À propos de cette revue

 

Pendant dix-neuf (19) ans, de juillet 1915 à août 1934, le peuple haïtien a subi l’occupation américaine. Si cette intervention fut d’abord perçue par une partie de la population comme une réponse à l’instabilité politique qui secouait le pays depuis plusieurs décennies, elle suscita rapidement un profond sentiment de frustration et de désillusion.

Cette situation conduisit une importante frange de l’élite intellectuelle haïtienne, notamment les écrivains, à engager une réflexion sur l’identité nationale. Cette prise de conscience donna naissance, en juillet 1927, à la Revue Indigène, publication qui marqua un tournant majeur dans l’histoire intellectuelle du pays.

L'héritage de la Revue Indigène

Dans la continuité des idéaux qui animaient la littérature haïtienne depuis 1804, la Revue Indigène défendait une ouverture vers le monde caribéen et latino-américain, la valorisation de la singularité culturelle haïtienne, l’intégration du folklore dans la création littéraire ainsi qu’une lecture approfondie de l’histoire nationale afin d’en comprendre les causes profondes.

« Les événements sont plus grands que ne le savent les hommes ; ceux-là mêmes qui semblent l’ouvrage d’un accident, d’un individu, d’intérêts particuliers ou de quelque circonstance extérieure ont des sources bien plus profondes et une bien autre portée. »
— François Guizot, Essais sur l’histoire de France (1836)

Dans cette dynamique intellectuelle, Jean Price-Mars publia en 1928 Ainsi parla l’Oncle, ouvrage majeur dans lequel il dénonça le « bovarysme collectif » et invita les Haïtiens à renouer avec leur identité culturelle. Déjà, dans La Vocation de l’Élite, il appelait à une véritable éducation sociale fondée sur la connaissance de l’histoire et la conscientisation nationale.

Naissance de la Faculté d’Ethnologie

Cette vision conduisit à la création, en 1941, de l’Institut d’Ethnologie par Jean Price-Mars. En 1958, celui-ci devint la Faculté d’Ethnologie, aujourd’hui l’une des plus anciennes composantes de l’Université d’État d’Haïti (UEH).

Véritable berceau des sciences humaines et sociales en Haïti, la Faculté d’Ethnologie a toujours accordé une place centrale à la recherche scientifique et à la diffusion des connaissances.

Une longue tradition éditoriale

Dès son intégration à l’Université, la Faculté lança sa propre publication scientifique. Jusqu’en 1983, près d’une quarantaine de numéros furent publiés, dont seize sous le titre de Revue de la Faculté d’Ethnologie.

À partir de 1970, cette publication bénéficia de la collaboration du Centre de Recherches en Sciences Humaines et Sociales (CRESHS), devenant la Revue de la Faculté d’Ethnologie et du Centre de Recherches en Sciences Humaines et Sociales.

En 1974, le numéro 24 fut publié conjointement avec le premier Bulletin de l’Académie des Sciences Humaines et Sociales d’Haïti. En 1981, la revue comptait déjà trente-six numéros, tandis que le Bulletin en était à sa onzième parution.

Une relance au service de la recherche

Les bouleversements sociopolitiques survenus après le 7 février 1986 entraînèrent progressivement l’arrêt de cette prestigieuse revue.

Dans le cadre de la relance de la recherche scientifique et de la publication universitaire au sein de l’Université d’État d’Haïti, le nouveau Décanat élu en mars 2025 a décidé de faire renaître cette tradition éditoriale sous un nouveau titre :

Bulletin de la Faculté d’Ethnologie (BUFE)

Cette renaissance poursuit un double objectif : offrir aux jeunes chercheurs un espace rigoureux de diffusion scientifique et contribuer au rayonnement national et international des travaux réalisés à la Faculté d’Ethnologie.

Elle s’inscrit également dans l’un des cinq axes stratégiques du Laboratoire de Recherche et d’Intervention en Développement (LARIDEV), récemment créé au sein de la Faculté.

Conclusion

Héritier d’une tradition intellectuelle prestigieuse, le Bulletin de la Faculté d’Ethnologie (BUFE) ambitionne de renouer avec l’excellence scientifique qui a fait la réputation de ses prédécesseurs tout en répondant aux enjeux contemporains des sciences humaines et sociales en Haïti.

Que cette nouvelle génération de chercheurs fasse vivre cet héritage et contribue, à son tour, à l’enrichissement du savoir haïtien.