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Vol. 12 No 1 (2026): RED

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Article 1

Dynamiques des populations de puceron jaune (Melanaphis sacchari, Zehntner) sur différents phénotypes de sorgho dans la plaine du Cul-de-Sac

R. Exilien!? et S. Milord!, Département de Phytotechnie, Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire, (FAMV), Université d'Etat d'Haïti (UEH), ?University of Florida, Institute of Food and Agricultural Services,

North Florida Research Education Center (UF/IFAS/NFREC).

Auteur de correspondance : Exilien R., exiro3@gmail.com. romainexilien@ufl.edu.

Résumé Exilien R. et Milord S. 2026. Dynamiques des populations de puceron jaune (Melanaphis sacchari. Zehntner) sur différents phénotypes de sorgho dans la plaine du Cul-de-Sac. RED 12 (1): 3-9.

Depuis 2015. le puceron de la canne à sucre (Melanaphis sacchari, Zehntner) (Hemiptera : Aphididae) est devenu un ravageur majeur du sorgho en Haïti. entraînant des pertes de rendement significatives. Malgré les efforts de lutte, 1l demeure une menace persistante pour la production nationale. Parmi les stratégies de gestion durable, le contrôle génétique constitue une approche pertinente. compatible avec la préservation de la santé environnementale. Dans ce contexte, une étude a été conduite au printemps 2020 dans la plaine du Cul-de-Sac afin de comparer la tolérance de six phénotypes de sorgho (D10_ 365 DA 070. D47_363_DA_047., D14_347_DA_016. C35_192_2. D39_426_DA_013 et D43_336_DB_018) à M. sacchari. et d'évaluer les facteurs influençant la dynamique de ses populations en conditions expérimentales. Les résultats ont montré que les différents phénotypes n'avaient pas d'effet significatif sur l'abondance des pucerons. avec une moyenne de 19 811 individus par phénotype. Le pic de population a été observé à la huitième semaine, correspondant à la phase de floraison, avec environ 65 744 individus par plante. Par ailleurs, la faune aphidiphage (coccinelles) ainsi que les conditions climatiques, notamment les précipitations et la vitesse du vent. ont exercé une influence significative sur les dynamiques de population du ravageur. Une corrélation positive a été mise en évidence entre les populations de coccinelles et celles de M. sacchari. De plus. des précipitations modérées (20 mm) et des vitesses de vent supérieures à 7 km/h ont favorisé la prolifération du ravageur. Ces résultats soulignent l'importance d'une approche de gestion intégrée des ravageurs afin de réduire l'impact de M. sacchari et d'améliorer durablement la productivité du sorgho en Haïti.

Mots clés : Puceron jaune, sorgho. tolérance. contrôle.

Abstract Exilien R. et Milord S$. 2026. Population dynamics of yellow aphid (Melanaphis sacchari. Zehtner) on different sorghum phenotypes in the Cul-de-Sac plain. RED 12 (1): 3-9.

Since 2015. the sugarcane aphid (Melanaphis sacchari. Zehntner) (Hemiptera. Aphididae) has become a major pest of sorghum in Haiti, causing significant losses. Despite control efforts, it remains a threat to national production. Among sustainable management strategies, genetic control remains a suitable approach without compromise environment health. In this context, a study was conducted in spring 2020 in the Cul-de-Sac plain to compare the tolerance of six sorghum phenotypes (D10_365_ DA _070. D47_363_DA_047. D14_347_DA 016. C35_192_2. D39_426_DA 013. and D43_336_DB_018) to M. sacchari. and to assess the factors influencing its population dynamics under experimental conditions. Results showed that the different phenotypes did not significantly affect aphid abundance. with an average of 19 811 individuals per phenotype. The population peak was observed at the eighth week, during flowering. with approximately 65 744 individuals per plant. Furthermore, aphidophagous fauna (lady beetles) and climatic conditions. particularly rainfall and wind speed. significantly influenced aphid populations. À positive correlation was found between lady beetle and M. sacchari populations. Additionally. moderate rainfall (20 mm) and wind speeds above 7 km/h promoted the pest's proliferation. These findings highlight the importance of an integrated pest management approach to reduce the impact of M. sacchari and improve sorghum yield in Haiti.

Keywords: Sugarcane aphid. sorghum., tolerance, management.

Introduction Haïtiens. Depuis 2007, le pays assure presque toute la production de sorgho grain du marché caribéen (8), avec une superficie moyenne de 903 ha par commune, soit un total

de 127 710 ha (7).

Haïti est le principal producteur de sorgho des Caraïbes, une culture essentielle à la sécurité alimentaire nationale et source de revenus pour plus de 200 000 agriculteurs

Cependant, cette culture fait face à la menace persistante du puceron jaune Melanaphis sacchari Zehntner (Hemiptera : Aphididae), introduit en Haïti en 2015 (3, 10, 16). Ce ravageur majeur du sorgho (Sorghum bicolor) et de la canne à sucre (Saccharum spp.) entraîne d'importantes pertes de rendement (6, 19). Il est également le vecteur principal du virus de jaunissement de la canne à sucre (SCYLV) (1, 20) et affecte le sorgho dans plus de 30 pays (13, 22). Détecté pour la première fois au Texas en 2015, il s’est ensuite propagé à 19 Etats américains (2, 4, 11, 17). En Haïti, M. sacchari a été signalé pour la première fois dans le Plateau Central, principale région productrice de sorgho, où il a provoqué des pertes atteignant jusqu'à 90 % dans les zones les plus touchées (3, 5, 9, 16). La forte sensibilité des variétés locales a aggravé l'impact du ravageur, compliquant sa gestion (9).

Face à cette menace, les agriculteurs ont eu recours à des insecticides chimiques, notamment les néonicotinoïdes (3). Cependant, leur efficacité est limitée en raison de leurs effets négatifs sur les insectes utiles (ennemis naturels, pollinisateurs), du développement de résistances chez le ravageur, et de leur impact environnemental négatif (24. L'amélioration variétale s'impose donc comme une solution durable et complémentaire. En 2016, le CHIBAS, en collaboration avec le MARNDR, a diffusé la variété « Pa Pè Pichon », tolérante à M. sacchari (3). Bien que cette variété ait permis de limiter les pertes, les infestations persistent sans traitements chimiques.

Des recherches menées notamment dans la Plaine du Cul-de-Sac et le Plateau Central ont mis en évidence l'influence de facteurs tels que la variété cultivée, la phénologie du sorgho, les ennemis naturels et les plantes hôtes sur la dynamique du puceron (3, 16). Nous hypothétisons que d’autres variétés, en plus de « Pa Pè Pichon », pourraient présenter une tolérance à M. sacchari. Par ailleurs, des facteurs biotiques comme la présence de coccinelles et des éléments abiotiques tels que la pluviométrie ou le vent pourraient également moduler la dynamique de ce ravageur. Une meilleure compréhension de ces interactions permettrait d'optimiser les stratégies de gestion intégrée du puceron jaune.

Matériels et Méthodes

Localisation et description du site expérimental

L'étude a été réalisée sur la ferme du Centre de Recherche sur la Bioénergie et l'Agriculture Durable (CHIBAS), située à 2° Varreux, dans la plaine du Cul-de-Sac (commune de la Croix-des-Bouquets). Cette plaine est délimitée au nord par la chaîne des Matheux et les montagnes du Trou d'Eau, au sud par le Massif de la Selle, à l’ouest par la baie de Port-au-Prince, et à l'est par l’'Étang Saumâtre, à la frontière dominicaine. D'une superficie de 32 km de long sur 25 km de large, cette dépression naturelle a toujours constitué une importante zone agricole. Le climat y est caractérisé par une température moyenne annuelle de 23,2°C, avec des extrêmes variant de 21,6°C en janvier à 24,9°C en juillet. La pluviosité annuelle moyenne atteint 1 697 mm, avec un minimum de 31 mm en janvier et un maximum de 248 mm en mai (9).

Matériel végétal

Dans le cadre de cette expérimentation, six phénotypes développés par le CHIBAS ont été testés. Créés pour favoriser la vulgarisation et soutenir la pérennité de la culture du sorgho en Haïti, ces phénotypes ont été identifiés par des codes spécifiques afin d'assurer leur traçabilité et de garantir la rigueur méthodologique de l'étude. Les codes correspondants sont :

D10_ 365 DA 070,

D47_363_DA 047,

D14_347_DA 016,

C35_192_2, D39 426 DA 013 et D43_336_DB_018.

Bien que les caractéristiques agronomiques détaillées de ces six matériels végétaux n'aient pas été communiquées par le sélectionneur en raison de restrictions de diffusion liées à cette première mise à l'essai sur le terrain, ces lignées ont été spécifiquement mises en place pour évaluer leur comportement et leur tolérance face aux infestations du puceron jaune du sorgho. De plus, ces phénotypes représentent une diversité génétique intéressante de lignées améliorées, sélectionnées pour leur potentiel de résistance. Cette évaluation constitue une étape cruciale pour identifier des génotypes performants capables de répondre efficacement à la pression de ce ravageur majeur en Haïti.

Installation et conduite de l’expérimentation

L’expérimentation a débuté par les travaux de préparation du sol à l'aide d’un tracteur, suivis de la délimitation du champ et du tracé du dispositif expérimental. Les billons ont ensuite été érigés manuellement. Le dispositif adopté était un plan en blocs complets aléatoires

comportant quatre répétitions, chaque bloc comprenant six parcelles élémentaires attribuées aléatoirement aux phénotypes de sorgho Figure 1). Chaque parcelle couvrait 12 m°, répartis en 9 m° de culture (3 m x 3 m) et 3 m° de bordures (1 m x 3 m), excepté le bloc 4 où les parcelles étaient sans bordures. Les blocs étaient espacés de 2,5 m. Chaque parcelle était subdivisée en quatre billons espacés de 0,75 m, chacun portant sept plantes, avec un espacement de 0,5 m entre les plantes sur chaque billon. Après l'installation, les parcelles ont été entretenues par des opérations régulières de désherbage manuel et d'arrosage en fonction des besoins hydriques des plantes. Un démariage a été réalisé entre 30 et 45 jours après la levée, afin de ne conserver qu'une seule plante par poquet.

Collecte des données

Dans le cadre de cette expérimentation, deux types de données ont été collectées : des données biologiques et climatiques. Les données biologiques ont été recueillies sur un échantillon de 240 plantes, soit 10 plantes sélectionnées aléatoirement par unité expérimentale. Les observations ont été réalisées chaque semaine, de la montaison jusqu’à la récolte, afin d'évaluer la densité de M. sacchari et des coccinelles aphidiphages. La densité de M. sacchari

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Figure 1. Croquis du dispositif expérimental avec les phénotypes distribués aléatoirement à l’intérieur de chaque bloc

a été mesurée par comptage visuel direct à l'aide d'un quadrat de 25 cm° fabriqué sur mesure en carton au laboratoire afin de s'adapter à la géométrie de la surface foliaire du sorgho. Le quadrat était placé aléatoirement sur les zones infestées des feuilles sélectionnées. Pour garantir la fiabilité des données et limiter les biais d'omission ou de saturation visuelle liés aux fortes densités de pucerons (pouvant atteindre plusieurs milliers d'individus), un protocole d'extrapolation standardisé a été appliqué : lorsque la population dépassait un seuil visuel critique au sein du quadrat, celui-ci était subdivisé virtuellement en quatre sous-sections de 6,25 cm°. Le comptage exhaustif était alors réalisé sur une seule sous-section, puis multiplié par quatre pour estimer la charge globale du quadrat. Sur chaque plante, trois feuilles étaient échantillonnées : une au sommet, une au milieu et une à la base. Parallèlement, le dénombrement des coccinelles prédatrices (larves et adultes) a été standardisé par une inspection visuelle minutieuse de l'intégralité de la plante. Afin d'éviter les omissions ou les doublons de comptage dus à la mobilité de ces prédateurs, l'observation a été menée de manière systématique selon un axe vertical descendant (du sommet de la plante vers la base) et de façon ininterrompue sur chaque plant, permettant de figer visuellement la position des individus et de valider le décompte avant leur déplacement. Les données climatiques, incluant notamment la pluviométrie et la vitesse du vent, ont été relevées tout au long de la période expérimentale sur le site WeatherandClimate.com afin d'analyser leur influence sur la dynamique des populations de M. sacchari.

Analyses statistiques

Les analyses statistiques ont été réalisées à l'aide du logiciel RStudio (version 4.4.2). Pour évaluer la densité des populations de M. sacchari et des coccinelles aphidiphages, un modèle linéaire généralisé à effets mixtes (GLMM) avec une distribution binomiale négative (a = 0,05) a été appliqué, en considérant les phénotypes et les dates de collecte comme facteurs fixes, et les répétitions comme effets aléatoires. Le test de Tukey HSD a été utilisé pour comparer les moyennes des densités de pucerons et de coccinelles entre les différents phénotypes et dates. Par ailleurs, une régression linéaire (a = 0,05) a été réalisée pour analyser la relation entre les populations de M. sacchari et celles des coccinelles. En complément, une régression multiple avec un terme quadratique (a = 0,05) a été utilisée pour évaluer l'effet combiné de la pluviométrie et de la vitesse du vent sur les populations de M. sacchari.

Résultats

Densité de pucerons jaunes sur les phénotypes

Au cours de la période d’étude, une moyenne de 18 259 individus de M.

100000

g —- 010_305_DA_070 # œ 75000 É £ 50000 F œ É 25000 $ = ë = o SH SAS ESS SV Date (semaine) = 100000 f œ - 014-2470A 06 o » œ 75000 & 50000 É 2 25000 S £ sas ES PER AN Date (semaine) = 100000 us - 039_426 DA 013 a ES f “ x æ 75000 £ £ 50000 É £ 25000 S > © =

sp p es p EN RN

Date (semaine)

sacchari a été dénombrée sur l’ensemble des phénotypes étudiés, dont 95,74 % étaient des formes non ailées et 4,26 % des formes ailées. Aucune différence significative de densité n’a été observée entre les six phénotypes de sorgho (x? = 4,086, ddl = 5, p > 0,537) (Figure 2).

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Figure 2. Nombre moyen de M. sacchari (+ SE) par pied de sorgho selon les phénotypes

100000 75000 50000

25000

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Date (semaine)

100000 75000 50000

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Date (semaine)

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Date (semaine)

Figure 3. Nombre moyen de M. sacchari (+ SE) par pied de sorgho selon les phénotypes et la date de collecte des données. Les lettres indiquent des différences significatives entre les dates

Fluctuation de M. sacchari dans le champ expérimental

Durant l'étude, des fluctuations significatives de la densité de M. sacchari ont été observées dans l’ensemble des unités expérimentales (D10_365_DA_070 : x° = 190,23, ddl = 11, p < 0,001 ; D47_ 363 DA 047 : X° = 244,4, ddl = 11, p < 0,001 ; D14_347_ DA 016 : x° = 228,38, ddl = 11, p < 0,001 ; C35_ 192 2 : x° = 179,49, ddl = 11, p < 0,001 ; D39_426_DA_013 : x? = 321,25, ddl = 11, p < 0,001 ; D43 336 _DB_018 : x? = 291,44, ddl = 11, p < 0,001). Malgré ces variations, les différents phénotypes ont présenté des tendances similaires (Figure 3). Les premières semaines (semaines 1 à 4) ont été caractérisées par de faibles densités, suivies d’une augmentation progressive à partir de la cinquième semaine, culminant à la huitième semaine représentant le stade de floraison, puis d'une diminution graduelle jusqu'à la douzième semaine.

Variation de coccinelles sur les phénotypes

Un total de 104 coccinelles aphidiphages a été recensé au cours de l'étude, dont 66,34% étaient des larves. Aucune différence significative n’a été observée entre les phénotypes concernant la densité de coccinelles, avec une moyenne de 13 individus par phénotype (x = 2,478 ; ddl = 5 ; p > 0,78) (Figure 4). En effet, la variation des populations de coccinelles au cours de la période d'étude est marquée par des densités relativement faibles durant les premières semaines, suivies de pics généralement observés entre la 8e et la 10e semaine selon les phénotypes, puis d’une diminution entre la 11e et la 12° semaine (Figure 4). Un pic significatif est enregistré à la 8 semaine pour le phénotype D10_365_DA_070 (x2 = 383.95 ; df = 11 ; P < 0.001). Le pic survient à la 9% semaine pour D47_363_DA 047, (X2 = 66.071 ; df = 11 ; P < 0.001) et D14_347_DA_016 (x2 = 69.7 ; dd df = 11 ; P < 0.001). Deux pics successifs sont observés aux 9e et 10° semaines pour C35 192 2 (x2 = 63.141 ; df = 11 ; P < 0.001). Le phé80 —- D10_255_DA 070

Moyenne Total Coccinelle (+ SE)

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Date (semaine)

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Date (semaine)

Figure 4. Nombre moyen de coccinelles (+ SE) par pied de sorgho selon les phénotypes et la date de collecte des données

notype D39 426 DA _013 atteint son pic à la 10° semaine (x2 = 126.43 ; df = 11 ; P < 0.001), tandis que D43_336_DB_018 enregistre son maximum à la 12° semaine (x2 = 80.086 ; df = 11 ; P < 0.001) (Figure 4).

Analyse de corrélation entre la population de M. sacchari et la population de coccinelles

Les résultats de la régression linéaire ont révélé une relation positive significative entre les populations de coccinelles et celles de M. sacchari (F = 140,6 ; ddl = 1 ; p < 0,001) (Figure 5). Cette corrélation indique qu'une augmentation de la densité de M. sacchari dans les unités expérimentales est associée à une augmentation concomitante du nombre de coccinelles.

R= 0.57, p < 2.2e-16

Densite de coccinelle

0 25000

50000 Densite d'aphide

75000 100000

Figure 5. Relation entre la densité moyenne de M. sacchari par plante et la densité moyenne de coccinelles par plantes.

Influence de la pluviométrie et du vent sur la variation des populations de M. sacchari

L'analyse de la régression multiple a révélé une influence significative

des variables climatiques sur l'abondance de M. sacchari (pluviométrie : X° = 16,639, p < 0,001 ; vent : x° = 29,454, p < 0,001) (Figure 6). L'augmentation de la pluviométrie et de la vitesse du vent a été associée à une hausse des populations de ce ravageur dans les unités expérimentales.

Discussion

Les résultats de cette étude ont montré que la densité de M. sacchari ne variait pas significativement entre les six phénotypes de sorgho testés, avec une moyenne globale de 18 259 pucerons tous phénotypes lignées confondus. Cette homogénéité pourrait s'expliquer par la similarité structurelle des feuilles, ne permettant pas aux pucerons de discriminer entre les différents phénotypes. Les plantes peuvent se défendre contre les insectes ravageurs en développant trois principaux mécanismes : l’antixénose, l’antibiose et la tolérance (18, 14). L’antixénose, ou non-préférence, repose sur des facteurs affectant le comportement de l’insecte, comme la texture ou la composition de la surface foliaire, incluant la couleur, la cire ou la présence de trichomes (14). L’antibiose, quant à elle, induit des effets négatifs sur la survie ou la reproduction des insectes par des composés toxiques ou dissuasifs. Enfin, la tolérance, définie comme la capacité d’une plante à maintenir son rendement malgré une infestation, n'a pas pu être évaluée ici, faute de données post-récolte (14). Dans cette étude, aucun phénotype de sorgho n’a manifesté de résistance par antixénose ou antibiose face à M. sacchari.

Par ailleurs, les coccinelles aphidiphages n’ont montré aucune préférence pour un phénotype donné dans les conditions expérimentales. Ce résultat suggère que leur présence, bien que constante, n'a pas été influencée par les caractéristiques phénotypiques du sorgho. La prédominance des larves (66,34% du total observé) indique un recrutement local et un développement in situ des populations, vraisemblableDensité de M.saccahri

Pluviométrie (mm)

Vent (Kph)

Figure 6. Influence de la pluviométrie (A) et la vitesse du vent (B) sur la

population de M. sacchari

ment en réponse à la disponibilité des colonies de M. sacchari. Toutefois, la densité relativement faible de ces coccinelles limite leur efficacité en tant qu’agents de contrôle naturel. Ces observations rejoignent les conclusions de travaux antérieurs (9), qui soulignent que, bien que présentes, les coccinelles peuvent difficilement réguler efficacement les populations de pucerons en raison de leur faible abondance. Cela met en évidence la nécessité d’approfondir les études sur les interactions trophiques et d'envisager des stratégies complémentaires de lutte biologique.

La dynamique de M. sacchari observée durant l’expérimentation s’est avérée étroitement liée aux stades de développement du sorgho, les pics d’infestation coïncidant avec les phases d’épiaison et de floraison, soit les 7e et 8 semaines. Des recherches ont également montré que la phénologie du sorgho influence fortement les populations de pucerons (3, 9, 16). Ces stades sont marqués par des changements physiologiques importants et une activité photosynthétique accrue (21), ce qui entraîne une accumulation de glucides dans les tissus et favorise la prolifération des pucerons qui se nourrissent de la sève (23). En revanche, au stade de maturation des grains, l’infestation diminue fortement, probablement en raison d’un affaiblissement de l’activité photosynthétique.

Concernant les coccinelles, leur dynamique ne suit pas celle de M. sacchari. Alors que ce dernier atteint

son pic pendant l’épiaison et la floraison, les coccinelles présentent des pics plus tardifs, aux semaines 9, 10 et 12. Cette désynchronisation temporelle a également été observée dans les études antérieures (3, 9, 16), et limite leur capacité à contenir les populations de pucerons. Une relation positive a cependant été constatée entre les densités des deux espèces, ce qui suggère que l'augmentation des populations de M. sacchari attire les coccinelles (9). Toutefois, en raison de leur cycle biologique plus long et de leur reproduction sexuée, les coccinelles ne peuvent suivre le rythme rapide des pucerons, qui se reproduisent majoritairement par parthénogenèse. Le ratio proies-prédateurs étant trop déséquilibré, ces prédateurs naturels ne suffisent pas à réguler efficacement les infestations (9, 12).

Les conditions environnementales ont également influencé de manière significative les dynamiques de population de M. sacchari au cours de l'expérimentation. En particulier, la pluviométrie semble jouer un rôle clé dans la fluctuation des effectifs observés. Une augmentation notable des populations a été enregistrée lorsque les précipitations avoisinaient 20 mm, ce qui suggère qu'une pluie modérée, en stimulant la croissance végétative du sorgho, pourrait indirectement favoriser la prolifération du puceron en améliorant la qualité nutritionnelle de l'hôte. Toutefois, cette interprétation reste à nuancer, car la faible variabilité des précipitations pendant la période d'étude limite notre capacité à idenRED 12 (1) Juin 2026 7

tifier un seuil pluviométrique critique à partir duquel la croissance des populations serait freinée. Par ailleurs, nos résultats indiquent qu'une vitesse de vent plus élevée est positivement corrélée à l’abondance de M. sacchari, ce qui suggère que le vent pourrait faciliter la dispersion des individus ailés à travers les parcelles, contribuant ainsi à une infestation plus homogène du champ expérimental.

En conclusion, cette étude montre que le contrôle de M. sacchari ne peut reposer sur une stratégie unique, en raison de la complexité des interactions écologiques et des variations environnementales. Une approche de lutte intégrée, combinant plusieurs méthodes complémentaires, apparaît donc indispensable pour une gestion efficace de cette population en conditions de champ.

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Article 2

Effet de la densité de repiquage sur le contrôle des mauvaises herbes et les performances agronomiques de deux variétés de riz (Oryza sativa L.) TCS-10 et Shéila cultivées en SRI

R.-P. Tescar, F. Joseph, J. Benjamin, P. Duvivier et H. Augustin, Département de Phytotechnie, Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV), Université d'État d'Haïti (UEH).

Auteur de correspondance : Tescar R.-P., tescar@yahoo.fr / robers_pierre.tescar@ueh.edu.ht.

Résumé

Tescar R.-P.. Joseph F.. Benjamin J.. Duvivier P. et Augustin H. 2026. Effet de la densité de repiquage sur le contrôle des mauvaises herbes et les performances agronomiques de deux variétés de riz (Oryza sativa L.) TCS-10 et Shéila cultivées en SRI. RED 12 (1): 10 - 14.

Dans la vallée de l'Artibonite en Haïti. le Système de Riziculture Intensive (SRI) est basé sur la transplantation de plantules âgées de 8 jours. espacées de 25 cm x 25 cm (16 poquets/m?: 1 brin/poquet) et de l'irrigation intermittente. Dans le système de riziculture traditionnelle (SRT). le repiquage est plus dense (26 poquets/m? : 3 à 5 brins/poquet). les plantules repiquées sont plus âgées (plus de 4 semaines) et les parcelles sont inondées en permanence. En raison des différences entre les poids de semences utilisées à l'hectare et les rendements obtenus. le SRI a été perçu comme une méthode alternative, moins exigeante en semences et bien plus productive que le SRT. Ainsi, le SRI a été proposé pour améliorer le rendement. Notons toutefois que le nombre de sarclages estimé entre 1 et 2 dans le SRT, est plus élevé dans le cas du SRI. 3 à 4. Dans le but de limiter la croissance des mauvaises herbes et de réduire le nombre de sarclages. 4 densités de repiquage (160 000 : 200 000 : 266 667 et 400 000 poquets/ ha) des variétés TCS-10 et Shéila. les plus cultivées dans la vallée. ont été testées dans un dispositif en blocs complets aléatoires (DBCA). Des brins âgés de 8 jours ont été transplantés à raison d'un par poquet. Selon les données collectées et traitées. l'augmentation de la densité de repiquage a entrainé une réduction de la croissance des mauvaises herbes et conséquemment, une diminution du nombre de sarclages nécessaires. Ce dernier a varié de 2 à 3 pour TCS-10 et d'un à 2 pour Shéila. Cependant. l'augmentation de la densité de repiquage n'a pas eu d'effet significatif sur le rendement.

Mots clés : Système de Riziculture Intensive (SRI). densité de repiquage. croissance des mauvaises herbes, sarclage. rendement.

Abstract

Tescar R.-P.. Joseph F.. Benjamin J.. Duvivier P. et Augustin H. 2026. Effect of transplanting density on weed control and agronomic performance of TCS-10 and Shéila. two varieties of rice (Oryza sativa L.) grown in SRI. RED 12 (1): 10 - 14.

In the Artibonite Valley (Haiti). the Intensive Rice Cultivation System (SRI) is based on transplanting 8-day-old seedlings at 25 cm x 25 cm spacing (16 pockets/m?: 1 shoot/pocket) and intermittent irrigation. In the Traditional Rice Growing System (SRT). transplanting is denser (26 pockets/m°?: 3-5 shoots/pocket). seedlings transplanted are older (up to 4 weeks) and plots are permanently flooded. Due to the difference between the weight of seeds used per hectare and the yields obtained. SRI was seen as an alternative method, less demanding on seeds and more productive than SRT. However, the number of weedings estimated between 1 and 2 is higher in the case of SRI. 3 to 4. Thus, SRI was proposed to improve performance. In an effort to limit the growth of weeds and reduce weedings. 4 transplanting densities (160 000: 200 000: 266 667 and 400 000 pockets/ha) of the 2 most commonly grown varieties in the valley, TCS-10 and Shéila, were tested in a randomized complete block design (RBD). Shoots were transplanted at eight-day old at rate 1 per pocket. Increasing the transplanting density led in reduced weed growth and a decrease in the number of weedings required. The later varied from 2 to 3 for TCS-10 and from 1 to 2 for Shéila. The increase of transplanting density did not have significant effect on yield. These results indicate that increasing the transplanting density can avoid one weeding without negatively affecting yield.

Keywords: Intensive Rice Cultivation System (SRI). transplanting density. weeds’ growth. weeding. yield.

Introduction mittente (12). Les résultats obtenus varient d’une parcelle à l’autre suivant les conditions de culture et le niveau de formation des riziculteurs (9). Dans ce système, peu de semences sont utilisées, soit 10-15% de la quantité employée dans le système traditionnel. Avec l'entretien effectif de la parcelle, des aménageLe SRI est une pratique destinée à améliorer la production du riz (Oryza sativa L.) à travers une augmentation significative des rendements. Il repose principalement sur la transplantation de jeunes plants à une distance régulière, l’utilisation de compost et l'irrigation interments de sol et la gestion de l’irrigation, les rendements peuvent passer de 4 à 8 t/ha (14). Dans la vallée de l’Artibonite, ce système a été présenté aux riziculteurs comme susceptible d'augmenter le rendement du riz estimé jusqu'ici à moins de 4 t/ha (4). Avec l’utilisation de 6 kg de semences à l'hectare, les rendements en SRI peuvent s'élever jusqu’à 6 t/ha dans certaines zones de la vallée de l’Artibonite (3).

En dépit des résultats intéressants du SRI, sa diffusion fait face à de grandes contraintes incluant ; la difficulté d'assurer la gestion efficace de l’eau dans certains endroits et l'augmentation de la maind'œuvre au moment de la transplantation et de l'entretien des parcelles. En effet, le SRI requiert jusqu'à deux-tiers de temps de travail supplémentaire, comparativement au système conventionnel (14). La grande différence en termes de travail concerne le sarclage (4). Avec la densité de repiquage classique (160 000 poquets/ha et 1 brin/poquet espacé de 25 em x 25 cm), le nombre de sarclages varie de 3 à 4 en SRI alors qu'avec la densité d'environ 260 000 poquets/ha et 3 à 5 brins/ poquet, observée dans le système traditionnel, le nombre de sarclages est seulement d’un à 2. Dans le cas du SRI, le désherbage consomme près de 62% de la main-d'œuvre supplémentaire. Les pertes de rendement imputables aux mauvaises herbes peuvent aller jusqu'à 78 % en riziculture irriguée (13).

Des recherches conduites aux Philippines ont révélé que les pertes de rendement dues aux mauvaises herbes sont passées de 52 % pour le riz transplanté à 25 cm x 25 cm. à 19 % pour celui transplanté à 15 cm x 15 cm (5). Toute diminution de l'espacement des poquets jusqu'à

Légende = Localisation des essais

© Petite rivière de l'Artibonite

[] Limites sections communales

Source des données : CNIGS

Localisation des parcelles d'essais

ce S

nm S

Température(°C) 6 à

Nov

2013

Figure 1. Localisation géographique des parcelles

d'essai

20 cm x 15 cm, aurait un effet positif sur la gestion des mauvaises herbes et permettrait d'obtenir un rendement plus élevé (15). Ainsi, dans l’hypothèse qu’en SRI, une certaine densité de plantation pourrait, sans effet déplétif sur les rendements, permettre un contrôle efficace des mauvaises herbes ; quatre densités de repiquage ont été testées dans la vallée de l’Artibonite avec l'objectif de trouver celle qui, tout en garantissant un rendement acceptable, assurerait un contrôle efficace des mauvaises herbes.

Matériels et Méthodes

L'expérience a été conduite en plein champ dans la section communale Bas Coussin IT, de la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite, durant la saison sèche de novembre 2013 à avril 2014 (Figures 1 et 2). Les sols de cette zone, alluvionnaires et profonds (1,50 m) sont généralement calcaires avec un pH compris entre 7.3 et 7.7 (7). Les variétés TCS -10 (Taichung Sen 10) et Shéila, les plus cultivées dans la Vallée de l’'Artibonite, ont été utilisées pour conduire cet essai. TCS-10 est une variété à paille courte qui boucle son cycle de production en 120 jours. Les tiges mesurent 105 cm de haut et leur port est fermé. Shéila est une variété à paille de taille moyenne ayant un cycle de 105 jours. Les tiges mesurent 130 cm de haut et

Pluviométrrie(mm)

am Pluviométrie

E ;

Dec Jan Feb Mar Apr

2014 Période de réalisation des essais

Température

Figure 2. Température et pluviométrie enregistrées

durant la période d’essai

leur port est semi-ouvert. Ces variétés ont été respectivement introduites dans deux essais conduits sur deux parcelles distinctes de 273.6 m2? (19 m x 14.4 m) chacune. Dans chaque parcelle, 4 densités de transplantation ont été testées : I, 160 000 poquets/ha (distance 25 cm x 25 cm), densité généralement observée pour le SRI dans la Vallée ; II, 200,000 poquets/ha (distance 25 cm x 20 cm) ; III, 266,666 poquets/ha (distance 25 cm x 15 cm) et IV, 400 000 poquets/ha (distance 25 cm x 10 cm). Ces densités de repiquage ont été expérimentées dans un dispositif en blocs complets aléatoires (DBCA) avec trois répétitions, résultant en 12 unités expérimentales de 16 m? chacune. Les essais ont été établis sur terrain préalablement préparé selon les prescriptions du SRI. Les plantules de TCS-10 et de Shéila ont été transplantées à un brin âgé de 8 jours par poquet à l'intersection de lignes perpendiculaires établies selon les distances de repiquage adoptées (25 cm x 25 cm ; 25 cm x 20 cm ; 25 cm x 15 cm et 25 cm x 10 cm).

Pour une même variété, à part le sarclage, les mêmes opérations d’entretien (fertilisation, arrosage, drainage) ont été réalisées simultanément sur les différentes parcelles élémentaires. Durant la phase de croissance végétative, le sol a été

maintenu humide avec une lame d'eau en surface. Il a été drainé quand des bulbes d’air sont apparues à la surface de la lame d’eau. L'eau a été ramené à la parcelle dès l'apparition des premières fentes de retrait du sol. De la floraison jusqu’au début de la maturation, une fine lame d’eau d'environ 4 cm a été appliquée sur la parcelle. De la maturation à la récolte, le sol a été complètement drainé. Un apport total de 60 Kg de N, 18 Kg P20O5 et 9 Kg de K20 à l’hectare a été effectué en trois fractions égales appliquées les 15, 30 et 45 jours après le repiquage. Quant au sarclage, des opérations ont été effectuées séparément sur chaque parcelle élémentaire, suivant son niveau de colonisation par les mauvaises herbes. Des photos des parcelles élémentaires ont été prises juste avant sarclage et analysées sur le logiciel ImageJ (2, 10). Les résultats des analyses ont montré qu’au moment des sarclages, environ 20% de la superficie des parcelles était occupé par les mauvaises herbes (Figure 3).

Les observations et les mesures réalisées au cours de l’expérience ont porté sur : le tallage, la hauteur des plantes, le rendement et le niveau d’envahissement des mauvaises herbes qui détermine le nombre de sarclages effectués. Les données collectées pour chaque variété ont été

Figure 3. Vue d’une parcelle enherbée nécessitant un sarclage

A : Photographie originale d'une unité expérimentale envahie par des mauvaises herbes. B : Extrait de la parcelle enherbée. C : Image générée par ImageJ de l'extrait de la parcelle enherbée. Le logiciel indique que 26 % de la parcelle est couverte par des mauvaises herbes (zones en noir). Le reste 74% (zones en blanc) est non couvert.

soumises à des analyses de variance. Le test de Duncan a été utilisé pour tester les effets des facteurs au seuil de signification de 5% de probabilité.

Résultats et discussions

Le nombre de sarclages a significativement varié de 2 à 3 (P=2x10-16) entre les densités de repiquage pour la variété TCS-10, et d'un à 2 (P=2x10-16) pour Shéila. Les parcelles élémentaires de TCS-10 repiquées à des densités III et IV ont été sarclées à 2 reprises. Les plantes correspondantes ont atteint entre 88 et 90 cm de hauteur et ont produit respectivement 286 et 318 talles/m2. Celles repiquées à des densités I et IT ont été sarclées à 3 reprises. Elles ont atteint entre 82 et 84 cm de hauteur et ont produit respectivement 185 et 219 talles/m? (Tableau 1).

La même tendance a été observée pour Shéila. Les plantes repiquées à des densités de III et IV ont été sarclées une fois. Elles ont atteint entre 121 et 117 cm de hauteur, et ont produit respectivement 169 et 200 talles/m?2. Celles repiquées à des densités I et II ont été sarclées à 2 reprises. Elles ont atteint entre 109 et 119 cm de hauteur et ont produit respectivement 126 et 163 talles/m2 (Tableau 2).

Une différence significative de hauteur des plantes a été observée suivant les densités de repiquage (P=10-4 pour TCS-10 ; P=3,39 x 102 pour Shéila). Les plus fortes densités (III et IV) auraient donné les plantes les plus grandes en taille.

Placées dans les mêmes conditions TCS-10 nécessiterait un sarclage de plus que Shéila. Ainsi, pour les deux variétés étudiées, l'augmentation de la densité de repiquage réduirait le nombre de sarclages. Ces résultats ont montré qu'un sarclage peut être évité en augmentant la densité de repiquage du riz. Les différences de nombre de sarclages observées entre TCS-10 et Shéila seraient dues aux comportements différents de ces variétés. En effet, les plantules de Shéila à port semi-ouvert et à paille relativement longue arrivent à couvrir l’espace de la rizière rapidement et créent des conditions de compétions difficiles pour les mauvaises herbes. Ce processus de recouvrement de l’espace nécessite plus de temps avec les plantules de TCS-10 qui est une variété à paille courte et à port fermé.

Indépendamment de la variété, l'augmentation de la densité permet au peuplement de coloniser l’espace plus rapidement et de créer un étage qui limite l'exposition au soleil des mauvaises herbes et par ainsi, diminue leur compétitivité. Des résultats similaires obtenus ont permis de limiter l'invasion des mauvaises herbes avec des écartements de 10 cm x 10 cm (11). Car une densité de repiquage plus élevée donne au riz un pouvoir de compétition plus important vis-à-vis des mauvaises herbes et limite leur prolifération (6).

Les rendements ont varié de 4,53 à 5,49 t/ha pour la variété TCS-10 et 2,76 à 3,56 t/ha pour Shéila. Aucune différence significative de rendement n'a été observée suivant les densités de repiquage ni pour TCS10 (P=0.32263) ni pour Shéila (P=0.6935). Quand la densité de repiquage augmente, le nombre de talles par mètre carré augmente également ce qui permet de réduire le nombre de sarclages sans influencer négativement le rendement. Les résultats de rendements obtenus

Tableau 1. Variation nombre de sarclages et du rendement de la variété

TCS-10 cultivée à différentes densités

Densité de repi- Nombre de Nombre de Hauteur Rendement quage (brins/ha) talles/m? sarclages plantes (cm) (t/ha) 160 000 185+8 d 3+0a 82+24d 4.53 + 0.79 a 200 000 2189+4c 3+0a 84+13c 5.41 + 0.60 a 266 667 268+12b 2+0b 88+2.8b 4.96 + 1.38 a 400 000 318+4a 2+0b 90+2.8a 5.48 + 0.98 a Moyenne 247+7 2.5+0 86 + 2.6 5.09 + 0.93

Les moyennes d'une même colonne accompagnées d'une même lettre ne sont pas significativement différentes

Tableau 2. Variation nombre de sarclages et du rendement de la variété

Shéila cultivée à différentes densités

Densité de repi- Nombre de Nombre de Hauteur Rendement quage (brins/ha) talles/m? sarclages plantes (cm) (t/ha) 160 000 126+14b 2+0a 109+51c 2.76 + 0.48 a 200,000 163 + 15 ab 2+0a 119 + 3.2 be 3.49+0.17 a 266 667 169 +3 ab 1+0b 117+1.7 ab 3.56 + 1.66 a 400 000 200+18a 1+0b 121+34a 3.40 +0.25 a Moyenne 165 + 20 15+0 114 + 3.5 3.30 + 0.64

Les moyennes d'une même colonne accompagnées d'une même lettre ne sont pas significativement différentes

dans ces essais sont en accord avec les conclusions d'Adhikari (1) et de Manzil (8). qui ont rapporté que les rendements tendent à augmenter quand la densité de plantation augmente.

Conclusion

Selon les données recueillies dans ces essais. la variété Shéila nécessite un sarclage en moins par rapport à la variété TCS-10, qui. en raison de sa croissance plus lente et de son port fermé, est plus sensible à la concurrence avec les mauvaises herbes. En revanche. la variété Shéila, avec son port semi-ouvert et sa capacité à couvrir rapidement l'espace, limite plus efficacement la prolifération de ces dernières.

L'augmentation de la densité de repiquage à partir de 266 667 poquets/ ha (distance de repiquage de 25 cm x 15 cm) par rapport à la densité actuellement recommandée 60 000 poquets/ha (25 cm x 25 cm) permet de réduire le nombre de sarclages pour les deux variétés. De plus. les brins repiqués à des densités plus élevées, notamment 266 667 poquets/ha et 400 000 poquets/ha (25 cm *X 10 cm). produisent des plantes plus hautes et davantage de talles par unité de superficie, nécessitant ainsi un sarclage en moins par rapport aux densités plus faibles.

Dans les conditions de l'expérience, l'augmentation de la densité de repiquage ne nuit pas au rendement. qui tend même à augmenter avec une densité plus élevée. Ainsi. pour optimiser la gestion des mauvaises herbes, réduire le nombre de sarclages et maintenir un bon rendement. il serait recommandé de repiquer à une densité proche de 266 667 poquets/ha. en particulier pour la variété TCS-10. plus sensible à la concurrence avec les adventices.

Contributions des auteurs

Tescar R.-P. : conceptualisation, méthodologie, mise en place des essais, suivi des essais, rédaction draft original: Joseph F. : mise en place des essais, suivi des essais, collecte des

6. Lacharme.

données. révision : Benjamin J. : mise en place des essais, suivi des essais. collecte des données : Augustin H. : analyse des données : Duvivier P. : méthodologie, révision.

Remerciements

Cet article est écrit dans le cadre du projet « Household-Level Impacts of System of Rice Intensification (SRI) in Haiti : An SRI intervention with training. insured credit, and coordination by irrigation bloc » financé par les fonds de l'USAID via l'UCDavis en collaboration avec Oxfam America et la FAMV. Un remerciement spécial à Isnard Louis et Odlair Fils-Aimé. techniciens de terrain. qui ont facilité la réussite des essais, à Dieury Vincent qui a réalisé la carte et à tous les agriculteurs qui ont mis leurs parcelles à la disposition du projet pour conduire les essais.

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Article 3

Réponse de l’igname jaune (Dioscorea cayenensis Lam.) à la fertilisation organominérale sur le transect Catiche - Duchity - Beaumont, Haïti

P. Duvivier, O.N. Carvil. G. Doréus. R.-P. Tescar. J.E. Miyotte, M.J. Dononcourt. H. Augustin. P.J. Duvivier Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV). Université d'Etat d'Haïti (UEH).

Auteur de correspondance : Duvivier P.. pduvivier@yahoo.com.

Résumé

Duvivier P., Carvil ON. Doréus G., Tescar R.-P., Miyotte J_E., Dononcourt MJ., Augustin H., Duvivier P.J. 2026. Réponse de l'igname jaune (Dioscorea cayenensis Lam.) à la fertilisation organo-minérale sur le transect Catiche — Duchity — Beaumont, Haïti. RED 12 (1): 15 - 22.

Le rendement à la ferme de l'igname au niveau mondial est de 10 419 kg/ha de tubercules frais. En Haïti, il est estimé à 5 405 kg/ha en moyenne, largement plus faible et serait imputable à la dégradation des agroécosystèmes, en particulier au manque de fertilité des sols. La présente étude a été réalisée pour tester cette hypothèse, et déterminer le cas échéant, la meilleure combinaison de compost et d'engrais minéraux susceptible d'améliorer le rendement. Le rendement à la ferme dans la zone d'étude a été déterminé par enquêtes. La fertilité chimique du sol a été évaluée par des analyses au laboratoire. Des essais de fertilisation ont été réalisés sur le terrain. Trois doses de compost (0,3 et 6 t/ha) et six doses de fertilisants minéraux (0-00, 50-30-50, 100-60-100, 150-90-150, 200-120-200 et 250-150-250 kg/ha NPK) ont été testées. Le compost (facteur principal) et la fertilisation minérale (facteur secondaire) ont été arrangés en parcelles divisées dans un dispositif en trois blocs complets aléatoires. Le rendement a été mesuré neuf mois après plantation. Les données ont été analysées dans Excel et dans R (calcul de statistiques descriptives, analyse de variance comparaison de moyennes). Le test post hoc de Duncan a été utilisé pour la comparaison des moyennes à un seuil de signification p<0,05. Le rendement moyen à la ferme (3 166,82 kg/ha) a été plus faible que la moyenne nationale de 5 405 kg/ha. Les valeurs des paramètres de fertilité du sol ont été adéquates pour le pH et l'azote : modérées pour la matière organique et le carbone organique ; élevées pour la CEC et le phosphore : et faibles pour le potassium. Les rendements expérimentaux moyens ont varié de 11 420 à 28 060 kg/ha. L'effet de la fertilisation a été significatif ; ce qui confirme l'hypothèse que le rendement est limité par le manque de fertilité des sols. L'application de 6 t/ha de compost a entrainé une augmentation de 27% du rendement. Celle de 50 kg/ha d'azote + 30 kg/ ha de phosphore + 50 kg/ha de potassium en a provoqué une augmentation de 49%.

Mots clés : Igname, rendement, fertilité du sol.

Abstract

Duvivier P., Carvil O N., Doréus G., Tescar R.-P., Miyotte J_E., Dononcourt M.J., Augustin H. Duvivier PJ. 2026. Yellow yam (Dioscorea cayenensis Lam.) response to organic and mineral fertilizers in Catiche — Duchity —- Beaumont transect, Haïti. RED 12 (1): 15 - 22.

Yam global average farm yield is 10 419 kg/ha in average. In Haïti, it is significantly lower (5 405 kg/ha) and is hypothetically attributed to poor soil fertility. This study was conducted to test this hypothesis and to determine the combination of compost and mineral fertilizers that could improve yield. Farm yield in the study area was determined through surveys. Soil fertility was assessed through laboratory analyses. Field trials of organic and mineral fertilizers were conducted. Three compost doses (0,3, and 6 t/ha) and six mineral fertilizer doses (0-0-0, 50-30-50, 100-60-100, 150-90-150, 200-120-200, and 250-150-250 kg/ha NPK) were tested The compost (main factor) and mineral fertilizer (secondary factor) were arranged in split plot in three randomized complete blocks. Yield was measured nine months after planting. Data were analyzed using Excel and R (descriptive statistics, analysis of variance, and comparison of means). Duncan's post-hoc test was used, and the significance level was set at p<0.05 Farm yield was lower than the national average. Soil fertility parameters were adequate for pH and nitrogen: moderate for organic matter and organic carbon: high for cation exchange capacity (CEC) and phosphorus: and low for potassium. Average experimental yields ranged from 11 420 to 28 060 kg/ha. The effect of fertilizers was significant, confirming the hypothesis of yield limited by poor soil infertility. The application of 6 t/ha of compost resulted in a 27% increase in yield. The application of 50 kg/ha of nitrogen + 30 kg/ha of phosphorus + 50 kg/ha of potassium resulted in a 49% increase.

Keywords: Yam, yield, soil fertility.

Introduction certains pays. Elle est cultivée dans toute la zone tropicale, notamment en Afrique, en Asie, en Océanie et dans les Caraïbes (9). Depuis 1996. la production mondiale a atteint plus de 32 696 000 tonnes dont

31 396 000 tonnes (96%) ont été asL'igname (Dioscorea spp.) est un aliment de base et une culture d'importance pour des millions de personnes à travers le monde (12, 13, 3. 25, 30, 8. 28). La consommation per capita atteint jusqu'à 40 kg/an dans

suré par les pays de l'Afrique de l'Ouest. L'Amérique latine et les Caraïbes réunies ont fourni 800 000 tonnes (2.5%) contre 500 000 tonnes pour l'Asie et l'Océanie (1.5%). Au début des années 2010, la production mondiale d'igname a excédé 62 000 000 tonnes, avec environ 59 000 000 tonnes (95%) en Afrique de l'Ouest (41). En 1996. la superficie globale emblavée était de 3 138 000 ha dont 96% (3 009 000 ha) en Afrique avec une tendance à la hausse, 3% (96 000 ha) en Amérique latine et Caraïbes et 1% (34 000 ha) en Asie et Océanie (9). Au niveau mondial, le rendement moyen à la ferme est de 10 419 kg/ ha, avec de grandes variations entre les régions de production : 8 367 kg/ ha en Amérique latine et Caraïbes. 10 435 kg/ha en Afrique, 13 950 kg/ ha en Asie et 15 561 kg/ha en Océanie (9). Akom et al. (3) rapportent des rendements expérimentaux de 8 000 à 16 000 kg/ha. Actuellement. la production annuelle mondiale atteint près de 90 millions de tonnes sur une superficie d'environ 9 millions d'hectares. soit un rendement moyen de 10 t/ha (18). Ces données montrent que la production mondiale a augmenté par l'extension des superficies, non par l'amélioration des rendements.

En Haïti, l'igname est importante tant pour la sécurité alimentaire que pour la génération de revenus (14). Cette culture est présente dans les dix départements géographiques du pays. en particulier dans les montagnes de moyenne altitude de Grand'Anse. des Nippes. du Su-Est. du Nord et du Nord-Est. Deux principaux modes de conduite sont pratiqués (5. 41). L'un consiste à la cultiver en “sous-bois”, souvent intégrée au système agroforestier à base de café (Coffea arabica, L.) comme à Marmelade dans l'Artibonite ou de cacao (Theobroma cacao, L.) comme

à Dame-Marie dans la Grand’Anse où d’autres plantes pérennes de couverture lui servent de tuteurs vivants. Dans ce système, les producteurs n’apportent pas de fertilisants minéraux, la fertilité des sols étant assurée par la décomposition de la litière végétale. L'autre mode de conduite consiste à produire ligname en culture intensive dans des zones clairsemées (Plateau de Rochelois, axe Catiche —- Duchity -— Beaumont) où des pieux temporaires d'environ 1 à 1,50 m de haut sont utilisés comme tuteurs courts non-vivants ; c’est le système "sou chouk" (le mot chouk renvoie à l'image de court, de petite taille dans le créole haïtien).

Traditionnellement, l’igname, considérée comme exigeante en nutriments tant par les experts que les agriculteurs, était cultivée après une longue jachère (24, 33, 12, 39). Cependant, la croissance démographique et la pression sur les terres ont conduit à la réduction des périodes de jachère et à une baisse des teneurs en nutriments des sols (15, 19, 4, 35). Ainsi, à l'opposé du système "sous-bois”, les agriculteurs appliquent couramment la fertilisation minérale dans le système "sou chouk”. La dose appliquée varie toutefois avec les possibilités financières de l’agriculteur, la disponibilité et le coût des engrais sans être basée sur une référence technique.

Au début des années 2000, la production annuelle d’igname en Haïti, était estimée à 200 000 tonnes et la superficie emblavée, 37 000 ha (41) ; ce qui correspond à un rendement moyen de 5 405 kg/ha, plutôt faible comparé au rendement mondial estimé à 10 435 kg/ha (9). En 2022, le rendement a été estimé à 4,6 kg/ha en agroforesterie et à 6,2 kg/ha en plein soleil (17). Ces données montrent que les rendements restent faibles et ne changent pas pendant plus de deux décennies. Ces faibles rendements sont généralement attribués aux problèmes phytosanitaires et au manque de fertilité des sols. Seul ce deuxième aspect est pris en compte dans cet article. Ainsi, considérant le manque de dispol/ y # sr Ve. e

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Figure 1. Carte de localisation des essais de fertilisation organique et minérale de l’igname

nibilité et le coût élevé des engrais minéraux d’une part et de l’autre, le déficit en ressources financières des agriculteurs, les faibles rendements observés pourraient effectivement être expliqués par le manque de fertilité des sols. La présente étude a été réalisée pour tester cette hypothèse, et déterminer le cas échéant, la meilleure combinaison de compost et d'engrais minéraux susceptible d'améliorer le rendement.

Matériels et méthodes

Caractéristiques générales de la zone d’étude

L'étude a été réalisée sur le transect Catiche - Duchity - Beaumont entre 2021 et 2023. Catiche et Duchity se trouvent respectivement dans les départements du Sud et de la Grand’Anse dont Beaumont est une commune (Figure 1). La pluviométrie moyenne annuelle de la zone est de 1 357,4 mm. La zone de l’étude jouit d’une température moyenne de 24,52C, oscillant entre 19 et 27°C (29). C’est une zone de plateau située à environ 850 m d’altitude. Le sol est de type ferralitique, de couleur brun rougeâtre sur substrat calcaire (26, 16, 5). Dans les dépressions, le sol est profond (profondeur >1,5 m). Sur les collines, il est moins profond (profondeur= 60-70 cm en moyenne) avec, dans certains cas, des portions de la roche-mère qui affleurent à la surface, témoignant d’une érosion importante (Figure 2). La couverture arborée est clairseFigure 2. Vue des signes de dégradation des sols par l'érosion, d’affleurement de la roche mère et début de ravinement sur l’axe Catiche — Duchity - Beaumont

mée, et certains flancs de montagne sont dénudés (5). L'agriculture est pluviale dans la zone et l’igname y est cultivée de manière intensive dans les endroits déboisés. Les principales espèces d'arbres de couverture sont l'avocatier (Persea americana Mill), le cèdre (Cedrera odorata L.), l'acajou (Swietenia mahogani L.) et le chêne (Catalpa longissima L.).

L'étude a été réalisée en trois étapes : a) estimation du rendement à la ferme en août 2021 par enquêtes auprès des agriculteurs, b) évaluation de la fertilité des sols par analyses au laboratoire en 2022 et c)

détermination de la meilleure combinaison de compost et NPK par des essais sur le terrain entre mars et décembre 2023.

Evaluation du rendement à la ferme

Pour estimer le rendement à la ferme, dans une base de sondage constituée de 100 agriculteurs répartis dans les trois communes, 51 dont 26% de femmes et 74% d'hommes ont été interviewés aléatoirement. Cet effectif de l'échantillon de 51 enquêtés (51% de la base de sondage) a permis d'obtenir une estimation du rendement à la ferme avec une marge d'erreur de +10 % et un niveau de confiance de 95%. Des données ont été collectées sur les surfaces emblavées et les quantités récoltées au cours de l’année 2020. Le rendement en kg/ha a été obtenu en divisant la quantité récoltée en kg par la superficie récoltée en ha.

Détermination de la fertilité des sols et des caractéristiques du compost

Préalablement aux essais de terrain, 18 parcelles ont été utilisées pour le prélèvement d'échantillons de sol. La superficie moyenne des parcelles était de 0,53 ha. Dans chaque parcelle, un point d'échantillonnage a été retenu et deux échantillons de sol ont été prélevés respectivement à 0-30 cm et de 30-60 cm. Du compost issu des résidus de culture du système agroforestier cacaoyer a été collecté dans la zone de Marfranc, département de la Grand’Anse. Les 36 échantillons de sol et trois échantillons de compost ont été conditionnés dans des sachets en polyéthylène à fermeture Zip, étiquetés et transférés au laboratoire des sols de la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) de l'Université d'État d'Haïti (UEH) pour analyse. Après mesure du pH à l'aide d'un pHmètre électronique dans un mélange sol-eau distillée (ratio 1:2,5), les teneurs en matière organique (%) et en carbone organique (%) ont été déterminées par la méthode Walkley et Black. L'azote total (%) et le phosphore assimilable (ppm) ont été

évalués par les méthodes Kjeldahl et Olsen, respectivement. La capacité d'échange cationique (CEC) et le potassium échangeable ont été mesurés par spectrophotométrie de flamme après extraction à l'acétate d'ammonium à pH 7 et les résultats exprimés en milliéquivalents/100 g (méq/100 g) puis convertis-en mg/kg à l'aide du coefficient de conversion 1 méqg/100 g = 390 mg/kg. Les pourcentages d'argile, de limon et de sable du sol ont été déterminés par la méthode Bouyocos et la texture, à l'aide d'un calculateur de triangle de texture du Centre de Technologie Agricole Pvt, Ltd en ligne (2).

Arrangements des facteurs et dispositif expérimental

Trois doses de compost (0, 3 et 6 t/ ha) et six doses d'engrais minéraux correspondant à 0-0-0, 50-30-50, 100 -60-100, 150-90-150, 200-120-200 et 250-150-250 kg/ha d’azotephosphore-potassium (NPK) ont été testées dans des essais participatifs avec des agriculteurs. Ces derniers ont fourni les semences d’igname jaune à partir de leurs récoltes de l'année 2022. Le compost a été considéré comme facteur principal et la fertilisation minérale comme facteur secondaire dans un arrangement en parcelles divisées. Pour chaque dose de compost, trois parcelles d’agriculteurs de 209.25 m2 (15,5 m x 13,5 m) chacune ont été choisies dans trois zones agro écologiques différentes

(pente, piedmont et replat) représentant trois blocs ; ce qui correspond à neuf parcelles (Figure 3). Chaque parcelle a été subdivisée en six sous-parcelles de 5 m x 3,5 m (17,5 m2) chacune pour tester les six doses de NPK ; ce qui correspond à 54 sous-parcelles. Chaque sous parcelles a reçu 15 buttes d’igname (3 lignes de 5 buttes).

Procédure expérimentale

Le sol a été préparé à la houe. Des buttes de 90 cm de diamètre à la base x 35 cm de haut, distancées au sommet de 1 m sur une même ligne x 1,17 entre les lignes ont été érigées. Les buttes ont été ouvertes à 2/3 de leur hauteur et trois tubercules germés de 500450 g y ont été placés avec le germe pointé vers un tuteur en bois placé en amont, puis recouverts d'une mince couche de terre. Le compost a été appliqué comme fumure de fond à la plantation. Les engrais minéraux ont été apportés sous forme d’urée (46%) et de 12-12-20 en trois applications égales à la plantation, trois mois, puis six mois après plantation. Le désherbage a été fait au besoin pour maintenir les parcelles toujours propres.

Évaluation du rendement expérimental

La récolte a eu lieu neuf mois après plantation. Pour chaque sousparcelle, le nombre de tubercules

Pente

0 L 3 2 5 4

2 3 Piedmont + 0 n 4

_ Li LE

a 4 0 2 3 5

Figure 3. Croquis du dispositif expérimental Les couleurs jaune. orange et mauve signifient 0. 3 et 6 t/ha compost. respectivement. Les nombres 0, 1. 2.3. 4 et 5 signifient 0-0-0. 50-30-50, 100-60-100. 150-90-150. 200-120-200 et 250

-150-250 kg/ha NPK. respectivement.

par butte et le poids moyen d’un tubercule en kg ont été déterminés et enregistrés. Le rendement a été calculé en utilisant la formule suivante : Rendement (t/ha) = (nombre de buttes par sous-parcelle de 17,5 m2? x nombre de tubercules par butte x poids moyen d'un tubercule en kg /17,5 m2) x 10.

Analyse statistique des données

Les données de rendement à la ferme obtenues par enquête ont fait l'objet d'analyses statistiques descriptives dans Excel. Les résultats sont présentés sous forme de moyenne accompagnée des coefficients de variation et d'asymétrie ; et de médiane + écart semiinterquartile (ESI/2). Pour les données d'analyse de sol, les moyennes ont été calculées et présentées pour les deux profondeurs d'échantillonnage 0-30 et 30-60 cm. Ces moyennes ont été discutées au regard des valeurs limites disponibles dans la littérature. Les données de rendement des essais au champ ont été saisies dans un fichier Excel, puis transférées dans R pour analyse (11). Elles ont été soumises à une analyse de variance (ANOVA) au seuil de signification a de 0,05. Le modèle suivant a été utilisé :

Model<-Im(formula = Rendement-Compost+Bloc+Bloc*Compost +NPK+Compost*NPK, data =Dataset).

Quand il a été approprié, les moyennes ont été comparées par le test de Duncan (40). L'effet d’un facteur, une interaction ou une différence a été considérée comme significative si la valeur p correspondante est inférieure à 0,05. Les différences significatives sont indiquées par des lettres latines minuscules au besoin.

Résultats et discussion

Rendement à la ferme déclaré par les agriculteurs

Le rendement déclaré par les agriculteurs lors des enquêtes a varié de 208,31 kg/ha (minimum) à 10 000 kg/ha (maximum) avec une moyenne de 3 166,82 kg/ha, un coefficient de variation de 84,62% et un

Tableau 1. Teneurs moyennes en éléments majeurs et matière organique (MO) des sols dans l’horizon 0-30 cm sur l’axe Catiche - Duchity - Beaumont

Paramètre 0-30 cm 30-60 em

Valeur limite

Référence Valeur SIN (6)

pH 5,68 5,93 5,5 1 4,1—6,7 MO 4,22 8,12 2:25 23, 36, 37, 38 - co 2,45 1.81 2 22 0,31 —-2,14 CEC 20,61 21,85 18,75 31, 32 2,14- 8.83 N 0,23 0:17 0.10 10 0,02 —0,17 P 48,39 46,11 13,37 10 K 0,25 0,20 0,15 22,23 0.,08-0,92 % Argile 50,83 56,94 - - % limon 9,17 9,44 - - % Sable 40,00 33.62 - -

Limono-sableux Texture Argileux Argileux ou sablo-limoneux 6.34 -

MO : matière organique en % : CO : carbone organique en % : CEC : capacité d'échange cationique en meqg/100g : N : azote total en % : P

: phosphore assimilable en ppm : K : potassium

échangeable en méq/100g : Valeur SIN : valeur observée dans les sols de culture d'igname au

Nigéria

coefficient d'asymétrie de 1,05. Le rendement médian a été de 2 695,83+1 189.23 kg/ha (médiane + étendue semi-interquartile). Ces rendements sont inférieurs à la moyenne nationale de 5 405 kg/ha (41), très faibles comparés aux 10 419 kg/ha au niveau mondial (9) et sont généralement attribués aux problèmes phytosanitaires et au manque de fertilité des sols (41, 5).

Caractéristiques du sol et du compost

Le pH du sol a été de 5,68 dans l’horizon 0-30 cm et 5,93 dans l'horizon 30-60 cm (Tableau 1), suggérant une réaction modérément acide (21). Un risque de toxicité aluminique existe en dessous du pH 5,5 (1), mais les valeurs observées sont légèrement supérieures à cette limite. De plus, le pH des sols dans les zones de production d’igname au Nigéria, le plus grand producteur mondial, oscille entre 4,1 et 6,7 (6); ce qui signifie qu’en matière de fertilité des sols et de la fertilisation des cultures, les informations disponibles dans la littérature ont une valeur indicative précieuse, mais les essais locaux sont indispensables.

La teneur en matière organique (422% dans l’horizon 0-30 cm et 3,12% dans l'horizon 30-60) est légerement supérieure à la limite minimale de 2% (23, 36, 37, 38). Cependant, bien que la teneur en matière

organique du sol soit supérieure à la valeur minimale requise pour la culture, il est recommandé d'y ajouter des amendements organiques pour assurer la pérennité du système de production sur le long terme. La teneur en carbone organique (2,45% dans l'horizon 0-30 cm et 1,81% dans l'horizon 30-60 cm) est proche de la limite minimale de 2% (22) pour les sols de production d'igname. Elle est aussi proche de l'intervalle 0,31-2,14% de valeurs observées dans les sols des zones de production d'igname au Nigéria (7). Avec des valeurs de 20,61 et 21,85 méqg/100g dans les horizons 0-30 et 30-60 cm, respectivement, la CEC s'est révélée élevée, comparée à la limite minimale de 18,75 méqg/100 g pour une bonne production d’igname (31, 32).

L’azote total (azote organique et azote inorganique) dans les échantillons analysés a été de 0,23% dans l'horizon 0-30 cm et 0,17% dans l’horizon 30-60 cm. Les teneurs variant entre 0,10 et 0,15% sont généralement considérées comme normales dans les sols agricoles (16). Pour ce qui concerne la culture de l’igname en particulier, la limite minimale est mise à 0,10% (10). Il convient de faire remarquer que l'azote total dans le sol ne correspond pas à l'azote disponible pour les plantes, ces dernières l’utilisant sous ses formes d’ion ammonium (NH4+) et

Tableau 2. Teneur en matière organique, carbone organique, azote, phosphore et potassium (%) du compost et quantités correspondantes (kg) de ces éléments nutritifs dans les différents traitements

0 t/ha 3 t/ha 6 t/ha Paramètre Teneur (%) compost compost compost Matière organique 27,08 0 812,4 1624,8 Carbone organique 15,70 0 471 942 Azote total 1.10 0 33 66 Phosphore assimilable* 0,01775 0 0,5325 1,065 Potassium échangeable** 0.05577 0 1.6731 3.3462

*Teneur fournie par le laboratoire : 177,5 ppm = 0.01775 %: ** Teneur fournie par le laboratoire: 1,43 méq/100 g: comme 1 méq/100 g K = 390 mg/kg. 1.43 méqg/100 g =557,7 mg/kg = 0.05577 %.

Tableau 3. Résultats de l’analyse de variance des données de rendement en fonction des doses de compost et de NPK dans les différents blocs

Source de Degré de Somme des Carré

variation liberté carrés moyen F Valeur p Bloc 2 476,49 238,24 9,20 0,0007645*** Compost 2 209,19 104,60 4,04 0,0279416* NPK 5 557,12 111.42 4,30 0,0045321** Bloc*compost 4 274,48 68.62 2,65 0.,0525098. Compost*NPK 10 174,21 17,42 0,67 0,7401556 Résiduelle 30 776.65 25,89

Signif. codes: 0 ‘***' 0.001 ‘**' 0.01 "*' 0.05 '"0.1''1

—+—0t/ha compost —#—3t/hacompost —#—6t/ha compost

30 27.53 28.06 23.26 22120 209% —— — e = £ 20 8 = 21.23 Sas | 1 É v #10 £ 11.42 o À DO D50 D100 D150 D200 D250

Dose d'azote, phosphore et potassium

Figure 4. Rendement de l’igname jaune en fonction de la dose de NPK à 0, 3 et 6 t/ha de compost sur l’axe Catiche - Duchity - Beaumont

DO : aucune application d'engrais minéral :

D50 : 50 : 30 et 50 kg/ha d'azote. de phosphore et de potassium. respectivement : D100 : 100 : 60 et 100 kg/ha d'azote, de phosphore et de potassium, respectivement : D150 : 150 : 90 et 150 kg/ha d'azote, de phosphore et de potassium, respectivement : D200 : 200 : 120 et 200 kg/ha d'azote, de phosphore et de potassium, respectivement : D250 : 250 : 150 et 250 kg/ha d'azote, de phosphore et de potassium, respectivement.

d'ion nitrate (NO3-). L’azote assimi- élevées comparées à limite minilable par les plantes est libéré de l'azote total grâce aux activités des microorganismes du sol au rythme de 1 à 4% l’an (21).

Les teneurs en phosphore assimilable ont été de 48,39 et 46,11 ppm. Ces valeurs sont considérées comme

male requise de 13,37 ppm pour la culture d’igname (10, 21). Les teneurs en potassium des échantillons analysés ont été de 0,25 méq/100g dans l'horizon 0-30 cm et 0,20 méq/100g dans l'horizon 3060 cm. Ces valeurs sont supérieures

à la limite minimale requise de 0,15 méqg/100 g pour la culture d'igname (22, 23). Cependant, elles sont considérées comme faibles selon Horneck et al. (21) qui fixe le seuil de suffisance à 0,40 méq/100g. Ces faibles teneurs en potassium ont renforcé l'hypothèse que le rendement est limité par le manque de fertilité du sol et ont permis d’anticiper une réponse significative à la fertilisation minérale. En effet, quand les teneurs en nutriments du sol sont faibles, les chances de réponse de la culture aux interventions visant à améliorer la fertilité sont élevées.

Le tableau 2 montre les données de la composition du compost et les quantités de matière organique, de carbone organique, d'azote total, de phosphore disponible et de potassium échangeable qu'il a apportées pour chaque dose appliquée.

Rendement expérimental

Les résultats obtenus n'ont pas montré d'interaction significative entre les facteurs compost et NPK à au seuil de 5%. La valeur p calculée étant de 0,74 (Tableau 3), largement supérieur à 5%. De même, les courbes de rendement en fonction de la dose de NPK ont une allure à peu près similaire pour les trois doses de compost, suggérant l'absence d’interaction significative entre les deux facteurs (Figure 4).

Les rendements moyens ont varié de 11,42 à 28,06 t/ha. L'application du compost a entrainé une augmentation significative du rendement qui est passé de 17,67 t/ha pour le témoin à 22,47 t/ha pour la dose de 6 t/ha de compost, soit une augmentation de 27% (valeur p=0,03 ; Figure 5). Ce résultat n'est pas surprenant, considérant que les taux matière organique et de carbone organique révélés par les analyses de sol n’ont été que légèrement supérieurs aux limites minimales requises (23, 36, 37, 31,22). De même, la fertilisation minérale a entrainé une augmentation significative du rendement (Figure 6). Ce dernier est passé de 13,21 t/ha pour le témoin à 19,66 t/ha pour la combinaiRED 12 (1) Juin 2026 19

30 35

1321b

Rendement (t/ha) œ

c49

Rendement (t/ha)

19.66 a

2146a 20.13a

i Do

D50 Dose d'azote, de phosphore et de potassium

D100 D150 D200 D250

To Figure 6. Effet principal de l’engrais minéral sur le

Dose de compost (t/ha)

Figure 5. Effet principal de la dose de compost (t/ha) sur le rendement (t/ha) dans les essais de fertilisation organo-minérale de l’igname sur l’axe Catiche - Duchity - Beaumont

son de 50 kg/ha d'azote + 30 kg/ha de phosphore + 50 kg/ha de potassium, soit une augmentation de 49%. Cette réponse a été sans surprise puis que les teneurs en potassium du sol (0,25 méq/100 g dans l'horizon 0-30 et 0,20 méq/100 g dans l'horizon 30-60 cm) se sont révélées faibles comparées à la limite minimale de 0,4 méq/100 g requise (21).

Il convient de signaler qu’au-delà de 50 kg/ha d'azote + 30 kg/ha de phosphore + 50 kg/ha de potassium, le rendement moyen n'a pas augmenté de manière significative. La courbe de réponse a montré un plateau. Cela signifie qu'au-delà de cette dose, la teneur en NPK a cessé d'être le facteur limitant. Le rendement a été bloqué par un autre facteur qui ne peut pas être corrigé par l'engrais minéral. L'effet des éléments nutritifs peut avoir été arrêté par la saturation de la capacité d'absorption de la plante (20). L'azote peut avoir entrainé la priorisation de la croissance des tiges et des feuilles au détriment du transfert des sucres vers les tubercules, limitant par ainsi le rendement (27).

Conclusion

Selon les résultats des essais, la fertilisation organo-minérale a eu un effet significativement positif sur le

T rendement dans les essais de fertilisation organoBeaumont

minérale de l’igname sur l’axe Catiche - Duchity -

DO : aucune application d'engrais minéral :

D50 : 50, 30 et 50 kg/ha de N, de P et de K, respectivement : D100 : 100. 60 et 100 kg/ha de N,. de P et de K. respectivement : D150 : 150. 90 et 150 kg/ha de N. de P et de K. respectivement : D200 : 200. 120 et 200 kg/ha de N. de P et de K. respectivement :

D250 : 250, 150 et 250 kg/ha de N, de P et de K. respectivement.

rendement de l’igname jaune sur le transect Catiche - Duchity - Beaumont. En effet l'application de 6 t/ha de compost a entrainé une augmentation de 27% du rendement qui est passé de 17,67 t/ha à 22,47 t/ha. Similairement, une augmentation de 49% du rendement a été enregistrée passant de 13,21 t/ha à 19,66 t/ha pour l'application d’une dose de fertilisant constituée de 50 kg/ha d'azote, 30 kg/ha de phosphore et 50 kg/ha de potassium. Ces résultats concordent avec ceux des analyses de sol qui ont montré des valeurs faibles pour le potassium et moyennes pour la matière organique et le carbone organique. En effet, plus les teneurs en nutriments du sol sont faibles, plus les chances de réponses à la fertilisation sont élevées.

Ces résultats sont aussi concluants et montrent que toute intervention visant à améliorer la fertilité des sols affecte positivement le rendement de l’igname jaune dans la zone d'étude. La fertilité du sol est donc un obstacle majeur à tout effort d'augmentation du rendement de cette culture. L'igname est en effet, une culture particulièrement exigeante en nutriments. Ces derniers sont plutôt rares ou en faibles teneurs en sols dégradés par érosion, culture intensive ou réduction des périodes de jachère. Aussi, les

faibles rendements de l’igname en Haïti peuvent-ils effectivement s’expliquer, entre autres, par le manque de fertilité des sols soumis à une pression de plus en plus accrue, à la dégradation environnementale et à l'intensification.

Remerciements

Les travaux présentés dans cet article ont été réalisés dans le cadre d'un projet du MARNDR exécuté par le consortium AAI-FAMV en collaboration avec Université McGill, financé par Banque interaméricaine de développement (BID) et Fonds international de développement agricole (FIDA). Nous remercions ces institutions pour leur soutien.

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Article 4

Vitamine D et fibromes utérins : Revue des données actuelles et intérêt potentiel

pour les femmes haïtiennes

M. Rouzier, Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), Univesité d'Etat d'Haïti (UEH).

Auteur de correspondance : Rouzier M., marylou_rouzier@yahoo.fr.

Résumé Rouzier M. 2026. Vitamine D et fibromes utérins : Revue des données actuelles et intérêt potentiel pour les femmes haïtiennes. RED 12 (1): 23 - 28.

Ce travail a consisté à présenter une revue des études portant sur les effets de vitamine D en cas de fibromes utérins et a examiné l'intérêt d'une supplémentation en cette vitamine pour les femmes haïtiennes présentant des fibromes ou à risque d'en développer. Les fibromes utérins constituent les tumeurs bénignes les plus courantes actuellement chez la femme et la femme haïtienne n'en n'est pas épargnée. Elles représentent une source de morbidité non seulement à cause des nombreux symptômes qui y sont associés mais aussi à cause du coût des différents traitements proposés et de l'action mutilante de ces derniers. Cette revue a permis de constater que dans différentes parties du monde, de nombreux travaux avaient pu mettre en évidence l'existence d'un lien entre la déficience en vitamine D et les fibromes utérins et semblait aussi indiquer les effets bénéfiques d'une supplémentation en cette vitamine pour les femmes atteintes. Elle a aussi mis en lumière la plus grande vulnérabilité des femmes noires face à cette pathologie. vulnérabilité attribuée à une teneur sanguine généralement beaucoup plus faible en vitamine D que celle des caucasiennes. la mélanine de la peau bloquant partiellement la synthèse de la vitamine D faite au niveau de l'épiderme. Les différents éléments d'information disponibles dans les études publiées portent à penser qu'une supplémentation en vitamine D chez la femme haïtienne à risque de développer des fibromes ou souffrant déjà de cette pathologie pourrait constituer une approche préventive ou être une solution thérapeutique complémentaire, sous réserve de confirmation de résultats par des études cliniques spécifiques à envisager.

Mots clés : Myome. femme noire, supplémentation en vitamine D, toxicité.

Abstract Rouzier M. 2026. Vitamin D and uterine fibroids: Review of current data and relevance for Haitian women. RED 12 (1): 23 - 28.

This work aimed to present a review of studies on the effects of vitamin D in cases of uterine fibroids and to examine the relevance of supplementation with this vitamin for Haitian women who have fibroids or are at risk of developing them. Uterine fibroids are currently the most common benign tumors in women. and Haitian women are not spared. They represent a source of morbidity not only due to the numerous associated symptoms but also because of the cost of the various proposed treatments and the potentially disfiguring effects of these treatments. This review found that in different parts of the world, many studies have highlighted a link between vitamin D deficiency and uterine fibroids and also seemed to indicate beneficial effects of supplementation in this vitamin for affected women. It also highlighted the greater vulnerability of Black women to this condition. a vulnerability attributed to generally much lower blood levels of vitamin D compared to Caucasian women, as the melanin in the skin partially blocks the synthesis of vitamin D in the epidermis. The various pieces of information available in published studies suggest that vitamin D supplementation in Haitian women at risk of developing fibroids or already suffering from this condition could be a preventive approach or serve as an additional therapeutic solution, provided that results are confirmed by specific clinical studies to be considered.

Keywords: Myomias. black women. vitamin D supplementation. toxicity.

Introduction femmes, ils n'entrainent pas de symptômes particuliers et passent inaperçus, mais pour approximativement la moitié des femmes, ils peuvent devenir très génants et les affecter à la fois au plan physique, psychologique et économique. Les principaux symptômes observés sont les suivants saignements abondants, douleurs, mictions fréLes fibromes utérins appelés aussi myomes ou léiomyomes utérins sont des tumeurs non cancéreuses très fréquentes chez les femmes en âge de procréer. Ils se forment dans le muscle de l'utérus, par prolifération de cellules musculaires issues de la paroi de l'utérus. Chez certaines

quentes, signes de compression urinaire et digestive, infertilité, avortement, … (10, 23). Sur le plan étiologique, les fibromes utérins sont présentés dans la littérature comme la résultante d'interaction d’un ensemble de facteurs génétiques, hormonaux et environnementaux. On sait ainsi qu'un taux élevé d’œstrogène dans l'organisme est lié à leur croissance et que la péri-ménopause est une période très favorable à leur développement. L'obésité, certaines habitudes de vie (cigarettes, alcool, stress, …) ainsi que l’origine ethnique sont également identifiées comme facteurs de risques (10). Les traitements proposés sont variables et dépendent de la gravité des symptômes : ils vont de l’administration d’anti-inflammatoires à l'intervention chirurgicale en passant, entre autres, par le traitement hormonal et la pose d’un stérilet. Le coût total annuel de cette affection est élevé (traitements, chirurgie, frais d’hospitalisation, jours de travail perdus, ...) et aux USA, il est estimé à plusieurs dizaines de billions de dollars l’an par le Système Officiel de santé américain (14).

Dans ce contexte, depuis une quinzaine d'années, en association avec les interventions classiques proposées ou parfois en remplacement de ces dernières, certains thérapeutes préconisent des thérapies naturelles. Certains de ces traitements comme celui consistant en une supplémentation en vitamine D ont donné lieu à des études scientifiques qui présentent des résultats qui suggèrent un effet sur la croissance des fibromes. Les résultats qui ont été répertoriés demeurent hétérogènes et l’état actuel des connaissances ne permet pas d'évaluer la pertinence de cette approche. La question se pose de savoir dans

quelle mesure la vitamine D peut constituer une option préventive ou thérapeutique pertinente dans la prise en charge des fibromes utérins.

Le but de ce travail est de présenter une revue des études scientifiques concernant l'influence de la vitamine D et de sa supplémentation en cas de myomes et de considérer l'intérêt d'un tel traitement pour les femmes haïtiennes présentant des fibromes ou à risque d'en développer.

Méthodologie

Afin d'évaluer l'intérêt de la supplémentation en vitamine D pour les femmes haïtiennes présentant des fibromes utérins. une revue de littérature a été réalisée. Des bases de données biomédicales ont été consultées, en particulier Medline, Web of Science et Google Scholar.

La stratégie de recherche a reposé sur l'utilisation combinée de mots clefs en lien avec le sujet qui ont été introduits : cholecalciferol, calciferol. 25-hydroxy vitamin D, vitamin D. 1.25 dihydroxyvitamin D. leiomyomas. myomas, uterin fibroids. accompagnés des mots suivants : littérature review. african women, black american women, caucasian women, health effect, secondary effect, toxicity, mortality rate. Les équivalents français de ces termes ont également été intégrés afin d'élargir le champ de recherche.

Les publications retenues incluaient des articles originaux. des revues systématiques et des méta-analyses. Quelques articles datant de plus de 10 ans ont été consultés pour leur intérêt conceptuel sur le sujet, mais la priorité a été donnée à des articles plus récents. incluant des travaux de l'année en cours. de façon à garantir l'actualisation des connaissances.

Les références relatives aux publications consultées sont indiquées par un nombre entre parenthèse dans le texte et sont listées par ordre alphabétique dans la partie bibliographique de l'article. Ces références concernent différents types d'études

réalisées : expérimentales, d'observation. prospectives de cohortes ou interventionnelles. essais cliniques. etc.

Plus d'une cinquantaine d'articles ont pu être consultés. La grande majorité de ces articles ont été publiés en anglais. Vingt-deux (22) travaux scientifiques pertinents (études spécifiques ou métaanalyses et revues de littérature) sur le sujet ont été retenus. Ces travaux ont été publiés dans des revues connues et spécialisées telles : Epidemiology. Journal of Clinical and Epidemiology Metabolism. Journal of Clinical Nutrition, Molecular Sciences. Fertility and Sterility. Reproductive sciences. etc.

Résultats et discussions

La première partie des résultats concerne les études et expérimentations réalisées sur les effets de la vitamine D et de sa supplémentation sur l'incidence et l'évolution des fibromes de façon générale. Dans cette première partie. les possibles mécanismes d'action de la vitamine D sur le développement des fibromes de même que les besoins de l'organisme en cette vitamine ont aussi été présentés et commentés. La 2° partie considère plus spécifiquement l'intérêt de la supplémentation en vitamine D pour la population féminine haïtienne.

L'action que pourrait avoir la vitamine D sur les fibromes utérins a été évoquée en 2009 par Blauer et ses collègues. Par des études in vitro. ces chercheurs ont pu montrer que la croissance des cellules formant ces fibromes était corrélée à la concentration en vitamine D des tissus (5). En 2011, une autre étude a suivi et a montré que la déficience en vitamine D est liée à l'incidence des fibromes utérins et que cette déficience pourrait être considérée comme un nouveau facteur de risque de cette affection (16). Par la suite, des travaux réalisés en 2013 par le ‘National Institute of Health” aux USA sont venus confirmer ces faits en indiquant que les femmes non carencées en vitamine D présentaient 32% moins de risque de

développer un fibrome utérin que celles affectées par une hypovitaminose D. Cette étude a aussi montré que plus le taux de vitamine D est élevé chez une femme, moins elle a de risque de développer un fibrome utérin (12). Au cours de la même année, une étude sortie dans la revue “Epidemiology'a montré que les femmes présentant des fibromes étaient 2.4 fois plus carencées en vitamine D que celles indemnes de fibrome (3). Dans une étude castémoins menée en Chine (14). des patientes adultes atteintes de fibromes (cas) ont été comparées à des femmes sans fibromes (témoins) en termes de taux sériques de 25hydroxyvitamine D (250HD). La prévalence des fibromes chez les femmes présentant des taux déficients en vitamine D (<12 ng/ml) ou insuffisants (12-20 ng/ml) était significativement plus élevée que chez les femmes ayant des taux supérieurs à 20 ng/ml). Une autre étude publiée à “International Journal of Women Health” a trouvé une relation directe entre le statut en vitamine D des patientes et la taille des fibromes : moins le statut en vitamine D est élevé. plus les fibromes ont un grand volume (13).

Par la suite, à l'aide d'études cliniques et interventionnelles, des chercheurs ont cherché à évaluer les effets de la supplémentation en vitamine D chez les femmes carencées en cette vitamine (2. 4. 8. 20). Dans une étude d'intervention. Suneja et ses collègues ont monté qu'après une supplémentation en D3 durant 16 semaines, les femmes présentant des fibromes et souffrant d'hypovitaminose D pouvaient réduire la taille de leurs fibromes ainsi que plusieurs symptômes courants tels douleurs pelviennes et pertes de sang (20). En 2020. une étude menée par Arjeh a démontré qu'une supplémentation en D3 pendant 3 mois stoppait la croissance des fibromes chez les femmes supplémentées alors que dans le groupe témoin. les fibromes avaient augmenté de volume (2). Dans une autre étude interventionnelle, des chercheurs ont aussi montré que la supplémentaRED 12 (1) Juin 2026 24

tion en vitamine D (50000 UI toutes les 2 semaines) pendant 10 semaines chez 69 femmes présentant un déficit en cette vitamine diminuait significativement la taille des fibromes. ces derniers passant en moyenne de 61.11 mm à 52,58 mm. soit plus de 8.5 mm de moins (8).

Pour mieux comprendre et documenter les liens entre la vitamine D et les fibromes, Combs et ses collègues ont réalisé une revue de littérature qu'ils ont publiée en 2023 dans "Reproductive Sciences" (7). La recherche a été faite sur différents sites scientifiques (Cochrane, Embase, PubMed. Scopus et Web of Science) jusqu'au mois de mars 2022. Les publications en langue anglaise évaluant les liens entre la vitamine D et les fibromes utérins chez la femme. qu'elles soient expérimentales ou cliniques. ont été prises en compte selon les critères d'inclusion et d'exclusion fixés par les chercheurs. Selon les résultats de cette recherche. les études précliniques retenues ont indiqué que le récepteur de la vitamine D était diminué dans les cellules myales. Quatorze études cliniques (n = 3 535 participants) ont évalué le taux sérique de vitamine D chez des femmes présentant des fibromes (présence prouvée par échographie) : toutes ces études ont trouvé une corrélation inverse entre le taux sérique de vitamine D et la présence de fibromes. Cinq études cliniques (n = 472 patients) ont évalué le traitement des fibromes par une supplémentation en vitamine D : quatre de ces études ont indiqué que la vitamine D inhibait de manière significative la croissance des fibromes. Concernant la récurrence des fibromes. une étude pilote (n = 109 patients) sur les effets d'une supplémentation en vitamine D en prévention secondaire des fibromes a trouvé des fibromes récurrents plus petits dans le groupe traité. Les auteurs de cette revue de littérature ont conclu que ces différentes études fournissaient la preuve de l'utilité de la vitamine D dans le traitement des fibromes utérins et encourageaient la poursuite d'essais cliniques concernant les mécanismes d'action de cette vitamine (7). Il est intéressant de remarquer que ces études ont été menées dans plusieurs pays et sur des populations d'ethnies différentes et que l'usage de la vitamine D s'est révélé tout à fait sécuritaire, sans aucun effet secondaire signalé au cours des sulivis effectués (7, 17).

Sur la base de ces différentes données, de nombreux chercheurs estiment aujourd'hui que l'hypovitaminose D est un facteur de risque des fibromes utérins qu'on ne peut plus ignorer et que dans bien des cas une supplémentation en D3 peut stopper la croissance de ces myomes. en diminuer la taille et les symptômes (6. 17). ce qui. quand il y a stabilisation ou régression des tumeurs. pourrait souvent permettre d'éviter des interventions chirurgicales coûteuses et mutilantes.

Les mécanismes par lesquels la vitamine D agit contre les myomes sont encore à l'étude mais les chercheurs ont déjà mis en évidence plusieurs propriétés de cette vitamine qui pourraient expliquer ses effets. Elle agit notamment sur les récepteurs des œstrogènes. Or. les débalancements hormonaux. spécialement ceux liés aux œstrogènes. sont actuellement considérés comme un facteur de risque important dans le développement des fibromes. En diminuant l'expression de ces récepteurs, la vitamine D peut aider à moduler la réactivité des tissus des myomes aux œæstrogènes, inhibant potentiellement leur croissance et leur progression. La vitamine D agirait ainsi comme un antagoniste des hormones sexuelles dans les cellules des myomes. D'autre part. dans la formation et le développement des fibromes. un dérèglement immunitaire a été observé. Or. des études ont montré que la vitamine D peut exercer des effets immunomodulateurs en améliorant l'activité des cellules T régulatrices. en réduisant la production de cytokines proinflammatoires, ce qui crée un environnement anti-inflammatoire non favorable au développement des myomes. La vitamine D a aussi des

effets antiprolifératifs et antioxydants qui peuvent jouer dans cette action protectrice (17). Des études in vitro ont également montré que la vitamine D était capable d'inhiber la croissance des fibromes en ciblant les voies impliquées dans la régulation de divers processus biologiques. notamment la prolifération cellulaire et la réparation de l'ADN (14). D'autres études signalent aussi que cette vitamine réduit la vascularisation des cellules constituant les fibromes. ce qui gêne leur croissance (17). En optimisant les niveaux de vitamine D dans le sang. il est donc possible de créer un environnement moins propice au développement et à la récidive des fibromes (17).

En ce qui concerne les besoins de l'organisme en vitamine D en général, le “Guide pratique de la Société Endocrinienne” française les définit ainsi :

- Déficience : taux inférieur à 20 ng

par mL - Insuffisance : taux compris entre 20 et 29 ng par mL

- Valeur normale : au moins 30 ng par mL

Pour certains chercheurs ces valeurs devraient être revues à la hausse (1). Ils font remarquer que chez les individus carencés, les bénéfices d'une supplémentation sur la prévention des infections et sur le taux de mortalité lui-même sont de plus en plus mis en évidence (19). alors que les intoxications ne surviennent qu'à des doses très élevées et que les rapports d'overdose à la vitamine D sont rares dans la littérature (1. 21).

Pour ce qui est des supplémentations, une dose journalière de 800 UI par voie orale permet de dépasser le niveau de déficience chez la plupart des individus alors qu'avec 2000 UI. on atteint généralement 30ng par ml. soit la valeur considérée comme normale. Ne pas oublier qu'il existe des sources alimentaires de vitamine D comme le foie, les œufs et le lait : l'huile de foie de morue est un des aliments les plus riches en vitamines D et il fournit

aussi de la vitamine A. Rappelons aussi ici que de manière générale, les études épidémiologiques ont montré que les femmes sont plus sujettes à l'hypovitaminose D que les hommes (15).

Maintenant. considérons l'intérêt particulier que présente la vitamine D pour la population féminine haïtienne.

Tout d'abord, il importe de signaler que depuis quelques années. plusieurs chercheurs ont mis en évidence l'existence d'une disparité ethnique de l'incidence des fibromes utérins dans la population mondiale. De nombreuses études ont en effet montré que ces fibromes touchent davantage les femmes noires. africaines ou noires américaine, ceci. en termes de prévalence. de sévérité (elles ont souvent tendance à avoir des fibromes multiples) et de complications de santé à long terme (9. 14. 18). Selon une étude menée aux USA et au Canada. comparées aux caucasiennes, les femmes noires sont 3 fois plus touchées par ces tumeurs, en sont atteintes plus jeunes. connaissent des symptômes plus sévères et ont un taux plus élevé d'hospitalisation et d'interventions chirurgicales (11). Dans une étude menée dans 28 hôpitaux dans le Maryland. 57% des femmes noires examinées présentaient 7 ou plus de myélomes contrairement aux femmes blanches qui en présentaient bien moins. Une autre étude touchant les femmes sud sahariennes a aussi mis le phénomène en évidence (9). Chez la femme noire, la prévalence des fibromes utérins serait de 50% après 35 ans et atteindrait 80% après 50 ans. ce qui est très élevé (16). Les études ont aussi indiqué que les fibromes sont généralement plus volumineux chez les femmes noires (13).

Cette disparité concernant l'épidémiologie des fibromes utérins entre femmes blanches et femmes noires a interpellé plusieurs chercheurs qui ont tenté d'en déterminer la cause. Actuellement, elle est en partie attribuée à la faible teneur en vitamine D du sang de la femme noire et une explication a été donnée à

cette carence. La vitamine D ou cholécalciférol est une semi-hormone pouvant être synthétisée directement par la peau sous l'effet des rayons ultra-violets du soleil à partir d'un dérivé du cholestérol. Dans les années passées. l'idée la plus largement répandue était que les populations vivant en zones tropicales. à cause de leur exposition fréquente au soleil, étaient moins susceptibles de souffrir de carence en vitamine D. Des études plus récentes ont montré que la peau foncée. à cause de la présence de la mélanine, forme un écran aux rayons du soleil : chez les gens à peau noire ou foncée, la synthèse de la vitamine D par l'organisme est de 3 à 10 fois plus faible que chez les caucasiens, ce qui entraine fréquemment des carences si l'alimentation ne supplée pas. Selon certains chercheurs, les gens à peau noire devraient passer 5 à 10 fois plus de temps exposés au soleil qu'une personne à peau claire pour produire la même quantité de vitamine D. avec une influence évidente sur la teneur sanguine en vitamine D (6).

Des études récentes menées dans plusieurs parties du monde indiquent en effet que les populations féminines noires présentent généralement un plus faible statut en vitamine D que les caucasiennes. Une étude menée aux USA a indiqué que 50 % des femmes blanches faisant partie d'une cohorte féminine avait un statut suffisant en vitamine D alors que chez les femmes noires faisant partie de la même cohorte, seulement 10 % répondait aux normes prescrites (3). Un faible statut sanguin en vitamine D a aussi été signalé chez les femmes africaines par différents auteurs (9. 18). Plus haut, il a été signalé que l'hypovitaminose D influence la taille des fibromes utérins mais ceci semble aussi plus marqué chez la femme noire (13). Dans l'étude faite par Sabry et ses collègues concernant le lien entre le statut en vitamine D et le volume des fibromes. les auteurs ont en effet noté que le phénomène était statistiquement plus significatif chez les femmes noires (13).

En ce qui concerne la femme haïtienne, les informations concernant la teneur du sang en vitamine D sont manquantes, mais les fibromes eux sont très répandus. Une étude menée récemment au Service de Gynécologie-Obstétrique de l'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti a montré qu'à Port-au-Prince ‘les fibromes utérins sont fréquents chez les femmes en âge de procréer, qu'ils représentent cliniquement un lourd fardeau pour ces femmes et ont un impact économique important sur le système sanitaire.” Bien que d'autres facteurs de risque comme l'obésité soient à considérer ici, vu que le rôle de la vitamine D sur la croissance des fibromes est aujourd'hui bien établi et qu'on sait que les femmes noires ont généralement tendance à avoir une déficience en cette vitamine. il est à penser que cette forte incidence des fibromes observée à Port-au-Prince soit en partie liée à cette carence. Des études sur le sujet seraient à faire et devraient permettre, si cette déficience s'avère positive, d'envisager une supplémentation en vitamine D pour les femmes à risque et pour celles présentant déjà des fibromes. Pour évaluer les risques pour la femme d'être atteinte d'un fibrome. la mesure de la vitamine D chez les patientes venant en consultation gynécologique pourrait devenir un examen de routine. Des protocoles d'administration de cette vitamine devraient être mis au point afin d'optimiser le dosage et la durée du traitement selon l'histoire des patientes. la taille et le nombre de fibromes et les différentes classes d'âge des femmes atteintes.

La réalisation de ces études pourrait permettre de disposer de protocoles adaptés à différents cas et constituerait un pas important vers l'adoption de ce traitement si simple et à effets assez significatifs puisque selon les résultats des travaux évoqués plus haut. des réductions de taille des myomes seraient déjà notables après seulement 3 ou 4 mois de supplémentation en vitamine D chez les femmes carencées en cette vitamine.

Conclusion

Les fibromes utérins représentent les tumeurs bénignes les plus courantes affectant la santé et le bienêtre de la femme et ont un impact économique important. En Haïti comme ailleurs, plusieurs traitements sont offerts actuellement mais ils sont souvent coûteux et certains sont mutilants.

Cette recherche avait pour objectif de présenter une revue des études concernant les effets de la déficience et de la supplémentation en vitamine D en cas de fibromes utérins et de considérer l'intérêt d'un traitement à base de cette vitamine pour la femme haïtienne très affectée par ces tumeurs, comme d'ailleurs les femmes africaine et noires américaines. La revue de littérature faite montre qu'il existe un lien entre l'hypovitaminose D et les fibromes utérins et la majorité des travaux consultés soulignent le rôle important que peut jouer cette vitamine dans l'atténuation du développement et de la croissance de ces tumeurs.

Ces travaux encouragent à envisager pour la femme haïtienne l'utilisation de cette thérapie capable d'agir, comme l'indique les études évoquées ici, à la fois sur l'incidence. le volume, le nombre et les complications de ces tumeurs. La vitamine D peut aussi être utilisée pour prévenir les fibromes utérins en veillant à éviter sa carence dans le sang. ce qui peut être fait en encourageant la prise d'un simple complément chez les femmes à risques ou présentant très jeunes de petits fibromes. Ceci est d'autant plus envisageable que ce traitement est applicable à cout très modique. qu'il peut être administré par voie orale et qu'à dose thérapeutique, selon les études consultées, il est tout à fait sécuritaire. La toxicité due à un excès de vitamine D est en effet très rare et même une ingestion de 10.000 UI par jour cause peu d'effets délétères (21). Il s'agirait là d'un moyen relativement simple à la fois d'alléger les souffrances de la population féminine, d'améliorer la qualité de vie de cette dernière et de

diminuer l'impact économique de cette affection pour la société.

Pour finir, faisons remarquer qu'à côté des effets qu'elle a contre le développement des fibromes. la vitamine D est essentielle a de nombreux processus biologiques et assure d'importantes fonctions dans l'organisme humain : entre autres, elle consolide les os et les dents. module le système immunitaire, préserve le cerveau et les muscles. permet de lutter contre les infections bactériennes et virales et donnerait un certain niveau de protection contre quelques types de cancers. Si on ajoute qu'actuellement, plusieurs études suggèrent l'existence d'une relation causale entre la déficience en vitamine D et une augmentation du taux de mortalité en général (19.15). on peut conclure que la carence en vitamine D est à surveiller de près. chez la femme mais aussi globalement dans la population haïtienne et qu'il serait peut-être opportun d'envisager la fortification de certains aliments courants en cette vitamine, comme ceci est du reste déjà fait dans de nombreux pays.

Références

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Article 5

Evaluation de la potabilité de l’eau du réseau d’adduction de « Tet Sous » (11° section de la commune de Petit -Goâve)

H. Corantin et J. Lapaix. Département des Sciences et Technologie des Aliments (DSTA), Faculté d'Agronomie et

de Médecine Vétérinaire (FAMV), Université d'Etat d'Haïti (UEH). Auteur de correspondance : Corantin H.. hcorantin@yahoo.fr.

Résumé Corantin H. et Lapaix J. 2026. Evaluation de la potabilité de l'eau du réseau d'adduction de « Tèt Sous » (11° section de la commune de Petit-Goâve). RD 12 (1): 29 - 34

Cette étude a été réalisée sur le réseau d'adduction dénommé « Tèt Sous », situé dans la 11° section de Petit-Goâve entre août 2024 et juin 2025, afin d'étudier la qualité de l'eau du réseau et d'évaluer les risques sanitaires qui y sont associés. Dans cette optique, 16 échantillons d'eau ont été prélevés dans 8 points distincts du réseau en 2 séries : la saison sèche et la saison pluvieuse. Les coliformes totaux, les coliformes fécaux, les E. coli, les P. aeruginosa, les V. cholerae sont les cinq paramètres bactériologiques analysés. Les 21 paramètres physicochimiques analysés sont la couleur, l'odeur, le fer, les nitrates, les sulfates, l'alcalinité totale et phénol, les bicarbonates, les carbonates, les ions chlorures, la dureté calcique, magnésienne et totale, les hydroxydes, la conductivité, le pH, la salinité, le TDS et la température, turbidité et l'indice de Leroy. La méthode filtration sur membrane a été utilisée pour les paramètres bactériologiques. La méthode filtration sur membrane a été utilisée pour les paramètres bactériologiques. Quatre méthodes ont été utilisées pour les paramètres physicochimiques. La méthode spectrophotométrique pour déterminer, la couleur, le fer, les nitrates, les sulfates: la méthode titrimétrique pour le dosage de l'alcalinité, des bicarbonates, des carbonates, des ions chlorures, de la dureté calcique et magnésienne, des hydroxydes; la méthode potentiométrique pour évaluer la conductivité, le pH, la salinité, le TDS et la température: et la méthode néphélométrique pour mesurer la turbidité. Sur le plan bactériologique, l'eau du réseau n'est pas potable, car les coliformes totaux, les coliformes fécaux et les Pseudomonas aeruginosa ont été détectés et dénombrés dans tous les points indiquant une contamination fécale à la source. Sur le plan physico-chimique, l'eau est globalement conforme aux normes établies par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Union Européenne (UE). Toutefois, la turbidité de l'eau du réseau est hors norme à Bas Fort Liberté dans les 2 saisons ; pour la saison sèche, la concentration en fer est supérieure aux normes établies dans le kiosque de Platon Calebasse.

Mots clés : Eau potable, réseau d'adduction « Tèt Sous », hygiène, risques sanitaires, maladie hydrique.

Abstract

Corantin H. and Lapaix J. 2026. Assessment of the potability of water from the “Tèt Sous” supply network (11tè section of Petit-Goâve). RED 12 (1): 29 - 34

This study was conducted on the water supply network known as “Tèt Sous,” located in the 1ith section of Petit-Goâve, between August 2024 and June 2025, with the aim of assessing the water quality of the network and evaluating the associated health risks. To this end, 16 water samples were collected from 8 distinct points within the network during two sampling campaigns: the dry season and the rainy season. The five bacteriological parameters analyzed were total coliforms, fecal coliforms, E. coli, P. aeruginosa, and V. cholerae. The 21 physicochemical parameters analyzed included color, odor, iron, nitrates, sulfates, total alkalinity and phenol, bicarbonates, carbonates, chloride ions, calcium, magnesium and total hardness, hydroxides, conductivity. pH. salinity, total dissolved solids (TDS), temperature, turbidity, and the Leroy Index. The membrane filtration method was used for the bacteriological analyses. Four analytical methods were employed for the physicochemical parameters. The spectrophotometric method was used to determine color, iron, nitrates, and sulfates; the titrimetric method for the determination of alkalinity, bicarbonates, carbonates, chloride ions, calcium and magnesium hardness, and hydroxides;: the potentiometric method to assess conductivity, pH, salinity, TDS and temperature: and the nephelometric method was applied to measure turbidity. From a bacteriological perspective, the network water is not potable, as total coliforms, fecal coliforms, and Pseudomonas aeruginosa were detected and enumerated at all sampling points, indicating fecal contamination at the source. From a physicochemical standpoint, the water generally complies with the standards established by the World Health Organization and the European Union. However, the turbidity levels of the network water exceeded the recommended standards at Bas Fort Liberté during both seasons, while during the drÿ season, iron concentrations exceeded the established standards at the Platon Calebasse kiosk.

Keywords: Drinking water, « Tèt Sous » water supply network, hygiene, health risks, waterborne disease.

Introduction

D'un bout à l'autre du monde. on s'accroche pour dire que l'eau. c'est la vie. Elle a une incidence sur notre santé, notre hygiène et notre capacité à prospérer en tant qu'êtres humains. L'eau constitue un droit fondamental. mais il s'agit aussi d'une ressource qui est trop prise pour acquise (12). A des fins de santé publique. il est important d'avoir facilement accès à de l'eau salubre, destinée à la consommation. à un usage domestique, à la production alimentaire et aux loisirs. En ce sens. de 2015 à 2022, la proportion de la population mondiale ayant accès à une eau potable gérée en toute sécurité est passée de 69% à 73% (9). Malgré les progrès accomplis. au moins 1.7 milliards de personnes dans le monde utilisent une source d'eau potable contaminée par des matières fécales en 2022. La présence de microbes dans l'eau potable contaminée par des matières fécales représente le plus grand risque en termes de sécurité et de transmission de maladies telles que la diarrhée, le choléra. la dysenterie. la fièvre typhoïde et la poliomyélite (5. 9).

En Haïti. l'approvisionnement en eau potable demeure un défi majeur. En effet. 26% des Haïtiens n'ont pas accès à des sources d'eau améliorées (11). En plus. l'accès à l'approvisionnement en eau potable dans les zones rurales est non seulement faible mais en baisse. Le problème des habitats dispersés reste une contrainte sérieuse à l'accès à l'eau. car les points d'eau sont souvent en aval dans les communautés en montagnes, ce qui empêche l'eau d'y parvenir. En 2020, seulement 43 % de la population rurale d'Haïti avaient accès à un approvisionnement en eau potable de base, contre 48 % en 2015 et 50 % en 1990 (2).

La 11° section Ravine Sèche, la plus peuplée de la commune de PetitGoâve (7), zone concernée par cette étude. n'est pas épargnée par cette situation alarmante. En effet, la montée des constructions anarchiques due à l'urbanisation non planifiée a engendré une pression démographique croissante sur le réseau de « Tèt Sous » (1). Le périmètre de la source est également perturbé par des activités agricoles. De plus. les kiosques. les fontaines et les branchements ménagers sont souvent encombrés de personnes venant remplir leur seau d'eau. Cette situation peut accroître significativement les risques de propagation des maladies hydriques. À ce titre. les données provenant des structures sanitaires locales révèlent des cas préoccupants de choléra, de diarrhée, de dysenterie, de fièvre typhoïde. entre autres infections liées à l'eau contaminée.

Face à ce constat alarmant. il devient impératif de mener une étude approfondie sur la qualité de l'eau du réseau d'adduction, en évaluant les risques sanitaires à chaque point du système, depuis la source jusqu'aux points de distribution. Une telle démarche permettrait d'identifier les défaillances. de proposer des mesures correctives.

Comme hypothèses émises dans le cadre de cette étude, la qualité de l'eau du réseau n'est pas bonne par rapport aux normes établies par lOMS et l'UE : les risques sanitaires liés à l'eau sont élevés à cause de l'intensification des activités anthropiques dans le périmètre du réseau. L'étude de la potabilité de l'eau requiert beaucoup de ressources financières et d'équipements. En effet. pour le cas du réseau d'adduction de « Tèt Sous », les faibles ressources économiques disponibles et l'indisponibilité de certains équipements empêchent de prendre en compte les paramètres comme les métaux lourds. les polluants chimiques. les radionucléides. des parasites et des virus. Dans cette étude, seuls les paramètres bactériologiques et physicochimiques sont pris en compte.

Matériels et méthodes Présentation de la zone

L'étude a été réalisée sur le réseau d'adduction d'eau de Tèt Sous qui se trouve dans la 11° section Ravine Sèche de la commune de Petit-Goâve. département de l'Ouest. Situé à 68 km au sud de Port-auPrince, Ravine Sèche est la plus peuplée des 12 sections communales avec une population de 109 538 habitants. Avec une superficie de 40.04km?, sa densité est estimée à 2 736 hab/km?° (5). Constituée de 11 habitations, elle est limitée au nord par le Golfe de la Gonâve. au Sud par la 9° section des Palmes, la 10° section des Palmes et la 7° section des Platons de Petit-Goâve, à l'Est par la 12° section des Fougues et à l'Ouest par la 8° section des Platons et la 1° section Bino de Petit-Goâve (1). Ravine Sèche se caractérise par un climat relativement chaud. Sa température moyenne annuelle est de 250C. Elle est souvent frappée par de grands cyclones venant du Sud-est par l'axe de la commune de Bainet. dont les principaux : Flora. Inès. Allen, Hazel etc. Les vents soufflent presque toute l'année, mais pendant les mois d'octobre et de novembre. ils sont plus violents et plus destructeurs (1). L'analyse des données spécifiques sur la commune entière révèle une pluviométrie moyenne annuelle de 1377.34 mm. Ravine Sèche connait une saison pluvieuse allant d'avril à octobre et une saison sèche allant de novembre à mars. (3).

Présentation du réseau d’adduction d’eau de Tèt Sous

La source, située dans la localité de Tèt Sous. a été captée en 2011 dans le cadre d'un projet d'urgence postséisme. Le réseau est constitué d'un captage en béton armé de 38 m° qui alimente. par des tuyaux en polyéthylène de 3° de diamètre. 2 réservoirs situés dans la localité de Platon Calebasse à une distance de 725 m. Ces deux réservoirs constituent un système en tube en U. Le premier dont le volume est 45 m3 est séparé du deuxième dont le volume est 69 m° par une chambre des

vannes. Les réservoirs servent à stocker et traiter l'eau pour la distribuer à la chambre des vannes à une distance de 365.5 m à travers des tuyaux en polyéthylène de 3 m de diamètre. A partir de cette chambre des vannes, l'eau est divisée en deux grandes branches pour être distribuée dans les deux grandes habitations suivantes : Fort Liberté et Meilleur Eau. Un troisième réservoir de 35 mé, situé dans la localité de Croix des Martyrs à une distance de 2150 m. est relié à la chambre des vannes par des tuyaux en polyéthylène de 2° de diamètre. Une chambre des vannes permet au troisième réservoir d'alimenter les localités suivantes Croix des Martyrs. Nan Lozan]. Ruelle Codnor. Haut Cupidon. Grand Chemin et Pont Caïman.

Planification de l’étude

Dans le cadre de cette étude, une première visite a été effectuée sur le terrain avec le personnel technique du CAEPA en vue d'avoir une vue globale sur la zone de l'étude et de collecter toutes les données permettant de faire la description du réseau d'adduction. Une deuxième visite a été effectuée dans la zone afin de réaliser l'enquête formelle auprès des abonnés. Une troisième visite a été réalisée en saison sèche pour la première série de prélèvements des échantillons d'eau. Enfin. la quatrième visite a concerné la deuxième série de prélèvements des échantillons d'eau en période pluvieuse.

Enquête

De concert avec le personnel technique du Comité d'Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement (CAEPA), une fiche d'enquête a été élaborée dans le but de recueillir les informations pertinentes sur l'accès à l'eau et à l'assainissement sur le long du réseau. En effet, cette enquête a été réalisée dans la zone d'étude auprès de tous les acteurs concernés (Responsables de CAEPA. CASEC., personnels de santé, abonnés. etc.). En ce sens. 60 individus représentants de 60 ménages de la population cible ont été questionnés

| Prélèvement des échantillons d'eau

1ème Aavine Sèche, Petit-Goive

ETE2 0) Le CES U cc C]

LEGENDE

ï Points d'eau Lpsureou CAEPA

ms # Limites administratives

M Localisation

[TT umites sections communales. DJ Commune de Petit-Goäve

Projection : UTM, WGS84, Zone 10N

Sources de données : Relevé GPS, CNIGS,

Gone Selle Dste : Mars 2025

a 150 300 m

Figure 1. Répartition spatiale des points de prelevement et du bureau du

CAEPA

de façon aléatoire dans les 4 grandes agglomérations telles Fort Liberté. Meilleure Eau. Croix des Martyrs et Grand Chemin.

Echantillonnage

Pour parvenir à analyser les différents paramètres de l'eau au laboratoire. 8 échantillons ont été prélevés dans 8 points différents du réseau. 2 séries de prélèvement d'eau ont été réalisées sur chaque point sélectionné. Lors du prélèvement de chaque échantillon pour les analyses bactériologiques. les mains ont été lavées et équipées de gants. L'intérieur et l'extérieur du robinet ont été nettoyés avec une compresse d'alcool. Avant le prélèvement, le robinet a été ouvert pour faire écouler l'eau pendant 5 minutes. Par la suite. un flacon stérile en verre de 500 ml a été ouvert pour être rempli au-delà de 500 ml rapidement pendant que le bouchon est gardé dans la main. Alors. le flacon rempli et refermé a été identifié en y ajoutant le lieu. la date et l'heure du prélèvement. Le prélèvement de chaque échantillon pour les analyses physico-chimiques a été réalisé dans un flacon en polyéthylène de 1500 ml. Le flacon et son bouchon ont été rincés trois fois avec l'eau des sources afin de respecter les consignes de prélèvement. Avant le prélèvement. le robinet a

été ouvert pendant 1 à 2 minutes. Le flacon rempli et refermé a été a été identifié en y ajoutant le lieu. la date et l'heure du prélèvement. L'échantillon, mis dans une glacière contenant de la glace. a été maintenue à une température comprise entre 4 et 80C jusqu'au laboratoire dans un délai ne dépassant pas 24 heures. La figure 1 présente la répartition spatiale des points de prélèvement et du bureau du Comité d'Approvisionnement en Eau Potable et d'Assainissement (CAEPA).

Analyses bactériologiques

La méthode filtration sur membrane a été utilisée pour la détection et le dénombrement de Escherichia coli. des coliformes totaux et fécaux. des Pseudonomas aeruginosa et des Vibrio cholerae (4, 6).

Analyses physico-chimiques

Pour les analyses physicochimiques. 4 méthodes ont été utilisées. D'abord. la méthode spectrophotométrique a été utilisée pour calculer. la couleur, le fer (Fe). les nitrates (NO:-— ). les sulfates (SO42- —) : la méthode titrimétrique ou titrage volumétrique a été utilisée pour le dosage de l'alcalinité, des bicarbonates. des carbonates, des ions chlorures (CI- ), de la dureté calcique et magnésienne, des hydroxydes : la méthode potentiométrique a été utilisée pour évaluer la conductivité. le pH. la salinité, le TDS et la température : et la méthode néphélométrique avec des standards de foramazing a été utilisée pour mesurer la turbidité.

Traitement et analyse des données

Les données collectées sur le réseau dans le cadre des enquêtes, des entrevues et des analyses physicochimiques et bactériologiques des échantillons d'eau ont été traitées et analysées à l'aide des logiciels MS Excel version 2016 qui a permis d'obtenir les valeurs minimales et maximales, les moyennes. écarttype. les pourcentages et la réalisation du test de Student pour la comparaison des moyennes, et ARCGIS version 11.3 a permis de réaliser la carte à partir des coordonnées géographiques des points de prélèvement des échantillons d'eau.

Résultats et discussions

Risques sanitaires

L'enquête, réalisée sur le périmètre du réseau « Tèt Sous ». a révélé que 35% de la population utilisent l'eau du réseau pour la boisson tandis que les autres 65% achètent de l'eau traitée par osmose inverse dans leurs localités respectives et ailleurs. 100% de la population utilisent l'eau du réseau pour la cuisson. la lessive et les tâches ménagères et hygiéniques. 23% de la population utilisent la latrine sèche contre 77% qui utilisent les toilettes de confort moderne. 12% de la population pratiquent le brülage des déchets ménagers, 72% jettent les déchets ménagers dans les dépotoirs sauvages. dans la rivière Desvignes et la Ravine Sèche et15% pratiquent simultanément le brülage ou le jet des déchets dans la nature.

Les visites effectuées sur le terrain ont permis de constater que les éventuelles sources principales de contamination de l'eau du réseau sont les activités agricoles : les mauvaises pratiques d'hygiène : l'inexistence d'un système formel de collecte, d'évacuation et de traitement

des ordures ménagères et des eaux usées : le manque d'entretien et de maintenance sur le réseau. En effet. les déchets sont brülés et/ou jetés de manière désordonnée dans les maisons abandonnées. sur des dépotoirs sauvages et dans la ravine sèche et la rivière Desvignes. et les eaux usées, en raison de l'inexistence des canaux d'évacuation, sont directement jetés çà et là. notamment au sol. dans les cours ou sur la voie publique. sans aucun traitement préalable, contribuant ainsi à l'insalubrité de l'environnement immédiat : le manque d'entretien et de maintenance sur le réseau a créé de nombreuses fuites dans les conduites d'eau endommagées et en corrosion facilitant l'intrusion des polluants dans le réseau pour contaminer l'eau.

Qualités bactériologiques l’eau du réseau

de

Pour les 16 échantillons d'eau prélevés sur le réseau. 3 sur les 5 paramètres analysés ne respectent pas les normes établies par l'OMS et l'UE. La détection et le dénombrement des coliformes totaux. des coliformes fécaux et des Pseudomonas ont été confirmées (Tableau 1).

En ce qui concerne la détection des coliformes fécaux et des coliformes

totaux dans l'eau du réseau. pour les 2 séries de prélèvement. leur présence a été confirmée comme indicateur de la contamination fécale pendant une période allant de 24 à 48 heures d'incubation. Pour le cas des coliformes fécaux et des coliformes totaux. aucun microorganisme ne doit être détecté par volume de 100 ml. La détection de coliformes fécaux dans l'eau du réseau doit faire sérieusement soupçonner une contamination d'origine fécale (6. 8).

En ce qui concerne la détection des Pseudomonas dans l'eau du réseau. pour les 2 séries de prélèvement, leur présence a été confirmée comme indicateur de la contamination fécale pendant une période allant de 24 à 48 heures d'incubation. Pseudomonas aeruginosa est un organisme qui peut se trouver dans les excréments, le sol, l'eau et les égouts (directives). En d'autres termes, il peut être un indicateur de contamination fécale. Ainsi, l'eau du réseau présente-elle un grand risque sanitaire pour l'homme par rapport au fait que le Pseudomonas aeruginosa colonise principalement des zones endommagées telles des brûlures et blessures chirurgicales. le système respiratoire de personnes souffrant d'affections sous-jacentes

et les yeux ayant subi un dommage physique (8). À partir de là, il peut envahir le corps. provoquant des lésions destructrices ou une septicémie et une méningite. Les patients souffrant de mucoviscidose et les patients immunodéprimés sont sensibles à la colonisation par Pseudomonas aeruginosa, qui peut entrainer des infections pulmonaires progressives graves (8).

Qualités physico-chimiques du réseau

Pour les 16 échantillons d'eau prélevés sur le réseau. 19 sur les 21 paramètres analysés respectent les normes établies par l'OMS et l'UE. La turbidité et la concentration en fer sont en dehors des limites dans quelques localités (Tableau 2).

Pour turbidité. elle est hors-normes dans la localité de Bas Fort Liberté pour les 2 séries de prélèvement. Entre la saison sèche et la saison pluvieuse, la turbidité diminue de 2 FAU à 1.5 FAU, mais elle demeure hors-normes. L'augmentation de la turbidité est probablement due aux fuites observées dans les conduites d'eau dans la localité de Bas Fort Liberté. Une augmentation de la turbidité dans un réseau de distribution peut révéler une rupture de l'intégrité du réseau, comme des

Tableau 1. Charges bactériologiques des échantillons d'eau du réseau « Tet Sous »

Détection (Prés : présent ; Abs : absent) et dénombrement des germes (UFC/100mIl)

Parametre CTS CTS KPC KPC KHF KHF MBF MBF MH MH MB MB MC MC MG MG | 2 1 2 Li L2 Li L2 ME1 ME2 MEI1 ME2 M1 M2 C1 C2 Détection de coliformes fécaux, 24h Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Détection de coliformes fécaux, 48h Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Détection de coliformes totaux, 24h Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Détection de coliformes totaux, 48h Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Dénombrement coliformes totaux, 48h =>300 =>300 =300 =300 >300 >300 300 -300 =300 300 300 300 -300 -300 -300 300 Détection E. coli, 24h Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Détection E. coli, 48h Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Dénombrement E. coli, 48h 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 Détection P. aeruginosa, 24h Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Détection P. aeruginosa, 48h Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Prés Dénombrement P. aeruginosa, 48h 250 300 250 300 300 300 300 300 300 300 300 300 300 300 250 300 Détection de V. cholerae, 24h Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Détection de V. cholerae, 48h Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs Abs

CTS : Captage de Tèt Sous ; KPC : Kiosque de Platon Calebasse : KHFL :

Kiosque de Haut Fort Liberté : MBFL : Ménage de Bas For Liberté :

MHME : Ménage de Haut Meilleure Eau : MBME : Ménage de Bas Meilleur Eau : MCM : Ménage de Croix des Martyrs : MGC : Ménage de Grand Chemin. 1 : 1: série de prélèvement des échantillons : 2 : 2° série de prélèvement des échantillons : NPP : Nombre le Plus Probable.

Tableau 2. Résultats des paramètres physico-chimiques des 2 saisons

Deux séries de prélèvement

5 CTS CTS KPC KPC KHF KHF MBF MBF MH MH MB MB MC MCM MGC MGC ET Normes Parametres 1 2 1 2 Li L2 Li L2 ME1 ME2 ME1 ME2 M1 2 2 2 Moy (n=16) Unite OMS UE Salinité 4548 4323 4566 4533 4725 405 4306 4331 4579 457 4613 4549 4544 450] 4407 4481 A663 (380 ppm PVE* FVG Conductivité 5042 4912 2051 2017 4704 4673 4700 4832 5086 5052 523 5089 5063 5079 4906 4933 4590 (007 ypS/em <1200 >2006<100 rh 139 745 725 73 139 761 75 7178 135 T4 716 767 15 813 784 81 758 026 ph >656<85 >656<9 Turbidité 0 0 0 0 ( 0 2 15 0 (il 0 0 0 0 ( 0 02 060 FAU* <| <| Couleur Inc Une Une ne Une Un Une ne Une Une Une Une Un Un Un Inc Seuil Ac Ddeur Inod Unod Unod Unod Unod Unod dUnod Unod Unod dUnod Unod dInod Unod dInod Inod Inod Seuil Inod AC Matières dissoutes 2316 2319 7233 2331 2184 287 (1755 149 1865 1866 1862 1862 1839 1837 2008 3001 21438 4005 mg/l <600 <600 Alcalinité totale 282 270 24 239 O2 220 22 220 230 227 242 240 240 240 240 239 23763 1798 mg/ICaC03 <500 FVG Alcalinité phénol 0 0 0 0 0 0 D 0 0 ( (il Ù D 0 ( 0 000 000 mg/ICaC03 <500 FVG Bicarbonates 282 270 24 239 O2 220 22 220 230 227 242 240 240 240 240 239 723763 (798 mg/ICaC03 PVG FVG Carbonates 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 000 000 mglCa03 PV FVG Hydroxydes 0 0 0 (] 0 0 0 0 © 0 0 0 0 0 (l] 0 000 O00 mg/ICaC03 Dureté totale 205 203 230 232 205 23 25 220 25 29 200 210 28 28 208 22 2618 (06 mg/ICaC03 >100<300 FVG Dureté calcique M0 165 18 173 187 180 184 187 179 178 169 175 180 187 166 174 (700 721 mg/ICal03 >75<200 FVG Dureté magnésienne 35 38 52 69 18 33 31 33 36 4 31 35 48 A 42 38 3819 945 mg/ICal03 >30<50 FVG Fer 003 O0 O2 OÙ ON O1 O04 OÙ 00 O0 005 00 0 (il ( 0 004 006 mg/IFe++ <02 <12 Sulfates WW 02 Il Il 90 D 0 00 4 0 42 4 10 10 1081 (7 mg/ISD4- <250 <250 Chlorures 401 374 191 188 (78 (159 255 242 243 237 205 197 265 243 312 365 2566 78 mg/ICl- <250 <250 Nitrates 03 037 002 002 002 002 O4 O4 O0 O0 OÙ OÙ 047 04 O6 063 023 024 mg/N03- <50 <50 Nitrites 0 O00 0003 0004 0006 0007 0007 0006 0003 0003 0003 0003 0004 0003 000 O0 0003 000 mg/ILND- 3 5 Indice de Leroy 138 133 105 103 103 103 103 100 (07 104 IA 18 105 108 US 1 I oi meg/|

CTS : Captage de Tèt Sous; KPC : Kiosque de Platon Calebasse : KHFL : Kiosque de Haut Fort Liberté : MBFL : Ménage de Bas For Liberté : MHME : Ménage de Haut Meilleure Eau ; MBME : Ménage de Bas Meilleur Eau ;: MCM : Ménage de Croix des Martyrs : MGC : Ménage de Grand Chemin: 1 : 1° série de prélèvement des échantillons : 2 : 2° série de prélèvement des échantillons : Inc : Incolore : Inod Inodore : ET : Ecart-type : n : Nombre d'échantillons : ‘Pas de Valeur Guide ; Formazin Attenuation Units : ‘Apparence Chromatique.

bris de conduite principale, un refoulement. une intrusion, des raccordements croisés ou le détachement d'un biofilm, qui peuvent compromettre la qualité microbiologique de l'eau (10).

Dans la première série de prélèvement, la concentration en fer de 0.2 mg/l est en dehors des normes dans le kiosque de Platon Calebasse. L'augmentation de la concentration en fer observée dans l'eau de boisson peut être due à la corrosion des tuyaux en acier et en fonte pendant la distribution de l'eau. Elle présente des risques sanitaires pour l'homme comme l'atteinte de l'hémochromatose (8).

Conclusion

Les résultats obtenus dans cette étude ont montré que l'eau du réseau « Tèt Sous » est impropre à la consommation humaine. Les risques détectés sont globalement d'ordre

bactériologique. Les risques bactériologiques identifiés sur le réseau sont les coliformes totaux. les coliformes fécaux et les Pseudomonas aeruginosa. Les risques physicochimiques sont la turbidité et la concentration en fer. Les principales sources de pollution identifiées sont l'agriculture, l'élevage, la mauvaise gestion des déchets et la non étanchéité du système d'adduction et tout ceci combiné avec un manque d'entretien et de maintenance du réseau. Pour prévenir les maladies liées aux risques sanitaires identifiés sur le réseau. il est recommandé d'entretenir régulièrement le réseau et faire la désinfection systématique et efficace par la chloration de l'eau du réseau de façon permanente : effectuer le contrôle systématique et régulier sur le réseau afin de détecter et colmater les éventuelles fuites et prévenir les intrusions de contaminants : reboiser le périmètre de sécurité autour du captage : y interdire les activités agricoles, d'élevage. de construction et de rejet d'eaux usées et assurer sa protection : construire des canaux d'évacuation des eaux usées et mettre en place un système de gestion des déchets solides pour éliminer les dépotoirs sauvages tout le long du réseau et ce. avec la participation des leaders. des notables et des membres de la communauté : informer, sensibiliser et impliquer la population dans la surveillance et la gestion des risques liés à la consommation d'eau non traitée et lui inculquer les bonnes pratiques d'hygiène et les méthodes domestiques de traitement de l'eau (ébullition. chloration. aquatabs).

Références bibliographiques

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Article 6

Ravageurs prévalents des cultures et faiblesses des stratégies de gestion dans l’agriculture d'Haïti

R. Exilien1? R.-P. Tescar!. G. Doreusi, H. Augustin! F. Simon, O.N. Carvili, P. Duviviert, 1Département de Phytotechnie, Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire, (FAMV). Université d'Etat d'Haïti (UEH). ?University of Florida. Institute of Food and Agricultural Services. North Florida Research Education Center (UF/IFAS/

NFREC).

Auteur de correspondance : Exilien R.. exiro3@gmail. com, romainexilien@ufl.edu.

Résumé Exilien R., Tescar R.-P., Doreus G., Augustin H., Simon F., Carvil O.N., Duvivier P. 2026.

Ravageurs prévalents des cultures et faiblesses des stratégies de gestion dans l'agriculture d'Haïti. RED 12 (1): 35 - 42.

Les bioagresseurs causent jusqu'à 40% de pertes des cultures dans le monde chaque année, affectant particulièrement les pays en développement comme Haïti. Une étude de diagnostic conduite de septembre 2021 à avril 2022 auprès de 725 agriculteurs dans cinq grandes régions agricoles (Grande-Anse, Nord, Nord-Est, Sud et Nippes) visait à identifier les principales cultures, les ravageurs associés et les méthodes de gestion utilisées. L'enquête, basée sur des questionnaires semi-structurés, a révélé une forte participation dans la Grande-Anse et le Nord. Les cultures variaient selon les régions : racines et tubercules dans le Nord et la Grande-Anse, céréales dans le Sud. et légumes dans les Nippes. Les ravageurs les plus couramment signalés comprenaient les hémiptères (pucerons, aleurodes) et les lépidoptères (chenilles) sur le chou et les haricots, les pucerons et la légionnaire d'automne sur le sorgho et le maïs, ainsi que les charançons (vers blancs) sur l'igname et la banane/plantain. Environ la moitié des agriculteurs, sauf dans le Sud, ont signalé des dégâts importants dus aux charançons, tandis que 40% ont noté des dommages causés par les hémiptères. Malgré ces pressions, environ 65% des agriculteurs, notamment dans la Grande-Anse, ne mettaient en œuvre aucune méthode de lutte. Ceux qui tentaient de contrôler les ravageurs utilisaient principalement des pesticides chimiques, avec peu de recours à des méthodes alternatives. La majorité (88%) jugeaient leurs pratiques inefficaces et déclaraient manquer de soutien, soulignant un besoin urgent de renforcer les ressources en gestion intégrée des ravageurs.

Mots clés : Arthropodes ravageurs, agriculteurs haïtiens, gestion des ravageurs, recherche d'audience.

Abstract

Exilien R., Tescar R.-P., Doreus G., Augustin H., Simon F., Carvil O.N., Duvivier P. 2026. Prevalent agricultural pests and limitations of control methods in Haïtian farming systems. RED 12 (1): 35 - 42.

Pests and diseases cause up to 40% of global crop losses annually, with developing countries like Haiti particularly affected A study conducted from September 2021 to April 2022 surveyed 725 farmers across five key Haïitian agricultural regions using semi-structured questionnaires. The study aimed to identify the main crops cultivated, the associated pests, and the pest management practices employed by farmers. The highest participation came from Grande-Anse and Nord. Crop types varied by region: roots and tubers dominated in the North and Grande-Anse, grains in the South, and vegetables in Nippes. Common pests included aphids, whiteflies, and caterpillars on cabbage and beans: aphids and fall armyworm on sorghum and maize: and grubs and root weevils on yam and banana/plantain. Around half of the farmers, except those in the South, reported severe damage from grubs and weevils, while 40% noted significant hemipteran damage to vegetables and sorghum. Despite these threats, about 65% of farmers did not manage pests at all Those who did mainly relied on chemical pesticides, with limited use of alternative methods. Most (88%) found their pest control ineffective and lacked external support, highlighting a critical need for improved pest management resources.

Keywords: Arthropod pests, Haitian farmers, pest management, audience research.

Introduction de survie, leur distribution géographique. ainsi que l'intensité et la propagation des maladies (18. 4. 19). Les arthropodes nuisibles provoquent entre 18 et 26% de pertes avant récolte (16. 2. 21). Ces dernières représentent plus de 470 milliards de dollars U.S par an pour l'économie mondiale, et davantage

Les maladies et ravageurs divers entrainent annuellement 20 à 40% de pertes de la production végétale qui contribue pour 80% de notre alimentation et 98% de l'oxygène que nous respirons (9). Les changements climatiques influencent la taille des populations de ravageurs, leur taux

pour les pays en développement limités dans leurs réponses aux attaques parasitaires (2).

Pour Haïti, au climat modéré et aux reliefs variés. l'agriculture occupant près de deux tiers de la population active du pays se pratique toute l'année et contribue à la production de céréales. légumes. fruits, racines et tubercules (8, 13. 20). Les pertes dues aux ravageurs et maladies représentent une menace majeure pour les revenus des familles rurales et la sécurité alimentaire nationale (8). L'introduction récente du puceron de la canne à sucre Melanaphis sacchari Zehntner (Hemiptera: Aphididae) sur le sorgho (Sorghum bicolor L) a entrainé jusqu'à 90% de pertes de rendement dans les principales zones de production de cette espèce (1. 7). De même, une infestation récente de cochenilles, Aspidiotus destructor Tryon (Hemiptera: Diaspididae) a gravement affecté les cocotiers. entraînant une baisse significative de la production nationale (9).

En Haïti. l'agriculture demeure la principale activité économique à laquelle s'adonne la majorité de la population active dans les zones rurales (13). Cette agriculture est limitée par des contraintes majeur dont l'insécurité foncière. l'exposition aux catastrophes naturelles amplifiée par la dégradation environnementale. la qualité du matériel de plantation. la déficience des infrastructures d'irrigation. les politiques agricoles (5). Outre ces diverses entraves. le changement climatique. en favorisant l'émergence fréquente de nouveaux maladies et ravageurs et en modifiant les saisons tend à accroitre la vulnérabilité des cultures aux bioagresseurs. Toutefois. les données relatives aux pestes.

maladies et ravageurs des cultures en général de même que celles liées à leur gestion font cruellement défaut en Haïti. La présente étude vise à inventorier et identifier les principaux ravageurs rencontrés sur les cultures et les pratiques de gestion phytosanitaire adoptées.

Méthodologie

Les données ayant permis la réalisation de la présente étude ont été obtenues au travers d'enquêtes conduites de mars à avril 2022 dans quinze communes des départements du Nord, du Nord'Est. de la Grand'Anse, du Sud et des Nippes. Préalablement à une enquête approfondie. il a été procédé. à une étude exploratoire des communes concernées. Cette dernière a été réalisée en vue de mieux comprendre le contexte d'exécution de la production agricole, d'en percevoir quelques atouts et contraintes et surtout de préparer le questionnaire d'enquête approfondie en accord avec les réalités desdites communes. Aux fins de réaliser cette étude, 26 réunions en focus groupe de 30 participants chacun ont été organisées dans 16 communes des départements susmentionnés. Les discussions ont surtout touché aux cultures pratiquées, aux différentes contraintes en particulier phytosanitaires rencontrées ainsi qu'aux mesures généralement mises en œuvre pour y faire face. Cette démarche a été suivie de l'élaboration du questionnaire d'enquête proprement dit.

Elaboration du questionnaire d'enquête

Dans le but de recueillir des informations auprès des agriculteurs de cing grandes régions agricoles du pays le Nord. le Nord-Est. la Grande-Anse, le Sud et les Nippes (Figure 1). un questionnaire d'enquête a été élaborée. Les participants ont été sélectionnés selon une méthode d'échantillonnage raisonné. en ciblant des agriculteurs impliqués dans les principales activités de production agricole des zones étudiées et susceptibles de fournir des informations pertinentes sur les ravageurs des cultures et les pratiques de gestion associées. Le nombre de participants n'a pas été fixé à l'avance : l'enquête a plutôt cherché à interroger le plus grand nombre possible d'agriculteurs disponibles dans les localités visitées durant la période de collecte des données. Le questionnaire, conçu de manière semi-structurée a permis de recueillir des données démographiques (Age. sexe, statut matrimonial des enquêtés). socioéconomiques (statut foncier. accès à la terre, superficies cultivées, types de culture...). De plus. pour adresser de manière plus précise l'objectif visé : des informations relatives aux ravageurs proprement dits. à leurs périodes d'apparition et stades de développement. aux niveaux de dégâts occasionnés (modéré, élevé. extrêémement élevé) : ainsi qu'aux pratiques phytosanitaires adoptés pour y faire face, ont également été collectées. Les enquêtes se sont déroulées sous forme d'entretiens semidirectifs avec les agriculteurs. Le questionnaire administré a été conçu de manière à ne pas dépasser une durée maximale de 20 minutes.

Mise en œuvre de l'enquête et analyse des données

L'enquête a été réalisée par une équipe de huit enquêteurs formés à

Figure 1. Carte de localisation des zones d'étude

l'utilisation du questionnaire préétabl. Les agriculteurs-participants ont été identifiés à partir de listes fournies par les responsables départementaux de l'agriculture ou des organisations locales. Ces agriculteurs ont d'abord participé aux entretiens semi-directifs conduits par lesdits enquêteurs. A la suite de ces entretiens, ont eu lieu en compagnie des enquêtés et sur leurs parcelles respectives des visites de terrain en vue d'une part d'observer in situ les anomalies rapportées ainsi que tous dégâts liés aux ravageurs. d'en tirer des photographies et de prélever des échantillons. Les insectes non identifiables directement ont été collectés dans des fioles, immobilisés à l'acétate d'éthyle, et conservés dans

Tableau 1. Répartition des agriculteurs dans les zones enquêtées

Région Communes Total Pourcentage Grand'Anse Anse d'Hainault 50 6.90 Dame-Marie 25 3.45 Beaumont 50 6.90 Chambellan 50 6.90 Moron 50 6.90 Total 225 31.03 Sud Cayes 50 6.90 Camp Perrin 50 6.90 Torbeck 50 6.90 Total 150 20.69 Nord Borgne 50 6.90 Grande-Rivière 50 6.90 Port-Margot 50 6.90 Saint-Suzane 50 6.90 Total 200 27.59 Nord-Est Ouanaminthe 50 6.90 Mont-Organisé 50 6.90 Total 100 13.79 Nippes Plateau de Rochelois 50 6.90 Total 50 6.90

des flacons en verre hborosilicate ou en plastique de 5 ml contenant de l'alcool à 70%. Leur identification taxonomique a été réalisée ultérieurement à l'aide de clés dichotomiques et de guides visuels 1llustrés. sur la base des caractères morphologiques et anatomiques spécifiques.

Les données ont été analysées de manière descriptive à l'aide de tableaux croisés et de fréquences pour les variables catégorielles. Le test du chi carré a été utilisé pour explorer les associations entre variables, à l'aide du logiciel RStudio. version 4.1.1 (RStudio Software Inc. Boston. MA. USA).

Résultats

Répartition géographique des

enquétés

Un total de 725 agriculteurs a participé à l'enquête conduite dans cinq grandes régions agricoles du pays (Tableau 1). La Grande-Anse a été la région la plus fortement représentée avec 31.03% des répondants répartis dans cinq communes. Le Nord a suivi avec 27,59% des répondants issus de quatre communes. Puis ont été considérées les autres régions dont le Sud (20.69%, trois communes), le Nord-Est (13.79%, deux communes), et les Nippes (6.90%. une commune).

Situation générale des enquêtés

L'âge moyen des agriculteurs enquétés a varié entre 30 et 70 ans. à l'exception du département des Nippes où 20% ont été plus jeunes. La majorité des agriculteur (plus de 70%)

Tableau 2. Caractéristiques démographiques des répondants par région

Région

Nord Nord-Est Sud Grand-Anse Nippes Caractéristiques (n=200) (n=100) (n=150) (n=225) (n=50) Age 18-30 6.67 8.00 9.33 14.22 20.00 31-50 41.33 49.33 52.67 22.22 40.00 51-70 44.00 38.67 32.67 56.00 34.00 > 70 8.00 3.33 5.33 7.56 0.00 Préfère ne pas répondre 0.00 0.67 0.67 0.00 6.00 Sexe Mâle 80.67 70.00 67.33 66.67 74.00 Femelle 18.00 28.67 32.67 32.00 26.00 Préfère ne pas répondre 1.33 1.33 0.00 1.33 0.00 Tenure foncière Propriétaire 17.33 62.67 50.00 0.00 0.00 Location ou métayage 38.67 6.00 12.00 71.56 2618.00 Location et métayage 42.00 31.33 38.00 10.67 4.00 Préfère ne pas répondre 2.00 0.00 0.00 17.78 98.00 Superficie cultivée <0.5ha 1.33 0.00 4.67 0.00 0.00 0.5-1 ha 10.00 25.33 37.33 1.33 26.00 >lha 88.67 74.00 58.00 4.89 40.00 Préfère ne pas répondre 0.00 0.67 0.00 93.78 30.00 Revenu (Gourde) (n=72), % (n=51),% (n=170),% (n=27), % <149500 52.78 58.83 68.83 37.04 >149500 47.22 - 41.18 31.18 62.96

ont été de sexe masculin. Aucun propriétaire foncier n'a été identifié en Grande-Anse ni dans les Nippes. En revanche. la majorité des répondants ont été propriétaires dans le Nord-Est (62.67%) et le Sud (50%). La proportion de propriétaires a été plus faible dans le Nord (17.33%). Quelle que soit la région. de nombreux agriculteurs ont cultivé des terres en location ou en métayage. Dans l'ensemble, les surfaces cultivées ont dépassé 1 hectare en moyenne. La majorité des répondants a déclaré un revenu annuel inférieur à 195 000 gourdes (1 500 USD). sauf dans les Nippes. où le revenu annuel a été supérieur pour la majorité de répondants (Tableau 2).

Distribution géographique des cultures

Les cultures maraiîchères ont été plus fréquentes dans les Nippes (Tableau 3). avec une prédominance de la carotte (42%). suivie du haricot (29.52%) et du chou (23.81%).

Tableau 3. Proportion d'agriculteurs (*%) cultivant les différents groupes de cultures selon la région d'étude

Région Nord Nord-Est Sud Grand-Anse Nippes

Groupe (n=200) (n=100) (n=150) (n=225) (n=50) >. P-value Maraichage (Haricot, choux, carotte) 10.58 30.95 36.97 19.71 53.85 218.86 0.001* Céréales (Mais, riz, sorgho) 4.11 14.33 38.75 13.14 22.56 25449 0001* Racines et tubercules (Igname, patate

douce, manioc) 40.60 31.38 15.59 34.38 23.59 86.659 0.001* Café & cacao 21.01 4.01 0.00 12.57 0.00 197.56 0.001* Banane & plantain 17.38 11.17 0.00 14.95 0.00 118.36 0.001* Autres 6.32 8.17 8.69 5.24 0.00 23.515 0.001*

Un astérisque (*) indique une différence significative entre les régions (P < 0.05).

Tableau 4. Proportion d'agriculteurs (*%) ayant signalé ces ravageurs observés dans les différentes cultures

Région

Cultures Nord Nord-Est Sud Grand-Anse Nippes

Pestes ciblées (n=200) (n=100) (n=150) (n=225) (n=50) x P-value

Chenilles, aleurodes, pucerons et punaises Maraichage 11.25 17.25 37.68 16.04 27.27 26.15 0.001*

Chenille légionnaire d'au- Cultures

tomne, et puceron jaune céréalières 1.43 10.64 22.9 11.34 0 40.377 0.001* Racines &

Charançons tubercules 19.63 12.84 8.41 22.68 34.09 24837 0.001*

Scolytes Café 01 4.95 0 0 0 19416 0.001* Banane &

Charançons, et nématodes plantain 12.17 0 2.03 6.03 0 27.494 0001* Toutes les

Autres cultures 55.42 54.31 28.99 43.91 38.64 19.88 0.001*

Un astérisque (*) indique une différence significative entre les régions (P < 0.05).

L'igname et le maïs ont été les

seules cultures racinaires et céréa- Autres E Autres

lières signalées dans cette région. | Hemipteriens Hemipteriens

Une plus grande proportion d'agriculteurs du Sud a cultivé des cé- | Charançons Charançons

réales, notamment le maïs et le Chenilles Chenilles

sorgho. Les régions du Nord et de la

Grande-Anse ont présenté des pro- Un, ‘2% 0% 6% ® 0 10 1%

fils similaires en matière de racines mTrseé Libé CFaible mTrèselevé @Elevé DFaible

et tubercules (40.6% et 34%, respec-

: : Autres Autres

tivement), avec une dominance de

ligname (37.76%). Le café et le ca- Hemipteriens 1222277773 Hemipteriens 222222222277

cao ont 6te plus répandus dans le Charançons PP Charançons

Nord. où le cacao a été la deuxième

culture la plus importante (20.22%). Chenilles 222222222222222zzz2 Chenilles 7222222222

Dans le Nord-Est. les PRES er 0% 20% 40% 60% 80% 0% 20% 40% 60% 80%

raîchères ont été cultivées en pro- ne nie uni

portion similaire aux racines et tu- — pions (ME (CES

bercules. Le haricot et le pois Congo ou pois d'Angole ont été cultivés par 20.63% des agriculteurs. contre 27,51% pour l'igname et le manioc. La banane et le plantain ont été exclusivement cultivés dans le Nord. le Nord-Est et la Grande-Anse.

Répartition des ravageurs

Les agriculteurs ont rapporté divers ravageurs arthropodes et non arthropodes causant des pertes agricoles (Tableau 4). Parmi les ravageurs majeurs identifiés sur les cultures maraïîchères se trouvaient des chenilles (Lepidoptera) aleurodes. pucerons et punaises (Hemipera). Ces ravageurs ont été plus fréquemment signalés dans le Sud (37.68%) et les Nippes (27.27%). Les lépidoptères ont affecté 25% des cultures

Figure 2. Niveau de dégats selon la perception des agriculteurs A : Grande-Anse, B : Nippes, C : Région Nord, D : Sud

maraîchères, notamment le chou et la carotte dans les Nippes. Les charançons (vers blancs ou hannetons) des racines et tubercules ont été communs dans les zones de cultures racinaires Nippes (34.09%). Grande-Anse (22.68%) et Nord (19.63%). notamment sur l'igname. Les pucerons et la chenille légionnaire d'automne touchaient 22.90% des cultures du Sud. surtout le maïs et le sorgho. Quelques agriculteurs du Nord et du Nord-Est ont signalé la broyeuse du café Hypothenemus hampei Ferrari (Coleoptera: Curculionidae). Le charançon de la banane/plantain, Cosmopolites sordidus Germar (Coleoptera: Curculionidae) a été surtout rapporté dans le Nord. avec quelques cas dans la Grande-Anse et le Sud. Des ravageurs secondaires (sauterelles. cochenilles. fourmis. rats, oiseaux) ont été également signalés ponctuellement.

Dommages causés par les ravageurs

Les niveaux de dégâts ont varié selon la région et les ravageurs. Dans la Grande-Anse, les charançons ont causé de grands dégâts sur ligname, la patate douce et la banane (Figure 2A : Figure 3A. D). tandis que les hémiptères (pucerons. aleurodes, punaises) et les lépidopRED 12 (1) Juin 2026 38

tères ont provoqué de dommages sévères sur les céréales et légumes (Figure 2A : Figure 3B. C. E). Dans les Nippes. tous les répondants ont signalé des dégâts modérés imputables aux hémiptères et des pertes importantes causés par les lépidoptères (Figure 2B : Figure 3B. C. E). Par ailleurs, les attaques des charançons sont perçues extrêmes par 52% des répondants (Figure 2B : Figure 3A. D). Dans le Nord et le Nord-Est. les ravageurs ont causé des dommages élevés à extrêmes. particulièrement les charançons (67.23%. Figure 2C : Figure 3A. D). Dans le Sud. les hémiptères et lépidoptères représentent les principales menaces selon les répondants, causant des dégâts élevés (46.67%) à extrêmes (38.14%) (Figure 2D : Figure 3B, C).

Evaluation des pratiques de gestion des ravageurs

Des différences significatives ont été observées entre les régions en ce qui concerne les stratégies de gestion des ravageurs mises en œuvre par les agriculteurs (Tableau 5). Une proportion élevée de producteurs a déclaré ne recourir à aucune méthode de lutte, notamment dans la Grande-Anse (92.04%). dans le Nord (79.28%) et dans le Nord-Est (64.27%). Ce manque d'engagement de la part des producteurs peut être expliqué par l'accès limité aux intrants, aux connaissances techniques, ou au soutien institutionnel.

Parmi les agriculteurs appliquant des mesures de lutte, la méthode la plus courante a été l'utilisation de

Figure 3. Dégâts et infestations d'insectes dans les champs des agriculteurs

A : Dégâts causés par le charançon du bananier, B : Infestation du sorgho par le puceron du balai de sorgho, C : Dégâts de la légionnaire d'automne sur le maïs, D : Dégâts du charançon des racines sur l'igname, E : Dégâts de la piéride du chou sur le chou

pesticides chimiques. principalement dans les Nippes (55.17%). le Sud (48.60%) et le Nord-Est

(31.22%). En revanche. 30.45% producteurs du Nord. Nord-est et du Sud ont rapporté l'usage de méthodes physiques ou culturales. telles que la collecte manuelle de ravageurs, le brülage de résidus ou la rotation des cultures.

Quant à la perception de l'efficacité

des pratiques. seulement 11.12% des répondants les ont jugées satisfaisantes. La grande majorité (88.88%) considérait leurs pratiques de lutte peu efficaces. soulignant une inadéquation entre les méthodes employées et la pression réelle des ravageurs dans les champs.

Enfin. l'ensemble des agriculteurs interrogés a indiqué n'avoir reçu aucun appui externe en matière de gestion phytosanitaire. Aucune formation. assistance technique, ni distribution de produits n'ont été rapportées. Cette absence d'accomTableau 5. Proportion des agriculteurs (*%) ayant recours aux différentes méthodes de lutte contre les ravageurs

des cultures

Région

Nord Nord-Est Sud Grand-Anse Nippes Méthode de gestion (n=200) (n=100) (n=150) (n=225) (n=50) a P-value Culturale 0.00 0.00 5.24 0.00 0.00 85.271 0.001* Chimique (pesticides) 0.00 31.22 48.60 7.96 55.17 369.58 0.001* Physique 20.72 4.51 0.00 0.00 0.00 221.87 0.001* Biologique (prédateurs ou biopesticides) 0.00 0.00 0.00 0.00 0.00 - - Aucun 79.28 64.27 46.15 92.04 44.83 265.05 0.001*

Un astérisque (*) indique une différence significative entre les régions (P < 0.05).

pagnement institutionnel met en évidence un vide critique en matière de vulgarisation agricole. de transfert de technologies et de soutien aux producteurs vulnérables face aux bioagresseurs.

Discussion

Cette étude a permis d'identifier les principaux insectes responsables de dommages sur les cultures les plus répandues chez les agriculteurs. tout en mettant en évidence la précarité des pratiques de gestion phytosanitaire dans le secteur agricole haïtien. Les dégâts rapportés touchaient les cultures céréalières, maraîchères, racines et tubercules, bananes et plantains. ainsi que le café. Certaines de ces cultures revêtent une importance économique et alimentaire cruciale. La banane, le plantain. l'igname. la patate douce. les légumes, le maïs, le sorgho et le riz figurent parmi les aliments les plus consommés en Haïti (8).

Ainsi, des ravageurs clés ont été recensés dans les zones enquêtées. Les charançons des racines (Diaprepres abbreviatus L.. Coleoptera: Curculionidae), (Cylas sp. Coleoptera: Curculionidae) et (Cosmopolites sordidus Germar, Coleoptera: Curculionidae) ont été signalés comme s'attaquant respectivement aux racines et tubercules de ligname, de la patate douce et aux bulbes de bananier. Ces ravageurs ont été observés dans toutes les régions étudiées, mais plus fréquemment dans le Nord. les Nippes et la Grande-Anse, zones de production de racines. de tubercules et de musacées (bananes et plantains). Les sols humides de ces régions favorisent le développement de ces ravageurs (8). La gestion de ces charançons est difficile, les larves se développant à l'intérieur des tubercules ou des rhizomes. creusant des galeries remplies d'excréments qui facilitent l'entrée de pathogènes responsables de pourritures (10). Les niveaux de dégâts rapportés par les producteurs dans ces régions ont été particulièrement élevés à extrêmes. notamment dans le Nord et les Nippes. où plus de la moitié des répondants ont signalé des pertes sévères. Ces observations concordent avec la littérature. qui décrit les charançons des racines et du bananier comme des ravageurs capables de provoquer d'importantes pertes de rendement et de qualité marchande, particulièrement dans les systèmes de production tropicaux humides où les mesures de gestion sont limitées (11. 14). Les galeries creusées dans les tubercules et rhizomes réduisent non seulement la valeur commerciale des récoltes, mais compromettent également leur conservation post-récolte en favorisant les infections secondaires.

Dans le Nord. certains agriculteurs ont recours à des pratiques physiques sur l'igname. la banane et le plantain. Dans la Grande-Anse, quelques agriculteurs, lors des groupes de discussion. ont signalé l'usage de techniques de buttage amélioré. consistant à enterrer des feuilles de neem (Azadirachta indica L.). du calebassier sauvage (Crescentia cujete L.). du chiendent (Elytrigia repens L.) ou du sucrin (Inga vera L.) pour attirer les fourmis prédatrices des vers blancs. Toutefois. cette méthode reste peu utilisée en raison de sa maind'œuvre exigeante. Les pièges à phéromones ont prouvé leur efficacité pour le charançon de la patate douce dans plusieurs pays (11) et peuvent aussi servir à surveiller les infestations du charançon du bananier. Par ailleurs, des prédateurs généralistes, comme certaines espèces de fourmis. peuvent réguler le charançon du bananier. leur efficacité dépendant de leur régime alimentaire et des structures communautaires qu'elles développent (14).

Les résultats ont également mis en évidence dans les cinq régions des hémiptères (aleurodes. pucerons. punaises) et des lépidoptères. Ces insectes sont reconnus mondialement pour leur capacité à provoquer des dégâts importants sur une large diversité de plantes hôtes (12. 15, 6. 3. 17). Les légumes tels que la carotte (Daucus carota L.). le chou (Brassica oleracea L.) et les haricots (Phaseolus vulgaris L.). riches en

protéines végétales. sont particulièrement affectés. Côté céréales : le maïs (légionnaire d'automne, pucerons). le riz (punaises) et le sorgho (puceron de la canne à sucre) (7) sont affectés. Près de 50% des producteurs interrogés dans toutes les régions. à l'exception des Nippes. ont signalé des dégâts significatifs. Dans le Sud. près de 85% des producteurs ont signalé des dégâts élevés à extrêmement élevés causés par les hémiptères et les lépidoptères. Ces niveaux de dommages sont cohérents avec les pertes décrites dans plusieurs études sur les cultures maraichères et céréalières tropicales, notamment dans les contextes où les stratégies de lutte intégrée sont peu développées (3. 6. 15). Les pucerons et aleurodes sont particulièrement préoccupants en raison de leur capacité à transmettre des agents pathogènes et à affaiblir les plantes par prélèvement de sève. tandis que les chenilles défoliatrices comme la légionnaire d'automne peuvent entraîner des pertes de rendement considérables sur le maïs et le sorgho. D'autres ravageurs ont été rapportés de manière plus sporadique scolyte du café (Hypothenemus hampei Ferrari). nématodes du bananier, fourmis.

etc.

La lutte chimique dominait parmi les méthodes utilisées, suivie de pratiques physiques et culturales, très rarement rapportées. En moyenne, 52% des agriculteurs du Sud et des Nippes utilisent des insecticides. contre seulement 31.22% dans le Nord-Est et 7.96% dans la Grande-Anse. Dans le Nord, aucun usage de pesticide n'a été signalé. L'arsenal chimique restait très linité. avec seulement 10 produits utilisés appartenant à 5 groupes d'action (1A. 1B. 2B. 3A et 4A). dont les groupes 3A et 1B représentent environ 64% des produits employés.

Les résultats obtenus mettent également en évidence une perception limitée des agriculteurs concernant l'efficacité des méthodes alternatives de lutte. Bien que certains producteurs aient mentionné des pratiques culturales ou physiques telles

que la rotation des cultures. le brülage des résidus ou la collecte manuelle des ravageurs, ces approches demeuraient marginales et rarement perçues comme des stratégies efficaces de gestion phytosanitaire. Pourtant. plusieurs études montrent que les pratiques culturales, notamment l'association de cultures, la rotation culturale et l'assainissement des parcelles. constituent des composantes essentielles de la lutte intégrée contre de nombreux ravageurs des systèmes tropicaux (2. 12). L'absence de reconnaissance explicite de l'importance de ces méthodes suggère un déficit important de vulgarisation et de transfert de connaissances techniques. Cette situation pourrait expliquer la forte dépendance aux pesticides chimiques observée dans certaines régions malgré le fait que près de 89% des agriculteurs considéraient leurs pratiques inefficaces. Ce paradoxe traduit probablement une absence d'alternatives accessibles ainsi qu'un manque de formation sur les approches agroécologiques de gestion des ravageurs.

Un résultat majeur de cette étude est le manque d'engagement des producteurs dans la gestion des ravageurs. Les agriculteurs n'ont bénéficié d'aucune assistance ni orientation technique. ce qui limite leur capacité à adopter des méthodes efficaces. Ce constat est d'autant plus préoccupant que les problèmes de ravageurs sont récurrents et graves. En l'absence de ressources adéquates et de compétences appropriées, les producteurs se retrouvent démunis. adoptant des mesures inefficaces qui perpétuent les pertes agricoles.

Cette étude montre la nécessité urgente de mettre en place des programmes structurés de gestion phytosanitaire et des formations ciblées pour les agriculteurs afin de faire face à ces défis persistants. Le renforcement des services de vulgarisation agricole et la promotion de stratégies de gestion intégrée des ravageurs adaptées aux réalités locales apparaissent donc indispensables. Une meilleure sensibilisation des

4. Donatell. M.

producteurs aux avantages des méthodes culturales préventives et des approches biologiques pourrait contribuer à réduire la dépendance aux pesticides chimiques tout en améliorant durablement la résilience des systèmes de production haïtiens face aux bioagresseurs.

Remerciements

Ce travail a été financé par le Ministère de l'Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural d'Haïti (MARNDR) à travers le Programme d'Innovation Technologique en Agriculture et Agroforesterie (PITAG).

Références bibliographiques

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Article 7

Toxocarose à Toxocara cati : Une parasitose menaçante pour les enfants et les

adultes en Haïti

J. Blaise, Laboratoire de Parasitologie animale, Département de Production animale, FAMV, UEH.

Auteur de correspondance : Blaise J.. bljcjh@yahoo.com.

Résumé Blaise J. 2026. Toxocarose à Toxocara cati : Une parasitose menaçante pour les enfants et les adultes en Haïti RED 12 (1): 43 - 44.

L'auteur rapporte 4 cas de toxocarose à T. cati diagnostiqués chez des chatons âgés de 5 semaines et leur mère. Le diagnostic chez les chatons a été fait à partir de signes cliniques généraux, de vomis de vers adultes examinés à la loupe. Chez la mère allaitante qui n’a pas présenté de signes cliniques décelables, un examen coproscopique positif a été réalisé. Les résultats orientent vers une contamination transmammaire des chatons. Des recommandations relatives à la prévention chez les chats et à l'hygiène personnelle chez les enfants et les adultes sont faites.

Mots clés : Toxocarose, Toxocara cati, parasitose, Haïti.

Abstract

Blaise J. 2026. Toxocariasis due to Toxocara cati: À parasitic zoonosis of concern for children and adults in Haïti. ED 12 (1): 43 - 44.

The author reports four cases of toxocariasis due to Toxocara cati diagnosed in five-week-old kittens and their dam. In the kittens, the diagnosis was established on the basis of nonspecific clinical signs and the macroscopic identification of adult nematodes in vomitus following examination under magnification. In the lactating dam, which did not exhibit any apparent clinical signs, a coproscopic examination yielded positive results. These findings are consistent with transmammary transmission of T. cati to the kittens. Recommendations are provided concerning preventive control measures in cats, as well as personal hygiene practices for both children and adults.

Keywords: Toxocariasis, Toxocara cati, parasitose, Haïti.

peut survenir suite à l'obstruction intestinale ou une péritonite liée à une déchirure intestinale. Chez l'homme, les sujets les plus exposés à l'infestation sont les enfants (5. 6) qui ont plus de contact avec le sol et ayant une hygiène personnelle moins rigoureuse. Si la parasitose est généralement asymptomatique chez l'homme adulte (2, 5, 6. 7) en dehors des cas de Larva migrans. elle peut se traduire chez l'enfant par une fièvre élevée, des crises d'asthme, des troubles digestifs (nausées, vomissements). une augmentation de volume du foie et des

Introduction

Toxocara cati est un nématode ascaride cosmopolite rencontré surtout dans les pays en développement (1, 3, 4). Du point de vue taxinomique. ce parasite appartient à la famille des ascaridés et au genre Toxocara (1. 7, 8. 9, 10. 11). Ses hôtes naturels sont les chats et les félidés sauvages. mais on peut le rencontrer chez des hôtes paraténiques (hôtes de transport) rongeurs, porcs. agneaux (1). Les chats de tous âges infestés par voie buccale par des oeufs. développent une parasitose patente. Toutefois, l'infestation prénatale n'est pas observée chez les chats et la transmission par voie transmammaire est fréquente (6).

Plusieurs cas de vomis de vers sont signalés chez les chatons en Haïti (4) souvent rapportés par des étudiants ou des personnes vivant à proximité de chats. Chez les chats, c'est surtout chez les sujets âgés de quelques semaines qu'on observe des signes cliniques : anorexie. diarrhées, vomissements, flatulences., perte de vitalité (1). La mort subite

Figure 1. Chatons en allaitement

nœuds lymphatiques (ganglions). des douleurs articulaires et musculaires (2, 6).

Les cas cliniques présentés dans ce travail concernent une famille de chats vivant à proximité d'enfants et de personnes adultes.

Matériels et méthodes

Trois chatons d'une même portée. âgés de 5 semaines, et leur mère allaitante ont été présentés pour consultation après observation par la propriétaire de signes cliniques de : retard de sevrage, d'anorexie et de coliques (Figure 1).

Le sujet le plus affecté (Figure 2) a vomi un ver lors de l'examen clinique. Le parasite rejeté a été 1mmédiatement recueilli à l'aide d'une pince anatomique, puis fixé dans de l'alcool à 70 degrés avant d'être examiné à la loupe binoculaire. Pour la mère. un prélèvement de selles a été fait. après émission par celle-ci. placée en observation pendant 24 heures dans une cage en caillebotis munie de litière de papier blanc. Deux fragments de selles de la taille d'un grain de riz ont été prélevés en 2 points de la masse fécale à l'aide d'un bâtonnet applicateur en bois jetable. Les fragments mélangés ont été ensuite montés dans une goutte d'eau distillée entre lame et lamelle pour une coproscopie microscopique directe, à l'objectif 10/0.25

(grossissement total : 100X) Le port

Figure 2. Sujet le plus affecte allaitement

en

Figure 3. Parasite adulte identifié

de gants a été respecté pendant tout le processus.

Résultats

L'examen du parasite adulte rejeté. mesurant 10 cm de longueur. montre en utilisant les clés d'Euzéby (8) qu'il s'agit bien de Toxocara cati de sexe mâle, à extrémité postérieure recourbée (Figure 3).

L'examen microscopique des selles de la mère révèle, en utilisant les clés d'Euzéby (7) et de Thienpont. la présence d'œufs subsphériques caractéristiques de Toxocara cati (Figure 4). de taille moyenne (environ 67 micromètres de diamètre).

Discussion

Si la toxocarose humaine est encore mal connue en Haïti (4) et qu'aucun travail de dépistage n'ait encore été fait. la situation chez les chats non vermifugés. source de Toxocara pour l'homme (1. 10). est totalement différente. Le rejet du ver adulte par le chaton associé à un diagnostic coproscopique positif pour la mère. traduisent une situation d'infestation parasitaire importante. Cette corrélation indique une contamination transmammaire, les chatons n'étant pas sevrés. Les conditions sanitaires locales montrent que le risque de toxocarose humaine est trés élevé surtout dans les familles vivant à proximité des chats. comme il a été souligné pour la toxoplasmose à Toxoplasma gondii dans une publication précédente (4). Ce risque. qui peut être lié beaucoup plus au manque d'hygiène personnelle observé en Haïti par rapport à la situation dans les pays du nord

Figure 4. Œufs de Toxocara cati

(2). devrait faire l'objet d'une attention particulière de la part des autorités du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). selon l'approche intégrée « une seule santé » (One Health) (12).

Conclusion

La contamination des chats par Toxocara cati peut être facilement évitée par la réalisation de vermifugation préventive. En outre. celle-ci peut aider à décontaminer l'environnement qui est une source potentielle de contamination pour les chats et l'homme. La prévention de l'infestation humaine nécessite un programme d'éducation sanitaire de la population portant surtout sur l'hygiène personnelle (lavage des mains) et celle des crudités. suivi de vermifugations associées à une campagne de dépistage avant et après pour en évaluer l'efficacité. L'ensemble de ces activités peuvent impliquer des étudiants en mémoire des Facultés des sciences de la santé et d'agronomie.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

1. Acha P. N.. Szyfres B. 2005. Zoonoses et maladies transmissibles communes à l'homme et aux animaux. OIE, volume III: parasitosis. 3ème edition. 399p.

Baixench M. T.. Magnaval J. F. Dorchies Ph.,1992. Epidémiologie de la toxocarose chez ls étudiants de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse. Revue de Médecine Vétérinaire, 143, 10, p 749-752.

3. Barriga O. O. 1988. A critical look at the importance, prevalence and control of toxocariasis and the possibilities of immunological

control. Vet. Parasitol. 29 (2-3): 195-234.

Blaise J.. Raccurt C. P. 2020. Introduction aux maladies parasitaires d'Haïti : zoonoses et santé humaine, 2ème édition, Editions de l'Université d'Etat d'Haïti 113p.

Blaise J. 2015. Prévalence chez l'animal des zoonoses paucisymptomatiques chez l'homme en Haïti. Recherche, Etudes. Développement (RED). UEH. vol. 7. no 1. p. 9-13

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7. Euzéby J. 1984. Les parasitoses humaines d'origine animale : caractères épidémiologiques. Paris. Flammarion médecine-sciences, 324p.

8. Euzéby J. 1982. Diagnostic expérimental des helminthoses animales (Animaux domestiques, Animaux de laboratoire, Primates). Livre 2 : Diagnostic post mortem. Paris. Édition “Informations techniques des services vétérinaires”. 360p.

FR

9. Euzéby J. 1981. Diagnostic expérimental des helminthoses animales (Animaux domestiques. Animaux de laboratoire, Primates). Livre 1 : Diagnostic ante mortem. Paris. Édition “Informations techniques des services vétérinaires”, 349p.

10. Moraillon R.. Legeay Y.. Fourrier P.. Lapeire C. 1988. Dictionnaire pratique de thérapeutique canine et féline. Paris. Masson. 2ème édition, 470p.

l11.Thienpont D. Rochette F. Vanparijs O. F. J. 1979. Diagnosing helminthiasis through coprological examination. Janssen research foundation. Beerse., Belgium. 187p.

12. World Health Organization (WHO) 2023. Disponible sur: htttp://www.wikipédia.org (consulté le 03/04/2026)

Article 8

L'agriculture en Haïti : Histoire, caractéristiques et perspectives de développement

R. Alexandre1?, ML. Fontini, P. Duvivieri. tFaculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) de l'Université d'Etat d'Haïti (UEH), ?Doctorant à l'Institut Universitaire des Sciences (TUS).

Auteur de correspondance : Alexandre R.. relex.alexandre@ueh.edu.ht.

Résumé Alexandre R., Fontin ML, Duvivier P., 2026. L'agriculture en Haïti : Histoire, caractéristiques et perspectives de développement. RED 12 (1): 45 - 58.

L'agriculture haïtienne, pilier historique de l'économie, traverse aujourd’hui une crise structurelle profonde. Sa contribution au PIB est tombée à 14,8 % en 2024, bien qu'elle emploie encore plus de deux ménages sur cinq. Le secteur souffre d'une productivité chroniquement faible, rendant le pays dépendant des importations pour plus de 50 % de ses besoins alimentaires. Historiquement, le système a évolué d'une monoculture coloniale vers une fragmentation foncière extrême, où la taille moyenne d'une exploitation n'est que de 0,93 hectare. Cette fragilité a été accentuée par la libéralisation économique des années 1980, qui a asphyxié la production nationale au profit de produits importés. Les blocages actuels sont multiples : un analphabétisme de 50% chez les chefs d'exploitation, un accès au crédit dérisoire (moins de 2%) et une stagnation technologique avec moins de 1% de mécanisation motorisée. De plus, l'urbanisation croissante et la dégradation environnementale réduisent la surface agricole utile et sa productivité. Pour amorcer une transition réussie, il convient de préconiser une revalorisation du capital humain, une clarification du statut foncier et la mise en place d'une assurance agricole. L'investissement dans la recherche et l'ingénierie locale sont jugés indispensables pour transformer la main-d'œuvre en un véritable levier de croissance économique.

Abstract

Alexandre R., Fontin ML. Duvivier P., 2026. Agriculture in Haïti: History, Characteristics, and Development Prospects. RED 12 (1): 45 - 58.

Haitian agriculture, the historical pillar of the economy, is currently undergoing a profound structural crisis. Its contribution to GDP fell to 16.1% in 2024, although it still employs two out of every five households. The sector suffers from chronically low productivity. leaving the country dependent on imports for more than 50% of its food requirements. Historically, the system has evolved from colonial monoculture toward extreme land fragmentation, where the average farm size is a mere 0.93 hectares. This fragility was further exacerbated by the economic liberalization of the 1980s, which stifled national production in favor of imported goods. Current bottlenecks are multifaceted: a 50% illiteracy rate among farm managers, negligible access to credit (less than 2%), and technological stagnation with less than 1% motorized mechanization. Furthermore, increasing urbanization and environmental degradation are reducing both the available agricultural land and its productivity. To initiate a successful transition. it is necessary to advocate for the enhancement of human capital, a clarification of land tenure status, and the implementation of agricultural insurance. Investment in local research and engineering is deemed indispensable to transform the workforce into a genuine lever for economic growth.

Introduction

L'artiste Kathia St. Hilaire a présenté en 2023 dans le Massachusetts. des textures fortement froissées (du papier. des feuilles de bananier, du métal et des fragments de pneus) pour représenter Haïti à travers son histoire tourmentée (37). L'image du papier froissé est souvent associée à la topographie très accidentée et variable du pays. témoignant de la multitude de ses microclimats. Cette métaphore présente donc deux dimensions caractéristiques d'Haïti qui auront un impact important sur l'évolution et la distribution spatiale de son agriculture. En effet, l'agriculture haïtienne d'aujourd'hui est le résultat de cette évolution dictée par un environnement socio-économique et politique changeant. Cette agriculture dont la production ne cesse de diminuer, ne représente que 14.8% du PIB en 2024, selon une estimation à partir des données de 2025 de lTHSI (22). Seulement 3.8% de cette production a été exportée en 2015 (32). Les principales cultures d'Haïti sont les céréales (maïs, sorgho et riz : 38% de la SAU). les protéagineux (haricots, pois congo, pois inconnu et arachides : 28% de la SAU) et les vivres (banane, manioc, patate, igname : 19% de la SAU) caractérisées par une faible productivité et n'arrivant à couvrir que 45% de la demande alimentaire nationale (6).

Cet article analyse l'évolution historique de l'agriculture haïtienne. Il examine les ressources disponibles et mobilisées, les systèmes de production qui en découlent ainsi que les résultats obtenus. afin de formuler des recommandations stratégiques pour le développement du secteur.

Méthodologie

L'article présenté est une étude de synthèse, la méthodologie repose sur l'analyse de sources secondaires et de données statistiques et le croisement de données de sources diverses. Elle adopte une approche pluridisciplinaire, combinant l'analyse historique et la statistique économique. en particulier les statistiques agricoles pour comprendre comment l'histoire a façonné les structures agricoles actuelles d'Haïti. Cadre d’analyse et périodisation La recherche repose sur un découpage chronologique permettant d'identifier les ruptures et les continuités dans les modes de production. Ce découpage chronologique est structuré autour de cinq grandes périodes :

- L'ère précolombienne (jusqu'en 1492) : Analyse de l'agriculture extensive et des techniques Taïnos (systèmes d'irrigation et gestion de la fertilité).

- La période de transition minière et coloniale (1492-XVIIe siècle) : Étude du passage d'une économie de subsistance à une économie d'extraction puis d'élevage sous domination espagnole.

- L'apogée du système de plantation (Saint-Domingue, 16651789) : Analyse du modèle de monoculture d'exportation (sucre, café) basé sur l'esclavage et le système de l'exclusif.

- La restructuration post-indépendance (1804-1915) : Examen de la

cohabitation entre grandes propriétés et petites exploitations et de la fragmentation foncière.

- Les mutations contemporaines (1915-2026) : Analyse de l'impact de l'occupation américaine, de l'émigration et de la libéralisation économique des années 1980 sur la production nationale.

Sources de données et collecte d'informations

En plus de la reconstitution historique pour comprendre l'évolution de l'agriculture haïtienne ainsi que les causes de cette dernière, l'étude s'appuie sur une triangulation de sources secondaires et de données statistiques :

- Sources documentaires et bibliographiques : Exploitation de travaux d'historiens. de géographes et d'agronomes (1. 33. 16) pour reconstituer les systèmes agraires anciens.

- Données statistiques nationales : Utilisation de données statistiques sur l'agriculture dont celles du Recensement Général de l'Agriculture (25) pour établir un diagnostic des moyens de production (foncier. outils. maind'œuvre).

- Données économiques récentes : Analyse des divers rapports de sources différentes dont ceux de lTHSI et de la Banque Mondiale (22. 6) pour évaluer la contribution de l'agriculture au PIB à la balance commerciale, à l'emploi. etc.

Analyse thématique des facteurs de production

Pour lier l'histoire aux résultats actuels. la méthodologie se base sur un diagnostic technique et socioéconomique des ressources :

- Capital foncier Analyse des modes de faire-valoir et de la taille moyenne des exploitations :

- Capital humain : Évaluation du type de main-d'œuvre. du niveau d'instruction et de la structure de la main-d'œuvre familiale :

- Capital physique : Étude et analyse de l'utilisation des outils et

matériels agricoles et de la mécanisation ;

- Capital financier : Analyse de l'offre et de la demande de crédit agricole.

Synthèse et modélisation des

perspectives

La phase finale a consisté à croiser les potentialités agroécologiques avec les contraintes historiques identifiées. L'objectif est de proposer des axes de réforme institutionnelle (foncier, financement. recherche) pour amorcer une transition agricole réussie.

L'agriculture haïtienne, l'existant et son évolution

Cette section synthétise les constats majeurs sur l'évolution de l'agriculture haïtienne et l'existant c'est-àdire. les facteurs de production et les performances du secteur agricole aujourd'hui.

Haïti, une histoire agraire mouvementée

L'histoire connue d'Haïti commence avec la période précolombienne qui remonterait à 5580 avant-JésusChrist. Le site le plus ancien de l'arc antillais daterait de cette année. Il s'agit de l'habitation Vignier. dans la section communale de Boucassin. commune de l'Arcahaïe (36).

Ayiti, jusqu’en 1492, une agriculture côtière et extensive

La période précolombienne est divisée en quatre âges, suivant le système d'Irving Rouse. de l'Université de Yale (USA) : les âges lithique. archaïque, céramique et historique. Au cours de cette période ont évolué. à la fois. les outils (en silex, en pierre polie. en coquillage et en poterie) et les formes d'exploitation du milieu (d'une économie de cueillette à la culture de certaines espèces végétales) (36).

Les Taïnos seraient arrivés dans l'ile trois mille ans avant l'arrivée des Européens. À l'arrivée de ces derniers. en 1492, l'ile d'Haïti était peuplée d'un million et demi à trois millions de Taïnos (17. 35). Ook et Borah cités par Houdaille (20). estimaient cette population à huit millions à la même date, chiffre que l'ile n'atteindra à nouveau qu'en 1960. Ils plantaient jusqu'en 1492 du maïs. du manioc. de l'igname et de la patate dans un système extensif et complétaient leur régime de produits de cueillette, de chasse et de pêche. Les outils utilisés étaient taillés dans les bois, les pierres et les os et la finalité de l'agriculture est la satisfaction des besoins alimentaires de la famille. Les Taïnos étaient des pêcheurs et des agriculteurs assez évolués qui utilisaient déjà des outils de pêche assez diversifiés et montraient une maitrise de l'eau et de la gestion de la fertilité du sol. Il y avait déjà des systèmes d'irigation et de drainage et ils apportaient des matières organiques et minérales (humus et cendres) à leurs parcelles cultivées (16). A cause de leur proximité à la mer. entre autres. l'agriculture Taïno se limitait aux plaines côtières, ce qui entrainait une pression de plus en plus importante sur les espaces cultivés. qui se traduit par une diminution de la fertilité et de la productivité de la terre autour de 1492 (17).

Hispaniola, de 1492 au milieu du XVII siècle, une économie d’exploitation minière avec une main-d'œuvre taïno puis africaine

En décembre 1492. les rapports des occupants de l'ile avec les moyens de production allaient changer radicalement. Quand Christophe Colomb et ses alliés envahirent l'ile, ils allèrent rapidement imposer leur manière de faire et leur rythme aux locaux. qu'ils appelleront Indiens. L'ile d'Ayiti encore appelée Quisqueya sera rebaptisée Hispaniola : et d'une économie agricole et de pêche, l'ile se convertira en une économie d'extraction minière, d'or (20).

Les Espagnols mirent sur pied l'Encomienda. un système dont l'objectif déclaré était l'évangélisation des Taïnos trouvés sur l'île, mais qui consistait en réalité à regrouper des centaines d'Indiens contraints de travailler pour le compte de l'Encomendero dans les mines et dans les champs. L'Encomendero est un esRED 12 (1) Juin 2026 46

pagnol à qui la couronne espagnole confie une terre dans la colonie pour l'exploiter, mais. dont il n'est pas le propriétaire. Il peut en jouir moyennant la conversion des Indiens placés sous son ordre. À côté de leur culture, les Espagnols vont importer des animaux d'élevage. notamment des ovins dont l'élevage va contribuer à diminuer l'importance des systèmes de polyculture développés par les Indiens (4).

Les Taïnos périrent ou se réfugièrent dans d'autres îles ou dans les mornes alors que les Espagnols. après eux. abandonnèrent progressivement l'ile vidée de sa richesse pour aller à la recherche de nouvelles opportunités à Cuba ou se rassembleront vers l'est, à Santo Domingo. pour réorganiser l'économie autour de l'élevage de bétail essentiellement importé d'Europe et des cultures de Tabac, de Manioc et de canne à sucre (38).

D'une vie de plaine. côtière. les Taïnos survivants. ceux qui n'ont pas laissé l'ile, vont développer de nouvelles pratiques dans les mornes. L'agriculture, toujours à base de manioc et de maïs, sera plus extensive et se fera sans système d'irrigation et avec une gestion de la fertilité moins soutenue. Cette population ne sera plus que de quelques milliers, quarante ans après (quatre mille en 1535 selon Price-Mars) (33). Ce groupuscule, qui s'organisera autour du Cacique Henri, n'aura d'autre choix que l'agriculture, la chasse et la cueillette comme moyens d'existence. Ils finiront par disparaître, étant « absorbés » par les Européens et les Africains importés dès le début du XVI: siècle, à partir de 1503, par les Européens (18).

Une réalité à deux faces allait continuer tout au long du XVIe siècle et jusqu'au début du XIX® siècle. D'une part. dans les villes côtières s'installent des colons espagnols puis français. D'autre part. les Taïnos puis les Africains. en rébellion contre les systèmes d'exploitation mis en place dans les villes. se réfugièrent dans les mornes (33).

La première plantation de canne à sucre à Hispaniola date de 1517. exploitée par des esclaves noirs. Mais l'ile deviendra rapidement secondaire à la faveur de la découverte du grand continent sudaméricain. Elle servira beaucoup plus. au XVIe siècle, comme un point de ravitaillement en eau et en viande séchée pour les navires arrivant de l'Amérique du Sud (4). Quand en 1603. les autorités espagnoles ordonnèrent le regroupement de la population à l'est, pour mieux contrôler la population espagnole et mieux lutter contre la contrebande, elles laissèrent une porte ouverte qui sera progressivement exploitée par les Français. Les flibustiers et les boucaniers d'abord arriveront à l'ile de la Tortue en 1630 (nordouest d'Haïti) puis sur la côte ouest de l'ile d'Hispaniola vers 1640 (4).

Saint-Domingue, une colonie agricole dont la production est tournée vers les besoins de la métropole

À la deuxième moitié du XVIIe siècle, en 1665. les Français s'installèrent officiellement dans la partie occidentale de l'ile qu'ils appelleront Saint-Domingue et qu'ils obtiendront définitivement des Espagnols. par le traité de Ryswick. en 1697. La colonie de Saint-Domingue allait rapidement devenir une colonie agricole dont la main-d'œuvre est d'abord constituée d'engagés. des Français qui vendent leur force de travail contre le voyage vers SaintDomingue pour une durée de trentesix mois (4). Baggioni-Lopez souligne que seule la moitié des engagés arrivèrent à survivre aux termes de leur engagement (4). Les blancs montrèrent peu de motivation à s'engager, 1l en résultera une insuffisance de la main-d'œuvre servile blanche qui sera remplacée par une main-d'œuvre noire, importée d'Afrique. La colonie va devenir à dominance noire jusqu'à être constituée un siècle plus tard, d'environ 90% de noirs. La population en 1687 était constituée pour plus de moitié de blanc (4 500 blancs pour 8 000 habitants) alors que, un siècle plus tard, en 1789, les blancs ne représenteront plus que 6% de la population totale de 464 000 habitants

(20).

Évolution des systèmes de culture à Saint-Domingue

Le tabac était la première production agricole de Saint-Domingue. Sa culture requérait de faibles investissements en capital et ne nécessitait que de petites parcelles (4). Jusqu'en 1680, le tabac était la production essentielle des anciens boucaniers. devenus sédentaires et constituant le premier groupe de Français sur l'île. À cette date, cette culture connaitra une chute, à cause de la concurrence internationale, et elle sera remplacée par l'indigo et la canne à sucre, beaucoup plus exigeants (16). En effet, l'exigence en investissement et la taille élevée nécessaire pour ces exploitations exclurent les anciens agriculteurs de ces cultures et des familles de la noblesse française vont recevoir des concessions pour devenir les nouveaux propriétaires à SaintDomingue. Étant Abséistes. ces derniers confieront la gestion de leurs biens aux anciens colons et ils se formeront, dès lors, deux classes de blancs. les grands blancs. propriétaires de grands domaines, pour la plupart absents de la colonie et les petits blancs, qui seront des petits planteurs. des aventuriers, des engagés, des artisans, des négociants et des gérants de grandes habitations (4).

En 1735. seront introduits le café et le coton, dans les mornes. Moins exigeants que la canne à sucre. ils seront cultivés sur des superficies moins grandes et nécessiteront moins de main-d'œuvre, ce qui ouvre la voie à une autre catégorie de propriétaires moins fortunés et à l'exploitation d'espace jusque-là impropre aux cultures dominantes (4).

Dans les années 1790. l'ile comptait 793 plantations de canne à sucre. 3 117 de café, 786 de coton, 3 160 d'indigo, 34 de cacao, 623 de grains, ignames et légumes. Elle était surnommée le paradis du nouveau monde (9). Le nord de la partie occidentale de l'ile de Saint-Domingue

comptait. à lui seul. en 1789. 288 sucreries, 2 009 caféteries. 443 indigoteries et 66 cotonneries (1). SaintDomingue sera une colonie de grandes plantations autour desquelles seront greffées des petites parcelles nègres assurant la survie des esclaves des champs. Dans les plaines, les grandes plantations seront essentiellement emblavées de canne à sucre alors que le café sera dominant dans les mornes. Dans les parcelles d'esclaves, elles, se retrouveront surtout des cultures vivrières et céréalières. Dans le même milieu. donc. deux formes d'agriculture très différentes se côtoyaient d'une part. une agriculture de grandes plantations. en monoculture. et d'autre part. une agriculture de petits lopins. en cultures associées. La première était orientée vers le marché. surtout européen. la deuxième, vers l'autoconsommation et la subsistance d'une masse de travailleurs (16). Ces petites parcelles périphériques s'inscrivaient dans la logique même du système agraire développé dans la colonie puisqu'elles devaient servir à renouveler la force de travail nécessaire au fonctionnement des grandes plantations. dont la production et la productivité étaient au cœur du système dominant et des systèmes mis en place en général. En marge des systèmes de production développés par les colons. des marrons (esclaves qui ont fui les champs pour se réfugier dans les mornes), adoptèrent une forme d'agriculture parallèle dans les mornes, surtout d'intérieur. Le rapport à la terre est le principal élément qui différencie les marrons des esclaves dans leurs propres systèmes de production, sur les lopins qu'ils sont autorisés à travailler pour eux-mêmes. En effet, dans le premier cas, ils se considérèrent comme propriétaires tant qu'ils n'étaient pas poursuivis. traqués, d'où ils se déplacèrent vers des endroits plus sûrs. moins accessibles aux colons. La main-d'œuvre était totalement consacrée à la production agricole sur leurs parcelles et à la protection de leur campement. Dans le deuxième. ils n'avaient qu'un droit ou une autorisation

d'usufruitiers et ils devaient utiliser le « surplus » d'énergie qu'il leur restait d'une journée de travail pour leurs maitres. ce qu'ils faisaient souvent la nuit, la journée étant totalement consacrée aux champs du maitre (4. 16. 40).

La main-d'œuvre dans l'agriculture saint-dominguoise

L'agriculture de Saint-Domingue s'organisait en étages en fonction de l'altitude sur une superficie totale occupée de 16 500 km? en 1789 (1). Les systèmes de culture pratiqués étaient plus ou moins exigeants en main-d'œuvre ce qui se répercutaient sur la densité de la population. composée majoritairement de nègres. et sur sa répartition. Anglade rapporte qu'au XVIII* siècle, 35% de la population vivait dans les plaines sur 12% de la superficie occupée. alors que le front pionnier, couvrant 45,5% de la superficie. n'était occupé que par 17% de la population (1). Entre ces deux. dans les flancs des mornes se trouvait une densité moyenne de population avec des plantations de café sur des terrains plutôt fertiles. La superficie sous canne à sucre allait croître à partir de 1740 avec le développement des infrastructures d'irrigation dans les zones sous le vent, plus sèches, et donc moins favorables à ladite culture. Il y aura en moyenne 200 esclaves par plantation qui s'occuperont non seulement de la production de canne à sucre, mais aussi de celle du sucre et d'autres produits dérivés qui devront être exportés vers la métropole (16).

Un système conçu par et pour la métropole

La demande de sucre (16) et de café (1) par les pays européens dont la France est à l'origine du système agricole développé dans les colonies. Le système de l'exclusif (chaque plantation était attachée à une maison commerciale française qui lui fournissait les moyens de production et qui recevait en retour en exclusivité. sa production) et le code noir de 1789 (qui régissait la vie de l'esclave noir) étaient. parmi d'autres. des outils institutionnels et légaux.

mis en place par la métropole pour s'assurer d'une part. une production soutenue pour répondre à la demande et d'autre part. d'en être le principal bénéficiaire. SaintDomingue va devenir rapidement florissant et fournira à la France, à la deuxième moitié de XVIII® siècle. 70% des sucres qu'il recevra des colonies (16). À partir de 1736. les cafés des îles reçurent la permission de rentrer en France : en 1750 déjà. on parlait de l'âge du café à SaintDomingue (1).

Haïti, de 1804 à 1915, une cohabitation entre grandes et petites exploitations agricoles

Le premier janvier 1804. SaintDomingue n'est plus et avec lui a disparu non seulement le système d'exploitation mis en place. mais aussi la prospérité de ce qui fut la perle des Antilles. Entre anciens et nouveaux libres (Le groupe des anciens libres est composé de ce qui ont eu leur liberté avant la proclamation générale de la liberté le 29 août 1793. Ils sont des mulâtres (fils de blancs et de négresses) et des noirs (qui ont acquis leur liberté ou libérés pour services rendus). Les nouveaux libres (sont tous ceux qui étaient légalement esclaves jusqu'en août 1793) se livraient une lutte pour le contrôle de ce qui reste de l'appareil de production laissé par les colons, plus précisément de la terre. La nouvelle administration. composée essentiellement d'anciens libres (noirs et mulâtres) accaparera les principales plaines agricoles. alors que les nouveaux seront relégués dans la morne ou sollicités à travailler sur les nouveaux domaines de la nouvelle classe possédante. Une partie de plus en plus importante des grands propriétaires terriens de la plaine ne s'intéresseront pas à l'agriculture dont la productivité va decrescendo. Ils seront des absentéistes qui réclameront des rentes foncières élevées à des exploitants qui n'auront les moyens d'exploiter que de petites parcelles. Il s'ensuivra que de petites exploitations familiales (en faire valoir indirect) vont coexister avec des grandes dans la plaine. et des cultures viRED 12 (1) Juin 2026 48

vrières avec la canne à sucre pendant tout le XIX® siècle tandis que cette dernière perdait de plus en plus de place par rapport aux premières (11, 16, 35).

La paysannerie qui constituera l'essentiel de la main-d'œuvre au lendemain de l'indépendance. n'arrivera pas à se capitaliser à cause à la fois de la petite taille de ses exploitations et des coûts élevés de la rente foncière exigée par les grands propriétaires absentéistes. La division progressive entre héritiers successifs du foncier diminuant de plus en plus la taille des exploitations familiales, les exploitants seront progressivement conduits à se tourner vers l'exploitation de terre en faire valoir indirect. Plus la taille des exploitations diminue. plus les cultures vivrières prennent de la place parce que. si elles sont plus exigeantes en main-d'œuvre, elles rentabilisent mieux la terre (17).

Un vingtième siècle de grandes mutations dans l’agriculture

Le vingtième siècle en Haïti débuta avec de grandes instabilités politiques. qui culminèrent jusqu'à l'occupation américaine en 1915. Cette dernière durera 19 ans et aura un impact considérable sur l'agriculture.

Une émigration massive de la maind'œuvre

Au début du XX® siècle, avec l'occupation américaine notamment, de nombreux paysans vont migrer vers la République Dominicaine et Cuba où les plantations sucrières sont en plein essor (2). Les trois pays étant sous occupation américaine, l'occupant avait clairement décidé de faire d'Haïti un réservoir de maind'œuvre bon marché pour les grandes exploitations qu'il avait développées dans ces deux autres pays. Les investissements sucriers de l'occupant à Cuba étant cent fois plus élevés que ceux réalisés en Haïti (3). tandis qu'il avait créé des conditions répulsives en milieu rural haïtien par l'expropriation des terres. la corvée, la centralisation de la perception fiscale, … (24). Le résultat est qu'en dix ans (de 1920 à

1930). un quart de la population haïtienne (environ 600 000 Haïtiens) vont émigrer vers ces deux pays (1).

Une libéralisation économique qui asphyxie l'agriculture

À une période de forte taxation sur les importations, dans les années 1960, succède dans les années 1980 des politiques de libéralisation commerciale en Haïti qui se traduit par un désengagement de l'Etat des marchés et des services agricoles et une chute spectaculaire des tarifs douaniers (14). Haïti est devenue l'un des pays les plus libéraux du monde et il en résulte une concurrence accrue des produits agricoles importés et une décapitalisation des agriculteurs. La politique duvaliériste (des années 1960) de protection de l'agriculture. si elle n'avait que des impacts faibles sur l'augmentation de la production à cause d'une forte imposition des exportations. des prélèvements élevés sur les agriculteurs et une politique de clientélisme dans la distribution des moyens de production (l'eau. notamment). eut le mérite de maintenir une stabilité de la main-d'œuvre et de la population agricole. maintenant un rythme constant d'augmentation de la production jusqu'en 1987 (17).

La libéralisation économique a créé un déséquilibre avec une diminution continue du prix des principales denrées alimentaires et la situation des paysans s'est détériorée et elle a fini par créer une situation de plus en plus favorable à la banane plantain par rapport aux autres cultures de la plaine. Fréguin et Devienne ont montré que le prix de la plupart des denrées agricoles a diminué depuis. tandis que celui de la banane plantain est resté stable (17). Le prix d'une kilocalorie de riz était alors de 0.20 USD contre 0.70 USD pour la kilocalorie de banane plantain. La production nationale de riz n'a pas encore repris aujourd'hui son niveau de 1987. trente-deux ans après cette vague de libéralisation qui a touché cette culture. la principale denrée de consommation au niveau national.

L'agriculture d’aujourd’hui, entre des moyens de production qui stagnent et un contexte global instable

L'agriculture en Haïti en 2025 représente encore près d'un sixième du PIB haïtien et les 2/5 de la main active y travaillent (22). Elle combine des moyens de production qui évoluent très peu depuis deux siècles dans un environnement pourtant très changeant.

La production agricole nationale est le résultat à la fois de la disponibilité des facteurs de production. du rapport à ces derniers et des combinaisons choisies à un moment donné et dans un espace donné. Elle est la résultante d'un rapport à l'espace et au temps, d'une utilisation donnée des ressources, d'une affectation raisonnée des moyens de production.

Le foncier, la structure foncière et le mode de faire valoir

Selon les données du recensement de 2009. les exploitations agricoles (EA) haïtiennes. un million. disposent de 1.8 parcelle de 0.52 hectare. soit une SAU moyenne de 0,93 hectare chacune. Pour près de huit parcelles sur dix. les exploitants sont en possession de leurs titres de propriété (achat. 52.8% et héritage. 26,5%). Les terres de l'État ne représentent que 2,1% de la superficie exploitée (25) et elles sont exploitées sur 2.93% des EA. Ces chiffres sont cependant à relativiser vu que les enquêtés n'avaient pas à présenter de titre de propriété et la question foncière est très sensible en milieu rural haïtien. En effet, un tiers des parcelles agricoles ne sont pas enregistrées selon le MARNDR (27). Même s'il y a très peu d'information sur la part des domaines privés de l'État dans la superficie nationale (Même la Direction du domaine, bureau rattaché à la Direction Générales des Impôts (DGI). responsable de la gestion des terres du domaine privé de l'État n'est pas en mesure de fournir une estimation de leur valeur (34). il serait le plus grand propriétaire foncier et posséderait des terres agricoles d'une équivaRED 12 (1) Juin 2026 49

lence de 11% du territoire national selon Jean André Victor cité par Etheart (13). soit le tiers de la superficie exploitée. Les transactions privées (achat et vente) autour des terres du domaine privé de l'État (Les terres de l'État sont dites du domaine public et ne sont l'objet d'aucune transaction ou du domaine privé. dans ce cas elles peuvent être cédées en fermage ou être vendues selon la Constitution de la république d'Haïti) sont assez courantes. ce qui peut expliquer que des exploitants se considèrent comme propriétaires de terres qu'ils auraient achetées sans enregistrement et sans titre légal de propriété.

Plus de quatre parcelles sur cinq sont exploitées au niveau national sans contrepartie (faire valoir direct. indirect/sans contrepartie, sans autorisation préalable). La part exploitée sans contrepartie est cependant d'autant plus faible que le milieu est fertile et dans certaines zones très fertiles du pays. l'inverse est vrai. c'est-à-dire que plus de quatre parcelles sur cinq sont exploitées avec une contrepartie. A titre d'exemple. les parcelles irriguées exploitées sans contrepartie représentent 66.8% des parcelles irriguées et 68.5% de leur superficie (25. 39).

Types, formation et caractéristiques de la main-d'œuvre

La main-d'œuvre dans l'agriculture en Haïti est assurée par une main d'œuvre permanente mais aussi occasionnelle. La première est composée de main-d'œuvre familiale (57,7%). d'aides familiales (40,3%) et de salariés permanents (2%) pour un total de plus de quatre millions (4 386 439) d'intervenants dont 442% sont des femmes (25). La main-d'œuvre occasionnelle est constituée de travail rémunéré à la tâche utilisé pour certaines opérations culturales qui requièrent beaucoup de travail. dans un temps relativement court que la maind'œuvre permanente est insuffisante pour les réaliser. L'exploitation agricole utilise 60 hommesjours (HJ) en moyenne par hectare de travail occasionnel et le travail

féminin en compte pour seulement 15.2% (25).

Ces exploitations sont gérées par des hommes et des femmes dont le profil imprime l'orientation donnée et les résultats qui en découlent. En effet, plus d'un chef d'exploitation sur deux ne sait ni lire ni écrire, au niveau national (Figure 1). Ce chiffre monte à 60% parmi les femmes qui. elles, représentent le quart des chefs d'exploitation. Avec ce faible niveau de formation de la main-d'œuvre, il est impossible pour Haïti d'aller vers ce que Berthelier et Lipchitz (8) appellent la transition agricole. Ils ont montré que le rythme de cette dite transition est fonction essentiellement de la dynamique d'accumulation de capital. de la politique agricole et des investissements en capital humain. Sans des investissements qui permettent de relever le niveau de formation du capital humain. condition sine qua non pour qu'il amorce sa transition, il est impossible pour lui de migrer vers les autres secteurs de l'économie.

Non seulement les chefs d'exploitation ont un faible niveau d'étude mais ils ne sont formés que sur le tas en agriculture. Ils ne sont agriculteurs que par héritage et ont appris de leur parent le « métier » d'agriculteur qu'ils apprendront à leurs enfants. Leur capacité à innover. à adopter et à adapter une innovation à leur situation est donc faible.

La main-d'œuvre disponible dans l'agriculture est importante (un travailleur permanent pour 0.22 hectare) et représente près de la moitié de la population active. Elle travaille de manière permanente sur une exploitation agricole et/ou comme ouvrier agricole de manière occasionnelle. La force de travail est majoritairement masculine (56% de la main-d'œuvre permanente et 75% de la main-d'œuvre occasionnelle) et peu qualifiée. A la fois son niveau d'étude et sa formation agricole sont très bas et ce profil constitue une limite au développement de l'agriculture et de l'économie.

Les outils et équipements

Le niveau de mécanisation est très faible (sauf sur les grands périmètres irrigués) dans les exploitations agricoles en Haïti (28) et l'outillage utilisé par la plupart des agriculteurs n'est composé que de houes. de machettes, de pioches., de pelles, … La littérature ne fournit aucune donnée chiffrée sur les outils en Haïti. Pillot (31), Latortue (23) et Yale (40) ont montré que non seulement les outils sont rudimentaires, qu'ils n'ont pas évolué dans le temps : cependant, ils sont adaptés à l'environnement et aux systèmes de production en place. Seulement 5% des agriculteurs ont accès à une charrue (non motorisée), souvent empruntée ou louée. Ils sont 0.7% dans l'ensemble du pays à utiliser des machines motorisées avec un différentiel marqué en faveur du

70 35 60.1 60 2 30 49,5 50 Se 25 3— #9 40 = #03 20 30 TX — 15 229 — 20 18.1 18.2 15 10 10 81 64 5 LL 08 05 05 02 0 T — 0 Aucun Lire/écrire Primaire Secondaire Professionnel Universitaire sm Homme mn Femme —#— % EA avec une femme comme chef d'exploitation

Figure 1. Répartition (en %) des chefs d'exploitation par niveau d'étude et

par sexe

Donnés estimées à partir des résultats du RGA de 2009.

nord et principalement de l'Artibonite où elles atteignent 2,1 % (15).

Les intrants, accessibilité et qualité

Les intrants utilisés pour les principales cultures en Haïti sont, le plus souvent, produits sur l'exploitation et/ou, dans une moindre mesure, achetés sur le marché. Des agricultures des plaines irriguées et des montagnes savent, suivant un accord conclu entre eux, faire un échange saisonnier de semences. un moyen pour eux de contourner leur faiblesse en infrastructures de stockage (27). L'absence de structure de stockage n'explique pas à elle seule cette pratique. Il est souvent plus sécurisant de prêter sa semence à quelqu'un qui aura à récolter au moment où on a besoin de semence car, la dureté de la période de soudure peut amener l'exploitant à consommer la semence qu'il s'était promis de réserver pour la prochaine saison. Ceci est d'autant plus vrai que l'exploitation est vulnérable. Quand l'exploitant ne stocke pas une partie de sa récolte pour la prochaine campagne parce que le produit n'a pas de semence stockable sur un long terme (les produits maraichers, les racines et tubercules, …) ou qu'il n'y en a pas assez : il se retrouve dans une situation très peu confortable et son accès aux intrants, au moment du semis est difficile, d'autant plus que leurs prix sont en général les plus élevés au moment du semis.

L'achat d'intrants (semences améliorées. engrais et pesticides) est limité dans l'agriculture haïtienne. L'enquête de l'IHSI (21) sur les conditions de vie montre que l'usage de pesticides touche seulement 9,2% des parcelles et celui d'engrais (de toutes sortes), 23,9% : ces chiffres correspondent à des superficies cultivées respectives de 8,7% et 21,4% respectivement de la surface agricole utile. L'accès aux moyens de production reste problématique dans la mesure où le quart des exploitants n'ayant pas exploité leur terre ont déclaré en 2001 que c'est dû à un manque de moyen en semences, fertilisants, outils et capital

ce qui correspondrait à 5% de la surface agricole. Lors du RGA de 2009, ils sont 23,2% à l'échelle nationale à considérer l'accès limité aux intrants comme une entrave majeure au développement de leurs exploitations (25).

L'eau d'irrigation (les infrastructures, la superficie irriguée et sa répartition)

Seulement 9,9% de la superficie agricole est irriguée (25), ce qui représente 70% du potentiel irrigable (28). Cette superficie est irriguée par de l'eau qui arrive du fleuve de l'Artibonite et de rivières par gravité, des barrages construits sur ces derniers, des sources et des puits. Les Départements de l'Artibonite et du Sud sont les plus irrigués alors que le Département de la GrandeAnse n'est que peu irrigué (Figure 2). En effet, près de 50% de la superficie irriguée au niveau national se retrouve dans le Département de l'Artibonite et avec le Département de l'Ouest. il représente plus des trois quarts (76,4%) de la superficie irriguée.

Les parcelles irriguées ont en moyenne une superficie plus faible que la moyenne nationale (0.41 contre 0.52 hectare) (25). C'est un indicateur de la pression relativement plus élevée exercée sur ces dernières. D'autre part, les femmes, 25,3% des exploitants, exploitent seulement un cinquième de cette superficie (25). L'exploitation de ces parcelles présente aussi moins de stabilité, 68,5% de cette superficie

est en faire valoir direct (contre 81.9% pour l'ensemble des parcelles) et 112% de la surface irriguée (contre 6,2% pour l'ensemble des parcelles) est exploitée sans autorisation préalable (25). Un flou existe donc sur le statut de plus d'un dixième de la superficie irriguée. ce qui une source importante de conflts parmi les potentiels prétendants utilisateurs.

Le Financement de l’agriculture

Le manque de ressources financières est identifié par les agriculteurs comme le principal obstacle au développement de leurs exploitations (25). Ils ne sont pas les seuls à être sensibles à ce besoin et à le considérer comme majeur dans l'agriculture haïtienne. Le MARNDR (26) a souligné le fait que les banques commerciales privées qui fournissent les cinq huitièmes de l'offre de crédit à l'économie haïtienne ne consentent à verser que moins de 1% de leurs portefeuilles à l'agriculture, la sylviculture et la pêche, alors que ce dernier secteur emploie 40% de la main-d'œuvre (26).

Une demande faible

Les résultats du recensement de 2009 montrent non seulement une faiblesse du crédit accordé à l'agriculture mais aussi, une faiblesse de la demande. Cette dernière semble exprimer beaucoup plus l'accessibilité qu'une demande réelle. En effet. les agriculteurs qui le désirent produisent une demande auprès des institutions de crédit, quand elles sont présentes dans le milieu et

% de la superficie du Département irriguée

35 399

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5 26,428 3 L 0 2*ns8s = g 2 LEREESE ÉÉRESTEEEET 33+T£2%00 5 8 À y Z © > A

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Poids (%) du Département dans la superficie nationale irriguée

m Artibonite

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6.613

= Grande-Anse = Nippes = Nord 2 Nord-Est # Nord-Ouest = Ouest

Sud

Figure 2. Distribution de la superficie irriguée entre les Départements

quand ils estiment que l'offre est compatible à leurs intérêts. La demande de crédit pour l'agriculture au niveau national est très faible. 5.2% des exploitants pour 5,1% de la SAU (25). La répartition spatiale de la demande laisse comprendre que, en plus des caractéristiques de l'exploitation. la disponibilité est aussi un facteur explicatif important. En effet. l'Artibonite et l'Ouest ont des demandes de crédit très élevée par rapport à la moyenne nationale, 39,4 et 21,9%. respectivement (25). Dans ces deux départements sont concentrées la plupart des infrastructures agricoles (irrigation et machine agricole) et les institutions de crédit y sont plus présentes. parce que l'agriculture y est plus attractive (meilleure productivité de l'agriculture et risque plus faible).

Une offre faible

Malgré la faiblesse de la demande. l'offre se révèle être encore plus faible et incapable de répondre. là où elle se trouve, à la demande exprimée. Le MARNDR (25) fait état d'un ensemble de contraintes à l'offre de crédit liée à la vulnérabilité des exploitations agricoles et à leur environnement. Dans certains milieux ruraux. l'offre est tout simplement absente ou orientée vers des activités non agricoles. le commerce notamment. Le crédit, à l'échelle nationale, ne touche que 1.9% des exploitants et 2% de la SAU (25) Vu que l'agriculture haïtienne est une agriculture paysanne, de petites exploitations familiales, et avec peu de moyens d'autofinancement. il paraît évident que les agriculteurs puissent voir dans le problème de financement la principale contrainte au développement de l'agriculture.

Si les institutions locales de financement, les banques privées et les institutions de microfinance (IMF) investissent très peu dans l'agriculture. le constat n'est pas différent quand il s'agit de la coopération internationale. De l'aide financière internationale (bi et multilatérale) accordée à Haïti entre 2010 et 2014, seulement 3.9% était destinée à l'agriculture (39).

Les déterminants de l'offre

Paul (29) s'est intéressé à identifier les déterminants de l'offre du crédit à partir des données du recensement. Le sexe de l'exploitant. son âge. son niveau de scolarisation. sa formation agricole, la destination de sa production. la présence d'élevages. le nombre de personnes dans le ménage. les assistances techniques reçues. l'utilisation de la main-d'œuvre permanente, la taille de la SAU, la quantité de terre cultivée en faire valoir direct sont les variables qui influencent très significativement (au seuil de 1%) l'offre du crédit.

Un problème institutionnel

Il faut toutefois noter que le problème de financement de l'agriculture n'est pas uniquement et n'est pas d'abord un problème financier. Quand l'environnement sy prête, les institutions financières se montrent plus enclines à s'investir dans le crédit agricole. Le projet SYFAAH (Système de Financement et d'Assurance Agricole en Haïti) mis en place avec l'appui de la coopération canadienne par l'IICA et le MARNDR dont la FAMV a été un partenaire est un bel exemple. Les conseillers techniques en gestion formés et le modèle d'assurance proposé ont facilité la relation entre acteurs financiers et acteurs de la production agricole et sécurisé les transactions, ce qui a permis à plusieurs acteurs financiers des secteurs bancaires et de microfinance. de s'impliquer un peu plus et de rendre le crédit plus disponible et plus accessible aux agriculteurs.

D'autre part. Paul (29) note la « surliquidité chronique » dans le système financier haïtien. Le défi consiste à améliorer à la fois la capacité des agriculteurs à contracter du crédit (notamment en améliorant leur solvabilité). l'environnement institutionnel et organisationnel, les conditions de crédit. afin qu'ils soient adaptés aux besoins de l'agriculture. L'offre de crédit étant inadaptée et ne tient compte ni des types d'opérations culturales à utiliser. ni du calendrier cultural, ni de

la durée du cycle de production pour la culture financée. Il en résulte donc que, malgré la disponibilité en liquidité. la demande et l'offre ne se rencontrent pas.

Le MARNDR. Iui. na pas les moyens de sa politique. Le budget alloué à ce Ministère demeure faible. En effet, après un maxima en 2011-2012 de 4.67% du budget national. il n'a cessé de décroitre depuis pour atteindre 3.29% en 20202021 du budget total. alors que la contribution de l'agriculture au PIB oscille autour 16% du PIB national. Pour l'exercice fiscal 2025-2026. le budget de fonctionnement comptant pour 17.4% du budget dudit Ministère, le budget d'investissement du MARNDR (11.5 milliards de gourdes) ne représente plus que 3.3% du budget national (18).

Discussions et perspectives de développement de l’agriculture haïtienne

L'agriculture haïtienne est à la fois diversifiée et peu productive. L'hétérogénéité du terroir haïtien. les variations de pentes et des substrats formant les sols. la succession des microclimats. .…, la grande biodiversité naturelle et la persistance d'une agriculture paysanne. de petites exploitations et de systèmes de production extensifs en capital où se combinent des associations assez complexes de cultures font de l'agriculture haïtienne un système assez complexe, avec une productivité faible. Le potentiel est cependant bien supérieur à ce que produit aujourd'hui l'agriculture avec les moyens disponibles. Une meilleure combinaison de l'existant combiné à une amélioration qualitative et quantitative des facteurs de production devrait conduire l'agriculture haïtienne à une meilleure productivité et à une augmentation significative de la production agricole globale.

Zonage des potentialités agricoles et implications

Les études conduites à partir de données de sources combinées dont le résultat du recensement général de l'agriculture (RGA) de 2009 (25)

ont permis d'identifier quatorze types de milieux productifs au niveau national. Le climat (niveau d'humidité ou l'accès à l'irrigation), la pente et les potentialités de sols sont les variables de regroupement et de classement qui ont le plus influencé le zonage réalisé. Ces milieux productifs sont déclinés en 32 systèmes de production différents répartis dans les zones de mornes à fortes potentialités. les zones planes à fortes potentialités, les zones à potentialités intermédiaires et les zones à faibles potentialités (sept classes et 33% des exploitations agricoles) (13).

Balthazar, Bellande, et Laraque (5) eux recoupent. à partir des données du recensement de 2009, huit zones agroécologiques caractérisées par des potentiels, des vocations agricoles et des systèmes de production spécifiques. L'agriculture haïtienne est donc caractérisée par une forte diversification des systèmes de production et de l'environnement dans lesquels ils sont mis en place. Selon la typologie de Fréguin-Gresh. seulement un tiers des exploitations sont installées dans des zones à fortes potentialités agricoles pour une part de superficie encore moins importante, la pression y étant plus forte sur le foncier et la taille des exploitations plus faible (17). Quelle que soit la zone ou le système de production considéré. il est caractérisé par des combinaisons de cultures et d'élevages d'autant plus importantes que le potentiel agricole est faible. La diversification étant une stratégie souvent utilisée pour pallier les manques liés à la vulnérabilité du milieu.

Cette diversification des terroirs en Haïti devrait être exploitée comme un atout permettant à la fois de diversifier la production mais aussi de l'intensifier en fonction des potentialités de chaque zone. Fréguin (16) qui a étudié deux zones bananières d'Haïti et de la République Dominicaine. dans la plaine de l'Arcahaie et la vallée du Yaque del Sur respectivement. a montré que la différence entre les deux zones productives n'est pas d'abord dans le rendement

mais dans une meilleure productivité du travail. Cette différence de productivité est essentiellement expliquée par la taille des exploitations agricoles et la rente foncière. En effet, Cette dernière est très élevée dans la plaine de l'Arcahaie. allant de 15 à 40% suivant le cas alors qu'elle est quasi nulle dans la Vallée del Sur. La plaine de l'Arcahaie, à l'image de tout le pays. est caractérisée par des parcelles et des exploitations de petites tailles d'où une faible superficie disponible par actif agricole (0,5 à 0.7 ha contre 0,5 à 5 ha dans la plaine de l'Arcahaiïe et à la vallée du Yaque del Sur, respectivement) et compétitivité plus faible de la banane haïtienne. Une pression moins élevée sur le foncier (à la fois en termes de taille et de coût) entrainerait donc une amélioration de la productivité et de la compétitivité de l'agriculture haïtienne.

Cultures, élevages et occupations de sol

La plupart des agriculteurs sont éleveurs et l'élevage est une activité secondaire, en termes de valeur, ne représentant que 6.4% du PIB agricole (28). Il est cependant, une activité stratégique. raisonnée pour assurer la sécurité des systèmes de production agricole. À quelques exceptions près. les systèmes d'élevage mis en place ne mobilisent pas le foncier. La surface cultivée sert donc à satisfaire directement les besoins alimentaires humains. Un tiers de la superficie nationale (34%) est exploitée à des fins agricoles (en 2009) et cette part est en nette régression puisque. en 1987. elle était estimée à 47% (15) et en 2012 à 28.5% (14) et la superficie en prairie (pour l'essentiel naturelle), représente-t-elle, 17.7% de la superficie nationale (14). Cette diminution de la SAU est fortement liée à la diminution de la productivité des sols et au mouvement migratoire. Les terres arables sont toutefois estimées en 2006 à 29% de la superficie totale (26).

Les mouvements internes de population se font des zones d'altitude, moins fertiles vers les zones de plaine plus fertiles mais qui offrent

aussi des opportunités autres que l'agriculture. D'une part la superficie exploitée en altitude tend à diminuer par suite du départ des agriculteurs vers les villes et d'autre part. la pression démographique sur les plaines contribue à y accélérer l'urbanisation au détriment de l'exploitation agricole (Alexandre, non publié).

Depuis une vingtaine d'années. toutes les plaines d'Haïti, surtout celles qui sont limitrophes de la zone métropolitaine de Port-auPrince (Arcahaie, Cul-de-Sac et Léogane) voient diminuer à un rythme soutenu leur surface agricole pour faire place à des maisons d'habitation répondant à une demande de plus en plus élevée d'une population en rapide augmentation. Bien que ces plaines soient caractérisées par des potentialités agricoles élevées. les pressions démographiques y font reculer la surface cultivée. La valeur marchande d'une parcelle dans la plaine de l'Arcahaie, à titre d'exemple. est actuellement de 15 à 20 fois le revenu agricole annuel qu'elle génère.

Parallèlement à cette urbanisation. la surface agricole diminue aussi dans les zones abandonnées (zone de pente) pour deux raisons principales : une rareté de main-d'œuvre occasionnée par le départ d'agriculteur et le développement d'autres activités économiques en milieu rural (comme le taxi moto) et la diminution de la fertilité des sols liée à un environnement physique très dégradé entraînant une diminution de la productivité et une désincitation à s'investir dans l'agriculture.

Le déséquilibre démographique entraîné par cette migration interne a engendré la création d'une réalité duale. D'un côté. des espaces dépeuplés et de l'autre, des espaces surpeuplés. qui tous deux contribuent à diminuer la surface cultivée et à entraver la production agricole. Inverser la dynamique de migration interne serait donc une solution viable pour la relance de la production agricole qui passerait par une augmentation de la superficie cultivée ou au moins une moindre dimiRED 12 (1) Juin 2026 53

Tableau 1. Distribution des ménages et de la superficie agricole par Département

Ménage (°*) Superficie (°) Taux d'urbanisation Poids du Dans Poids du Occupée par (% de la population vivant Département Département l'agriculture Département l'agriculture en milieu urbain) Ouest 36.9 25.3 18.4 28.0 80.4 Artibonite 15.8 42.2 18.1 32.3 40.8 Nord 9.8 50.3 7.8 513 48.2 Sud 71 59.5 9.8 29.5 217 Centre 6.8 79.6 129 45.1 19.4 Nord-Ouest 6.7 55.5 7.8 34.6 26.6 Sud-Est 5.8 640 7.5 34.8 145 Grande-Anse 4.3 68.9 7.1 35.2 22.1 Nord-Est 3.6 53.4 6.0 37.3 46.2 Nippes 3.1 56.8 47 30.8 17.0 Ensemble 100.0 44.4 100.0 35.2 49.5

Sources combinées : IHSI, 2012 & RGA 2009.

nution de cette dernière, à la fois dans les plaines et en altitude.

Structure et dynamique des filières agricoles

Les principales productions agricoles haïtiennes sont toutes destinées au marché local. Le maïs. principale culture du pays. occupe un quart de la superficie cultivée et est présente sur trois exploitations agricoles sur quatre. Avec les autres céréales cultivées (sorgho et riz). elles occupent 38.1% de la superficie. Les principales zones de production céréalières sont l'Artibonite, l'Ouest. le Nord-Ouest et le grand Sud. pour le maïs et le sorgho : l'Artibonite pour le riz. Les légumineuses (haricots. pois Congo. pois inconnu, pois de souche, ...) occupent la deuxième place en termes de superficie occupée. 28% et les haricots à eux seuls en comptent pour les trois cinquièmes. Ces derniers sont surtout cultivés dans les zones humides ou irriguées et le pois Congo dans les zones sèches. Ils sont deux sources de protéines végétales qui se complètent dans l'espace. Les « vivres alimentaires » (racines, tubercules et bananes) sont la troisième filière et occupent 19% de la superficie cultivée au niveau national (25).

L'élevage est présent sur 80% des exploitations. Les espèces animales les plus représentatives sont les espèces avicoles, caprine, bovine et porcine : ces animaux sont présents

sur 75%. 47,4%. 41% et 38%. respectivement des exploitations agricoles (Le nombre de caprins. de bovins et de porcins présents par exploitation possédante est 3.91 : 2.13 et 2.55. respectivement). Les principales zones d'élevage sont l'Artibonite. l'Ouest. le Centre et le Sud (38).

La filière charbon de bois est l'une des plus importantes de l'agriculture haïtienne, elle contribuerait à hauteur de 4.7% du PIB en 2017 et serait la deuxième filière en termes d'importance économique (après la filière mangue). Le charbon de bois consommé dans la région métropolitaine de Port-au-Prince (46% de la production nationale) est produite principalement dans trois régions du pays : l'extrême sud du pays (41%). le Plateau central (20%) et lest du Département de l'Ouest (18%). le reste étant apporté par le reste du pays. avec une importation de la République Dominicaine. représentant 2.3% de la consommation (29).

Malgré un potentiel de production reconnu pour ces différentes filières. aucune de leur production n'arrive à couvrir les besoins alimentaires nationaux. Le problème ne réside pas seulement dans la quantité produite mais aussi et surtout dans l'organisation des filières. La filière du maïs est un exemple type. Malgré le fort potentiel et la forte production de cette filière, l'essentiel du maïs moulu consommé dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince vient de l'importation. la production nationale peine à atteindre les grands centres de consommation et ceci. avant même la crise sécuritaire entrainant le blocage des routes. En plus de la faible production et de la faiblesse de la productivité. l'un des défis qu'il importera d'aborder est celui de la disponibilité de la production sur les places de consommations.

Contribution de l’agriculture au PIB et à l’emploi

Près d'une famille haïtienne sur deux (44.4%) est directement impliquée dans l'agriculture. Au-delà d'un chiffre. l'agriculture a une forte présence dans tous les Départements et même on ne peut pas dire que les Départements les plus urbains soient faiblement agricoles. Le Nord est le Département le plus agricole en termes de part de la superficie cultivée alors qu'il est après l'Ouest le Département le plus urbanisé (Tableau 1). On note toutefois que le nombre de ménages occupés dans l'agriculture tend à augmenter avec une diminution du taux d'urbanisation, sans que cela soit forcément vrai pour la part de la superficie emblavée en culture.

Malgré cette forte présence de la main d'œuvre active dans l'agriculture, le PIB agricole haïtien reste faible, à l'image du PIB global. En effet. le PIB Haïtien est très faible. 3 194 US$ par habitant en parité de

pouvoir d'achat (PPA) en 2024 (24 404 US$ en moyenne dans le monde la même année). selon les données de la Banque Mondiale (7). Le secteur agricole occupe une place importante, mais dégressive de ce dit produit. La contribution du secteur primaire représente 17.2% du PIB haïtien en 2024 et celle de la branche Agriculture, Sylviculture et pêche, 14,8% (Figure 3). La diminution de la part de l'agriculture dans le PIB suit la même tendance négative que celle du taux de croissance de cette dernière, ce dernier diminuant plus rapidement que celui du PIB total. en chute depuis sept ans. Le secteur agricole a connu. entre 2019 et 2024 une contraction de 18.5% alors que celle du PIB global était de 12% sur la même période (22).

Il faut aussi noter le fait que, comme nous l'avons déjà montré, les investissements dans l'agriculture, que ce soit par le secteur privé. que ce soit par les ONG ou par l'État sont faibles et portent à conclure que l'agriculture n'est pas un secteur prioritaire pour les acteurs économiques malgré le fait qu'elle soit la principale employeuse de la main -d'œuvre active.

La moitié des emplois en Haïti se retrouve dans l'agriculture (Si la méthodologie pour trouver cette valeur n'est pas définie, il semble que seulement l'activité principale est prise en compte et la pluriactivité n'y est pas considérée.) et cette tendance n'a pas trop bougé entre les années. depuis près de trente ans, malgré une augmentation de 55% de la population totale durant la même période. L'emploi agricole suit la même tendance que l'emploi total, qui après une valeur minimale en 2007, reprend sa valeur de 1991. en 2018. Cette tendance à la stabilité de la part de l'agriculture dans la main-d'œuvre active devra toutefois, à termes, finir par changer et on risque de la voir chuter si on tient compte de l'actuelle évolution du marché de l'emploi en milieu rural et des tendances migratoires de ces dernières années (Figure 4). En effet, de plus en plus d'agriculteurs

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2003-2004 2004-2005 2005-2006 2006-2007 2007-2008 2008-2009 2009-2010

2010-2011

2011-2012

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—+— Part de la branche Agriculture, sylviculture et pêche dans le PIB global

—#- Taux de croissance de la branche griculture, sylviculture et pêche

Figure 3. La branche Agriculture, Sylviculture et Pêche dans l'économie

haïtienne Calculés à partir des données de l'THSI, 2026.

35,0

25,0

20,0

300 qe

15,0 EEE ne — - == = - En

5,0 0,0 T T T T —— Main d'oeuvre active occupee (% Pop. Tot.) —#—Main d'oeuvre agricole (% Pop.Tot.)

Figure 4. Évolution de l'emploi et de l'emploi agricole Calculés à partir des données de la Banque mondiale, 2020.

sont devenus pluriactifs, à la recherche de sources de revenus complémentaires à leur faible revenu agricole (8). Si le nombre d'actifs dans l'agriculture suit la tendance du nombre d'actifs totaux, les actifs agricoles ne s'investissent plus uniquement dans l'agriculture et ne doivent plus être considérés comme un actif agricole (à part entière) mais un actif dont des proportions sont alloués à différentes activités dont l'agriculture. Selon cette approche, la main-d'œuvre agricole s'en trouverait diminuer et serait bien inférieure au sixième de la taille de la population, comme c'est le cas actuellement.

Si l'emploi réel dans l'agriculture tend à diminuer, cette tendance ne devrait pas nuire au secteur. La superficie disponible par actif aujourd'hui dans l'agriculture étant si faible qu'une diminution de la population agricole (ou de la main d'œuvre agricole) devrait entrainer une augmentation de la surface par actif et une augmentation de la productivité du travail agricole. Mais cela devra passer par une revalorisation des outils et équipements disponibles dans l'agriculture. En effet, l'augmentation de la productivité du travail nécessitera un investissement plus conséquent dans le capital, qui comme nous l'avons déjà dit, a peu évolué depuis trois siècles. Un investissement dans la recherche et la vulgarisation d'outils mieux adaptés techniquement, acceptables socialement et pertinents d'un point de vue économique est nécessaire pour dynamiser l'appareil de production par une meilleure valorisation du travail.

L'agriculture et les exportations Haïti est un pays importateur net.

Le taux de couverture (rapport des

exportations sur les importations) n'est que de 31% en 2018 (22). L'embargo contre Haïti (1991 — 1994) a eu un impact considérable sur cet indicateur. Jusque-là. il avoisinait les 50% et depuis il n'a cessé de décroitre avant de montrer une tendance à une petite reprise depuis 2010. Parallèlement. les exportations totales ne représentent que le sixième du PIB, avec de fortes variations dans le temps allant du simple (1994) au triple (2016) (Figure 5). Les importations aujourd'hui comptent pour 54% du PIB et contribuent pour plus de 50% des produits agroalimentaires consommés localement.

Très peu de filières aujourd'hui sont épargnées de l'assaut des produits importés dont l'importation est aussi facilitée par une diminution importante du taux tarifaire des produits agricoles. Il est passé de 1980 à 2000 d'une valeur moyenne de 45% à 4,5% à la suite de plusieurs accords conclus avec le FMI et la banque mondiale qui tous ont visé à « rendre l'économie haïtienne plus compétitive et à faciliter son intégration dans l'économie mondiale » (20) à travers des baisses successives des droits de douane.

La production nationale de produits carnés est loin de satisfaire les besoins nationaux. S'ils sont comblés pour les viandes bovines et caprines (Des produits caprins totalisant dix millions de dollars sont exportés vers la République Dominicaine). une part importante de la viande porcine, de la viande de volaille, des œufs et des produits laitiers est importée pour environ cent cinquante millions de dollars US (12).

La filière céréalière, malgré un potentiel local élevé, est soutenue par une part importante de produits d'importation. Les importations couvrent 80% de la demande nationale en riz et 8% de celle en maïs, alors que ce dernier est la principale culture d'Haïti en termes de superficie occupée (28). Le riz est importé essentiellement des États-Unis d'Amérique (USA) alors le maïs nous vient aussi de la République Dominicaine. Des légumes sont aussi importés de cette dernière République, tandis que des légumineuses sont importées en quantité de plus en plus importante des USA (28). Les importations de ces dernières, avec les produits carnés qui sont les principales sources de protéines et des céréales, montrent combien le pays est dépendant de l'extérieur pour son alimentation et sa nutrition.

Les exportations agricoles haïtiennes se concentrent surtout vers la Caraïbe et les États-Unis d'Amérique. Avec les Iles Turques et les Bahamas, la République Dominicaine et les USA sont les principaux destinataires des fruits (mangue, avocat, fruit de la passion, tamarin, …), des tubercules (igname. patate. taro, .….). du café. du cacao. …. venant d'Haïti (39).

L'intégration d'Haïti dans des blocs économiques comme la CARICOM. le CSME (CARICOM Single Market and Economy) en particulier devrait contribuer à protéger son marché et à améliorer sa productivité par rapport aux demandeurs de ses produits, que ce soit dans l'agriculture ou dans d’autres secteurs. Une plus grande spécialisation dans les productions pour lesquelles Haïti présente un avantage comparatif est aussi souhaitée pour améliorer sa place sur le marché international et contribuer ainsi à diminuer progressivement le déficit commercial par une augmentation des exportations sans négliger une amélioration de la production et des filières de produits de substitution à l'importation.

Conclusion

Haïti est une mosaïque de microclimats et de zones agroécologiques. Son agriculture est aussi le résultat d'une continuelle redéfinition tout au long de son histoire. Malgré cette transformation significative, deux caractéristiques semblent avoir traversé les siècles dans le pays, une agriculture extensive et l'utilisation d'outils rudimentaires. Les orientations et l'importance de l'agriculture ont varié tout au long de l'histoire d'Haïti en fonction des « maitres ». Qu'ils soient Taïnos. espagnols. français ou haïtiens. ils ont imprimé leur marque respective sur cette évolution. Mais aucun d'eux n'a pu se passer de l'agriculture et de la nécessité de l'organiser en vue d'optimiser la production. Les principaux efforts d'intensification ont lieu au cours de la période française. Ces derniers ont voulu faire de leur colonie une colonie agricole, capable de répondre à certains besoins de la métropole, notamment en sucre.

Les moyens de production, autre que la superficie et la main d'œuvre disponibles, ont peu évolué depuis plus d'un demi-millénaire. Qu'il s'agit des outils utilisés ou même de l'accès aux intrants et du financement de l'agriculture, l'évolution est très lente et ne permet pas une métamorphose du secteur. Il en résulte une faible productivité chronique mais une répartition spatiale très diversifiée des ressources productives disponibles.

La surface agricole utile n'a cessé de diminuer dans le temps jusqu'à re60,00 DS 40,00 30,00 20,00 - 10,00 + —— Taux de Couverture Exportation des biens & service (%P1B)

Figure 5 . Échanges de biens et services entre Haïti et le monde Calculés à partir des données de la Banque mondiale, 2020.

présenter aujourdhui moins d'un hectare (0.93). La faible superficie des exploitations agricoles constitue à la fois un frein à la productivité et en est aussi la résultante. En effet, si les faibles superficies limitent les capacités d'investissement. elles sont aussi le reflet d'une agriculture très intensive en main d'œuvre par le fait même de la limitation technique de l'outillage utilisé.

La main d'œuvre agricole, justement, est appelée à se métamorphoser. à se redéfinir et à se repositionner en vue d'une meilleure contribution à la productivité et à la production agricole. La formation des acteurs. agriculteurs et en amont et en aval des filières agricoles, la recherche et l'investissement en capital sont nécessaires pour amener la main d'œuvre à jouer son rôle dans la transformation dans l'agriculture. L'agriculteur sera au centre d'une dynamique de transformation qui visera :

- Une réforme en profondeur du marché des intrants qui passe par la mise à jour et l'application de la politique semencière nationale, la régulation et le contrôle du marché des pesticides. la formation sur l'utilisation efficiente des pesticides et fertilisants. la disponibilité à un coût raisonnable des fertilisants au niveau national.

- Une politique de financement renforçant le rôle du secteur formel (banque commerciale, coopérative financière, institution de microfinance, …) dans l'offre de produits financiers pour l'agriculture combiné avec un programme d'assurance agricole. Un modèle de partenariat entre ce dit secteur et les mutuels financiers pourrait significativement booster cette offre. Cette offre devra financer non seulement l'agriculture, l'élevage, la pêche mais aussi contribuer au renforcement des capacités des acteurs en amont (prestataires de services agricoles. boutiques d'intrants et d'outils, .….) et en aval (les intermédiaires commerciaux, les acteurs du secteur de transport. ..).

- Un investissement dans la recherche en ingénierie agricole pour produire localement des outils et équipements adaptés au contexte haïtien et capables de soutenir la productivité de l'agriculture,

- Une clarification et une régularisation du statut foncier des parcelles exploitées devant entrainer une diminution de la rente foncière et par ricochet, du coût de production. Un accent particulier sera mis sur les terres irriguées là où la pression foncière et les terres utilisées sans autorisation préalable sont plus importantes.

- Un développement harmonieux des infrastructures de transport capable de relier l'offre rurale et la demande urbaine pour les produits agricoles en particulier et pour les flux économiques rurauxurbains en général.

- Un ciblage de l'investissement dans l'agriculture qui tiendra compte du potentiel et du niveau de développement actuel des infrastructures. Par exemple, un investissement pour améliorer le système d'irrigation dans l'Artibonite et l'Ouest (où se concentre 764% de la superficie irriguée) aura un effet multiplicateur supérieur à un investissement dispersé.

Si la place de l'agriculture tend à diminuer dans l'économie haïtienne, elle en demeure le reflet, un déterminant majeur de son évolution et le levier qu'il faudra actionner pour amorcer une transition agricole réussie, capable à la fois non seulement de booster le développement de l'économie non agricole mais aussi de maintenir un niveau de productivité et de production de plus en plus élevé de l'agriculture.

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Article 9

Corrélation entre les précipitations et le taux de positivité des tests du paludisme dans les communes de Port-au-Prince et de Delmas, Haïti (2016-2018)

D. Noncentt?5, M.E.J Richemont, M. Pierret, ILaboratoire des Sciences pour l'Environnement et l'Énergie (LS2E). Ecole Normale Supérieure (NS). Université d'Etat d'Haïti (UEH). ?BIOPOLE Laboratoire Biosciences et Biotechnologies. Université d'Etat d'Haïti, 5£quipe de Recherche sur les Changements Climatiques (ERC2). Université Quisqueya.

Auteur de correspondance : Noncent D.. ndavid02@yahoo.fr.

Résumé Noncent D., Richemont MEJ, et Pierre M. 2026. Corrélation entre les précipitations et

le taux de positivité des tests du paludisme dans les communes de Port-au-Prince et de Delmas, Haïti (2016-2018). RED 12 (1): 59 - 67

Le paludisme, qui demeure endémique en Haïti, constitue un enjeu majeur de santé publique. Les facteurs climatiques, notamment les précipitations, sont suspectés d'influencer la dynamique de transmission de cette maladie vectorielle. Ainsi, cette étude descriptive et rétrospective vise à analyser la corrélation entre les épisodes pluvieux et la survenue des cas de paludisme dans les communes de Port-au-Prince et de Delmas pour la période de 2016-2018. Les données analysées proviennent de la base de données pluviométrique (pluie totale, pluie maximale, nombre de jours de pluie) recueillies auprès de l'Unité Hydrométéorologique d'Haïti (UHM) pour la période 2009-2018, ainsi que des données sanitaires sur les cas de paludisme obtenues auprès de la Direction Sanitaire de l'Ouest (DSO) pour 2016-2018. Le coefficient de corrélation de Pearson (x) et le seuil de significativité à 5% (p < 0,05) ont été calculés afin d'évaluer la force et la significativité statistique des associations observées. Au total, 16 235 personnes ont été testées à Port-au-Prince contre 40 322 à Delmas. Une diminution synchronisée des cas de paludisme a été observée dans les deux communes entre 2016 et 2018. À Delmas, les coefficients de corrélation (r) étaient négatifs et faibles (r = —-0,114 à —-0,276). A Port-auPrince, des corrélations positives mais faibles ont été observées pour la pluie totale (x = 0,241) et le nombre de jours de pluie (r = 0,138). En conclusion, l'étude n'a mis en évidence aucune association robuste entre les précipitations et le taux de positivité des tests (TPR) du paludisme, les corrélations observées n'ayant pas atteint le seuil de significativité statistique (p > 0,05). Toutefois, des études longitudinales intégrant d'autres variables climatiques et socio-économiques sont recommandées.

Mots clés : Changement climatique, Plasmodium falciparum, maladie vectorielle, Anopheles albimanus, épidémiologie.

Abstract

Noncent D., Richemont MEJ, et Pierre M. 2026. Correlation between Rainfall and Malaria Test Positivity Rate in the Municipalities of Port-au-Prince and Delmas, Haiti (2016-2018). RED 12 (1): 59 - 67

Malaria, which remains endemic in Haïti, is a major public health issue. Climatic factors, particularly rainfall, are suspected of influencing the transmission dynamics of this vector-borne disease. This descriptive, retrospective study aims to analyze the correlation between rainfall events and the occurrence of malaria cases in the municipalities of Port-au-Prince and Delmas for the period 2016-2018. The data analyzed in this study come from the rainfall database (total rainfall, maximum rainfall, number of rainy days) collected from the Haitian Hydrometeorological Unit (UHM) for the period 2009-2018, as well as health data on malaria cases obtained from the Western Health Directorate (DSO) for 2016-2018. Pearson's correlation coefficient (r) and the 5% significance threshold (p < 0.05) were calculated to assess the strength and statistical significance of the associations observed. A total of 17 235 people were tested in Port-au-Prince, compared with 40 322 in Delmas. A synchronized decrease in malaria cases was observed in both municipalities between 2016 and 2018. In Delmas, the correlation coefficients (r) were negative and low (r = -0.114 to -0.276). In Port-au-Prince, positive but weak correlations were observed for total rainfall (r = 0241) and the number of rainy days (x = 0.138). In conclusion, the study did not find any robust association between rainfall and malaria test positivity rate (TPR), as the correlations observed did not reach statistical significance (p > 0.05). However, longitudinal studies incorporating other climatic and socioeconomic variables are recommended.

Keywords: Climate change, Plasmodium falciparum, vector-borne disease, Anopheles albimanus, epidemiology.

Introduction

Les maladies vectorielles représentent un défi majeur pour la santé publique à l'échelle mondiale, affectant des centaines de millions de personnes chaque année. principalement dans les régions tropicales et subtropicales (3. 8. 13). Parmi celles -c1, le paludisme, causé par des parasites protozoaires du genre Plasmodium et transmis par les moustiques femelles du genre Anopheles, demeure l'une des maladies les plus dévastatrices. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a rapporté environ 263 millions de cas et 597 000 décès en 2023. dont 94 % des cas et 95 % des décès sur le continent africain (14, 5). Ces chiffres représentent une augmentation de 11 millions de cas par rapport à 2022, en grande partie attribuable aux catastrophes climatiques, aux conflits armés et aux difficultés économiques dans certains pays endémiques (32). La propagation de cette maladie est fortement modulée par des facteurs environnementaux. notamment les précipitations, la température et l'humidité relative (7. 17). ainsi que par des déterminants soclo-économiques et écologiques complexes (12, 28).

En Haïti, le paludisme est endémique et figure parmi les priorités nationales de santé (31). L'ile d'Hispaniola, partagée entre Haïti et la République dominicaine, constitue le dernier foyer de transmission du paludisme dans les Caraïbes (1, 31). Haïti concentre plus de 97% des cas signalés sur l'ile (15). avec Plasmodium falciparum comme espèce quasi exclusive (> 99%) et Anopheles albimanus Wiedemann comme principal vecteur (1. 21). Ce dernier présente des préférences exophiliques et exophagiques (21. 32). avec des

pics de densité vectorielle survenant après le début des saisons des pluies, en novembre et en juin (22. 32). An. albimanus est considéré comme un moustique essentiellement côtier et de basse altitude, se reproduisant dans une variété de gîtes larvaires ensoleillés situés généralement en dessous de 400 m d'altitude (23. 31). Malgré les efforts d'éradication engagés depuis les années 1960 par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). l'insuffisance chronique de financement, l'instabilité politique. les catastrophes naturelles récurrentes (séismes de 2010 et 2021, ouragans Matthew en 2016 et Irma en 2017) et les chocs climatiques ont considérablement entravé la réalisation de cet objectif (11. 18. 24).

Néanmoins. des progrès significatifs ont été enregistrés. Entre 2009 et 2018. 232 479 cas de paludisme ont été rapportés par le MSPP. avec une diminution de l'incidence de 60 130 cas en 2010 à 8 978 cas en 2018 (15). Le Programme National de Contrôle de la Malaria (PNCM) a déployé des stratégies incluant l'expansion du diagnostic rapide. la surveillance communautaire, la distribution de moustiquaires imprégnées et des programmes pilotes d'administration médicamenteuse de masse (11. 24). Parallèlement, la chloroquine demeure le traitement de première intention contre le Paludisme, et Haïti figure parmi les rares pays où P. falciparum reste sensible à ce médicament (15. 24. 25). Selon le rapport mondial sur le paludisme en 2024, Haïti a réduit l'incidence des cas de 23 à 63% depuis 2015, mais l'instabilité politique persistante continue de menacer ces acquis (32).

Le département de l'Ouest. qui abrite les communes de Port-auPrince (capitale) et de Delmas, avec une population départementale estimée à plus de 3 millions d'habitants en 2018. se classe systématiquement parmi les quatre départements les plus touchés par le paludisme sur le territoire national (15). Ces deux communes. bien que géographiquement contiguës. présentent des caractéristiques topographiques, démographiques et urbanistiques contrastées susceptibles d'influer différemment sur l'écologie vectorielle et, par conséquent. sur la transmission palustre. L'urbanisation rapide et non planifiée, amplifiée par les déplacements massifs post-séisme de 2010. a profondément modifié l'écologie des moustiques dans la région métropolitaine. Samson et al. (27) ont montré que l'urbanisation réduit significativement la densité d'An. albimanus. celui-ci étant principalement retrouvé dans les sites agricoles et les zones péri-urbaines. tandis que les espèces de Culex et d'Aedes prédominent dans les zones urbanisées (27).

La relation entre les précipitations et le paludisme a été explorée dans de nombreuses régions tropicales. Des études menées en Afrique subsaharienne (19), au Sri Lanka (1). en Thaïlande (30). en Inde (16). en Chine (15) et au Mozambique (9) ont mis en évidence des corrélations hétérogènes — positives. négatives ou non significatives — selon les contextes géographiques. écologiques et les décalages temporels considérés. Plus récemment. une étude utilisant le modèle dynamique Liverpool Malaria Model (LMM) appliqué spécifiquement à Haïti a confirmé que le pic de transmission du paludisme survient avec un décalage d'environ un mois après le pic de précipitations. les pluies abondantes tendant à submerger les œufs de moustiques tandis que les conditions postpluviales favorisent le développement vectoriel (5). Par ailleurs, Cameron et al. (3) ont cartographié l'endémicité et la saisonnalité du paludisme à l'échelle nationale haïtienne, révélant un profil saisonnier uniphasique avec un pic d'incidence en décembre-janvier et un minimum en avril-mai. ce qui suggère une dynamique temporelle complexe entre climat et transmission. Toutefois, la littérature scientifique spécifique au contexte haïtien demeure extrêmement lacunaire (11. 31). et aucune étude publiée n'a. à notre connaissance, quantifié systématiquement la relation pluiepaludisme dans les zones urbaines du département de l'Ouest.

Dans quelle mesure les précipitations atmosphériques (pluie totale. pluie maximale mensuelle et nombre de jours de pluie) sont-elles associées au taux de positivité des tests (TPR) dans les communes de Port-au-Prince et de Delmas sur la période 2016-2018 ?

La présente étude a pour objectif d'analyser la corrélation entre les précipitations atmosphériques (pluie totale, pluie maximale. nombre de jours de pluie) et la fréquence des cas de paludisme dans les communes de Port-au-Prince et de Delmas pour la période 20162018. afin de contribuer à une meilleure compréhension du rôle des facteurs météorologiques dans la dynamique palustre en milieu urbain haïtien et d'informer les stratégies de prévention adaptées au climat.

Matériels et Méthodes Type d’étude

Il s'agit d'une étude observationnelle, corrélationnelle. descriptive et rétrospective. Ce design permet d'examiner les associations entre variables pluviométriques et épidémiologiques sans établir de causalité directe, conformément aux recommandations méthodologiques pour l'épidémiologie environnementale (26).

Zone d'étude

L'étude porte sur deux communes du département de l'Ouest d'Haïti : Port-au-Prince (18°32'N. 72°20'O: superficie = 36.04 km° : altitude 0300 m) et Delmas (18°33'N., 72°18' © : superficie = 25,74 km° : altitude 100-400 m) (Figure 1). Port-auPrince présente une topographie accidentée, entourée de montagnes. avec de nombreuses ravines souvent obstruées par des déchets solides. Delmas. relativement plus plate. est exposée aux inondations lors d'épisodes pluvieux intenses. Les deux communes partagent un climat tropical semi-aride. caractérisé par deux saisons pluvieuses (printemps : mars-mai : automne :

septembre-novembre) et deux saisons sèches (hiver et été) (15). Afin de contextualiser ce profil climatique. les données décennales (2009 —2018) de l'UHM sont présentées à la figure 2. mettant en évidence les caractéristiques pluviométriques à long terme des deux communes, pour lesquelles l'analyse corrélationnelle porte exclusivement sur la période 2016-2018.

Sources des données

Données pluviométriques : Les données de précipitations ont été obtenues auprès des archives climatologiques de l'Unité Hydrométéorologique d'Haïti (UHM) pour la période 2009-2018. enregistrées aux stations météorologiques de SaintLouis de Gonzague (Port-au-Prince) et de F.I.C (Delmas). Trois variables pluviométriques ont été retenues : G) la pluie totale mensuelle (mm). (i) la pluie maximale mensuelle (mm). c'est-à-dire la plus forte quantité de pluie enregistrée en 22 heures au cours d'un mois donné. et Gü) le nombre de jours de pluie par mois (jour où la précipitation enregistrée = 0.1 mm).

Données sanitaires : Les données sur les cas de paludisme ont été collectées auprès de la Direction Sanitaire de l'Ouest (DSO) du MSPP pour la période 2016-2018. L'échantillon comprend l'ensemble des individus ayant bénéficié d'un test diagnostique pour le paludisme (test de diagnostic rapide [TDR] et/ou test

{A) Jours de pluie cumulés par mois

120 | em Port-au-Prince == Delmas

Nombre cumulé de jours de pluie (2009-2018)

Fes ée Mois

PSE #

Zone d'Étude : Port-au-Prince et Delmas, Haïti (Ouest)

RTE CS

LÉGENDE

Figure 1. Caractéristiques géographiques et climatiques de Port-au-Prince

et Delmas (Ouest, Haïti)

Source OpenStreetMap / CNIGS Haïti, adapté par les auteurs

microscopique [TM]) dans les structures sanitaires des deux communes. soit respectivement 17 235 personnes à Port-au-Prince et 40 322 à Delmas. Le TPR a été calculé comme le rapport entre le nombre de cas confirmés et le nombre total de personnes testées. exprimée en pourcentage. Il convient de noter que ces données de surveillance passive ne capturent pas les infections asymptomatiques. dont la proportion peut être substantielle dans les contextes de faible transmission comme en Haïti (24. 27).

= Port-au-Prince

1250

Précipitations totales cumulées (mm =.

» 3

See

Figure 2. Profil pluviométrique décennal (2009-2018) (A) nombre cumulé de jours de pluie par mois ; (B) précipitations totales cumulées par mois (mm), pour Port-au-Prince et Delmas.

ses se

Analyse statistique

Des statistiques descriptives (moyennes. totaux, distributions mensuelles) ont été utilisées pour caractériser les tendances pluviométriques et épidémiologiques. L'analyse de corrélation a été réalisée à l'aide du coefficient de corrélation de Pearson (r). qui mesure l'intensité et la direction d'une relation linéaire entre deux variables continues. La normalité des distributions a été vérifiée à l'aide du test de ShapiroWilk : le coefficient de corrélation de Spearman (p) a également été calculé à titre de vérification non para-

(B) Précipitations totales cumulées par mois

Ps E

Mois

métrique. Les coefficients ont été calculés avec Microsoft Excel 2013, puis validés par le test de significativité bilatéral (p-value) à l'aide du logiciel IBM SPSS Statistics version 20. Le seuil de significativité statistique a été fixé à a = 0,05. La période de corrélation s'étend sur 36 observations mensuelles (janvier 2016 — décembre 2018).

Les coefficients de Pearson ont été interprétés selon l'échelle suivante (4) : Ir| < 0,10 = négligeable :

0.10= |r| < 0.30 =faible :

0.30 < |r| < 0.50 = modéré :

1x1 > 0,50 = fort.

Considérations éthiques

Cette étude utilise exclusivement des données agrégées et anonymisées issues de sources institutionnelles publiques (UHM. DSO/ MSPP). Aucune donnée individuelle identifiable n'a été collectée ni traitée.

Résultats et Discussions

Profil pluviométrique de la période d’étude (2016-2018)

Les données pluviométriques de la période 2016-2018 révèlent un profil saisonnier bimodal caractéristique du climat tropical semi-aride de la région métropolitaine de Portau-Prince, avec deux saisons pluvieuses (printemps : mars-mai : automne septembre-novembre) et deux saisons sèches (hiver et été). A Delmas, la pluie totale annuelle a augmenté de 5 014 mm en 2016 à 5 274 mm en 2018 (+26%), tandis que le nombre de jours de pluie est passé de 60 à 100 jours (+67%). À Port-au-Prince. la pluie totale a varié de 5 366 mm en 2016 à 756 mm en 2017, puis 5 038 mm en 2018. avec un nombre de jours de pluie quasi stable (77-78 jours/an). Ces tendances contrastées entre les deux communes sont cohérentes avec les spécificités topographiques et microclimatiques locales décrites dans la zone d'étude. Les données pluviométriques décennales (2009-— 2018) utilisées pour caractériser le contexte climatique général sont présentées dans la section Matériels et Méthodes (Figure 2). L'analyse

Tableau 1. Synthèse annuelle des données pluviométriques et sanitaires,

Port-au-Prince et Delmas (2016-2018)

Variable Commune 2016 2017 2018 A(%) Tendance Personnes testées PaP 8 172 5 750 2263 -723 L Personnes testées Delmas 22925 13588 3809 -83,4 l Cas confirmés PaP 563 260 83 —85,3 [ Cas confirmés Delmas 880 337 65 —92,6 L TPR (%) PaP 6,9 45 3,7 —46,4 l TPR (%) Delmas 3,8 2,5 1.8 —52,6 l Pluie totale (mm) PaP 1 366 756 1038 -240 Variable Pluie totale (mm) Delmas 1014 1029 1274 +256 1 Jours de pluie PaP 77 TE 78 +13 — stable Jours de pluie Delmas 60 93 100 +66,1 1

PaP = Port-au-Prince : À = variation 2016-2018.

corrélationnelle présentée ici porte exclusivement sur la période 2016— 2018. Les tendances à long terme sont cohérentes avec les projections climatiques de Diouf et al. (5) qui prévoient une diminution des précipitations dans l'ouest d'Haïti sous les scénarios SSP585 du CMIP6.

Évolution annuelle du disme (2016-2018)

Les deux communes affichent une diminution marquée et convergente des cas de paludisme entre 2016 et 2018 (Tableau 1). À Delmas. les cas confirmés ont chuté de 880 en 2016 à 65 en 2018, soit une réduction de 92.6%. À Port-au-Prince. ils sont passés de 563 à 83, soit une baisse de 85,3%. Malgré un nombre de tests nettement plus élevé à Delmas (40 322 vs 17 235), le TPR à Port-au -Prince était systématiquement supérieur (6.9% contre 3.8% en 2016 : 3.7% contre 1.8% en 2018). suggérant un risque différentiel significatif entre les deux communes. Cette tendance à la baisse est cohérente avec les données nationales rapportées par Jules et al. (15). qui ont documenté une diminution de l'incidence de 60 130 cas en 2010 à 8 978 cas en 2018 à l'échelle du pays. ainsi qu'avec les avancées du programme d'élimination décrites par Lemoine et al. (17).

Variations mensuelles : cas de paludisme et précipitations

paluL'évolution mensuelle superposée des précipitations et des cas de paludisme sur les 36 mois de la période d'étude est présentée à la figure 3. À Port-au-Prince. les pics de cas de paludisme tendent à coïncider avec les mois de précipitations modérées (avril-mai). tandis que les mois de très forte pluie (octobre) ne semblent pas systématiquement associés à une hausse des cas. À Delmas. la tendance descendante des cas domine l'ensemble de la période, indépendamment des fluctuations pluviométriques.

Profil saisonnier moyen

Les profils saisonniers moyens (2016-2018) superposant les cas mensuels moyens de paludisme et les précipitations mensuelles moyennes sont présentés à la figure 4. Dans les deux communes. un pic de cas est visible en mai, coïncidant avec la première saison des pluies. Un second pic plus atténué apparaît en septembre-octobre (saison des pluies d'automne). Ces observations suggèrent une synchronisation partielle entre saisons pluvieuses et pic d'incidence palustre, compatible avec le délai biologique nécessaire au développement larvaire et à la maturation sporogonique du parasite chez le vecteur. Il est notable que ce profil bimodal observé dans nos données locales diffère du profil uniphasique national décrit par Cameron et al. (3). qui ont identifié un pic d'incidence en décembre-janvier et un minimum en avril-mai à l'échelle du pays. Cette divergence pourrait refléter les spécificités du

(A) Port-au-Prince : précipitations mensuelles et cas de paludisme (2016-2018)

5 à

Précipitations (mm)

Précipitations (mm)

(8) Delmas : précipitations mensuelles et cas de paludisme (2016-2018)

Cas de paludisme

-20

GÉNIE ÉG EST ENVIES GEST ENTÈSS ES

Mois

Figure 3. Évolution mensuelle des précipitations totales (barres) et des cas de paludisme (lignes) pour (A) Portau-Prince et (B) Delmas, janvier 2016 - décembre 2018

(A) Port-au-Prince : profil saisonnier moyen

Précipitations moyennes (mm} ù 6 ©

— Pluie moyenne (mm) —- Cas mayers 40

ë $ ù

ù Cas moyens de paludisme

Fi

Précipitations moyennes (mm}

Fes se SSP LES

{B) Delmas : profil saisonnier moyen

— rise moyenne (rm) = 60 —- Cas moyens

Cas moyens de paludisme

-40

-20

Fe sé 8 SO SE RE à

Figure 4. Profil saisonnier moyen (2016-2018) des précipitations (aire ombrée) et des cas de paludisme (ligne)

pour (A) Port-au-Prince et (B) Delmas

contexte urbain métropolitain par rapport aux zones rurales et côtières à forte endémicité (Grand'Anse., Artibonite) qui dominent le profil national.

Analyse de corrélation

Le tableau 1 présente les résultats des analyses de corrélation de Pearson entre chaque variable pluviométrique et les cas de paludisme mensuels. pour chacune des deux communes.

À Delmas. l'ensemble des coefficients de corrélation sont négatifs et faibles (—-0.114 à —0.276) (Tableau 2) : suggérant une tendance inverse entre précipitations et cas de paludisme. La corrélation la plus forte (x = —-0.276 : p = 0.103) concerne la pluie maximale mensuelle, ce qui suggère une faible tendance possible mais statistiquement non confirmée. À Port-au-Prince. les corrélations avec la pluie totale (r = 0.241 : p = 0.156) (Tableau 2) et le nombre

de jours de pluie (r = 0.138 p = 0.422) sont positives mais faibles. Seule la pluie maximale montre une corrélation négative quasi nulle (r = -0.028 : p = 0.874). Aucun de ces résultats n'atteint le seuil de significativité statistique (p > 0.05).

Discussion des résultats

Les résultats ne mettent pas en évidence de corrélation statistiquement significative, mais révèlent des schéRED 12 (1) Juin 2026 63

Tableau 2. Coefficients de corrélation de Pearson (r) et valeurs de significativité (p) entre les variables pluviométriques et les cas de paludisme (n =

36 mois)

Variable r (Delmas) p (Delmas) r(PaP) p (PaP) Pluie totale (mm) —0,114 0,506 0,241 0,156 Pluie maximale (mm) 0,276 0.103 —0,028 0.874 Jours de pluie —0,142 0,416 0,138 0,422

PaP = Port-au-Prince : seuil de significativité : p < 0,05.

mas différentiels entre les deux communes qui méritent une analyse approfondie.

Le contraste observé entre Port-auPrince (corrélations positives) et Delmas (corrélations négatives) mérite une clarification préliminaire. À Delmas, la pluviométrie a augmenté de +26 (hauteur totale) et +67% Gours de pluie) entre 2016 et 2018, tandis que le TPR a simultanément diminué de 53%. Cette corrélation négative apparente semble contreintuitive. car les précipitations et les eaux stagnantes sont classiquement présentées comme des facteurs de risque pour le paludisme. Toutefois. plusieurs mécanismes peuvent expliquer ce phénomène : (1) l'effet de lessivage des gîtes larvaires par des pluies intenses, (ii) la forte réduction des cas liée aux interventions du PNCM qui domine le signal pluviométrique sur la période courte de 36 mois. et (iu) la variabilité interannuelle de la pluviométrie qui ne se traduit pas nécessairement par une variation synchrone du TPR dans un contexte urbain dense. Ces facteurs confondants sont discutés ci -après. Le contraste topographique pourrait s'expliquer par plusieurs déterminants complémentaires. Les différences topographiques jouent un rôle important : Delmas. située à une altitude plus élevée (100-400 m) avec une géographie relativement plate, est davantage exposée aux inondations susceptibles de détruire les gîtes larvaires par lessivage des larves vers des zones impropres à leur développement. Portau-Prince, avec sa topographie accidentée et ses ravines souvent obstruées par des déchets. présente un potentiel supérieur de formation de micro-habitats aquatiques stagnants après les épisodes pluvieux. favorisant le développement larvaire d'Anopheles albimanus (16. 20). Caïllouet et al. (2) ont caractérisé les gîtes larvaires d'An. albimanus dans la vallée de l'Artibonite, montrant que les larves se développent préférentiellement dans des habitats permanents et semipermanents d'eaux stagnantes de surface (empreintes de sabots. fossés. rizières, mares), des conditions qui peuvent se retrouver dans les ravines obstruées de Port-au-Prince. De plus. la densité de population plus élevée de Port-au-Prince et l'urbanisation non maîtrisée, avec une prolifération d'habitats informels et un assainissement déficient. pourraient amplifier le contact humainvecteur et faciliter la transmission (27).

L'écologie d'An. albimanus en Haïti présente des particularités qui éclairent nos résultats. Frederick et al. (11). dans leur revue systématique de la recherche vectorielle en Haïti. soulignent que ce moustique est essentiellement côtier. fréquemment trouvé dans les eaux saumâtres. et considéré comme un vecteur relativement inefficace du fait de ses préférences exophiliques et exophagiques (1. 21). Cependant. des données suggèrent une activité endophagique entre 19h et 21h. suivie d'un repos extérieur (18). Les pics de densité vectorielle surviennent en novembre et en juin. juste après le début des deux saisons pluvieuses (32. 22). suivis par des pics d'incidence palustre. Cette observation est cohérente avec la synchronisation partielle observée dans nos données. Jaramillo-Underwood et al. (14) ont récemment confirmé. à travers une enquête sérologique menée

dans 350 écoles à travers Haïti en 2016. une hétérogénéité spatiale significative de l'exposition aux piqûres d'An. albimanus. avec des grappes de forte exposition associées à la présence de plans d'eau et à l'altitude plus basse.

La corrélation négative entre la pluie maximale et les cas de paludisme, observée dans les deux communes, est cohérente avec la littérature. Paaijmans et al. (22) ont démontré expérimentalement en Afrique de l'Est que des pluies intenses peuvent détruire les habitats larvaires d'Anopheles gambiae par lessivage, créer des courants d'eau trop turbulents pour le développement des stades immatures et déplacer physiquement les larves. Ce mécanisme, potentiellement transposable à An. albimanus en Haïti. pourrait expliquer pourquoi les événements de forte pluie semblent exercer un effet inhibiteur plutôt que facilitateur sur la transmission palustre en milieu urbain. Ce résultat a également été observé au Mozambique par Ferräo et al. (9). De manière convergente, Diouf et al. (5) ont confirmé dans leur modélisation appliquée à Haïti que les pluies abondantes d'août tendent à submerger les œufs de moustiques déposés sur les surfaces d'eau. tandis que les conditions post-pluviales plus favorables (disponibilité d'eaux usées, chaleur intense, humidité résiduelle) prolongent la longévité des vecteurs et favorisent la transmission avec un décalage d'environ un mois.

Plus largement. la littérature récente souligne la nature non linéaire, voire unimodale. de la relation précipitations-paludisme. Une étude multirégionale portant sur 25 ans de données en Afrique et en Asie a démontré que la température et les précipitations présentent des relations unimodales avec le paludisme, avec un effet positif jusqu'à un certain seuil au-delà duquel l'effet devient négatif (28). En Afrique subsaharienne, Yamba et al. (33) ont montré, à l'aide de données entomologiques directes. que la transmission saisonnière du paludisme

est contenue dans une fenêtre de température de 15°C—40°C et que le début de la transmission ne suit les précipitations qu'avec un décalage marqué uniquement dans les zones à pluviométrie fortement saisonnière.

Nos résultats s'inscrivent dans un ensemble de recherches soulignant la complexité et la non-linéarité de la relation pluie-paludisme. En Afrique, Mafwele et Lee (19). analysant des données sur plus d'un siècle (1901-2015). ont observé une corrélation positive générale, mais une inversion vers une corrélation négative pour la période récente (1981-2015). suggérant une modification de la relation sous l'effet du changement climatique et des interventions sanitaires. Au Sri Lanka. Briët et al. (1) ont relevé des corrélations positives avec un décalage de 0 à 2 mois. suivi de corrélations négatives 3 à 9 mois après les précipitations. En Chine, Huang et al. (13) et Wang et al. (29) ont confirmé le rôle de la température comme cofacteur déterminant. Kumar et al. (16) en Inde ont démontré que la pluviométrie seule ne suffit pas à expliquer la variabilité du paludisme et qu'une approche multivariée est indispensable.

La baisse spectaculaire des cas de paludisme observée dans les deux communes (—-85 à —-93%) sur seulement trois ans est vraisemblablement multifactorielle. Plusieurs éléments pourraient avoir contribué à cette diminution. indépendamment des variations pluviométriques : le renforcement des interventions de lutte antipaludique par le MSPP. notamment la distribution de moustiquaires imprégnées d'insecticides à longue durée d'action (MILDA) et les campagnes de pulvérisation intra-domiciliaire : l'amélioration de l'accès au diagnostic rapide et aux traitements antipaludiques : l'appui de partenaires internationaux (Fonds mondial. OMS. USAID, The Carter Center) : les mouvements de population post-catastrophes naturelles : et les variations dans les pratiques de déclaration des cas (11. 24). Il est également notable que le

PNCM a mis en place des stratégies combinant administration médicamenteuse de masse et pulvérisation intra-domiciliaire dans le département de la Grand'Anse (7). bien que ces interventions n'aient pas directement visé les communes de notre étude. Selon Druetz et al. (6). la transmission du paludisme en Haïti est hautement focale, ce qui nécessite une surveillance granulaire intégrant des informations sur les infections asymptomatiques pour orienter les interventions. L'absence de contrôle de ces cofacteurs constitue la principale limite de l'analyse corrélationnelle.

Limites de l’étude

Plusieurs limites méthodologiques doivent être considérées. Premièrement. la durée d'étude (36 mois) est insuffisante pour capturer les dynamiques climatiques et épidémiologiques à long terme, en particulier dans un contexte où les événements climatiques extrêmes (ouragans, sécheresses) peuvent exercer des effets non linéaires sur la transmission (31. 28). Deuxièmement, l'analyse se limite aux corrélations simultanées et n'intègre pas de décalage temporel (time-lag), pourtant biologiquement justifié et méthodologiquement faisable avec les données mensuelles disponibles (décalage de 5 à 1 mois). Le cycle de développement d'An. albimanus et le cycle sporogonique de P. falciparum impliquent un délai minimal de 2 à 6 semaines entre un épisode pluvieux et l'apparition des cas cliniques (1). Ce décalage a été quantifié à environ un mois par Diouf et al. (5) dans leur modélisation spécifique au contexte haïtien. Troisièmement, seules les précipitations ont été utilisées comme variable climatique. alors que la température ambiante et l'humidité relative jouent un rôle déterminant (17. 15). de même que l'indice de végétation avancé (EVI) et la température de surface (LST), identifiés comme covariables prédictives majeures par Cameron et al. (3). Quatrièmement. les données épidémiologiques haïtiennes sont sujettes à des biais de sous-déclaration (11. 31) : Jules

et al. (15) ont souligné des divergences entre les données du MSPP et de l'OMS. De plus. la surveillance passive ne capture pas les porteurs asymptomatiques, dont la proportion nationale a été estimée à environ 0,4% par PCR (17). Cinquièmement. l'absence de données entomologiques (densité vectorielle, taux d'inoculation entomologique) représente une lacune importante, d'autant que très peu d'études ont mesuré l'intensité de la transmission par le taux d'inoculation en Haïti (11). Enfin. le coefficient de Pearson suppose une relation linéaire, ce qui pourrait ne pas refléter la complexité de la relation pluie-paludisme, celle-ci étant reconnue comme unimodale (28).

Implications pour la santé publique

Malgré l'absence de significativité statistique, les tendances observées présentent un intérêt pour la planification sanitaire. La synchronisation partielle entre les saisons pluvieuses et les pics de cas (Figure 3) suggère qu'une intensification préventive des interventions avant et pendant les saisons des pluies pourrait être bénéfique. Concrètement. il serait pertinent de renforcer la distribution de moustiquaires imprégnées (MILDA) et les campagnes de pulvérisation intra-domiciliaire dès le mois de février-mars (avant la première saison pluvieuse) et en août (avant la seconde), avec un accent particulier sur Port-au-Prince où la corrélation positive tendancielle avec les précipitations modérées invite à une vigilance accrue.

Le renforcement du système de surveillance épidémiologique par l'intégration de données météorologiques en temps réel pourrait permettre la mise en place d'alertes précoces ciblées, conformément aux recommandations de l'OMS pour les zones d'élimination du paludisme. L'utilisation de modèles dynamiques tels que le Liverpool Malaria Model (LMM). déjà appliqué avec succès au contexte haïtien (5). représente une piste prometteuse pour intégrer les effets simultanés de la température et des précipitations dans la

prédiction de la transmission. Par ailleurs, la stratégie d'élimination d'Haïti pourrait bénéficier d'approches innovantes telles que les enquêtes de groupes d'accès facile (EAG) mises en œuvre par Druetz et al. (6) dans l'Artibonite et la Grand'Anse. qui permettent de compléter la surveillance de routine par des informations granulaires sur la prévalence parasitaire, y compris les infections asymptomatiques. Enfin. les avancées récentes en modélisation du contrôle vectoriel par Wolbachia (10) ouvrent des perspectives de recherche supplémentaires pour Haïti. bien que leur applicabilité au contexte haïtien nécessite des études pilotes.

Conclusion

En réponse à la question de recherche posée, cette étude n'a pas mis en évidence d'association statistiquement sigmificative entre les précipitations atmosphériques et le taux de positivité des tests (TPR) du paludisme dans les communes de Port-au-Prince et de Delmas sur la période 2016-2018 (p = 0.05 pour toutes les variables pluviométriques testées). L'analyse révèle néanmoins des tendances différenciées entre les deux communes : des corrélations positives faibles à Port-au-Prince (pluie totale : r = 0.241 : jours de pluie : r = 0.138) et des corrélations négatives faibles à Delmas @œ = -—-0,114 à -0.276). reflétant l'influence probable des spécificités topographiques et urbanistiques locales sur l'écologie vectorielle d'Anopheles albimanus. La corrélation négative entre les précipitations maximales et les cas de paludisme, observée dans les deux communes, appuie l'hypothèse d'un effet de lessivage des gîtes larvaires lors d'épisodes pluvieux intenses, un mécanisme également validé par la modélisation climatiqueépidémiologique appliquée à Haïti.

Ces résultats suggèrent que les précipitations seules ne constituent pas un prédicteur suffisant du TPR du paludisme en milieu urbain haïtien. et que des déterminants multifactoriels (température, densité vecto3. Cameron. E.

rielle, couverture des interventions. 6. Druetz. T.. Stresman. G.. Ashton,

comportements de recours aux soins) doivent être considérés conjointement. Des études longitudinales sur des périodes plus étendues Œ 10 ans). intégrant des variables climatiques complémentaires (température, humidité relative). des données entomologiques, des indicateurs socio-économiques et l'analyse de décalages temporels (time-lag). permettraient de mieux caractériser la relation entre précipitations et transmission palustre dans les communes urbaines du département de l'Ouest d'Haïti.

Remerciements

Les auteurs remercient l'Unité Hydrométéorologique d'Haïti (UHM) et la Direction Sanitaire de l'Ouest (DSO) du MSPP pour l'accès aux données.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

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