Vol. 2 No 2 (2021): Varia
Ce numéro varia rassemble, dans l’ordre de pagination, des
contributions de Jhon Picard Byron, Jean-Claude Noël,
James Boyard, Lukinson Jean, Woodkend Eugène, Blair Chéry.
Dans « Jean Price-Mars : enjeux et défis du développement
d’une pensée anthropologique en Haïti », Byron met en exergue
l’apport de penseurs haïtiens du XIXe siècle à l’anthropologie
avant même celui du fondateur de l’Institut d’ethnologie d’Haïti,
en l’occurrence Jean Price-Mars ; il note que ces apports n’ont pas
été pris en compte par les promoteurs de l’anthropologie critique.
Il souligne également que le duvaliérisme a tendu à faire un usage
politique de l’apport de Price-Mars à la discipline. C’est toute l’his
toire de l’ethnologie en Haïti que Byron s’efforce ainsi de replacer
sur le métier à (re)tisser en maniant de manière impliquée les fils
politiques, institutionnels et autobiographiques.
Dans « L’autre comme prétexte dans le genre viatique : un cas
dans Aline et Valcour de Sade », Jean-Claude Noël braque volon
tiers le projecteur sur la dialectique de l’ici et de l’ailleurs à travers
l’analyse partielle d’un titre bien connu de l’œuvre monumentale
du mythique Marquis de Sade. Il exploite précisément l’étrange
paradoxe du regard éloigné qui, faute de savoir véritablement
se déprendre dans la rencontre avec l’autre, fait du lointain une
8
Chantiers/ Revue des sciences humaines & sociales de l'UEH
version édulcorée du proche. Sans la formuler explicitement, cette
contribution pose la question de la fonction même du discours
anthropologique en tant que discours sur l’autre : en l’occurrence,
est-ce qu’il ne s’agit pas d’un vecteur de domination, sinon une
sorte de creuset au brassage unidimensionnel impeccablement à
l’œuvre dans la globalisation. Dans la redistribution de l’espace
politique et épistémologique suggérée par Noël, se lit en filigrane
la question de la résistance et de l’impérieuse nécessité d’une
libération du savoir local.
Comment se prémunir du repliement épistémologique,
depuis le lieu même d’un plaidoyer implicite en faveur de la
production locale ? Précisement ce tour de force que nous devons
à James Boyard dans « Le rôle du système de production de la
connaissance dans la construction d’une civilisation hégémo
nique », invite le lecteur à une exploration du modèle américain
de production de savoir. La démonstration éclaire le double dispo
sitif, rhétorique et organisationnel, qui sert d’assise à l’hégémonie
scientifique américaine. L’accent mis sur la notion d’hégémonie
pointe moins quelque chose à subir ou à imiter de notre coté qu’à
déjouer de préférence sur l’échiquier mondial des lieux de savoir.
L'article de Lukinson Jean, « Les paradoxes de la COVID-19 en
Haïti. Contributions à une socio-psychologie de la perception de
l’épidémie », interroge le discours du sens commun à travers un
dispositif mobilisant un questionnaire, des échanges informels
et d’autres sources. La réflexion se construit dans une démarche
ancrée invitant spécifiquement au recentrage dans le contexte
d’une épidémie mondiale. À ce carrefour, un important défi se
signale dans la perspective d’un essaimage efficient, au sein de
la population locale, des attitudes et des représentations propres
à renforcer les bons gestes, schémas de pensée et attitudes face
au péril sanitaire. L’approche déployée entend trancher avec le
discours dominant, à prétention universalisante qui traverse les
médias comme la pratique médicale.
Le numéro se ferme, en deux contributions très proches, sur
un dossier politico-juridique. Dans sa contribution « Autour de la
validité juridique des décrets présidentiels publiés en Haïti depuis
Éditorial
9
la proclamation de la Constitution de 1987 », Woodkend Eugène
questionne le légalisme paradoxalement peu soucieux de légalité
qui se cache derrière la manie des décrets que le pouvoir exécutif
expérimente depuis la vacance de l’assemblée nationale rendue
caduque en janvier 2020. L'auteur assimile la promulgation de
ces décrèts à autant de violations de la Constitution. Comme
par un juste retour de balancier, Blair Chéry, dans « Le mandat
présidentiel au crible de la Constitution de 1987 », prend à son
propre jeu le Président de la République (qui avait dissout de force
le Parlement), en attirant l’attention sur l’échéance de son propre
mandat au 7 février 2021. Les deux articles relancent et recadrent
à la fois un débat pas toujours académique correctement éclairé.
Il s’agit en définitive du procès d’une gestion politique pour le
moins catastrophique.
Nous étions à la veille de mettre sous presse quand de nou
veaux membres ont rejoint le Comité de rédaction. En consé
quence la responsabilité de cet éditorial incombe aux signataires.
Chantiers