0.14 a

V -0.43+0.25 a -0.56+0.89 a 1.09+0.63a 5.18+6.48 a 0.32+0.23 a

Les moyennes accompagnées d'une même lettre dans une colonne ne sont pas significativement différentes.

Tableau 7. Bilan carbone (t éq. COz2/ha) des cinq types d'EA étudiées dans le bassin versant de Limbé ventilé par type de GES

Type COz2 biomasse CO: sol COz com- N20 CHi EA bustion

I -3.67+2.06 be -0.55+0.33a 0.26+0.26a 2.43+288a 8.06+10.44a Il -1.82+2.20 ab -0.29+0.37a 0.18+0.12a 1.10+0.87a 2.97+2.93 a III -4.80+2.68c -0.59+0.41a 0.25+0.10a 109+152a 3.61+5.11a IV - -0.3140.20 a 0.23+0.15a 3.18+1.60a 9.09+4.64 a V -0.56+0.89 a -0.43+0.25a 0.32+0.23a 1.37+152a 4.90+5.24 a

Les moyennes accompagnées d'une même lettre dans une colonne ne sont pas significativement différentes.

d'arbres a été dénombré au niveau des EA de types I et III. De plus, le type II regroupe non seulement un nombre plus important d'arbres, mais aussi des individus plus âgés et de densité plus élevée. Il n'y a pas eu d'arbres dans les EA du type IV.

Coefficient de séquestration de carbone

Le coefficient de séquestration de carbone a varié de 0.32 à 7.89 g/cm°

pour le carbone aérien et de 0.1 à 1.6 g/cem$ pour le carbone souterrain (Tableau 5).

Bilan carbone des EA en fonction du mode de mise en valeur des terres

Les cultures annuelles (sauf riz) et la culture des espèces ligneuses pérennes se sont révélées de véritables postes de séquestration de GES. En effet, le bilan carbone a varié de - 0.59 à -0.23 t éq. COha pour les

cultures annuelles et de -4.80 à - 0.56 t éq. COz2/ha pour la culture des espèces ligneuses pérennes (Tableau 6). En outre, pour la culture des espèces ligneuses pérennes, la séquestration du carbone a été significativement plus élevée au niveau du type III des EA comparé aux quatre autres. Ceci s'explique par le nombre plus important des espèces ligneuses au niveau de ce type d'EA.

De leur côté, la riziculture, l'élevage et la consommation d'énergie se sont révélés émetteurs de GES avec des bilans carbone variant de +0.19 à 12.03 t éq. COï/ha. Ces émissions s'expliquent par la décomposition anaérobie de la matière organique en riziculture inondée, la fermentation entérique dans l'élevage et la combustion des ressources énergétiques. Il n'y a pas eu de différences significatives entre les cinq types d'EA pour le bilan carbone des cultures annuelles (sauf riz), l'élevage et la consommation d'énergie. Pour la riziculture, le bilan carbone des EA du type V (1.09 t éq. COz/ha) est significativement plus élevé que celui du type IV (0.23 t éq. COz2/ha).

Bilan carbone des EA en fonction du type de GES

Les principaux GES émis par les EA sont le dioxyde de carbone (CO) par la combustion des ressources énergétiques (charbon de bois, bois de chauffe, carburants), le protoxyde d'azote (N:0) et le méthane (CH:) par la fermentation entérique des animaux (Tableau 7). La biomasse et le sol sont des séquestreurs de CO. Le COz biomasse n'a pas été mesuré dans les EA du type IV, car il ny a pas de parcelles en agroforesterie pour ce type.

Il n'y a pas eu de différences significatives entre les cinq types d'EA étudiées en termes d'émissions de N20 et de CH4 par la fermentation entérique des animaux et de CO2 par la combustion.

Bilan carbone global des EA Les EA du type III qui pratiquent l'agroforesterie en plaine exondée

sont séquestrantes de carbone avec un bilan de -0.44 t éq. COz/ha

Tableau 8. Bilan carbone global (t éq. COz/ha) des cinq types d'EA étudiées dans le bassin versant de Limbé

Type EA Bilan carbone par ha I 6.52 + 12.34 ab

Il 2.20 + 4.66 ab

I -0.44 + 4.46 b

IV 12.40 + 6.03 a

V 5.59 + 7.09 ab Moyenne 5.25.

Les moyennes suivies de même lettre dans une colonne ne sont pas significativement différentes.

(Tableau 8). Cette performance est due essentiellement à la présence des arbres en nombre important dans les parcelles. Les quatre autres types sont émetteurs avec des bilans carbone variant de 2.20 t éq. CO2/ha pour le type IT à 12.40 t éq. COz2/ha pour le type IV. Cette valeur élevée du bilan carbone dans les EA de type IV est due en partie à l'absence d'arbres dans les parcelles. De plus, les EA de ce type qui pratiquent les cultures sarclées (sauf riz) en plaine exondée exploitent la plus faible superficie (0.38 ha en moyenne), comparées à celles des autres types et ont le nombre de têtes de ruminant le plus élevé.

Le bilan carbone moyen des EA du BV de Limbé est de 5.25 t éq. CO/ ha. Cette valeur est proche de celles mesurées dans les EA françaises (47 t éq. COz/ha) et malgaches (5.33 t éq. CO2/ha), mais quatre fois plus élevée que celle des EA du Royaume-Uni estimée à 1.28 t éq. COzÿ/ha (1, 15). Toutefois, comparées aux EA du BV de Limbé, les EA européennes susmentionnées émettent beaucoup plus GES dans l'atmosphère, dû à leur grande taille soit 45.3 ha en moyenne en France et 72.1 ha en moyenne au Royaume Uni (6).

Conclusion

Le bilan carbone moyen des EA du BV de Limbé a été de 5.25 t éq.CO/ ha. Ce résultat est proche de ceux obtenus dans les EA françaises et

malgaches, mais quatre fois plus élevé que celui obtenu dans les EA du Royaume-Uni. Les EA qui pratiquent l’agroforesterie ont eu un bilan carbone plus faible que celles qui ne la pratiquent pas. Ce qui prouve que ce bilan est fortement influencé par la présence d'arbres dans les parcelles. Il a été trouvé que le mode de mise en valeur des terres influence aussi le bilan carbone des EA du BV de Limbé. Les résultats ont montré que le principal gaz émis par les activités d'élevage est le méthane, tandis que le CO» est le gaz principal émis dans les autres activités, incluant la consommation d'énergie. Or, le méthane a un potentiel de réchauffement 25 fois plus élevé que le CO».

Au regard des résultats obtenus et de ces conclusions, il parait nécessaire que des efforts soient faits pour aider les agriculteurs à augmenter la couverture arborée de leurs parcelles pour compenser les émissions de GES inévitables par les activités d'élevage et la consommation de l'énergie, en particulier le bois de chauffe et charbon de bois. Les agriculteurs ont aussi besoin d'utiliser davantage de pratiques séquestrantes de carbone dans la mise en valeur de leurs terres (ex. paillage, enfouissement de la matière organique dans le sol, fabrication et utilisation de compost).

Remerciements

Cette étude a été réalisée dans le cadre du Projet d'Aménagement Durable du bassin versant de Limbé (Projet PAD Nord) mis en œuvre par Agrisud International et le Groupe de Recherche et d'Action pour le Développement Intégré du Milieu Rural Haïtien (GRADIMIRH). Les auteurs remercient toute l'équipe du projet, en particulier les IngénieursAgronomes Hérauld MUSEAU et Nicolas SALAUN.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

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Article 3

Evaluation du risque de découverte de lésions précancéreuses du col chez les femmes opérées pour fibromes utérins à l'Hôpital Universitaire La Paix

M.-F. Civil, Laboratoire Médecine Ethique et Société (LABMES), Faculté de Médecine et de Pharmacie, Université

d'Etat d'Haïti

RESUME Civil M.-F.. 2019. Evaluation du risque de découverte de lésions précancéreuses du col chez les femmes opérées pour fibromes utérins à l'Hôpital Universitaire La Paix. RED 8 (2): 27 - 31

Une analyse rétrospective sur 4 ans (janvier 2012 — Janvier 2016) des dossiers de 89 patientes prises en charge dans le service d'obstétrique et de gynécologie de l'Hôpital Universitaire la Paix pour fibromes utérins symptomatiques, a été réalisée. Les résultats ont montré que 47,1% des patientes ayant subi une hystérectomie n'ont pas eu d'investigation cervicale pour la détection de lésions précancéreuses du col. De même, seulement 38% des patientes myomectomisées ont bénéficié d'une investigation du col. Il est rappelé que les sujets étudiés présentaient certains facteurs de risque dont l'âge de début des rapports sexuels (onze ans), le nombre de partenaires sexuels (3 en moyenne) et la multiparité. Des patientes ayant subi une ablation de fibromes ou de la matrice, respectivement 62 et 47.7% n'ont pas bénéficié d'investigation cervicale. Cela est important car 4, 6% de ces patientes ont eu une hystérectomie subtotale à cause des adhérences liées aux chirurgies antérieures sur le bassin empêchant de pratiquer l'hystérectomie totale devant le risque d'hémorragie extrême. Ce faible pourcentage court le risque de rester avec une lésion précancéreuse.

Mots clés : Lésions précancéreuses, col utérin, fibromes utérins, frottis cervico-vaginal

ABSTRACT Civil M.-F. 2019. Evaluation of the risk of discovery of precancerous cervical lesions in women operated for uterine fibroids at the University Hospital La Paix. RED 8 (2): 27 - 31

À retrospective analysis over 4 years (January 2012 - January 2016) of the files from 89 patients admitted in the University Hospital la Paix obstetrics and gynecology department for symptomatic uterine fibroids was performed. The results showed that 47,7% of hysterectomy patients did not have a cervical investigation for precancerous cervical lesions. Similarly. only 38% of myomectomized patients underwent cervical investigation. It should be noted that the subjects studied presented certain risk factors, including the age of beginning of sexual intercourses (eleven years), the number of sexual partners (three on average) and multiparity. Respectively 62 and 47.7% of Patients who underwent removal of fibroids or of the uterus, did not benefit from cervical investigation. This is important because 46% of these patients had a subtotal hysterectomy because of adhesions related to previous surgeries on the pelvis preventing total hysterectomy because of the risk of extreme bleeding. This low percentage runs the risk of staying with a precancerous lesion.

Key words: Precancerous lesions, cervix, uterine fibroids, cervico-vaginal smear

Introduction

Les lésions pré-cancéreuses et cancéreuses du col de l'utérus sont dues à des types de Human Papillomavirus (HPV). Ces derniers sont des virus communs, à ADN de petite taille de la famille des Papillomaviridae. Ils sont très répandus et sont transmis principalement par voie sexuelle aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Il existe plus de 120 types différents d'HPV dont une quarantaine peut infecter la sphère génitale (5). Parmi eux, 15 types [HPV16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59, 68, 73 et 82] sont considérés comme étant à risque oncogène [HPV-HR] et comme principal facteur de risque de CIN2-3 et de cancer du col utérin (9, 7, 11). Par contre, les HPV 6, 11, 40, 42, 43, 44, 54, 61, T0, 72, 81, et CP6108

sont connus comme étant à faible risque oncogène. Ils sont responsables des condylomes acuminés externes. Le plus souvent, ces virus sont éliminés naturellement par l'organisme. Cependant, dans 10% des cas ils peuvent persister pour causer ces maladies ont été mentionnées. Ces pathologies touchent le plus souvent la femme jeune avec un pic de diagnostic vers 40 ans. Les types 16 et 18 sont à l'origine d'environ 70% des cancers du col de l'utérus en Europe associés à un taux de mortalité très élevé (3). En France, par exemple, les nouveaux cas atteignent le nombre de 3068 avec 1067 décès en 2005 (4, 3). De plus, plus largement, le cancer du col de l'utérus, second cancer de la femme dans le monde, est responsable d'environ 250.000 décès par an

au niveau mondial (10). Toutefois, malgré sa gravité pour la santé de la femme en particulier, la prise en charge préventive et thérapeutique des lésions histologiques précancéreuses dues à ces virus est loin d'être difficile. En effet, du point de vue de la prévention primaire, il existe les préservatifs et la vaccination contre les HPV. En outre, du point de vue de la prévention secondaire, il y a le frottis cervico-utérin, la colposcopie qui sera éventuellement complétée par la réalisation de biopsies dirigées facilitant un diagnostic histologique précis sans oublier les différentes techniques thérapeutiques dont la conisation chirurgicale et au laser, la résection à l'anse, la vaporisation au laser et la cryothérapie (5). Dans les pays développés, le pronostic des cancers du col reste sombre (la survie relative à cinq ans est de 67, 8% en France), mais le frottis cervico-utérin de dépistage et les vaccins anti-HPV oncogènes (Cervarix et Gardasil) permettent une diminution de leur incidence et de leur mortalité (6).

En Haïti les pathologies cancéreuses du col utérin ne font pas encore partie des maladies sur surveillance épidémiologique, même si elles continuent à toucher une part probablement non négligeable de notre population féminine vulnérable (1). Or il est plus qu'une obligation de surveiller ces maladies car, leurs conséquences se révèlent très lourdes en termes de perte humaine. Les données locales sur l'incidence et la prévalence des lésions précancéreuses et cancéreuses du col ne sont guère disponibles. Cependant, les consultations en cliniques gynécologiques dans les hôpitaux universitaires présentent des symptomatologies cliniques qui incitent à demander des examens d'investigation du col. Un de ces examens, vu l'implication des HPV dans la carcinogenèse, en dehors d'un Pap Test positif pour

lésion intra-épithéliale, pourrait être le typage oncogénique de ce virus chez les femmes jugées à risque. En raison des conditions socioéconomiques difficiles de la population haïtienne, la prévention primaire (vaccination contre le HPV) parait impossible pour le moment. Aussi est-ce surtout la prévention secondaire, consistant à réaliser la cytologie cervico-utérine et à traiter les lésions précancéreuses qui est pratiquée. À l'heure actuelle aucune étude n’a pu évaluer le risque de la découverte des lésions néoplasiques et pré-néoplasiques chez les myomectomisées et les hystérectomisées du service de Gynécologie de l'hôpital. Ce travail de propose d'évaluer ce risque chez des patientes ayant été opérées pour fibromes.

Méthodologie

Population de l'étude

Les dossiers des patientes ayant subi une hystérectomie ou une myomectomie au Service d'Obstétrique et de Gynécologie de l'Hôpital Universitaire la Paix (OGULP) entre janvier 2012 et janvier 2016 ont été soumis à une étude observationnelle, rétrospective, unicentrique. Les patientes opérées pour utérus fibromateux symptomatiques diagnostiqués à l'échographie, après relecture des comptes rendus opératoires, ont été incluses dans cette recherche. La collecte des données a été effectuée uniquement à partir des dossiers. Les caractéristiques démographiques des patientes incluant l'âge, la gestité, la parité, l'état matrimonial ainsi que celles liées aux facteurs de risques (l’âge des premiers rapports sexuels, le nombre de partenaire sexuel cumulé, la consommation de tabac, la multiparité) ont été recueillies. Les symptômes cliniques ayant amené les patientes à consulter (passage de sang par le vagin, douleur hypogastrique, masse hypogastrique, sensation de pesanteur à l'hypogastre, masse accouchée par le vagin, masse faisant protrusion dans le vagin, masse accouchée par le col, masse abdomino-pelvienne, vomissements, constipation, arrêt des matières et des gaz, leucorrhées, dyspnée, céphalées et vertiges) ont été notées. Ont été également pris en compte les résultats de frottis cervico-vaginaux (frottis négatif pour lésion intra-épithéliale, frottis positif pour cellules malignes, carcinome squameux invasif, ASC-US, lésion intra-épithéliale de bas grade, condylome symplexe sur endocol métaphasique, hyperplasie avec présence de cellules glandulaires d'origine endométriale avec atypie moyenne, dysplasie légère sur fond condylomateux). Les caractéristiques des fibromes à l'échographie (fibrome intracavitaire, fibrome sous muqueux, fibromes intramuraux, fibrome dans le ligament large), celles des suivis après un pap-test positif (colposcopie, biopsie cervicale, biopsie endométriale) et du devenir des patientes opérées (myomectomie convertie en hystérectomie, décès avant intervention chirurgicale, décès après réhospitalisation post exéat) constituent autant de paramètres qui ont été étudiés.

Prise en charge thérapeutique Pour les 89 patientes répertoriées, aucun traitement médical n'avait été adopté. Cependant, ont été réalisées des myomectomies et hystérectomie totales dont quatre hystérectomies vaginales avec ou sans conservation des annexes et trois hystérectomies subtotales chez des anciennes césarisées présentant des adhérences avec beaucoup de saignement en peropératoire. Aucune cryothérapie ni conisation n'avait été pratiquée sur les patientes ayant eu une myomectomie. Une des 21 myomectomies avaient été convertie en hystérectomie 24h après pour cause d'hémorragie foudroyante issue de la cavité et extériorisée par la plaie opératoire.

Analyses statistiques des données

La valeur de petit « p » considérée renvoie à la probabilité d'apparition des paramètres étudiés dans le cadre de l'étude (par exemple, un type de lésion précancéreuse). Elle se calcule à partir de la formule a= racine carrée de « p+q/N » où a représente la probabilité d'apparition du paramètre considéré, p la probabilité connue via le pourcentage, q la probabilité non connue mais calculable à partir de la formule p+q=1 et N l'échantillon de l'étude. Un seuil de p=0.05 a été retenu comme significatif.

Résultats et discussions

Des 89 patientes répertoriées, 86 avaient été opérées pour cause de fibrome utérin, trois sont décédées. Un décès pour tumeur maligne récidivante avait été enregistré un an cinq mois après une « hystérectomie totale + annexectomie bilatérale » pour masse ovarienne et lésion cervicale. Les deux autres étaient survenus avant même l'intervention chirurgicale, l'un concernait un adénocarcinome invasif chez une patientes hypertendue et diabétique connue, et l’autre chez une patiente plus jeune de 35 ans et dont le décès comportait un tableau d'anémie sévère et une cardiomyopathie dilatée avec gros fibrome utérin intracavitaire récidivant. Maïs ces trois cas de décès ne sont pas considérés dans nos calculs statistiques. Trois cas d'antécédents de grossesses molaires développant des choriocarcinomes ont été aussi identifiés dans la population étudiée.

Caractéristiques de la population

Les patientes étaient en moyenne âgées de 45 ans et 1mois (minimum 19 ans et maximum 82 ans) : l’âge moyen des premiers rapports sexuels était de 21 ans et 3 mois 18 jours (minimum de 11 ans et maximum 32 ans), l’âge médian des premiers rapports sexuels était 20 ans. Le nombre moyen de partenaire sexuel était de 3,33. Du point de vue de l'habitude de vie, deux patientes fumaient régulièrement du tabac : cinq se reconnaissaient hypertendues et deux étaient des diabétiques connues (Tableau 1). Sur les 86 patientes, trois avaient un antécédent de section césarienne : trois avaient un antécédent de grossesse molaire. Il y avait aussi 22 grandes multipares contre 27 nullipares. Quatre des patientes avaient des prolapsus utérins dont un de

Tableau 1. Caractéristiques cliniques de la population étudiée (86 patientes)

Caractéristique des Patientes Effectif Fréquence Grande multipare 22 25.58 Nullipare 24 31.39 Consommation Tabac 2 2.32 ATCD de HTA 5 5.81 ATCD de diabète 2 2.32 ATCD de section césarienne 3 3.49 ATCD de grossesse molaire 3 3. 49 Passage de sang par le vagin 50 58. 14 Douleur hypogastrique 43 50.00 Masse hypogastrique 12 13. 95 Masse hypogastrique 12 13.95 Masse abdomino-pelvienne 3 3.49 Masse hypogastrique 12 13. 95 Masse abdomino-pelvienne 3 3.49

Tableau 2. Distribution des différents types de lésions précancéreuses

identifiées dans l'étude

Types de lésions précancéreuses Effectif (43) Fréquence Négatif pour lésion intra-épithéliale 29 65,8% Positif pour cellules malignes L 2, 4% Carcinome squameux invasif 2 4, 8% ASC-US 4 9,7% Lésion intra-épithéliale de bas grade 4 9,7 %) Condylome simplexe sur endocol métaplasique 1 2. 4% Présence de cellule glandulaire endocervicale avec 1 2, 4% atypie moyenne

Dysplasie légère sur fond condylomateux du col utérin 1 2, 4% Tableau 3. Investigations du col de l'utérus

Examens d'investigation du col Effectif Fréquence Pap Test avant Myomectomie 8/21 38%

Colpo avant myomectomie 1/21 4, 8% Biopsie avant myomectomie 0/21 0% Pap+colpo+bio avant myomect. 0/21 0%

Pap Test avant hystérectomie 31/65 47, 8%

Colpo avant hystérectomie 0/65 0%

Biopsie cerv. avant hystérectomie 6/65 9. 2%

Pap + Colpo avant hysti. 1/65 1,7%

Pap +colpo+ bio avant hyst. 0/65 0%

1 Hyst =Hystérectomie ; colpo= colposcopie : Pap = FCU ou encore FCV

grade II, deux de grade III et un autre de grade IV.

L'analyse des données collectées montre clairement que les patientes présentaient pour une part non négligeable des facteurs de risque évocateurs de l'HPV. D'abord l'âge moyen de ces rapports étaient de 21 ans et trois mois avec un minimum de 11 ans et un maximum de 32 ans et l’âge médian de 20 ans. Ensuite, le nombre moyen des partenaires sexuels étaient de 3,33. Puis, 25,58 % des patientes étaient de grandes multipares. Et enfin, au moins 2 % fumaient régulièrement du tabac. Il s'agissait donc d'une population à risque (Tableau 1). Or le Pap test avait été réalisé seulement pour 50 % : le suivi préop après un test positif était seulement de 64, 3 %. Cela explique aussi qu'il y avait une investigation insuffisante du col utérin avant myomectomie et/ou hystérectomie. En effet, seulement 38% des patientes myomectomisées avaient une investigation des lésions précancéreuses et cancéreuses du col. Quant au suivi après un FCV+, 48 % de nos femmes arrivaient à bénéficier d'une colposcopie, mais non suivie d'une biopsie cervicale ou endométriale. Par ailleurs, les résultats des FCV ne paraissent pas anodins. Mis à part les résultats négatifs pour lésion intraépithéliale et maligne (p= 0, 07), tous les autres résultats sont significatifs. Par exemple, un carcinome squameux invasif est significatif au seuil de p= 0, 05. Cela signifie que sur 100 femmes vues 5 pourront présenter un carcinome squameux invasif avec une marge d'erreur de 5% (Tableau 2). D'un autre côté, les FCV avant hystérectomie étaient de 47, 8%. Qu'en est-il des suivis pour les résultats positifs ? Il n'y a pas eu de colpo : mais 9,2% de biopsies cervicales contre 1,7% de biopsie endométriale avaient été enregistrées avant la pratique de l’hystérectomie dans le service d'Obstétrique et de Gynécologie de l'hôpital (Tableau 3). Ce qui est à retenir ici c'est que, beaucoup de ces femmes myomectomisées sont retournées chez elles avec le risque de dévelopRED 8 (2) Juin 2019 29

Tableau 4. Les gestes chirurgicaux effectués

Interventions Chirurgicales Effectif Fréquence Myomectomie 21/86 (24. 42 % Hystérectomie 65/86 75.58% Hystérectomie subtotale 3/65 4,6% Hystérectomie vaginale 4/65 6.15% Hystérectomie totale 62/65 95, 38% Tableau 5. Les points faibles des gestes chirurgicaux Interventions chirurgicales Effectif Fréquence Hystérectomie avec Pap + 14/65 21,5% Hystérectomie sans EICU1 31/65 47,7% Myomectomie sans EICU 13/21 62%

1EICU= Examen d'Investigation du Col de l'Utérus

per un CINI1, CIN2 ou CIN3 ou encore avec une lésion intraépithéliale de bas grade ou de haut grade. Ainsi, beaucoup de celles qui ont été hystérectomisées sont retournées chez elles avec probablement un cancer invasif puisque plus de 50 % n'avaient pas eu de FCV et plus de 90 % pas de biopsies cervicales.

La thérapeutique appliquée consistait uniquement chirurgicale ; les patientes étaient soit myomectomisées (24,42 %), soit hystérectomisées (75,58%). Celles qui, en raison des adhérences avaient subi une hystérectomie subtotale étaient de 4,6% (p= 0, 02%). En fait, les trois patientes concernées, étaient des anciennes césarisées (Tableau 4).

Il est vrai que les gestes chirurgicaux qui avaient été réalisés étaient en soi corrects, mais il reste à poser le problème des résultats à long terme. Cette préoccupation n'est pas sans importance ; car 21,5% (p= 0, 05) de nos hystérectomisées ont eu un FCV positif mais sans suivi, c'est-à-dire, sans colposcopie ni biopsie cervicale et/ou endométriale. En outre, 47,7% (p= 0, 03) n'ont pas eu des examens d'investigation du col. On sait pourtant que les lésions précancéreuses sont asymptomatiques. De tels examens pourraient influencer la technique chirurgicale qu'il fallait appliquer lors des interventions et ceci pour le bien-être des patientes. La même réflexion vaut aussi et même beaucoup plus grave pour les myomectomisées dont 62% sont opérées sans examen d'investigation du col de l'utérus, c’est-à-dire sans FCV, sans colposcopie ni biopsie. En agissant ainsi, même si ce résultat n'est pas significatif en raison de la taille de l'échantillon, il y a de fortes possibilités que les risques véritables aient été ignorés (Tableau 5). Il faut remarquer aussi que parmi les 21 myomectomies réalisées une seule a été convertie en hystérectomie pour des raisons d'hémorragie postopératoire. Aucune des patientes n'avait apporté les résultats d'histopathologie de la pièce opératoire, alors que ces derniers auraient été d'une grande importance pour le suivi postop.

A côté de tout cela, que prescrivent

les normes en matière de dépistage

des lésions précancéreuses du col ?

Ces normes dictent ce qui suit.

Quand un frottis est anormal, il y a

deux possibilités :

1.Colposcopie d'emblée. Si la colposcopie est satisfaisante, on demande une biopsie dirigée. Dans le cas contraire, une conisation diagnostique doit être pratiquée.

2.Si le cervico-utérin de contrôle à 6 mois révèle des anomalies cytologiques, on demande une colposcopie. Si ce FCU ne révèle pas d’anomalies cytologiques, 2 frottis cervico-utérins à 12 mois d'intervalle doivent être pratiqués. Si ces derniers révèlent des anomalies cytologiques persistantes, on fait la colposcopie. Si non, on fait une surveillance gynécologique régulière (8).

L'absence de dépistage représente le plus gros facteur de risque du cancer invasif ;: cela explique sa plus grande fréquence dans les pays en voie de développement (8). Cette recherche le prouve dans le cas d'Haïti. De plus, Certains auteurs recommandent de faire le premier frottis à l’âge de 20 ans et de le répéter un an plus tard pour éviter les faux négatifs (8).

Conclusion

Ce travail a permis d'évaluer les actions du Service d'OG de l'Hôpital Universitaire la Paix en termes d'investigation des lésions précancéreuses du col de l'utérus chez les patientes venues en consultation pour fibromes utérins symptomatiques et pour lesquels elles devaient se faire opérer soit par myomectomie ou par hystérectomie. Il a été constaté qu'à plusieurs égards, il y a un risque non négligeable de découvrir des lésions prénéoplasiques et néoplasiques chez les femmes devant être opérées pour fibromes au sein de ce service. Le travail révèle que 47,7 % (p= 0,03) des patientes ayant subi une ablation de l'utérus n'ont pas eu d’investigation cervicale en termes de lésions précancéreuses du col. De plus, 21, 5% (p= 0,05) de nos hystérectomisées ont eu un FCV positif ; et seulement 38% des patientes myomectomisées ont bénéficié d'une investigation du col contre 62% (p= 0,11) sans investigation cervicale à la recherche des lésions précancéreuses. Or cela est important car 4, 6% de ces myomectomisées (p=0,02) ont une hystérectomie subtotale à cause des adhérences liées aux chirurgies antérieures sur le bassin empêchant de totaliser l'hystérectomie devant le risque d’hémorragie extrême. Ce faible pourcentage court le risque de rester avec une

lésion précancéreuse. Or en même temps la population étudiée est exposée à plusieurs facteurs de risques dont l’âge du début des rapports sexuels, le nombre de partenaires sexuels non négligeables et la grande multiparité. De plus, dans un contexte où 100 % des patientes ne font pas examiner leur pièce opératoire après le geste chirurgical, la prévention et le dépistage précoce des lésions néoplasiques et prénéoplasiques doivent être une obligation. Devant cet état de fait, les recommandations suivantes sont faites aux différents acteurs du service hospitalo-universitaire et aux instances chargées d'élaborer et d'exécuter les politiques publiques de soins en matière de santé de la femme : l.Avant d'effectuer une myomectomie ou une hystérectomie, il faut s'assurer d'une bonne évaluation cervicale afin d'identifier et de prendre en charge les lésions précancéreuses du col et aussi orienter les techniques chirurgicales et la surveillance postopératoire. 2.Si1 le col est le siège de lésions précancéreuses :

a)Si la dame ne complète pas encore sa famille, la prise en charge des lésions après myomectomie pourra se faire : dépendant de l’état clinique de la patiente elle pourra aussi se faire avant (c'est au clinicien de juger).

b)Si elle a fini de compléter sa famille, il faudra la préparer psychologiquement à accepter une hystérectomie totale.

c) En cas de carcinome in situ versus invasif, après l'hystérectomie totale il faudra toujours une surveillance.

3.$Se rappeler toujours que s’agissant d'une femme sexuellement active, le problème n'est pas le myome mais, ce qu'on laisse après une myomectomie ou une hystérectomie.

4.Que toutes les patientes soient couvertes par une assurance maladie. Ainsi, le risque élevé de ne pas trouver le résultat d’histopathologie pour cause économique vue la précarité économique de la population de dessertes, pourra-t-il être réduit.

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10. Rakotomahenina, H.. Bonneau, C.. Ramanah, R. Rouzier, R. Brun J-L., Riethmuler D. 2016. Epidémiologie, prévention et dépistage du cancer du col de l’utérus, EMC — Gynécologie volume 11/ numéro 1/, p.1

11. Walboomers, J. M., Jacobs, M. W., Manos, M. M. Bosch, F. X. Kummer, J. A. Shah, K. V. 1999. Human papillomavirus is a necessary cause of invasive cervical cancer worldwide. J Pathol: 189:12-9.

Article 4

Prise en charge des symptômes douloureux par la médecine traditionnelle Haïtienne : Résultats d’une enquête réalisée dans le quartier de Martissant B. Salla, Douleurs Sans Frontières (DSF), Fondasyon Konesans Ak Libète (FOKAL)

Extrait de : Blandine Salla. Prise en charge des symptômes douloureux par la médecine traditionnelle haïtienne : résultats d'une enquête réalisée dans le quartier de Martissant à Port au Prince. Revue Douleurs. Volume 18 - Pages 223-233.Copyright ©2017 Elsevier Masson SAS. Tous

droits réservés

RESUME Salla B. 2019. Prise en charge des symptômes douloureux par la médecine traditionnelle Haïtienne : Résultats d'une enquête réalisée dans le quartier de Martissant. RED 8 (2): 19 - 26

Une enquête ethnobotanique a été menée en 2015 par Douleurs Sans Frontières et FOKAL auprès de la population de Martissant. L'objectif était de déterminer les connaissances et les pratiques des familles en matière de prise en charge des symptômes et/ou des pathologies douloureuses par les plantes. Les données récoltées ont permis de mettre en évidence l'importance de la médecine traditionnelle familiale pour ces pathologies dans la zone considérée et d'actualiser les savoirs dans le domaine en mettant en relief les propriétés des espèces répertoriées. Le travail a aussi consisté à identifier les plantes présentant un intérêt particulier pour des recherches ultérieures et à envisager des complémentarités possibles entre médecine traditionnelle et médecine conventionnelle pour la prise en charge de certaines douleurs. Cet article présente la méthodologie utilisée ainsi qu'une synthèse des résultats de l'enquête.

ABSTRACT Salla B. 2019. Main results of the survey conducted in the district of Martissant about the management of painful symptoms by traditional Haitian medicine. RED 8 (2): 19 - 26

In 2015, Douleurs Sans Frontières and FOKAL conducted an ethnobotanical survey among the population of Martissant. The main goal of the study was to identify the knowledge and practices of the households in their management of symptoms and/or pains by the use of medicinal plants. The outcomes of the survey contribute to updating the scientific data in the field of traditional medicine in Haïti, focusing on most promising plants -paving the way for further investigations- and considering possible complementarities between traditional and conventional medicine in the management of pain. This article presents a synthesis of the results of the survey and its methodology.

Introduction et contexte

La médecine traditionnelle a été pendant des millénaires la seule source de soins pour les malades à travers le monde. Aujourd'hui encore, quand elle n'est pas l'unique recours, elle constitue un complément assez utile voire une alternative à la médecine conventionnelle. Les médicaments à base de plantes et de matière animale, transmis de génération en génération, constituent un héritage culturel qu'il faut à tout prix préserver.

En Haïti, et plus globalement dans les pays où les systèmes de santé conventionnels sont peu performants et/ou accessibles, la médecine feuille est le premier recours du malade. Cette médecine n'est d'ailleurs pas incompatible avec les systèmes conventionnels, dits modernes, et présente de nombreux avantages pour les patients : elle est familière au patient qui lui accorde sa confiance contrairement à la médecine conventionnelle souvent méconnue :

le tradipraticien est souvent plus proche géographiquement que les dispensaires et les autres structures de santé classiques et est donc plus accessible au patient. A cela s'ajoute un intérêt économique : la médecine traditionnelle, surtout dans sa pratique familiale, permet d'éviter le recours à des soins coûteux (notamment les médicaments conventionnels) et parfois de moindre qualité.

Cette médecine peut donc représenter une alternative intéressante, notamment pour le traitement des douleurs, domaine parfois négligé par la médecine conventionnelle. D'autre part, la richesse de la flore haïtienne permet d'espérer trouver des moyens de soulagement efficaces à partir des plantes du pays qui présenteraient des propriétés thérapeutiques avérées sans effets toxiques.

Ces réflexions ont porté Douleurs Sans Frontières (DSF), dans le

cadre de son appui à l'Unité douleur (UD) de l'Hôpital de l'Université d'Etat d'Haïti (HUEH), à s'intéresser aux traitements de la douleur par la médecine familiale haïtienne et à entreprendre une enquête ethnobotanique sur la prise en charge des symptômes douloureux. Cette enquête a été réalisée dans le quartier de Martissant, à Port au Prince, en partenariat avec FOKAL.

Méthodologie

La méthodologie adoptée pour cette enquête s'est inspirée de celle utilisée par TRAMIL (6) qui est un programme de recherche appliquée à l'usage populaire de plantes médicinales dans la Caraïbe. TRAMIL a pour mission de valider scientifiquement les usages traditionnels de plantes médicinales pour les soins de santé primaire. Le programme TRAMIL a étendu ses recherches à la majorité des territoires qui touchent la mer des Caraïbes, à travers la réalisation d'enquêtes et en utilisant une méthodologie uniforme. La méthode consiste à mener une enquête ethnobotanique effectuée à l'aide d'un questionnaire et d’entrevues de type face à face auprès d'une population donnée et prenant comme point de départ non pas les plantes mais les symptômes ou problèmes de santé. Pour ce présent travail, on est donc parti des symptômes douloureux pour remonter aux médications utilisées.

Critères de sélection des symptômes douloureux

Les symptômes douloureux ont été sélectionnés en tenant compte des motifs de consultations les plus fréquents à l'Unité Douleur de l'HUEH et en fonction de certains travaux de TRAMIL et de Rouzier (3, 5). Ainsi les trois symptômes douloureux retenus sont rimatis (rhumatisme), doulè do (lombalgie) et anemifalRED 8 (2) Juin 2019 19

sifom (drépanocytose, anémie falciforme).

De plus, dans le souci de toucher la réalité de la population en matière d'expérience douloureuse personnelle, la deuxième partie du questionnaire a été orientée sur la dernière douleur ressentie par les enquêtés eux-mêmes.

Zone d'intervention

L'enquête a été réalisée dans le quartier de Martissant, commune de Port au Prince d'environ 300 000 habitants située au sud-ouest de la capitale. C’est une zone à forte densité de population, avec un accès limité aux services de base, notamment dans les domaines de la santé et de l'accès à l'eau. Dans ce quartier, trois zones ont été sélectionnées selon des critères de densité, d'accessibilité et de représentativité de la variété démographique et sociale du quartier. Il s’agit des zones de Manigat, Beny et Delouis.

Groupes visés et types d’échantillonnage

Il nous semblait intéressant de pouvoir comparer certaines données issues des ménages avec les connaissances de deux catégories de professionnels de cette médecine traditionnelle : les docteurs-feuilles et les marchandes de feuilles. Ainsi, trois populations distinctes ont été interviewées dans les zones d'intervention :

Un échantillon aléatoire de T47 ménages.- Les zones ont été séparées en bloc et les enquêteurs ont été répartis selon cette segmentation. Dans chaque bloc, un premier logement était repéré de façon aléatoire, à partir duquel un intervalle régulier de 2 logements devait être laissé entre chaque ménage enquêté. Les logements enquêtés étaient ensuite marqués d'un numéro afin de les distinguer et de superviser le travail des enquêteurs.

Les docteurs feuille (Doktèfèy).- 30 docteurs feuille (tradipraticiens) ont été interviewés, principalement dans les zones de Beny et Delouis.

Les marchand(e)s de feuilles (Machannfèy).- 37 marchand(e)s de

feuilles ont été interviewés dans les trois zones d'intervention.

Méthodes de collecte et d’analyse des données

Pour collecter les données sur le terrain, nous avons élaboré un questionnaire commun en créole avec des questions ouvertes et fermées. Au total le questionnaire comprend 84 questions. La durée moyenne d'interview est de 30 à 45 minutes. Avec le support technique de FOKAL, le personnel de l'enquête a été recruté sur la base de son expérience dans la réalisation d'enquête et de sa connaissance de la zone. Au total, l'enquête de terrain a été réalisée par 17 personnes dont 11 enquêéteurs (6 femmes et 5 hommes), 3 superviseurs et 3 guides. L'enquête de terrain a duré deux semaines, du 20 au 31 juillet 2015. La saisie des données a été réalisée au cours des mois d'août et de septembre 2015. Le logiciel SPSS a été utilisé pour la saisie ainsi que pour l'analyse des données.

Limites de la méthodologie et de l'enquête

Limites liées à l'expression et à la connaissance de la population vis-àvis de leurs symptômes douloureux L'analyse des données de l'enquête est basée sur les symptômes douloureux tels qu'ils sont connus et exprimés par la population. Cela peut entraîner des limites ou des approximations pour trois raisons :

- Les termes utilisés pour certains symptômes douloureux n'ont pas d'équivalence en médecine conventionnelle et/ou de traduction en langue française (doulè gaz, doulèfredi, etc.).

Les termes médicaux sont parfois déviés de leur sens originel (ceux de la biomédecine européenne) par la population. Leur transcription dans les termes de la médecine conventionnelle crée une difficulté supplémentaire en l'absence d’une nosologie locale clairement théorisée.

Les enquêtés n'ont pas toujours la capacité de diagnostiquer les/leurs affections. Cela est particulièrement vrai pour le rhumatisme et l'anémie falciforme qui peuvent

être confondus avec d'autres pathologies douloureuses.

Chaque fois que cela était possible, nous avons donc recoupé les réponses à plusieurs questions (que ressentez-vous quand vous avez ces douleurs ? dans quelle partie du corps ressentez-vous ces douleurs ? etc.) afin d’avoir une impression diagnostique. Mais, il nous a semblé important de garder autant que possible les symptômes tels qu'exprimés par la population.

Limites de la comparaison des résultats avec la littérature scientifique Le travail de comparaison des résultats avec la littérature scientifique n'est pas exhaustif. Il a essentiellement été réalisé à partir des ouvrages « la médecine traditionnelle en Haïti », « plantes médicinales d'Haïti », « plantes médicinales caribéennes » et « Pharmacopée végétale caribéenne » (2, 3, 5, 6). Un travail de recherche plus approfondi pourra être réalisé dans un deuxième temps.

Limites liées aux précautions d'usage relatives à l’utilisation des plantes

Il est important de préciser ici que les réponses données par les enquétés ne tiennent pas toujours compte des dangers de l'administration des remèdes notamment par voie orale. Les résultats révèlent donc les connaissances et les croyances des répondants sur l'usage des plantes et non pas des recommandations validées scientifiquement. En effet, si beaucoup de plantes n'ont pas d'effets secondaires lorsqu'elles sont utilisées à des doses connues et normalisées, certaines ont des effets toxiques pouvant être graves, même à faible dose. D'où l'importance de la connaissance sur les plantes médicinales et le rôle des monographies dans l'utilisation à bon escient de substances médicamenteuses d'origine végétale.

Résultats et discussion

Dans cet article nous ne présentons qu'une synthèse des résultats et analyses et non pas l'intégralité des données récoltées. Ainsi, les caractéristiques socio démographiques de

Tableau 1. Fréquence par type de douleurs ressenties

Regroupement des douleurs

Réponses

Nombre Pourcentage

Maux de ventre dont : 258

Douleurs épi gastriques/thoraciques 45 31.7% Douleurs pelviennes 58

Autres douleurs abdominales 103

Maux de tête 256 314% Myalgies /Douleurs Lombaires 112 13.8% Douleurs articulaires (rhumatismes) ou ostéo tendineuses 96 11.8% Autres 103 12.7% Pas de réponse 3 0.2% Total 814 100%

la population enquêtée ne seront

pas détaillées ici : néanmoins nous

pouvons retenir que :

-78% des répondants sont des femmes. Ce taux élevé peut s’expliquer par deux facteurs : d’une part l'enquête a été réalisée en journée à domicile où les femmes sont plus présentes généralement ; d'autre part, les femmes semblent mieux informées que les hommes sur l'utilisation des plantes, et sont donc plus disposées à répondre.

- 46.6% des personnes enquêtées sont nées dans le département de l'Ouest où elles vivent actuellement. Les départements du SudEst, du Sud et des Nippes regroupent la majorité des enquêtés nés en dehors du département de l'Ouest.

- La taille moyenne des ménages dans cette population est de 6.2 personnes.

Symptômes douloureux et recours les plus fréquents

Cette enquête apporte beaucoup d'informations sur les symptômes douloureux les plus fréquents et sur les comportements de la population face à ces problèmes de santé courants.

On constate en premier lieu que les maux de ventre, les maux de tête et les douleurs musculo-articulaires et rhumatismales sont très répandues dans cette population. Le tableau 1 regroupe les réponses à la question « quelle est la dernière douleur que vous avez ressentie ? » par fréquence de citation.

Les causes de ces douleurs sont multiples et souvent méconnues (29% des personnes enquêtées ne connaissent pas la cause de leur dernière douleur). Mais on remarque que les répondants sont assez nombreux à citer l'hypertension et le stress (8%) comme étant à l'origine de leur dernière douleur. On note aussi qu'ils sont près de la moitié à avoir une activité économique pouvant entrainer des mauvaises postures, le port de charges lourdes et/ou une exposition prolongée au soleil (commerce de rue, maçonnerie, etc.). La fatigue et l'effort physique sont d’ailleurs des causes citées par 8% de la population pour expliquer leurs maux. Les maux de ventre sont le plus souvent expliqués par les « gaz » ou par les cycles menstruels.

En ce qui concerne les symptômes douloureux présélectionnés dans le cadre de l'enquête, les morbidités déclarées sont très élevées et révèlent une forte prévalence de ces pathologies dans la population de Martissant : 74% des ménages se déclarent touchés par le rhumatisme (au moins une personne au sein du ménage) et 69% par la lombalgie. Ces prévalences sont certainement liées aux activités professionnelles exercées par la population comme nous l'avons noté plus haut. Les ménages déclarent pâtir de fortes difficultés (handicaps et problèmes économiques) liées à ces pathologies.

Concernant l’anémie falciforme les résultats sont surprenants et probablement sur estimés : 60% des ménages déclarent avoir au moins une personne touchée dans leur foyer. Cela suggère une probable méconnaissance de la maladie par une partie des enquêtés ou une confusion entre anémie et anémie falciforme. Les résultats de l'enquête et les estimations de prévalence pourront être comparés avec l'étude de prévalence de la drépanocytose qui est actuellement en cours dans le pays (Figure 1).

Face à ces douleurs qui, pour la plupart, peuvent revenir régulièrement voir être chroniques, la population enquêtée a d’abord recours à la médecine traditionnelle et familiale (65% des premiers recours et ce taux atteint 75% pour les maux de ventre). Le graphique ci-dessous (figure 1) représente les tous premiers réflexes de la population face à une douleur, qu’elle soit chronique ou aiguë.

On constate également que le recours au remède traditionnel est le plus fréquent quel que soit le niveau d'étude du répondant. Cette fréquence est légèrement plus faible chez les répondants ayant été à l'université ou dans une école professionnelle mais la corrélation entre ces deux variables est peu significative. On note que ces remèdes sont le plus souvent utilisés dans une optique de soulagement de la douleur et non pas de guérison totale.

L’automédication (achat de médicaments dans la rue, à la pharmacie

Rien du tout. AUS _ Pas de réponse

ax 1% 0% Automédication 15% Houngan 0% Docteur #N |

1%

Centre de santé ou hôpital 14%

Figure 1. Répartition des répondants en fonction du 1‘ recours

ou médicaments déjà disponibles chez soi) est le deuxième choix de la population (15% des premiers recours), notamment dans la catégorie d'âge 18-25 ans où ce taux atteint 30%. Il est possible que ce type de recours soit de plus en plus fréquent du fait de l'augmentation ces dernières années du commerce illicite de médicaments dans le pays. En effet ce commerce est de plus en plus visible dans les rues, dans certaines boutiques et dans les transports publics du pays. Ces médicaments sont souvent moins chers et plus accessibles géographiquement. Néanmoins, même dans cette tranche d'âge (18-25 ans), le recours au remède traditionnel est majoritaire en première intention (50,4%). En considérant le recours aux remèdes traditionnels et à l’automédication (Figure 1), on constate que 80 % de la population gère de manière autonome les problèmes de santé considérés dans l'enquête.

Le recours au centre de santé ou à l'hôpital est plus courant pour les douleurs de type musculoarticulaires et rhumatismales, ainsi que pour l'anémie falciforme. La sollicitation des médecins feuille ou du Hougan en première intention est marginale pour toutes les douleurs citées.

Connaissance et utilisation de la médecine traditionnelle familiale

Un autre constat important est la grande connaissance de la population sur cette médecine traditionnelle, et ce quel que soit le niveau d'étude ou la classe d'âge. 87% des enquêtés connaissaient un ou plusieurs remèdes pour la dernière douleur ressentie. Ce taux oscille entre 68 et 75% pour les douleurs présélectionnées dans le cadre de l'enquête, c'est-à-dire des douleurs qui ne les concernent pas forcément ou pas directement. Les remèdes cités par les ménages sont similaires aux réponses des marchands de feuille et des docteurs-feuilles pour les mêmes maux. Cette constatation prouve encore la compétence acquise par les familles dans ce domaine. La diversité des remèdes

Tableau 2. Plantes les plus citées pour les dernières douleurs ressenties

Noms ver- Traduction littérale et Fré- %de Nomscientifique naculaires noms vulgaires fran- quence réponhaïtiens çais* dants

Atiyayo Grand framboisin 181 26% Ocimum gratissimum Aran Aran 101 14% Rhytido phyllum sp. Asosi Assorossi 83 12% Momordica charantia Ti bonm Petit baume ; menthe 71 10% Mentha nemorosa Zanmann Amandier ; badamier 44 6% Terminalia catappa Fèydoulè Feuille douleur ; noni 40 6% Morinda citrifolia Maskreti Palma Christi ; ricin 46 6% Ricinus communis Kalbas Calebassier 43 6% Crescentia cujete Kachiman Cachiman 45 6% Annona reticulata Zoranj si Orange sure ; bigaradier 45 6% Citrus aurantium Gwoten Gros thym ; origan cubain 34 5% Plectranthus amboinicus Pwa kongo Pois congo ; pois d'Angole 36 5% Cajanus cajan

Kafe Caféier 32 5% Coffea arabica L. Papay Papayer 29 4% Carica papaya Lachdy La chose 29 4% Pluchea symphytifolia Simenkontra Ansérine 29 4% Chenopodium ambrosioides Lay Ail 27 4% Allium sativum Twonpèt Trompette ; Coulequin 27 4% Cecropia peltata L. Timedsyen Médicinier sauvage 27 4% Jatropha gossypifolia Ave Anamu 22 3% Petiveria alliacea

* Dans cette colonne, les termes en italique sont les traductions littérales : en police normale

les noms français.

utilisés est également surprenante : Environ 200 végétaux et aliments ont été répertoriés dans le cadre de cette étude.

Les plantes, et en particulier les feuilles encore fraiches, représentent la grande majorité des remèdes cités. La plupart des plantes sont achetées dans les marchés mais certaines sont disponibles dans les zones enquêtées, à domicile ou dans les raje (parcelle herbacée non cultivée). Le mode de préparation le plus courant est la décoction pour une administration par voie orale (thé feuille). L'application locale (compresse, massage, etc.) ou le bain sont également des modes d’administration courants pour soulager les rhumatismes, les lombalgies et les maux de tête. Le plus souvent il s'agit d'association de plusieurs plantes, bien que les plantes puissent également être utilisées seules. Bien souvent 3 plantes sont combinées dans un remède.

On note d'ailleurs, par rapport aux

quantités utilisées, que le chiffre 3 revient régulièrement dans les réponses : « 3 racines », « 3 feuilles », « 3 branches » etc. Ce phénomène est peut-être représentatif de croyances et de rituels autour de la préparation des remèdes car ce chiffre a une importance majeure dans la religion vaudou notamment.

Certaines pratiques de la population dans l'utilisation de ces remèdes sont cependant discutables : d'une part, les remèdes sont administrés sur une période courte, souvent 1 à 2 jours, ce qui est assez surprenant pour des douleurs récurrentes ou chroniques. Des recherches complémentaires pourraient être utiles pour confirmer ou nuancer la pertinence des posologies utilisées. D'autre part, certaines plantes citées peuvent présenter une certaine toxicité (c'est le cas de la plante ti medsiyen), ou être déconseillées par TRAMIL (6) chez la femme enceinte et les enfants de moins de 3 ans (Atiyayo et Asosi par exemple). Or,

t n

Tableau 3. Plantes les plus citées pour soulager les maux de ventre et modalités d'utilisation

Plantes Effec- ‘de Partie* Symptômes Forme de Voie d'admiutilisées tifs répon- prédominants** prépara- nistration dants tion

Atiyayo 81 35% Feuille (F) (S) Toutes catégories Décoction Voie orale

Aran 56 24% Feuille (F) (S) Toutes catégories Décoction Voie orale

Ti bonm 45 20% Feuille (F) (S) Abdominale et Décoction Voie orale pelvienne

Asosi 30 13% Feuille (F) (S) Toutes catégories Décoction Voie orale

Lachoy 19 8% Feuille (F) (S) Abdominale Décoction Voie orale

Kalbas 22 7% Feuille (F) Pelvienne Décoction Voie orale

Lay 17 7% Pelures (S) Abdominale et Décoction Voie orale épigastrique

Pwa kongo 16 T# Feuille Abdominale et Décoction Voie orale pelvienne

Twonpèt 14 6% Feuille Abdominale et Décoction Voie orale pelvienne

Kachiman 12 5% Feuille Abdominale et Décoction Voie orale épigastrique

Gwoten 10 4% Feuille Toutes catégories Décoction Voie orale

Jiwof 9 4% Fleur (clous) Abdominale et Décoction Voie orale pelvienne

*(F) = fraiche : (S) = sèche **Plantes utilisées selon les trois sous catégories pour les maux de ventre : épigastrique, abdominale ou pelvienne.

Tableau 4. Plantes les plus citées pour soulager les maux de tête et modalités d'utilisation

Plantes Effec- % de ré- Partie Forme de pré- Voie d’administrautilisées tifs pondants* paration tion

Atiyayo 39 18% Feuille (F) Décoction Voie orale ou application locale

Asosi 36 17% Feuille (F) Décoction Voie orale

Zanmann 32 15% Feuille (F) Décoction Voie orale

Kafe 27 13% Feuille (F) Décoction Bain, compresse ou voie orale

Ave 19 9% Feuille, racine Décoction ou pilé Voie orale ou appliF) cation dans le nez

Zoranj si 19 9% Feuille (F) Décoction Voie orale ou application locale

Kachiman 18 8% Feuille (F) Décoction Voie orale

Vèvenn 17 8% Feuille (F) Décoction Voie orale

Feydoulè 16 7% Feuille (F) Décoction Voie orale ou application locale

Aran 15 7% Feuille (F) Décoction Voie orale

Langichat 14 7% Feuille (F) Décoction Voie orale

Gwoten 12 6% Feuille (F) Décoction Voie orale

Kowosol 11 5% Feuille (F) Décoction Voie orale

Tibonm 10 5% Feuille (F) Décoction Voie orale

*Parmi la population ayant déclaré avoir eu des maux de tête et connaitre un remède traditionnel

ces précautions d'usage ne sont pas signalées par une grande partie de la population.

Les plantes les plus évoquées par les enquétés et leurs modalités d'utilisation

Toutes douleurs confondues, les plantes les plus citées sont détaillées dans le tableau 2.

Les tableaux 3, 4, 5, 6 et 7 détaillent, pour chaque symptôme douloureux, les plantes citées par au moins 4% des répondants. Les répondants sont les enquêtés ayant déclaré connaître un remède pour la douleur en question. Chaque répondant pouvait citer 3 plantes. Les formes de préparation et les voies d'administration sont également précisées.

Plantes présentant un intérêt particulier

Les plantes les plus citées par les enquêtés (Atiyayo, Aran, Asosi et Ti bonm) sont utilisées pour soulager plusieurs types de douleur, parfois très différents (maux de ventre et maux de tête par exemple). Il peut s'agir d'espèces présentant une diversité de propriétés ou très accessibles. Certaines d'entre elles ont des actions anesthésiques ou analgésiques.

Selon la méthodologie de TRAMIL, on considère comme significatif les usages de plantes citées avec une fréquence égale ou supérieure à 20%. Partant de ce principe, dans cette enquête, les usages significatifs pouvant faire l'objet d'une attention particulière dans le cadre du projet TRAMIL (proposition de protocoles, travaux d'études complémentaires) sont ceux listés au tableau 8. Dans cette liste, la feuille aran sur laquelle il n'y a que très peu de données pourrait faire l'objet de recherches en cas de maux de ventre. L'usage de la papaye pourrait aussi être considéré en cas de lombalgie.

Par ailleurs, pour l'ensemble des plantes répertoriées avec un % d’apparition supérieur ou égal à 4%, on note que plusieurs ont déjà donné lieu à des travaux de recherche ayant démontré des propriétés intéRED 8 (2) Juin 2019 23

Tableau 5. Plantes les plus citées pour soulager les rhumatismes et modalités d'utilisation

Plantes Effec- ‘% de ré- Partie Forme de pré- Voie d’adminisutilisées tifs pondants paration* tration* Maskreti 153 25% Graine (huile), Décoction ou Application locale Feuille (F) huile chauffée et massage++, voie orale Papay 116 19% Feuille (F) Bouillie ou trem- Bain ++ ou maspée dans l'eau sage Feydoulè 100 17% Feuille (F) Chauffée ou dé- Application, comcoction presse ou voie orale Ti bonm 66 11% Feuille (F) Décoction Voie orale Zoranj si 50 8% Feuille++, Bouilli ++ ou Bain++ ou masfruit (F) trempé dans sage l'alcool Kalbas 49 8% Feuille (F) Décoction Voie orale Atiyayo 48 8% Feuille (F) Décoction Voie orale Ti medsiyen 35 6% Feuille (F) Trempée dans Application locale, l'eau chaude, massage pilée Kachiman 33 5% Feuille (F) Décoction Bain, voie orale Sitwonel 29 5% Feuille (F) Décoction Voie orale Simenkontra 27 4% Feuille (F) Décoction Voie orale ou bain Twonpèt 24 4% Feuille (F) Décoction ou pilé Bain ou application locale Aran 23 4% Feuille (F) Décoction Voie orale Kapab 23 4% Feuille (F) Décoction ou Bain ou compresse chauffée Ti ponpon 22 4% Feuille (F) Décoction Voie orale

*Le signe « ++» met en évidence les modalités d'utilisation les plus fréquentes

Tableau 6. Remèdes les plus cités pour soulager l’anémie falciforme et modalités d'utilisation

Remèdes Effec- % deré- Partie Forme de pré- Voie d’admiutilisés tifs pondants paration nistration Panzou / 299 49% Feuille (F) Décoction ou jus Voie orale Lanmanlaye

Lyannpanye 242 40% Feuille (F) Décoction ou jus Voie orale Kawot 156 26% Racine (F) Jus ou bouillie Voie orale Zepina 146 24% Feuille (F) Décoction ou jus Voie orale Nave 110 18% Racine tubercule (F) Bouilli Voie orale Zèbzegwi 109 18% Feuille (F) Décoction ou jus Voie orale Doliv 63 10% Feuille (F) Décoction ou jus Voie orale Kreson 63 10% Feuille (F) Bouilli, jus Voie orale Koupye 44 7% Feuille (F) Bouilli Voie orale Manyokdous 40 7% Racine (F) Bouilli Voie orale Betrav 36 6% Racine (F) Bouilli Voie orale Bèf (boeuf) 28 5% Lait, cervelle, moelle, Voie orale

viande, pied, foie

ressantes pour les affections étudiées : la plante Atiyayo a des propriétés vermifuges, anesthésiques et un effet anti-microbien ; le ti bonm a des propriétés stomachiques, digestives, antispasmodiques et analgésiques plusieurs plantes citées pour soulager les maux de tête ont des propriétés hypotensives (kachiman, vèvenn) et certaines ont une action prouvée contre les maux de tête (zoranj si et ave) ; le Maskreti (ricin) et la Fêydoulè (appelé aussi noni en Haïti) sont reconnus pour leurs actions anti-rhumatismales : la papaïne (papay) est utilisée pour son action anti-inflammatoire : plusieurs aliments et plantes citées pour l’anémie falciforme ont des propriétés antianémiques (zepina, kawôt, kreson, etc.)

Certains de ces usages ont déjà été recommandés par TRAMIL (Tableau 8) et constituent des traitements avérés pour ces pathologies. Pour d'autres usages, des recherches complémentaires pourraient s'avérer utiles : aucune donnée n'a été trouvée dans la littérature pour la plante Aran qui semble pourtant couramment utilisée pour les maux de ventre et les douleurs lombaires : les feuilles Zanmann et Asosi sont utilisées pour soigner l'hypertension et les maux de tête : selon une étude brésilienne la feuille Zanmann agirait en inhibant l'enzyme de conversion de l’angiotensine ce qui expliquerait son action sur l'hypertension :une action analgésique est aussi signalée pour la plante (3). Il en est de même pour la plante Papay, couramment utilisée pour les douleurs lombaires et les rhumatismes. Selon une récente étude, elle pourrait aussi réduire la déformation des globules rouges chez les drépanocytaires (3). Des recherches complémentaires s'avèrent également nécessaires pour la lyann panye et le panzou largement utilisés en cas d'anémie et d'anémie falciforme.

Complémentarité entre médecine conventionnelle et médecine traditionnelle

Les résultats de l'enquête indiquent clairement que la population gère de

Tableau 7. Plantes les plus citées pour soulager la lombalgie et modalités

d'utilisation Plantes Effec- % de ré- Partie Forme de prépara- Voie d'adminisutilisées tifs pondants tion tration Papay 168 29% Feuille (F) Bouillie ou trempée Bain ++, voie dans l'eau orale ou massage Maskreti 115 20% Feuille (F), Bouilli (Feuille) ou Bain, massage Huile chauffé (huile) ou compresse Zoranj si 103 18% Feuille (F) Bouilli ou trempé Bain++ dans l'eau Feydoulè 98 17% Feuille (F) Décoction ou chauffée Compresse, voie orale ou bain Atiyayo 75 13% Feuille (F) Décoction Voie orale Aran 63 11% Feuille (F) Décoction Voie orale Kapab 55 10% Feuille (F) Décoction ou chauffée Bain ou compresse Kachiman 38 7% Feuille (F) Décoction ou trempée Voie orale, bain dans l'eau Twonpèt 28 5% Feuille (F) Décoction ou pilé Bain ou application locale Asosi 26 5% Feuille (F) Décoction Voie orale ou bain Chadèk 26 5% Feuille (F) Décoction ou infusion Bain, massage, voie orale Lay 24 4% Peau (S) Décoction Voie orale Lachoy 22 4% Feuille (F) Décoction Voie orale Kowosol 22 4% Feuille (F) Décoction Bain, voie orale

Tableau 8. Usages significatifs de l'enquête selon les critères TRAMIL

Pathologie ou symptôme douloureux

des enquêtés

Plantes citées par 20% ou plus

Plantes déjà recommandées par TRAMIL pour ces affections

Maux de ventre Atiyayo, Aran,Tibonm Anémie falciforme Rhumatisme Maskreti

Lombalgie Papay. Maskreti

Atiyayo, Ti bonm

Panzou, Lyannpanye, Kawôt, Zepina

Maskreti

Maskreti(traumatismes)

manière autonome les différents types de douleurs considérés dans ce travail. Pour certaines d’entre elles un recours systématique à la médecine conventionnelle serait trop coùteux, voire dangereux si on considère la pratique de l’automédication qui est de plus en plus courante. La médecine feuille est certainement plus fiable que ces remèdes mal conservés achetés en rue et utilisés un peu n'importe comment par la population puisque non prescrits. Dans ces conditions, elle peut être envisagée comme une solution alternative ou complémentaire. Certains usages de plantes pourraient déjà être recommandés au regard des résultats de cette enquête et des précédentes recherches réalisées. La médecine

feuille peut également être un moyen efficace de prévention, par exemple pour les maux de tête ou pour l’anémie.

Concernant l’anémie falciforme, des études et des recherches scientifiques sur les propriétés de certains végétaux devraient être envisagées. Toutes les plantes retrouvées dans l'enquête contre cette affection (panzou, lyannpanye, kawot, zepina, nave, zegwi, doliv,kreson, koupye, bètrav) peuvent avoir un effet intéressant contre l'anémie qui affecte la majorité des personnes touchées par l’anémie falciforme et peuvent apporter un mieux-être aux drépanocytaires. Des travaux pourraient le confirmer. Néanmoins, le recours au centre de santé ou à l'hôpital doit

être encouragé en cas de crise vasoocclusive du drépanocytaire. Plus largement il serait important d'améliorer la connaissance de la population sur cette maladie génétique et de sensibiliser les familles concernées sur les moyens de prévention des complications et la prise en charge des crises douloureuses.

Conclusion

Cette étude met en évidence les nombreuses connaissances de la population de Martissant en ce qui concerne le traitement des pathologies douloureuses et devrait inciter à rechercher des formes de complémentarité entre la médecine traditionnelle et la médecine officielle, en particulier pour les douleurs récurrentes ou chroniques. Sur la base des recherches déjà réalisées, des protocoles d'usages pourraient être diffusés et recommandés par le personnel soignant. Des préparations ou médicaments phytothérapiques pourraient aussi être produits et rendus disponibles dans les pharmacies hospitalières ou les centres de santé. Etant donnée la fréquence de ces symptômes douloureux telle que mise en évidence par la présente étude et le niveau de souffrance qui semble lié à ces pathologies, la population ne pourrait que gagner à cette recherche de complémentarité.

Pour cela, la réglementation relative à l’utilisation de ces plantes et aux autorisations de mise sur le marché devrait également évoluer afin de protéger les patients et les soignants. D'autre part, les travaux de recherche devraient se poursuivre, notamment les études chimiques permettant d'identifier les principes actifs des plantes ainsi que des essais cliniques qui pourraient confirmer les actions thérapeutiques et déterminer des posologies pour des plantes déjà connues pour leur innocuité. Des enquêtes sur les traitements des symptômes douloureux dans d’autres parties du pays pourraient aussi être menées afin de compléter et d'enrichir les données recueillies dans ce présent travail. La mise en place de formations universitaires spécifiques et d’un laboRED 8 (2) Juin 2019 25

ratoire national permettraient de développer ce champs de recherche au niveau du pays, d'assurer le contrôle de la qualité et la validation de protocoles d'usages à l'échelle nationale.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

1. Abbott, R. B.. Hui, KK, Hays, R.D., Mandel, J., Goldstein, M. Winegarden, B. Glaser, D. and Brunton, L. 2011. Medical student attitudes toward complementary, alternative and integrative mediNom Adresse Téléphones

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cine Evidence-based Complementary and Alternative Medicine.

2. Longuefosse, J. L. 2012. Plantes Médicinales Caribéennes. Tome 2, Edition Orphie, France, 250p

3. Rouzier, N. M. 2014. Plantes médicinales d'Haïti, description, usages et propriétés. Edition UEH.508p

4. Rouzier, N. M. et Charles Larco, N. 2011. Diabète et hypertension artérielle. Remèdes familiaux dans la région de Port-au-Prince.

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Editions de l'UEH, 158p

5. Rouzier, N. M. 2008. La médecine traditionnelle familiale en Haïti, enquête ethnobotanique dans la zone métropolitaine de Port-auPrince. Editions de l'UEH, 139p

6. TRAMIL. 2014. Pharmacopée végétale caribéenne. 3ème édition, Ed. Canopée de Guadeloupe, 420p.

7. OMS Hong Kong. 2013. Stratégie de l'OMS pour la médecine traditionnelle pour 2014-2023.

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Article 5

Etudes

L’Aménagement du territoire en Haïti, un nouveau regard

J. A. Victor, Agro-Eco-Juriste

Introduction

Dans cet article, l’auteur se propose de démontrer que les Haïtiens ont fait fausse route sur la voie du progrès économique et social pour n'avoir pas suivi la vision des pères fondateurs, en ce qui concerne l'aménagement du territoire (17). La connaissance de l'espace terrestre et la maitrise de la mer constituaient, en effet, les deux piliers sur lesquels reposait la stratégie de libération nationale dans ce domaine. Ils ne pouvaient pas penser au troisième pilier qui allait voir le jour, un siècle plus tard : le développement de l'aéronautique et de la navigation aérienne.

Dans le domaine spatial, nos ancêtres ne pouvaient pas, non plus, s'imaginer qu'il y aurait, deux siècles plus tard, un quatrième et un cinquième pilier, identifiés respectivement comme étant le patrimoine commun de l'humanité et l’espace vituel. Non seulement on n'a pas su maitriser l'espace constitutionnellement délimité (terrestre, maritime, aérien), mais on n'a pas pu s'approprier, de manière significative, le territoire partagé et l'espace virtuel ou cyberespace. Il est clair que la nation n'a pas pu faire fructifier l'héritage légué par les ancêtres. Dès lors, plusieurs questions se posent.

Peut-on rattraper le train du nouvel ordre technologique et faire d'Haïti un pays émergent à l'aube de l’année 2030, sans la maitrise de l’espace terrestre, de l’espace maritime et de l'espace aérien ? Est-il raisonnable de poursuivre des objectifs de développement durable sans pouvoir dominer l'espace global soit comme chose soit comme étendue (6) ? Pourrait-on éviter que la ville de Port-au-Prince devienne une conurbation de 5 millions d'habitants dans une dizaine d'années, comme

certains experts l'ont déjà prédit (13) ?

Le concept même de territoire national n'est-il pas en train de changer ? Si le concept de territoire change, le sens des politiques et des modèles d'aménagement du territoire ne doit -il pas être aussi modifié ? Dès lors, l'aménagement du territoire, en tant que science, art, technique ou praxis (1), doit aussi évoluer en fonction des acquis de la révolution numérique pour assurer un meilleur équilibre des hommes, des femmes et des richesses dans l'intérêt des populations concernées.

Dans le présent texte, l’auteur se propose de souligner, ne serait-ce que brièvement, les faiblesses de la gestion nationale de l’espace et du cyberspace. Il en profitera pour lancer le débat, non seulement sur des éléments de diagnostic, mais aussi sur des propositions de solution afin de construire de nouvelles stratégies spatiales, capables de réduire les inégalités territoriales au profit de la justice spatiale.

Evolution du concept de territoire national / Un état des lieux Il y a lieu de considérer, tour à tour, le territoire constitutionnel, le patrimoine commun de l'humanité et le territoire virtuel ou cyberespace.

La gestion approximative du territoire constitutionnel

L'article 8 de la Constitution de 1987 précise que le territoire national est constitué du territoire terrestre selon ses limites ainsi que des îles adjacentes (la Gonâve, La Tortue, l'Ile à Vache, Les Cayemites, la Navase, la Grande Caye et les autres îles), de la mer territoriale et la zone économique exclusive ou ZEE, et du territoire aérien surplombant les parties terrestre et maritime. Si le territoire terrestre

est bien délimité (on admet généralement qu'il mesure 27 750 km°), il n'en est pas autant du territoire maritime et du territoire aérien. Toutefois, le territoire terrestre qui désigne les terres émergées est mal connu, mal exploité et menacé de désertification (10). Les risques naturels et les risques technologiques accusent une tendance à la hausse alors que leur gestion durable laisse beaucoup à désirer. Des écosystèmes fragiles comme la montagne et la mer deviennent de plus en plus vulnérables face aux changements climatiques et aux agressions environnementales. Les modèles d'aménagement du territoire adoptés jusque-là ne garantissent point les résultats espérés car ils s’inspirent grandement du modèle colonial fondé sur les villes côtières, les codes ruraux à caractère répressif, la fourniture de matières premières au profit des anciennes métropoles et l'absence de communication directe entre les Etats caribéens, malgré les initiatives d'intégration régionale et subrégionale.

Il n'existe pas, non plus, d'estimation officielle de l'extension du territoire maritime. En la matière, le droit applicable comprend la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS de son sigle anglais), le décret du 6 avril 1972 établissant la limite des eaux territoriales à 12 milles marins, le décret du 6 Avril 1977 fixant la limite de la ZEE à 200 milles marins et le décret du 8 Avril 1977 précisant les droits de souveraineté de l'Etat Haïtien sur la ZEE. Malgré l'existence des accords bilatéraux conclus avec Cuba en 1977 et avec la Colombie en 1978, les frontières maritimes ne sont pas tout à fait bien délimitées (4). Afin de fixer les idées les chiffres suivants, qui n’ont qu'une valeur indicative, suggèrent des ordres de grandeur pour le terriRED 8 (2) Juin 2019 12

toire maritime de l'ordre de 40 000 km? (1 750 km de côtes multiplié par la distance de 12 milles marins des eaux territoriales) et pour la ZEE de 665 000 km° (largeur de 200 milles marins multipliée par la longueur de côte). Force est de reconnaitre, en fin de compte, que la signature et la ratification de UNCLOS sont postérieures à la date de parution des décrets susmentionnés. Ce qui laisse entendre que sa mise en œuvre nationale n'a jamais été envisagée, malgré l'intérêt manifesté très tôt pour sa diffusion (7). Tout projet d'aménagement du territoire (AT) qui ferait abstraction des ressources maritimes serait donc construit sur du sable.

Tout comme il ne faut pas confondre le droit maritime qui est une branche du droit privé et le droit de la mer qui est une branche du droit public, il ne faut pas oublier, non plus, que le droit aérien relève du droit privé et le droit de l’espace du droit public. Le droit aérien repose, à l’origine, sur la Convention de Paris de 1919 et celle de Chicago de 1944. Etant donné que les avions ne peuvent pas dépasser une altitude de plus de 40 km et que la limite pour satelliser un objet spatial est de 110 km au- dessus du niveau de la mer, il est difficile de fixer un plancher et un plafond pour les frontières aériennes. On considère alors que dans l'espace aérien, il existe des zones contrôlées et des zones non contrôlées. Dans les premières qui correspondent au réseau des voies aériennes, les contacts radio sont obligatoires. Dans les secondes, de tels contacts ne sont point exigibles. On trouve également, dans cet espace, des zones à statut particulier (zones dangereuses, zones interdites) et des zones à cheval sur la frontière de deux pays (Cross Border Area), comme c'est le cas pour la République d'Haïti (RH) et la République Dominicaine (RD). Au niveau international, la gestion de l'espace aérien est régie par le Code de l'Aviation Civile. Au niveau national, l'OFNAC (Office National de l’Aviation Civile) et l'AAN (Autorité aéroportuaire Nationale) sont en charge de la circulation aérienne et de la gestion des aéroports, mais la république ne possède ni avion ni hélicoptère, ni ballon ni dirigeable. Il est difficile voire impossible de gérer les espaces de souveraineté délimités par le territoire aérien, du point de vue de l'aménagement du territoire, sans avoir catégorisé l'espace qui surplombe les terres émergées et le territoire maritime.

L'impossible accès au territoire partagé

Le territoire partagé est constitué par le patrimoine commun de l'humanité (PCH), c'est-à-dire les parties de la planète qui échappent aux juridictions nationales. Il est représenté par la Haute Mer, l’Antarctique et l'Espace Extraatmosphérique. Tous les Etats qui se partagent la souveraineté de la planète ont un droit égal vis-à-vis de ce patrimoine qui appartient à tous. Certains Etats accusent une présence permanente dans les zones d'influence du PCH tandis que d'autres les ignorent en raison du fait que cette richesse leur parait inaccessible. Le fait pour un pays comme le nôtre de bouder le PCH sous prétexte qu'il est pauvre et technologiquement peu avancé, explique, sans le justifier, son manque de curiosité et de créativité. Néglige - t-on le PCH parce qu'on est pauvre ou est-on pauvre parce qu'on a tourné le dos à l'aventure du progrès ?

La Haute Mer se retrouve au-delà de la ZEE et est régie par UNCLOS, convention considérée comme un monument juridique et qui fait le point sur toutes les questions relatives aux frontières maritimes, au plateau continental, à l'exploration et à l'exploitation des ressources de ce plan d'eau, de son lit et de son sous-sol. Etant donné qu'Haïti n'arrive pas à exploiter sa mer territoriale, il lui sera très difficile sinon impossible d'explorer la ZEE et de profiter des richesses de la Haute Mer.

L'Antarctique a été découvert en 1820. Il présente une superficie de 14 millions de km° (e. i. plus grand

que l’Europe ou l'Océanie) dont 98% sont recouverts d'une couche de glace d'épaisseur moyenne de 1,6 km. C'est la dernière terra nullius du globe. Ce continent est régi par le Traité sur l'Antarctique de 1959 et demeure un territoire neutre, sans gouvernement, considéré comme une réserve naturelle consacrée à la paix et à la science. Il existe également une convention sur la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique. Ce qui n'empêche pas certains Etats de continuer à multiplier vainement des revendications territoriales en vue de s'approprier certains espaces convoités. Sur le continent, travaillent en permanence 4 000 scientifiques dont aucun n’a la nationalité haïtienne. L’Antarctique reçoit un nombre de touristes de plus en plus grand malgré les directives adoptées pour sa préservation durable. En 2010, le nombre de visiteurs s'élevait à 37 000. Aucun ressortissant haïtien ne figure évidemment sur la liste des touristes et des excursionnistes.

L'Espace Extra-atmosphérique se retrouve au-delà de la zone de souveraineté des Etats sans qu'il n'y ait de frontière naturelle qui le sépare physiquement de l'espace aérien. Selon, le Traité de 1967, considéré comme la Charte Fondamentale du droit de l'espace, ce dernier qui repose, en outre, sur cinq autres traités, régit l'espace extraatmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes (9). La conquête de l'espace a démarré pratiquement au milieu du 20î"e siècle, avec l'URSS qui a réussi le premier vol spatial le 4 Octobre 1957. Les Américains ont marché sur la Lune, le 21 Juillet 1969. Après l'URSS et les USA, les pays qui sont entrés dans la ronde des spationautes sont la Chine, l'Inde, le Japon, la France et le groupe formé par l'Union Européenne. Aujourd'hui, la Station Spatiale Internationale (ISS), placée sur une orbite basse entre 370 et 460 Km, montée par un équipage permanent de nationalités différentes, fait office de poste d'observation et de laboratoire de recherche à

des fins de conquête de l'espace. Le programme SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence) a pour objectif de découvrir si la vie, telle que nous la concevons, existe sur les éventuelles planètes habitables. Les activités à caractère stratégique, économique, météorologique et agricole découlant de l’exploitation des satellites placés sur l’orbite géostationnaire, à environ 36 000 Km d'altitude, sont : les télécommunications, la télévision directe par satellite et la télédétection. Or, l'orbite géostationnaire n'appartient à personne. C’est donc le principe « Premier arrivé, premier servi » qui est d'application pour le moment. Toutefois, le principe de la liberté d'exploration et d'utilisation est reconnu à tous les Etats souverains, même à ceux-là qui ne peuvent pas fréquenter l'orbite circumterrestre ou l'orbite géostationnaire.

La non-maitrise du territoire virtuel

Le concept de territoire virtuel ou cyberespace est associé à certaines notions de base qui caractérisent la révolution numérique (telles que le spectre électromagnétique, la théorie de l'information, les infrastructures des technologies de communication et les fournisseurs de services numériques). Il est bon de rappeler les fondamentaux de ces différentes thématiques afin de faciliter la lisibilité du présent article.

Dans notre système planétaire, la seule source d'énergie primaire est le Soleil qui fournit celle-ci sous forme de radiations de longueur d'onde, de fréquence et de niveau énergétique différents. Le spectre électromagnétique (SEM) qui nous arrive du Soleil comprend des ondes courtes (rayons gamma, rayons X, ultraviolet), la lumière visible et les ondes moyennes et longues (hyperfréquences, bandes radio, bandes audio). Le SEM représente une toile de fond sur laquelle va se dérouler toute l'aventure humaine dans ce domaine. Il est invisible, inépuisable et disponible pour tout le monde. Il faut se rappeler que l'homme ne peut pas créer l'énergie.

Il ne peut que la transformer d'une forme à une autre. Le flux d'énergie qui nous arrive du Soleil est unidirectionnel et les transformations d'une forme d'énergie à une autre se font toujours avec des pertes en chaleur, selon les principes de la thermodynamique.

La théorie de l'information a été développée en 1948 par Norbert Wiener, le fondateur de la cybernétique, considérée comme la science des systèmes. Ayant vu tout de suite l'importance de la découverte de Wiener, le Gouvernement Américain a vite fait de la classer, pendant longtemps, "secret défense”. C'est pour cela que la cybernétique a eu très peu d'écho dans le grand public. Wiener fait remarquer que le monde est constitué de systèmes (qu'il s'agisse d’un organisme, d'une machine ou de la société), que les différents éléments d'un système interagissent réciproquement, que les systèmes échangent matière, énergie et information, que les actions et les réactions provoquées au cours des échanges sont reliées par des boucles positives ou négatives, que dans la nature, les systèmes sont autorégulés, et que le travail humain va être remplacé progressivement par des machines intelligentes. La cybernétique est à l'origine de l'informatique.

L'informatique va permettre de coder, de transmettre, de traiter, de stocker, de décoder l'information et de l'utiliser à des fins diverses, à travers des programmes (logiciels) mis en œuvre sur des ordinateurs. L'Internet permet le transfert de l'information tandis que le Blockchain offre la possibilité de transmettre des valeurs et des actifs (monnaie électronique, cryptomonnaie, Bitland) sans les services des intermédiaires traditionnels que sont les banques. Le Bitcoin est, par exemple une crypto-monnaie, c'est-à-dire l'équivalent numérique de l'argent liquide. Puis vient le portefeuille électronique pour les opérations de banque et, en dernière position, les moyens de paiement utilisés actuellement par nos banques et nos services de téléphonie mobile (cash mobile, mon cash et autres). La Géomatique réalise le traitement informatique des données géographiques et vient bouleverser la production cartographique avec les SIG (Système d'information Géographique). Né en 2006 en Haïti, le CNIGS (Centre National de l'Information Géo-spatiale) reste encore mal connu et sous-exploité.

La conciliation entre réalité et virtualité est déjà chose faite (conception assistée par ordinateurs, jeux vidéo) tandis que les produits de la réalité virtuelle se retrouvent dans tous les secteurs de l'économie (design des produits, planification du processus de fabrication, visualisation des flux, fabrication rapide de prototypes). Les drones et les robots frappent, à grands coups, à nos portes tandis que nous consommons déjà les produits de l'Intelligence Artificielle (IA) sans le savoir (les systèmes de reconnaissance faciale utilisés dans les aéroports, les assistants virtuels dans les foyers, le partenariat entre l'homme et le robot permettant à celui-là de se concentrer sur tout ce qui n'est pas automatisable). N'ayez pas peur de l'TA qui est, selon Antoine Blondeau, /a capacité d'une machine à prendre des décisions et à apprendre de ses décisions. Celui qui maitrisera l'IA dominera le monde, nous rappelle le Président Russe, Vladimir Poutine.

Tout ce qui vient d'être dit fait partie de la réalité virtuelle. Le mot virtuel signifie immatériel ou numérique et ne s'oppose pas à la réalité dont il est une composante. Le contraire de réalité est plutôt fiction. Le contraire de virtuel serait donc non réel. Déjà en 1938, Antonin Artaud considérait le théâtre comme une réalité virtuelle. C'est pourquoi, j'avais proposé, sous le nom de territorialisme (Victor, op. cit.), une nouvelle approche territoriale permettant de combiner le territoire constitutionnel, le territoire partagé et le territoire virtuel. Le processus a été simplifié afin d'augmenter la fiabilité de la méthode de calcul. La moyenne arithmétique des valeurs obtenues pour chacune

de ces trois composantes du territoire (constitutionnel, partagé et virtuel) donne une estimation de l'Indice de Développement Territorial (IDT) pour n'importe quel pays. La part du territoire constitutionnel dans la formation de l'IDT est égale à la somme des bénéfices tirés de l'exploitation des aires protégées du pays. exprimées en pourcentage du PIB (Produit Intérieur Brut). La contribution du territoire partagé au calcul de l'IDT se mesure par la somme des bénéfices tirés de l'exploitation du patrimoine commun de l'humanité. La part du territoire virtuel dans la formation de l'IDT correspond à la somme des valeurs obtenues du secteur électronique exprimées en pourcentage du PIB. Une filière quelconque de l'économie appartient au secteur électronique quand sa productivité croît significativement grâce aux TIC (Technologies de l'Information et de la Communication). C'est le cas, dans beaucoup de pays pour la presse, les finances, le tourisme, la publicité. Le secteur électronique est, à la fois, un nouveau secteur en croissance et un levier de croissance pour les autres secteurs. Quand l'IDT tombe en dessous de certaines valeurs, la souveraineté numérique s'estompe tandis que le pays concerné devient une colonie numérique, comme c’est notre cas, aujourd'hui.

Eléments pour une nouvelle stratégie spatiale du territoire haïtien

Il serait complètement fantasque de simaginer que les choses qui n'ont jamais été réalisées puissent l'être autrement que par des méthodes qui n'ont jamais été essayées, nous rappelle Sir Francis Bacon. La révolution haïtienne de 1804 a changé le nom de Saint-Domingue et celui du Cap Français mais la toponymie générale n'a point changé. Le nom de Caradeux assombrit encore notre vécu quotidien. Les paroisses françaises sont devenues des arrondissements et des communes. Les villes côtières qui rythmaient la cadence coloniale donnent encore le ton dans l'Haïti indépendante. La nostalgie des plantations coloniales continue

de hanter les nuits des investisseurs modernes qui veulent transformer les paysans en ouvriers agricoles mal payés. Arrêtons de créer de nouveaux départements géographiques et de nouvelles communes. La télécommunication qui représente actuellement 20% des recettes fiscales avec plus de 7 millions d'abonnés selon le CONATEL en 2018, fait du pays un grand village où il n'y a que des voisins proches et de proches voisins. La stratégie spatiale doit exploiter nos ressources les plus abondantes notamment la population, les radiations solaires, la mer et la montagne. Ce qui revient à prioriser l'enseignement du numérique à tous les degrés, la pleine exploitation des radiations solaires et du cyberespace, la valorisation de la mer, du littoral et des îles adjacentes et enfin la colonisation durable de la montagne par une approche d'aménagement intégré fondée sur l’écotourisme, l'agrotourisme, l'hydro-électricité et la spéléologie numérique.

Construire le cadre institutionnel et légal du numérique

Savoir profiter de la révolution numérique passe par la conquête de l'espace virtuel (c'est-à-dire exploiter le spectre électromagnétique) au profit d'un nouveau modèle d'aménagement du territoire. L'élaboration d'une politique numérique tout à fait tournée vers le futur permettra de moderniser l'Ecole fondamentale, l'Ecole professionnelle et l'Université en Haïti. Les promesses non tenues de l’ancien président américain Bill Clinton qui prétendait informatiser l'Ecole haïtienne doivent être reprises et réalisées par les Haïtiens eux-mêmes. La compagnie de téléphonie mobile qui jouit de l'héritage de la TELECO (Télécommunication d'Haïti) doit être contrainte de respecter scrupuleusement ses engagements. Qu'estce qui empêche Haïti d'avoir un plan numérique pour l'éducation, d'adopter la technologie PWCS (Polyvalent Wireless Communication System) qui permet, sans passer par Internet, de développer le numérique dans les écoles publiques et privées

où les tablettes pourraient remplacer le tableau noir, la craie, les crayons et les livres ? Le projet Alpha Haïti, récemment mis en œuvre, doit devenir une institution apolitique pour entrer dans une équipe nationale composée d'investisseurs d'avant-garde, de l'ONI, du CNIGS, du CONATEL, de l'THSI, d'universités performantes et d'entreprises spécialisées afin de créer l'Autorité Nationale du Cyberspace, chargée de propulser la révolution de l'information dans tous les compartiments du marché numérique. Le peuple haïtien n'a pas encore réalisé, comme cela a été reconnu dans plusieurs pays, que l'organisation sociale reste et demeure la plus grande invention de l'homme.

Sans une nouvelle vision cybernétique du droit, il sera difficile, voire impossible, de réussir la transition juridique imposée par la révolution numérique. Faut-il, pour protéger effectivement la montagne et la mer en Haïti, les convertir aussi en sujets de droit ? L'approche anthropocentrique qui a dominé les systèmes juridiques pendant longtemps avait fait des personnes physiques et morales les seuls titulaires de droits et d'obligations, en leur accordant la personnalité juridique. Ceci est en train de changer pour faire un peu plus de place à une vision écocentrique du droit afin de mieux lutter contre les changements climatiques. La Colombie n'a-t-elle pas reconnu déjà, dans les limites de ses

frontières, la forêt amazonienne comme un sujet de droit ? Le Mexique, le Brésil, ‘Equateur,

l'Inde, la Nouvelle Zélande, l'Afrique et l'Australie ont déjà emboité le pas, en considérant la nature ou certains fleuves comme des sujets de droit. Cardenas vient de faire un plaidoyer au Québec, pour que le fleuve Saint-Laurent devienne également un sujet de droit (5). Dans sa thèse de doctorat, Victor n'avaitil pas déjà recommandé de considérer la biodiversité comme un sujet de droit (14) ?

La loi portant sur la mise en valeur du cyberspace aura pour objectif principal de conquérir une part siRED $ (2) Juin 2019 15

gnificative du marché numérique et de garantir la sécurité informatique. Elle viendra définir les critères d'identification et la composition du secteur électronique. Celui-ci comprendra, comme déjà mentionné, tous les sous-secteurs dont la productivité croît significativement avec l’utilisation accélérée des produits de la réalité virtuelle. Ceci est valable pour le secteur des finances (cash mobile, mon cash, petites transactions en ligne) évoluant, actuellement chez nous, au dernier niveau de la modernité numérique. L'industrie de la presse et de l’édition, de la publicité et du tourisme fait partie des filières dont la productivité pourrait croître rapidement avec le support des technologies de l'information et de la communication. Afin de fixer les idées, rappelons que le poids du numérique dans l'économie française a été, en 2010, de 148 milliards d'Euros en ce qui concerne le commerce électronique, la production de logiciels, la commercialisation de l’application Deezer et la fourniture de services et conseils. Pourtant, la France est en train de lutter pour ne pas devenir une colonie numérique (2, 11, 3). Pour réduire la dépendance vis-à-vis du GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), plusieurs pays pensent déjà s'orienter vers les technologies du futur (L'Intelligence Artificielle, le Blockchain, l'ordinateur quantique, l'ingénierie du génome, la médecine prédictive, les voitures autonomes).

Haïti doit entrer dans la ronde des technologies modernes et mieux se positionner sur le marché numérique. La république a besoin de cyber-armées et non d’armées traditionnelles, d'Etat Stratège et non d'Etat Providence, de Pouvoir Institutionnalisé et non de Pouvoir Individualisé. Elle devrait accorder plus d'attention à certaines recommandations formulées, depuis plus d'une décennie, par Jean-Baptiste qui plaidait pour une Doctrine Sud de la Nétéconomie (8). La numérisation des archives nationales et du cadastre des terres est une bonne chose, si et seulement si on est conscient des problèmes que pose le stockage à long terme de l'information digitalisée, le temps de stockage sans risques, ne dépassant pas dix ans. Pour résoudre ce problème, de nouvelles technologies, comme la

nano-forme, commencent déjà à émerger. À qui appartiennent les

données stockées, en toute opacité, par l'ONI (Office National d'Identification) et celles conservées jalousement par le CONATEL ? Qui est responsable alors des risques de fraude induits par les procédures numérisées, notamment en matière électorale ? Il ne faut point oublier, non plus, que, bien traitées, de telles informations seraient utiles pour suivre les mouvements de population à des fins d'aménagement du territoire. Comment alors rentabiliser, harmoniser et mettre à jour nos bases de données, à un moment où l'THSI (Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique) va lancer, en 2019, le cinquième recensement de la population ? Pour clore ce paragraphe, rappelons qu'une loi sur les télécommunications ne couvre pas nécessairement toutes les dimensions du cyberspace.

Mettre en place le cadre opérationnel

Au niveau de l’environnement rural, l'Approche d'Aménagement Intégré (AAÏT) permettra de créer des ZAC (Zones d'Aménagement Concerté) dans les principaux bassins versants de la république, après un cycle de négociation adulte entre les pouvoirs publics, les entreprises privées et les agriculteurs concernés. À l'intérieur d’une ZAC, il y aura une technostructure chargée d’assurer la mise en œuvre de l'approche fondée sur l'écotourisme, l’agrotourisme, l'hydro-électricité et la spéléologie numérique. Un partenariat public/public (type UEH / Gouvernement) ou public/privé permettra d'installer la technostructure, à moindre coût, et de promouvoir la recherche universitaire, non pour écrire exclusivement des articles scientifiques qui ne seront pas lus, mais pour participer activement à la mise en place de prototypes de territoires aménagés. A titre d'exemple,

le ZAC de Saut Mathurine aura pour fonctions principales de promouvoir l’agrotourisme à travers un réseau de fermes pilotes, d'aménager les bassins versants par l'exploitation rationnelle de la forêt et de l'agroforesterie, de protéger les périmètres de réalimentation des nappes phréatiques, d'aménager des circuits pédestres et des pistes cyclables, de créer des ensembles bocagers et des bosquets familiaux typiques et aussi d'exploiter la topographie karstique et les grottes qui la caractérisent en mettant à profit la géomatique, la télédétection, les puces électroniques, les capteurs et les applications de la réalité virtuelle. Ainsi, les ressources forestières seront mieux conservées, le débit de la rivière Cavaillon qui alimente l'usine hydro-électrique sera régularisé, la production alimentaire garantie, les revenus non agricoles augmentés, la qualité de vie des paysans améliorée, et l'exode rural maitrisé.

En outre, toutes les îles de premier ordre (La Gonâve, La Tortue, l'Ile à vache, les Cayemittes) seront converties en Stations Océanographiques Stratégiques (SOS) tandis que les îles de second ordre comme la Navase et les Arcadins seront exploitées selon leurs spécificités propres. La conquête de la mer territoriale et de la ZEE sera effectuée selon deux grandes orientations : la capacité de maitriser la navigation maritime et la possibilité d'exploiter les ressources marines. Une SOS comprendra donc une flotte navale stratégique et des systèmes d'exploitation des écosystèmes marins. A noter qu'il peut s'avérer payant de concilier, par exemple, l'exploitation des ressources halieutiques, énergétiques et minières de la mer avec le tourisme de plage, le tourisme scientifique et le tourisme culturel.

La flotte navale stratégique se composera de bateaux de pêche, de bateaux de plaisance pour l'observation des coraux et de la vie sousmarine et de navires spécialisés pour la recherche océanographique. Par exemple, les prix des bateaux de pêche varient en fonction de leur

taille, de l'équipement installé, de la qualité de la superstructure, du type de pêche envisagé et d'autres facteurs océanologiques. Ainsi, un chalutier d'une vingtaine de mètres de longueur peut coûter environ US $ 200 000. Faute de disposer de cette flotte navale, des compatriotes qui ont bénéficié de bourses d'études dans la biologie marine, l'océanographie et l'ichtyologie doivent se faire garçons d'ascenseur dans des hôtels d'outre-mer s'ils ne veulent pas jouer le rôle d'intermédiaires entre des ONG à vocation humanitaire et des pêcheurs sans bateau, sans boussole et sans sécurité sociale. Quand on songe que les pêcheurs qui avaient reçu, il y une dizaine d'années, un entrainement approprié des coopérants cubains, sont retournés au statu quo ante, faute d'investissements dans le secteur, on s'étonne que la république ne puisse investir 2 millions de dollars pour doter les neuf départements côtiers, chacun d’un chalutier digne de ce nom. Serait-ce trop demander à un pays qui vient dinvestir en amateur 160 millions de dollars dans les tracteurs et autres engins lourds pour des activités ponctuelles, après avoir vainement tenté la même démarche qui s'était déjà soldée par un échec retentissant ?

Un système d'exploitation des écosystèmes marins renfermera des chantiers de construction navale, des écoles de pêche et des cales sèches pour la construction, l'entretien, la réparation et le démantèlement d'embarcations diverses. Dans sa vie d'Etat Souverain et Responsable, Haïti n'a jamais eu de cales sèches, de forme-écluse ou de radoub. Un projet de cales sèches identifié dans les années 1990, à Miragoâne, n'a jamais vu le jour. Il est bon de noter que l’homme a connu les cales sèches avec les Phéniciens depuis le 5ème siècle avant Jésus Christ. Le retard accumulé par notre pays dans ce domaine est expliqué par le peu d'intérêt accordé à la mer par les Haïtiens qui ont choisi de vivre dans la disette en pleine abondance. Il faut souligner que les écoles de pêche seront distribuées à

travers les îles, selon les catégories auxquelles elles appartiennent. De même, il y aura des chantiers de construction navale de premier ordre et de second ordre, compte tenu de l'importance des projets de construction. Il est utile de mentionner enfin que les travaux de reconnaissance effectués en Haïti par le Commandant Cousteau avant sa mort n'ont jamais pu trouver de réponses appropriées de la part des responsables haïtiens, malgré leur pertinence, leur fiabilité et leur importance pour le développement durable du pays.

En ce qui a trait à l'environnement urbain, il convient de concilier la politique technologique et celle de l'urbanisation. On ne peut dissocier l'environnement urbain de l'environnement rural. Il existe une relation étroite entre la détérioration du tissu urbain et l'érosion des sols. Chassés par la réduction de la capacité de charge démographique des terres arables, les migrants, considérés comme des réfugiés écologiques, arrivent en ville sans papier, sans travail et sans logement. De leur côté, les municipalités ne peuvent offrir ni collecte sélective des déchets, ni poubelles intelligentes, ni décharges améliorées, ni égouts sanitaires, ni systèmes de traitement des eaux usées. L'inadéquation progressive entre l'offre et la demande de services publics produit la frustration pour les anciens urbanisés et le désenchantement pour les nouveaux arrivés. Pour rétablir l'équilibre ville/campagne, il est indiqué, en plus de tout ce qui a été déjà mentionné, de réinventer les villes côtières, de moderniser les villes frontalières et de créer de nouvelles villes intérieures.

Toutes les villes côtières ont le même profil biophysique et souffrent du même syndrome écologique. Coincées entre la montagne, la mer et une plaine alluviale, elles doivent pour grandir et s'épanouir, à défaut de bonne gouvernance écologique, dégrader la montagne qui les protège, détériorer les écosystèmes marins qui font leur beauté et désaffecter les terres agricoles qui les nourrissent. La réinvention des villes côtières soulève un problème juridique et un problème social. Au problème juridique, des solutions ont été proposées mais ne furent jamais appliquées. Il existe, pour la ville du Cap, un document qui propose un statut juridique spécial pour la ville, la création d'un fonds de développement urbain, l'adoption de normes d'application pour la mise en œuvre des dispositions légales et la mise en place d'un système rationnel de gestion pour assurer la bonne gouvernance du nouvel ordre municipal (15). Le droit étant une condition nécessaire et non suffisante, il reste à trouver une réponse valable au problème social, lequel ne peut être abordé en dehors de la démocratie environnementale (droit à l'information, droit de participation et accès à la justice). L'urbanisation sauvage entraine l'anarchie territoriale.

L'idée de prioriser le développement des villes frontalières est une question stratégique qui interpelle la gouvernance durable de l'ile au bénéfice des deux Etats qui se partagent la souveraineté de cette dernière. Côté haïtien, 1l faut des villes modernes, futuristes et intelligentes. Faire renaître la ville de Belladère, selon la vision originelle du Président Haïtien, Dumarsais Estimé est bien. Mais, faire passer Ouanaminthe, Los Cacaos, Savanette et Anse à Pitres au stade de pôles d'attraction pour les touristes en provenance de la République Dominicaine est encore mieux. À ce sujet, le développement des villes frontalières doit prendre deux directions principales. D'une part, au lieu de multiplier les usines de soustraitance dans la zone frontalière pour garantir la pauvreté durable sur le sol haïtien, il faut développer l'industrie des loisirs, toutes catégories confondues, pour rééquilibrer le différentiel de revenus qui sépare les deux populations : d'autre part, les villes frontalières doivent être des villes intelligentes à la pointe de la révolution numérique, capables de produire, dans un premier temps, des panneaux solaires, des robots de

première génération, des tableaux en réalité virtuelle ou encore des services de visite virtuelle des lieux éloignés ou difficiles d'accès.

Dans le document portant déclaration de l'état d'urgence, paru en 1987, lors du colloque de Damien sur le déboisement et le reboisement, il avait été proposé de créer la ville de Malpasse afin de combler non seulement le vide géographique observé dans cette partie de la frontière, mais aussi pour réduire la pression de la population sur les ressources ligneuses de la Foret des Pins. La destruction du village de Fonds Verrettes est le prix déjà payé pour avoir ignoré ce problème dont la ville de Jimani en RD sera la nouvelle victime. Contrairement à ce que l'on pense, le remède de la déforestation n'est pas toujours le reboisement. Pour réussir ce dernier en Haïti, il faut passer d'abord par la lutte contre l'inégalité et la pauvreté de masse. Trente ans après 1987, on répète encore la même erreur en pensant que les plantules peuvent réussir là où l'homme a échoué. En outre, réduire la pression sur les villes revient à créer d’autres villes, si l'on veut éviter mégapoles géantes et conurbations artificielles, au détriment de la justice spatiale. D'un côté, il faut créer de petites villes satellite dans la périphérie des grands centres urbains, comme le fut autrefois Pétion-ville pour Portau-Prince. C’est le cas de Labadie pour le Cap, de Goyavier pour Saint -Marc, de Camp Perrin pour les Cayes, de Baptiste pour Belladère, de La Vallée pour Jacmel, de Terre Neuve pour Gonaïves et de Capotille pour Ouanaminthe. De l'autre, il serait indiqué de construire et/ou d'aménager de nouvelles villes intérieures dans le Plateau Central et dans les périmètres occupés actuellement par les bourgades de Beaumont, de Bombardopolis, de Plaisance du Sud et de Changieux.

Si on a pu gagner la guerre de l'indépendance en 1804, c'est grâce à ce que j'ai déjà appelé en 2016 l'Esprit de Vertières. Ce dernier suggère que pour avoir la chance de

gagner une guerre, il faut, au moins, utiliser les mêmes armes que l'adversaire. Les Indiens d'Amérique ont perdu les guerres de conquête menées par les Espagnols après 1492, en raison du différentiel technologique qui séparaient les Européens des Amérindiens. Les Indiens lançaient des flèches tandis que les Espagnols portaient des fusils. Les Haïtiens ont réussi en 1804 là où les Indiens avaient échoué parce qu'ils ont employé les mêmes armes que les Français. Aujourd'hui, l'Esprit de Vertières commande d'utiliser les armes de la révolution numérique en lieu et place des armes de 1804 pour créer la richesse et vaincre la pauvreté de masse.

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Article 6

Spatialisation du stock de carbone sous l’effet des types de sols et des classes d’utilisation des terres dans le bassin hydrographique de la rivière Bretelle (Cabaret/

Haïti)

W. Jeune1?", M. Desruisseaux?, Mackenson Marrion!1, Caroline Staub?3, 1Faculté des Sciences de l'Agriculture et de l'Environnement, Université Quisqueya, Haïti. 2Feed the Future Haïti-AREA Project, University of Florida, Institute of Food and Agricultural Sciences, Gainesville, Florida, USA. 5University of Florida

“Corresponding author: Jeune, Wesly (wesly.jeune@ufl.edu; weslyjeune@hotmail.com: wesly.jeune@ufv.br)

RESUME

Jeune W., Desruisseaux M., Marrion M. et Staub C. 2019. Spatialisation du stock de carbone sous l'effet des types de sols et des classes d'utilisation des terres dans le bassin hydrographique de la rivière Bretelle (Cabaret / Haïti). RED 8 (2) : 5 - 11

La présente étude a estimé et spatialisé le stock de carbone organique (SCO) dans le bassin versant de la rivière Bretelle (Cabaret/Ouest Haïti). Elle a également évalué l'influence des types de sol et de la couverture et de l’utilisation des terres (CUT) sur la distribution du SCO. Dans un secteur hydrographique s'étendant sur 1 242 ha, un relevé pédologique assorti d'un échantillonnage aléatoire et stratifié a permis de collecter sur des sites géoréférencés, 70 échantillons de sol sur une profondeur de 20 cm. Les mêmes sites ont servi à prélever des échantillons non déformés pour la détermination de la densité apparente et pour l'analyse de la matière organique. La classification des sols a été effectuée selon le système Soil Taxonomy. La cartographie de la CUT a été réalisée à l'aide du classificateur Random Forest selon la technique de classification supervisée. L'approche géostatistique a été adoptée dans la spatialisation SCO qui a été interpolée selon la technique du krigeage ordinaire. Le test de Tukey (5%) a été utilisé pour comparer les moyennes de la SCO et celles de la CUT entre les classes de sol. Le pedo système de la zone d'étude est dominé par les Inceptisols (Fluventic Haplustepts, Lithic Calciustepts) et les Entisols (Lithic Ustorthents, Typic Ustorthents). L'analyse du SCO a suggéré une variation de 12,41 à 165,7 Mg/ha avec une moyenne de 48,9+/- 7.3 Mg/ha. Quant au SCO, le test de Tukey a permis de vérifier une différence statistiquement significative (p=9.28e-06<5%) entre les classes de sol : tandis qu'aucune différence significative n'a été détectée pour les catégories de CUT. Les résultats ont montré que la séquestration du SCO était essentiellement contrôlée par les types de sols desquels dépendent les modes d'utilisation.

Mots clés : Séquestration du carbone, gaz à effet de serre, géostatistique, classification des sols

ABSTRACT

Jeune W., Desruisseaux M., Marrion M. and Staub C. 2019. Spatial distribution of carbon stock under different soil types and land use classes in the Bretelle watershed (Cabaret / Haiti). RED 8 (2): 5-11

This study estimated and spatialized soil organic carbon stock (SCO) in the watershed of the Bretelle river (Cabaret / Western Haiti). It also assessed the influence of soil and land use and land cover (LULC) on the distribution of SCO. In a sub-basin of 1 242 ha in size, a soil survey was carried out according to a randomly stratified sampling design, from which 70 georeferenced soil samples were collected at 20 cm depth. In the same sites, soil samples were collected for soil bulk density determination and organic matter analyses. Soil classification was based on the Soil Taxonomy system. The LULC mapping was performed using the Random Forest classifier according to the supervised classification technique. The geostatistical approach was adopted in the SCO spatialization, which was interpolated from the ordinary kriging. The comparison of SCO between soil classes and those of LULC was performed through an ANOVA followed by a Tukey test (5%). The pedosystem of the studied area is dominated by Inceptisols (Fluventic Haplustepts, Lithic Calciustepts) and Entisols (Lithic Ustorthents, Typic Ustorthents). The SCO ranged from 12.41 to 165.7 Mg/ha with an average of 48.9 + 7.3 Mg/ha. As for the SCO, The Tukey test showed a statistically significant difference (p = 9.28e-06 < 5%) between the soil classes: while no statistically significant difference was detected for the LULC categories. The results suggests that SCO storage was fundamentally controlled by the soil types, on which the LULC depended.

Key words: Carbon sequestration, greenhouse gas, geostatistics, soil classification

Introduction

La séquestration du carbone dans le sol constitue une solution durablement efficace apte à mitiger les émissions des gaz à effet de serre. Se comportant comme un réservoir de carbone, le sol concentre 2 500 Gt

du carbone de l'écosystème terrestre, dont 1 550 Gt sont représentés par le carbone organique, soit 3.3 fois le carbone présent dans l'atmosphère (14, 51). En raison de cette magnitude, des pertes relativement faibles en carbone du sol peuvent considérablement augmenter la teneur en CO dans l'atmosphère et par conséquent, modifier les conditions climatiques (4).

Selon Mandal et al., le carbone séquestré dans le sol a un impact positif sur la santé du sol tout en permettant de lutter contre le réchauffement climatique (20). Car, les sols riches en carbone organique sont plus productifs et sont en mesure de contribuer aux services écosystémiques (13, 7, 24). De même, Adhikari et al. soutiennent que ce carbone contribue à diverses fonctions du sol dont la production de biomasse, la rétention et le filtrage de l'eau et le maintien de la biodiversité (1). Dans ce contexte, le potentiel de séquestration du carbone par le sol a été mis en évidence durant le COP 21, duquel a émergé l'initiative globale désignée "4 per1 000". Cette initiative visant l'accumulation de 0.4% de carbone dans le sol annuellement, pourrait restaurer la qualité des sols, promouvoir la sécurité alimentaire et nutritionnelle et améliorer l’environnement (15).

La capacité à emmagasiner le carbone organique est contrôlée par des facteurs intrinsèques du sol, des caractéristiques environnementales et aussi par des actions anthropiques. Ainsi, des études antérieures suggèrent que le mode d'utilisation et de couverture des terres est déterminant dans le stockage du carbone organique du sol (COS) (23, 22, 3, 10). Veldkamp a montré l'influence des types de sols sur le stock de carbone (26). Deb et al. considèrent la température et les précipitations comme étant les facteurs contrôleurs de la dynamique du COS (6).

Tenant compte de la variabilité spaRED 8 (2) Juin 2019 5

tiale des facteurs environnementaux ainsi que les changements opérés dans le mode d'utilisation des sols, il est clair que le COS varie également dans l’espace et dans le temps. Par ailleurs, l'ampleur de cette variation peut-être plus significative dans les pays tropicaux et à relief montagneux qui favorisent l'accélération de l'érosion des sols, comme c’est le cas en Haïti. La compréhension de la variabilité spatiale du stock de carbone du sol fournit des indications sur le degré de résilience de ce dernier ou sa capacité à résister à la dégradation, sa capacité à mitiger les gaz à effet de serre et la durabilité du système de culture pratiqué (17). Néanmoins, En Haïti, la teneur et la distribution spatiale du carbone du sol n'ont pas été suffisamment investiguées.

La présente étude examine l'influence des types de sol et du mode d'utilisation des terres sur le potentiel de séquestration du carbone organique du sol. Elle intègre les techniques du SIG (Système d'Information Géographique), de la télédétection et de l'apprentissage automatique (machine learning) pour cartographier et analyser le stock de carbone du sol.

Matériels et Méthodes

Caractéristiques de la zone d'étude

L'étude a été réalisée sur une superficie de 1 222 ha se localisant dans un secteur hydrographique du bassin versant de la rivière Bretelle. Cette dernière traverse la zone du nord au sud (Figure 1).

Le climat est classé Aw selon le système de classification climatique de Kôüppen-Geiger. Les précipitations moyennes annuelles atteignent 1 079 mm et les températures minimale et maximale varient de 18,4°C en Janvier à 33,9°C en Août, respectivement (Figure 2).

La géologie est constituée essentiellement de formation quaternaire fortement influencée par le calcaire au niveau de la plaine. Le calcaire est la formation lithologique dominante dans les collines et les mon72°25 0 7224 0W T2230W N À ; £ ë 8. $ è è ” F4 æ £ ë Légende 8 S] Élévation (m) à à e IN 2-50 EM 51-100 [MM 101-150 [| 151-200 [___] 201 - 240 Curie z A Points d'éch. Ë 8 — Riv. Bretelle LS 3- . e œo œ@ = & z É b ÉÉ F2 œo È l 1 2im |* ee 72°250W 72A40W 72°230"W Figure 1. Points d'échantillonnage dans la zone d'étude 40 - r 200 L 180 LE 160 = # Ë à L 140 £ F s - ñ se 2 p H 1 120 © 2 H LE s La ë 2. l ci Li00 À H È . F r 80 Ë œ M H 10 - À É Fe $ ] fe fr r 40 à M “1 F1 F1 FA É 2] |2 r

Sept.

Figure 2. Distribution des températures minimales (Tmin), moyennes (Tm), maximales (Tmax) et des précipitations (Précip.) dans la zone

d'étude

tagnes. Dans ce paysage calcaire, des intrusions basaltiques et d'arénites sont observables surtout dans les ravines formées par contact lithologique.

L'altitude varie de 2 m à proximité du littoral à 240 m. Le relief est plane au niveau de la basse plaine et fortement ondulé dans la partie amont. Les formes convexes des collines résiduelles sont caractéristiques des paysages calcaires. Aussi le paysage est intensément érodé, laissant ainsi apparaitre un réseau de ravines, qui par le processus du charriage, contribuent à l'aggradation des terres de la basse plaine. L'érosion des versants est favorisée par l'exposition des sols, conséquence d'un couvert végétal faible et d'une agriculture non conservationniste.

La végétation est composée d'un mélange d'espèces rabougries et arborées avec une prédominance des espèces xérophytiques sur les collines érodées à pédogenèse limitée.

L'agriculture est le principal mode d'utilisation des terres. Les espèces les plus couramment cultivées sont : la banane, la canne-à-sucre, le maïs (Zea mays), le haricot (Phaseolus vulgaris), le vigna, le pois congo (Cajanus cajan) et le manioc (Manihot esculenta). Par ailleurs, la banane (Musa sp.), la canne à sucre (Saccharum officinarum) et le haricot sont surtout cultivées sur les terres de plaine où l'irrigation gravitaire favorise l'intensification des activités agricoles. Tandis que sur les collines et les terres pentues, se rencontrent surtout le manioc, le pois congo, le maïs, le vigna, etc. Les habitations et les arbustes occupent un grand pourcentage de cette superficie. Le pedosystème de la zone est dominé par les Inceptisols et les Entisols. Les affleurements rocheux occupent surtout les parties Nord et Est où les reliefs sont accentués.

Sources et traitement des données

Les données nécessaires à la détermination du COS ont été générées à partir d’une étude pédologique réalisée dans la zone d'étude. Pour ce, un schéma d’'échantillonnage aléatoire et stratifié basé sur la technique du conditionned Latin Hypercube Sampling (cCLHS) a été utilisé.

À partir de 70 points géolocalisés, le stock de carbone (Sc) a été mesuré et spatialisé en considérant la profondeur de 20 cm (topsoil). Il a été calculé à partir de la formule COS= DaxCxE, où, COS est exprimé eb t/ h, Da (densité apparente) en Mg/m5: C désigne le % de carbone organique, E (épaisseur ou profondeur de la couche considérée) en cm.

La matière organique (MO) a été analysée selon la méthode de perte au feu (LOT). La relation qui lie la MO au carbone organique est la suivante : C = MO/1.742. Tandis que la densité apparente a été déterminée par la méthode du cylindre de Kopeck.

Les sols ont été classés selon le système américain de classification Soil Taxonomy pour chaque point échantillonné. Cette classification a été réalisée au niveau catégorique du sous-groupe. Les classes de sol ainsi déterminées ont été étudiées par rapport à leur position dans le paysage, en se basant sur des paramètres topographiques.

La couverture et l'utilisation des terres ont été cartographiées en se servant de la technique de la classification supervisée. Après avoir été soumises aux corrections radiométrique et topographique selon la méthode de Minnaert, les bandes deux à sept des images de Landsat 8 OLI d'une résolution spatiale de 30 m et capturées le 13 octobre 2017, ont été traitées en utilisant l'algorithme de “machine learning Random Forest”. En termes d'utilisation et de couverture, les terres ont été classées en quatre catégories : agriculture, sols nus, bâtis, et végétation.

La cartographie du stock de carbone est fondée sur l'approche géostatistique qui est largement utilisée dans la spatialisation des données pédologiques (9, 21, 8). Ainsi, l'interpolateur du krigeage ordinaire a été adopté après l'évaluation de la présence de structure spatiale selon le test I de Morans confirmé par l’ajustement d'un modèle de semivariogramme. En raison de la taille réduite de l'échantillon, la validation du modèle d'interpolation a été réalisée selon la méthode de validation croisée LOOCV (leave one out cross validation). Pour évaluer l'influence des classes de sol et des catégories d'utilisation sur le COS, une analyse de variance suivie du test de Tukey au seuil critique de 5% a été effectuée. Les données ont été traitées au moyen des logiciels : ArcGis 10.5: SAGA 3.0.0 ;: Garmin Basecamp 4.7.0 : SigmaPlot 12.0 et R 3.4.1.

Résultats et discussions

Les classes de sols observés

Dans la zone d'étude, les classes de sol les plus dominantes correspondent aux Fluventic Haplustepts (36 %), Lithic Ustorthents (20 %), Typic Ustorthents (18 %), Typic Haplustepts (13 %), Lithic Calciustepts (13 %). Les inceptisols (Fluventic Haplustepts, Typic Haplustepts, Lithic Calciustepts) se localisent dans les aires à faible déclivité (<8 %) et où le facteur de longueur de pente (LS factor) est moindre (Tableau 1), contrairement aux deux autres classes de sol (Lithic Ustorthents, Typic Ustorthents). Mis à part les Fluventic Haplustepts qui

Tableau 1. Classes de sols en rapport aux valeurs moyennes de paramètres

topographiques Classes de sol Déclivité (%) Élévation (m) LS_Factor Fluventic Haplustepts 2,6 57,1 0,3 Lithic Calciustepts 6.8 112.0 0.9 Lithic Ustorthents 15.2 113.1 21 Typic Haplustepts 2,3 925 0.3 Typic Ustorthents 11,4 96,3 1.6

Tableau 2. Matrice de confusion entre les classes de couverture et d’utilisation des terres

Agriculture Sol nu Bâtis Végétation Pr. P1 Agriculture = 1 0 0 0.96 Sol nu 0 24 ” 0 0,92 Bâtis 0 2 27 1 0.90 Végétation d 1 1 27 0.90 Pr. U? 0.96 0.86 0,90 0.96 NA

1Pr. U : précision pour l'utilisateur ; 2Pr. P: précision pour le producteur

Figure 3. Utilisation des terres dans le bassin hydrographique de Bretelle

sont des sols influencés par les sédiments d’origine fluviale ou alluviale, ces classes de sols se rencontrent à faibles altitudes là où le relief est suffisamment plat pour favoriser les dépôts de sédiments récents. Il s’en suit que les sols sont majoritairement jeunes du fait du climat peu humide et du relief ondulé dans les parties Nord et Est, conditions qui limitent l’altération des roches et des minéraux. De l’autre côté, les sols développés à basse altitude en terrain plat subissent une pédogenèse limitée du fait des dépôts de sédiments occasionnant ainsi le processus de rajeunissement cyclique. Ces observations coïncident avec celles réalisées par Jeune et al. et Libohova et al. (11, 18).

Cartographie de la couverture et de l’utilisation des terres

La carte d'utilisation et de couverture des terres (CUT) a été réalisée

1 L 1 L +

2 + S 1000 - + Es L É ++ + + + È #+ E 500 - F Ÿ o

T T T T

500 1000 1500 2000

Distance (m)

Figure 4. Semi-variogramme sphérique ajusté pour le COS (gauche) et

stock de carbone (droite)

à partir de 350 points d'observation, en utilisant le classificateur Random Forest. Ainsi, la matrice d'erreur ou de confusion générée durant le processus de classification a permis de vérifier un indice kappa 0.89 (Tableau 2). La valeur de cet indice peut être catégorisée de forte concordance. Le classificateur s’est révélé adéquat dans la séparation des classes de couverture et d'utilisation des terres pour la zone d'étude.

À partir de la carte de CUT ainsi réalisée, il a été possible de constater que 30,8 % de la zone d'étude étaient occupés par les activités agricoles, tandis que 25,5 % étaient constitués de sol nu (Figure 3). Les zones habitées et les végétations représentaient 16,8 % et 26,9 %, respectivement. Il est à noter que les terres exploitées de manière intensive correspondent généralement aux sols d'origine alluviale bénéficiant de l’eau d'irrigation.

Stock de carbone évalué et spatialisé

Les analyses de statistiques descriptives sur le stock de carbone suggèrent une variation de 12,4 à 165,5 Mg/ha avec une moyenne de 48,9+/-7.3 Mg/ha et un coefficient de variation de 62.6 %. Ces valeurs sont concordantes avec celles rapportées par Scolforo et al. qui ont vérifié une valeur moyenne de 48.6 Mg/ha lors de la cartographie du stock de carbone dans l’état de Minais Gerais, au Brésil (25). Une valeur moyenne plus faible (41.0 +/- 5.4 Mg/ha) a été observée pour le stock de carbone spatialisé à des profondeurs variables, dans le cadre d'une étude conduite dans le bassin hydrographique Guapi-Macacu, Rio de Janeiro au Brésil (10). Par ailleurs, une valeur moyenne de 90 Mg/ha a été obtenue dans le cadre d'une étude réalisée dans l'état de Wisconsin, USA (1). Les auteurs ont attribué ce niveau de carbone à divers facteurs, incluant le matériau parental, l’utilisation des terres et le climat tempéré. Des observations similaires ont été rapportées par Andrade et al. (2).

Dans le but de spatialiser le COS,

Tableau 3. Influence du type de sol, de la couverture et de l’utilisation des terres sur le stock de carbone organique du sol

Traitements

Stock de carbone (t/ha)

Classes de sol

Typic Ustorthents Lithic Calciustepts Lithic Ustorthents Typic Haplustepts Fluventic Haplustepts Valeur-P

Classe de couverture et d'utilisation Bâtis

Sol nu

Végétation Agriculture

Valeur-P

COS x CUT

74,3 a 63.8 ab 52,2 abc 41.0 bc

313c

9.28e-06***

59.0 a 52,8 a 49,4 a 324 a 0.749076ns 0.000585***

Les valeurs suivies d'une même lettre ne sont pas significativement différentes au seuil critique de 5 % : ns : non significatif : *** différence hautement significative au seuil critique de

1 %0

COS x CUT : Interaction entre le carbone organique du sol et la couverture et l'utilisation des

terres

l'autocorrélation spatiale des données a été détectée par le test I de Moran ou Moran's I (pvalue-3.48186e-05), qui indique la présence d'une structure spatiale, nécessaire à l'utilisation de l'interpolateur krigeage. La carte de COS a été effectuée à partir de l’ajustement d'un modèle de semivariogramme sphérique dont l'effet pépite est nul, la portée 534.8 m et le palier 969.8 (Figure 4).

L'interpolateur krigeage ordinaire a permis de spatialiser le stock de carbone, en adoptant une résolution spatiale de 30 m. Le modèle ainsi utilisé a été validé par la méthode de validation croisée pour laquelle le coefficient de détermination (R?) entre les valeurs observées et prédites a été de 0.35 (p-value = 0.0028).

Relation entre le stock de carbone, les classes de sol et celles de la couverture et de l’utilisation des terres

L'analyse de variance associée au test de Tukey a révélé que la variabilité du stock de carbone du sol était influencée bien plus par le type de sol que par le mode d'utilisation

des terres dans la zone de l'étude (Tableau 3). Des différences statistiquement significatives ont été observées entre la classe de sol Fluventic Haplustepts et les deux classes Typic Ustorthents et Lithic Calciustepts, avec des valeurs respectives de 31,3, 74,3 et 63,8 t/ha. Les valeurs relativement faibles du stock de carbone associées aux Fluventic Haplustepts peuvent être dues aux intenses activités agricoles auxquels ces sols sont soumis. Par ailleurs, la faible stabilité des agrégats de ces sols est de nature à favoriser l'oxydation de la matière organique par son exposition. Wiesmeier et al. ont vérifié que les types de sol avaient, entre autres, une influence sur le stockage du carbone du sol (28).

Quant aux classes de couverture et d'utilisation des terres, aucune différence significative n'a été observée, contrairement à ce qui avait été rapporté dans les travaux de John et al. où il a été avancé que le stock de carbone était fonction du type d'utilisation et du travail du sol (12). Il y a lieu de souligner que la plus faible valeur du stock de carbone (32,4 t/ ha) correspond à la classe agriculture. À l'opposé, la plus forte valeur, (59,0 t/ha) a été trouvée pour la catégorie “bâti”, la valeur pour la catégorie agriculture peut être due aux pratiques agricoles conventionnelles occasionnant l'oxydation de la matière organique du sol lors du labourage. Ces observations sont conformes à celles de Williams et al. qui ont montré que les activités agricoles contribuaient à la diminution du stock de carbone du sol (27). Les résultats ont également indiqué que l'effet combiné des classes de couverture, d'utilisation des terres et des types de sol ont un impact sur le stockage du carbone du sol.

Conclusion

Cette étude s'est basée sur une approche globale intégrant les techniques de géostatistique, du système d'information géographique et de la télédétection afin de cartographier le stock de carbone. Elle a également précisé les relations liant les types de sol et les modes d'utilisation des terres en vue de comprendre l'influence de ces facteurs sur la variabilité du stock de carbone du sol.

L'étude a montré que le stock de carbone était influencé par les types de sol, probablement en raison d'un ensemble de caractéristiques intrinsèques à ces derniers. Quant aux catégories "couverture et utilisation des terres”, aucune différence significative n'a été observée pour les valeurs du stock de carbone, explicable par les perturbations anthropiques indifférenciées qui s'exercent sur les terres de la zone.

La technique de géostatistique s’est révélée adéquate dans la spatialisation du stock de carbone dans la zone de l'étude. Aussi, la méthode de l'apprentissage automatisé (machine learning) associé au classificateur Random Forest a été appropriée pour la cartographie de la couverture et de l’utilisation des terres.

D'autres études similaires pourront être conduites à plus grande échelle pour cartographier le stock de carbone du sol. Une telle démarche permettrait d'adopter des mesures caRED 8 (2) Juin 2019 9

pables de potentialiser la séquestration du carbone dans le sol et en même temps, minimiser les émissions du CO» dans l'atmosphère. Ces mesures peuvent inclure la pratique du zéro labour, l’utilisation de l'engrais vert et la couverture morte du sol, et le maintien d'un couvert végétal permanent dans les zones à forte déclivité.

Remerciements

Cette étude a été financée par l'USAID dans le cadre du Projet AREA (Feed the Future). Les auteurs voudraient remercier particulièrement l'Université de Floride ainsi que toute autre institution ayant contribué à sa réalisation.

Références bibliographiques

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Présence de la punaise réduve « Triatoma dimidiata » en Haïti: Précautions à prendre

J. Blaise, Laboratoire de Zoologie/Parasitologie, Département de Production Animale, FAMV, UEH

RESUME J. Blaise. 2019. Présence de la punaise réduve « Triatoma dimidiata» en Haïti: Précautions à prendre. RED 8 (2): 2 -4

Cet article rapporte des informations sur la présence d'une espèce de punaise trouvée pour la première fois en Haïti, dans la zone du marché de Salomon à Port-au-Prince, en novembre 2017. L'examen au stéreomicroscope du spécimen transmis au Laboratoire de Zoologie/ Parasitologie de la FAMV, montre qu'il s’agit de l'espèce Triatoma dimidiata. La présence de celle-ci reconnue comme un vecteur potentiel de la maladie de Chagas ou trypanosomiase américaine dans le Amériques, constitue une menace importante pour la santé publique en Haïti. Les données sur les principales caractéristiques de cette punaise, le diagnostic de la maladie de Chagas, les méthodes de lutte contre cette maladie ainsi que certaines recommandations sont présentées.

ABSTRACT J. Blaise. 2019. Presence of the bedbug "Triatoma dimidiata" in Haïti: Precautions to take.

This paper is the first report of the presence of Triatoma dimidiata in Haïti The bug was found in the area of an open market named Salomon in Port-au-Prince in November 2017. Stereomicroscope examination of the specimen transmitted to the Zoology/Parasitology Laboratory of the FAMV shows that it is the above-named species. The presence of this bug, recognized as a potential vector of the Chagas disease or American trypanosomiasis in the Americas, poses a significant threat to public health in Haiti. Data on the main characteristics of this bug, the diagnosis of Chagas disease, the methods of control of this disease as well as some recommendations are presented.

ment été identifié à Port-au-Prince, la capitale.

Introduction

La punaise réduve appelée encore « La vinchuca » ou triatome, est un insecte piqueur ailé de grande taille (2 à 3 cm), dont la tête repliée ventralement au repos, porte un long rostre. Cette punaise carnassière ou hématophage, de couleur jaune ou noir et rouge, appartient à l'ordre des hémiptères et à la famille des réduvidés (12). Elle vit normalement dans les vieilles maisons où elle chasse d’autres insectes. Elle se

Dans le souci de faire le point sur les risques éventuels que fait courir cette punaise sur la santé de la population, il parait opportun de présenter certaines caractéristiques biologiques, épidémiologiques et pathogéniques de cet insecte nouvellement identifié dans le pays. de discuter les méthodes de diagnostic de la maladie de Chagas et de lutte

antivectorielle, puis de faire cache dans les crevasses des sols ou : … quelques recommandations approdes murs et prend son repas la nuit priées sur le corps des animaux domes- ‘ tiques ou sur les parties découvertes Dites tdi GE

du corps de l'homme (visage, bras, jambes) chez qui elle peut transmettre la maladie de Chagas. Elle a comme prédateur des reptiles, des oiseaux ou d'autres animaux comme les araignées. Originaire d'Amérique du Sud, cette punaise n'a jamais été signalée en Haïti, dans les précédents travaux (3). En absence de données sur la maladie de Chagas en Haïti, le vecteur a récemmonde et situation d'Haïti

La punaise réduve a une large distribution dans les Amériques (5, 11). On la retrouve dans les pays sudaméricains tels : la Colombie, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay, l'Uruguay. le Chili et Argentine (Figure 1). Actuellement, les zones endémiques s'étendent des Guyanes à l'Amérique centrale jusqu'au sud du

Mexique, en passant par le Venezuela et le Panama.

Selon l'Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS/PAHO), des vecteurs et des réservoirs sauvages ont été découverts dans la plus grande partie des Caraïbes (11), zone considérée comme indemne de la maladie de Chagas. L'existence de celle-ci n’a pas été constatée en dehors des Amériques (8).

Date et localisation de la première observation de la punaise réduve en Haïti

En Haïti, le premier spécimen de triatome a été observé en novembre 2017, pendant la nuit, chez une personne habitant une maison en bois dans la zone du marché Salomon de Port-au-Prince. Cette punaise a été surprise sur la peau de la victime en train de prendre son repas sanguin. Elle a été capturée et transmise au Laboratoire de Zoologie/

Parasitologie de la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l'Université d'Etat

(FAMV)

Figure 1. Répartition géographique de la punaise réduve

Figure 2. Montage pour identification du spécimen dans un plat de Pétri

d'Haïti (UEH) pour identification. D'autres spécimens ont été aussi observés par la victime dans une fissure de la même maison, puis amenés par la suite au Labo.

Identification des spécimens Après fixation dans de l'alcool à 70 degrés, le premier spécimen qui a perdu une patte au cours de sa manipulation, a été placé dans un plat de Pétri, puis identifié à l’aide d'un stéréomicroscope et des clés de diagnose s'appuyant sur la distance (environ 1/4 pouce) séparant les yeux de l'insertion des antennes et la couleur orange des ornementations (12). L'examen complet montre que tous les spécimens correspondent à l'espèce Triatoma dimidiata (Figures 2 et 3).

Biologie et rôle pathogène

Du point de vue biologique, la punaise réduve est un insecte aux mœurs nocturnes, hétérométabole, donc à métamorphose incomplète (larves et nymphes ressemblant aux adultes). L'œuf mesurant 1.5 à 2.5 mm de longueur, de couleur rose, jaune ou blanche donne après au moins 10 jours, une larve de 2 à 3 mm qui se transforme d’abord en nymphe puis en adulte ailé, après plusieurs mues (2, 6, 9). Contrairement aux moustiques vecteurs du paludisme, de la dengue et de la filariose, les 2 sexes de la punaise

Figure 3. Vue d'un spécimen de triatome identifié au laboratoire de Zoologie/Parasitologie de la FAMV

réduve sont hématophages. Un réduve peut consommer de 500 à 800 mg (0.5 à 0.8 ml) de sang par repas et peut survivre 3 à 4 mois au fond de fissures, sans prendre d'autres repas (10).

Sur le plan de la santé publique, c'est un vecteur majeur de la trypanosomiase américaine ou maladie de Chagas. Celle-ci, est une infection grave du sang causée par un protozoaire flagellé extra-cellulaire fusiforme (Trypanosoma cruzi), de 20 à 40 microns de longueur (4), transmis par les déjections ou fèces des triatomes. L'infection se traduit par des symptômes : hyperthermie, pâleur, anorexie, asthénie, adénopathies (ganglions saillants) ; des lésions sanguines : anémie, hyperleucocytose avec lymphocytose et monocytose : des lésions tissulaires principalement une hypertrophie du foie (hépatomégalie) et de la rate (splénomégalie) (1, 5, 9). Dans la forme chronique, on note une atteinte du système nerveux et du myocarde évoluant vers une insuffisance cardiaque fatale.

Autres punaises déjà identifiées en Haïti

Il convient de distinguer la punaise réduve d’autres espèces déjà identifiées en Haïti :

La punaise des lits (Cimex lectularius), de la famille des cimicidés

Cet insecte de couleur brune est aussi hématophage mais il est de plus petite taille, 8 mm (maximum 0.5 cm). Il a un corps plat et arrondi et son thorax ne porte pas d'ailes fonctionnelles (6, 9, 12). Il vit en permanence à l'intérieur des habitations avec une prédilection pour les chambres à coucher.

La punaise des bois ou punaise verte (Nezara viridula), de la famille des pentatomidés

Cet insecte de couleur verte ou brune, de forme générale pentagonale, mesure environ 12 mm (maximum 1.6 cm pour les adultes) (2, 6). Il n'est pas hématophage et se nourrit exclusivement de la sève des plantes céréales (riz), de fruits (framboises) et de légumes (haricots, tomate, concombre, aubergine, poivron). Il vit normalement dans les jardins et peut se réfugier accidentellement dans les maisons, attiré par la lumière.

Mode de transmission de la trypanosomiase

La transmission des trypanosomes se fait à partir des fèces déposées par la punaise sur la peau de l'hôte au cours de son repas sanguin (5). Les parasites pénètrent dans l'organisme par le point de piqüre ou encore à travers les muqueuses. Il est important de signaler qu'une muqueuse même saine, peut être traversée par les parasites (5). En outre, l'homme peut s’infecter luimême parfois, à partir de ses mains souillées (9), lorsqu'il porte ses doigts à la bouche ou sur la conjonctive. Le protozoaire sanguicole, T. cruzi, n'affecte pas seulement l'homme mais aussi de très nombreux mammifères domestiques chien, chat, cochon d'Inde, lapin, mouton, chèvre et sauvages : rat, souris, chauve-souris, etc. Tous ces animaux sont présents sur le territoire haïtien et sont déjà impliqués dans diverses zoonoses parasitaires (helminthoses ou ectoparasitoses) (3).

Diagnostic de la trypanosomiase Il peut se faire par la recherche du parasite à l'examen direct de sang à l'état frais entre lame et lamelle,

après triple centrifugation ou à partir de trypanosomes fixés sur un frottis ou d'une goutte épaisse colorée au GIEMSA (4). Toutefois, cette technique est peu fiable car les protozoaires sont extrêmement rares dans le sang (1, 9).

La technique la plus utilisée est limmunofluorescence indirecte (8). On peut recourir également au xénodiagnostic (1, 9). Ce procédé consiste à mettre des insectes vecteurs indemnes en contact avec des sujets suspects : homme ou animal (lapin. cobaye, rat, poulet, pigeon), puis à récolter des déjections 2 à 3 semaines plus tard. La recherche des parasites se fait par examen microscopique des fèces, après dilution dans une solution saline normale (NaCI 8.5 g, Eau distillée 1000 ml) (13)

Méthode de lutte contre la trypanosomiase

On peut utiliser des insecticides pyréthrinoïdes pour contrôler le vecteur mais selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l'aménagement de l'environnement demeure le meilleur moyen de lutte antivectorielle (10). La vaccination est illusoire à cause de la diversité antigénique des parasites. Le médicament efficace et inoffensif reste à trouver (7, 8). Sur le plan hygiénique il faut éviter de toucher à mains nues la punaise et éliminer les conditions favorables à la pullulation de ces vecteurs dans les habitats : crevasses des murs et des planchers, toiture en feuilles de palmiers.

Conclusion et recommandations Cette découverte locale ne doit pas être minimisée, compte tenu des risques sanitaires graves que peuvent encourir les personnes exposées. La présence des animaux sensibles (mammifères et oiseaux) est favorable à l'émergence et à l’entretien de la trypanosomiase, parasitose zoonotique. Pour l'instant, aucun cas de trypanosomiase américaine n’a encore été diagnostiqué en Haïti. La simple présence du vecteur incite à mener des investigations permettant de préciser sa densité et son impact sur la santé humaine dans le pays. Toute méthode de lutte susceptible de donner des résultats durables doit passer par l'aménagement de l’environnement. Dans cet ordre d'idées, l'attention doit être surtout attirée sur la nécessité : de supprimer les fissures et les anfractuosités où les punaises peuvent se cacher et se reproduire : d'installer des moustiquaires aux fenêtres et aux portes, assurant aussi une protection non seulement contre les punaises réduves, mais également contre les vecteurs du paludisme, de la dengue, de la filariose, du Zika et du chikungunya : d'interdire l'entrée des animaux domestiques dans les habitations, car ils peuvent transporter des punaises réduves dans leur pelage : enfin, de pratiquer une bonne gestion des déchets solides et l'émondage des arbres autour des habitations.

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