Analyse des relations entre l’Alimentation, les comportements individuels et le développement du cancer : les liens à rechercher
Etudes
loppement du cancer : les liens à rechercher
RESUME
Rouzier M. 2017. Analyse des relations entre l'alimentation, les comportements individuels et
le développement du cancer : les liens à rechercher. RED 8 (1) : 12 - 23
Le cancer est actuellement l'une des premières causes de mortalité dans le monde et chaque
année 14 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués, avec une tendance graduelle à la
hausse. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 70 % des décès par cette affection survien-
nent actuellement dans les pays à revenus faibles ou moyens. C'est dire l'impact négatif gran-
dissant de cette affection dans nos sociétés, en dépit des traitements modernes offerts à coût
généralement élevé et des sommes énormes consacrées à la recherche dans le domaine. Dans
un tel contexte, parmi les axes stratégiques d'actions à entreprendre, la prévention devrait
occuper une place de choix, d'autant que de récents travaux ont permis de mieux comprendre
le rôle qu'elle peut jouer et indiqué comment les populations peuvent en tirer parti. Ce texte
propose une synthèse concernant certaines approches comportementales et alimentaires pou-
vant contribuer à mieux prévenir et gérer ce mal. Un accent particulier est mis sur l'influence
bénéfique que peut avoir la consommation régulière de certains produits locaux en ce qui a
trait au déclenchement et à l'évolution de la maladie au cours ou après les traitements clas-
siques généralement offerts. Les aliments ou comportements pouvant avoir un effet négatif
sont aussi passés en revue. Des pistes d'actions pour lutter contre le cancer de façon naturelle
émergent des articles sélectionnés (plus de 125) et peuvent aider à réduire les facteurs de
risque ou permettre d'affronter la maladie avec quelques atouts supplémentaires.
ABSTRACT
Rouzier M. 2017. Analysis of the relationship between diet, individual behaviors and cancer
development: the links to look for. RED 8 (1): 12 - 23
Cancer is currently one of the leading causes of death in the world and every year, 14 million
new cases are diagnosed, with a gradual ascending trend. According to the World Health Or-
ganization, 70% of deaths from this disease currently occur in low- and middle-income coun-
tries. That is to say the growing negative impact of this affection in our societies, despite the
modern treatments offered at generally high cost and the huge budgets devoted to research in
that field. In this context, prevention should play a prominent and strategic role, especially as
recent work has led to a better understanding of its role and how it can benefit to the popula-
tion. This text proposes a synthesis concerning certain behavioral and food approaches that
can contribute to better prevent and manage this disease. Particular emphasis is placed on
the beneficial influence that regular consumption of certain local products may have on the
onset and course of the disease, during or after the usual conventional treatments. Foods or
behaviors that may have a negative effect are also reviewed. Treatment avenues to struggle
naturally combat against cancer emerge from more than 125 selected articles. They can help
reduce risk factors and adding a few tools to fight the disease.
Mise en contexte
Personne n'est à l'abri du cancer,
l'une des premières causes de mor-
talité dans le monde, d'autant qu'il
s'agit d'une affection à multiples
facettes et que plusieurs de ses fac-
teurs de risque tels l'hérédité ou
certains facteurs environnementaux
sont en dehors de notre contrôle.
Ces dernières années, cette maladie
a fait de nombreuses victimes dans
le pays et dans nos familles. Ceci
doit nous interpeller et nous inciter
à garder à l'esprit qu'en dépit de son
côté tantôt inéluctable, tantôt im-
prévisible, cette maladie ne nous
laisse pas tout à fait démunis. En
ce sens, il est important de com-
prendre comment nos propres com-
portements, alimentaires ou autres,
peuvent influencer son apparition et
son développement. Dans un pays
comme Haïti où les traitements
classiques proposés contre le cancer
sont hors de prix pour la plus
grande partie de la population, il est
impensable de prétendre faire face
au problème uniquement par des
traitements curatifs : il parait évi-
dent que les mesures préventives
comportementales doivent consti-
tuer un maillon fondamental dans
cette lutte. En fait, Les recherches
effectuées ces dernières années ont
très nettement indiqué certains
liens entre l'alimentation, le com-
portement et le cancer. À côté du
tabac et des facteurs hormonaux
souvent incriminés, l'alimentation
aurait un rôle non négligeable qui
mériterait d'être mieux compris.
Notre état d'esprit semble aussi être
un facteur déterminant et, même si
on est déjà atteint par cette affec-
tion, selon de nombreuses re-
cherches, l'attitude que nous adop-
tons face à la maladie pourrait avoir
un impact crucial sur son évolution.
Dans son ouvrage “Anti cancer” de-
venu une référence dans le domaine,
le Dr David Servan tache d'étayer
cette thèse en faisant appel à son
propre vécu, ayant lui-même été
touché par la maladie et avec de
nombreux exemples de cas qu'il a pu
suivre en tant que médecin (95).
Selon le Dr Schreiber, le rôle joué
dans ce sens par nos propres méca-
nismes de défense contre le cancer
est d'une importance capitale et
chacun a la possibilité de mettre ces
mécanismes au travail pour bénéfi-
cier de la plus intime des collabora-
tions, celle de notre organisme lui-
même. Encore faut-il lui en donner
les moyens. De nombreux travaux
de recherche ont montré qu'il existe à
tout moment des cellules cancé-
reuses dans notre corps: elles peu-
vent trouver un terrain favorable ou
pas : Si nous avons tous des cellules
cancéreuses en nous, nous avons
tous aussi un corps fait pour déjouer
le processus de formation des tu-
meurs. Il revient à chacun de nous
en servir (sic). La force de l'esprit
doit d’ailleurs s’allier à celle du
corps pour optimiser les effets de
cette lutte (95).
Tout en reconnaissant d'emblée qu'il
n'existe aucune approche naturelle
capable à elle seule de venir à bout
d'un cancer et l'intérêt des diffé-
rents traitements de pointe offerts
par la médecine moderne
(chimiothérapie, chirurgie, radiothé-
rapie, etc.).si on peut se les offrir et
en dépit de leurs limites, Schreiber
suggère une stratégie permettant à
chacun de construire une sorte de
“biologie anti-cancer" à la fois de
l'esprit et du corps afin de modifier
favorablement ce qu'il appelle le
"terrain" et de tirer le meilleur parti
possible des propres mécanismes de
défense du corps. Il incite donc à
mettre en action ses propres res-
sources en suivant son rythme et en
faisant appel à ses intuitions pro-
fondes, tout en appliquant quelques
principes de base ayant déjà éprou-
vés dans ce genre de combat (95).
Les lignes qui suivent constituent
une synthèse de travaux de re-
cherche effectués aussi bien en Eu-
rope qu'en Amérique et en Asie dont
les conclusions méritent d'être
prises en considération.
Les comportements et habitudes
dans le développement du can-
cer
L'activité physique régulière, un
atout majeur
Les effets positifs de l’activité phy-
sique sur la prévention et l'évolution
du cancer sont probants pour de
nombreux types de cancer. Une ré-
cente étude vient de démontrer que
pour les cancers du sein et du colon,
plus le niveau d'activité physique
est élevé, plus la protection contre
ces cancers est forte (40). En ce qui
concerne le cancer du sein, selon
une étude Allemande, cette protec-
tion vaut aussi bien pour les
femmes pré que post ménopausées
(61). Après un diagnostic de cancer
du sein, une activité physique modé-
rée pourrait réduire de 40% les
risques de récidive et de mortalité
liés au cancer(2). L'activité physique
réduit aussi significativement le
risque de mortalité après un dia-
gnostic de cancer de la prostate
(101). L'exercice régulier favorise-
rait l'instauration d'un processus de
modulation de l'état d'inflammation
qui s'exerce via le nombre et la fonc-
tion des lymphocytes T, l’activité de
phagocytose et celle des cellules
tueuses (cellules NK). Selon des ex-
périmentations faites sur des ani-
maux, les exercices réalisés sur une
base régulière ont pu diminuer de
60 % l'incidence et la taille de diffé-
rents types de tumeurs cancéreuses
(85). Inversement, le fait de rester
longtemps assis au cours d'une jour-
née augmenterait le risque de développement de certains cancers (57).
Le stress : facteur d’affaiblisse-
ment des mécanismes de défense
De nombreuses études ont mis en
évidence les effets du stress sur l’ap-
parition et l'évolution du cancer (16,
71, 97). Un niveau de stress chro-
nique pourrait induire une évolution
rapide du cancer du sein par l’acti-
vation du système lymphatique qui
transporte les cellules cancéreuses à
travers l'organisme (97). En dimi-
nuant le niveau de stress, certaines
activités relaxantes et sportives ai-
deraient à lutter contre le dévelop-
pement des cellules cancéreuses (12,
73, 85, 95).
Habitudes et hygiène dans le dé-
veloppement du cancer
Outre le stress, de nombreux autres
facteurs pourraient contribuer à
fragiliser l'organisme et favoriser de
cette manière le développement de
cancers. Ainsi, l'exposition prolon-
gée au rayonnement solaire peut
conduire à l'apparition de cancers de
la peau. De même, le tabagisme est
aujourd'hui considéré comme le pre-
mier facteur de risque du cancer et
serait à origine de 22% des décès
provoqués par le cancer. Il serait à
la base, selon l'OMS, de près de 70%
des cas de cancer du poumon dia-
gnostiqués dans le monde (79). Des
habitudes particulières d'hygiène
chez les femmes pourraient aussi
être à l'origine de certains cancers.
Ainsi, l'application de talc au niveau
des parties génitales augmenterait
le risque de contracter le cancer de
l'ovaire selon une récente étude réa-
lisée aux USA: le risque augmente-
rait avec le nombre d'années de
l'usage (18, 19).De même, la pra-
tique des lavages vaginaux internes
doublerait le risque d'apparition du
cancer de l'ovaire (34). La consom-
mation de boissons trop chaudes
exposerait au cancer de l’œsophage,
selon le Centre International de la
Rechercher sur le Cancer et d’autres
études (60).
Par contre, l'allaitement serait con-
sidéré comme un facteur de protec-
tion. Plus sa durée est longue dans
la vie d'une femme, moindres sont
les risques de développement de
cancer, notamment du sein (30).
L'alimentation dans le dévelop-
pement de cancer
Environ 1/3 des décès liés au cancer
sont dus à des facteurs de risque
comportementaux et alimentaires.
Des changements dans l’alimenta-
tion pourraient à eux seuls dimi-
nuer de près de 25% l'incidence des
cancers de la sphère digestive selon
l'Organisation Mondiale de la Santé
(79).Selon cette organisation, l'ali-
mentation est un des facteurs sur
lequel on doit compter pour réduire
les facteurs de risque du cancer (79).
Cependant, l'alimentation peut
jouer dans les deux sens. Si certains
aliments exerceraient un effet pro-
tecteur et même parfois réparateur,
d'autres par contre, en particulier
quand ils sont consommés en excès,
pourraient se révéler néfastes.
Aliments et compléments alimen-
taires exerçant un effet protec-
teur contre le cancer
a. Les aliments riches en vita-
mine C
Plusieurs études ont montré cet ef-
fet protecteur qui serait dù à l’acti-
vité anti oxydante de ces aliments
(60). Selon une récente étude effec-
tuée par une équipe brésilienne, la
cerise antillaise ou acérola (cultivée
en Haïti), très riche en vitamine C,
aurait la capacité de baisser la fré-
quence des mutations cellulaires et
de réduire les altérations chromoso-
miques induites par les traitements
chimiothérapiques modernes (26).
b. Les Légumes et fruits jaunes,
riches en B-carotène
Plusieurs études épidémiologiques
rapportent une relation inverse
entre le développement de divers
cancers, surtout aéro-digestifs, et
des apports alimentaires ou des
taux sanguins élevés en β-carotène
(60). Selon les résultats d'une méta-
analyse de 5 études épidémiolo-
giques, un apport alimentaire élevé
en B-carotène aiderait aussi à préve-
nir le cancer de l'ovaire (44). De
même, il a été démontré que la con-
sommation de papaye, également
riche en B-carotène, est inversement
corrélée aux infections persistantes
au papillomavirus associées à la
majorité des cancers du col de l’uté-
rus. Une autre étude menée sur
plus de 50 000 femmes noires améri-
caines a également montré que
celles consommant au moins 3 por-
tions de carottes par semaine ont 17
% moins de risque de développer un
cancer du sein que celles en consom-
mant moins d'une fois par semaine
(6). La vessie de même que le colon
seraient aussi protégés par ces lé-
gumes (91). D'autres études indi-
quent toutefois que sous forme de
complément vitaminique, le 6-
carotène a un effet délétère chez les
patients, en particulier chez les fu-
meurs (78, 60).
c. Aliments riches en lycopène
Selon le “World Cancer Research
Fund (WCRF)”, organisme interna-
tional travaillant entre autres sur
les liens entre le cancer et l’alimen-
tation, les aliments riches en lyco-
pène, en particulier la tomate et ses
produits dérivés, auraient une ac-
tion protectrice contre le cancer de
la prostate (117). L’American Medi-
cal Association a récemment recon-
nu que le lycopène pourrait contri-
buer à diminuer le risque de cancer
de la prostate (126). Selon une étude
prospective, les consommations ali-
mentaires les plus élevées en lyco-
pène chez les hommes sont inverse-
ment corrélées au risque d'être at-
teint d'un cancer de la prostate et
plus particulièrement au cancer
mortel de la prostate (54). Dans une
autre étude, il a été démontré que le
risque de développement de ce can-
cer était inversement corrélé au
taux de lycopène dans le sang (112).
Des travaux récents menés chez un
groupe d'hommes suggèrent qu'une
consommation de produits conte-
nant 30 mg de lycopène pendant 3
semaines peut réduire les valeurs
du PSA (Prostate Specific Antigen)
chez ceux ayant un cancer moyen de
la prostate et ne présentant pas de
métastases (47).
Des études expérimentales ont aussi
indiqué que le lycopène pouvait in-
hiber la croissance de cellules cancé-
reuses et prévenir la formation de
tumeurs au niveau des poumons
(82). Le melon d'eau renferme aussi
beaucoup de lycopène facilement
assimilable et peut constituer
comme la tomate une source inté-
ressante de cette substance. La pa-
paye et la goyave en contiennent
également.
d. Aliments riches en fibres
Une récente étude concernant l'ali-
mentation des noirs (américains et
africains) a montré qu'en seulement
2 semaines, une alimentation riche
en fibres pouvait favorablement mo-
difier la flore intestinale et avoir un
effet protecteur contre le cancer du
côlon (77). Des travaux effectués en
Europe, ont montré que la consom-
mation de fibres, particulièrement
celles venant des légumes, est liée à
une diminution significative du
risque du cancer du sein (28). Ces
résultats ont été confirmés par
d'autres recherches qui ont indiqué,
entre autres, que plus la consomma-
tion de fibres est élevée chez la
femme, plus le risque de souffrir
d'un cancer du sein est faible (23).
De même, chez les femmes ayant eu
une grande consommation de fibres
à l'adolescence, le risque de tous les
types de cancer du sein a été de 16%
plus faible que chez celles qui en
consommaient peu et celui des can-
cers avant la ménopause de 24%
plus faible (27). Une équipe de l'Uni-
versité du Colorado a montré qu'un
régime enrichi en fibres freinait la
formation de vaisseaux sanguins
autour des tumeurs prostatiques,
réduisant ainsi la progression du
cancer (86).
e. Les légumes
Les légumes verts sont souvent pro-
posés pour leurs bienfaits sur la
santé en général mais aussi pour
lutter contre le cancer (60, 113,
114). Au Brésil, une relation in-
verse a été trouvée entre le dévelop-
pement des cancers gastro-
intestinaux et la consommation de
légumes verts (21). Il importe de
rappeler ici que, même si l'attention
est attirée sur des aliments ayant
donné lieu à des recherches particu-
lières, les experts insistent souvent
sur les propriétés protectrices des
légumes et des fruits en général et
pour la prévention du cancer, ils
recommandent de 5 à 10 portions de
ces aliments par jour et par per-
sonne (60, 79, 95).
L'action anti tumorale de la bette-
rave est bien connue: des études ont
démontré que l'ajout d'un extrait du
bulbe dans l'eau de boisson d'ani-
maux réduit la formation de tu-
meurs dans de nombreux organes.
Elle exercerait un effet cytotoxique
sur des cellules humaines de can-
cers hormono-dépendants de la
prostate et du sein. Elle agit par ses
nombreux polyphénols à action anti
oxydante (51). La betterave pour-
rait aussi renforcer l’action des anti-
cancers synthétiques. Elle aurait
un effet synergique avec la Doxoru-
bicine qui permettrait de réduire
les doses d'administration de ce mé-
dicament (52).
De même, une relation inverse entre
les risques de développement de
cancer, en particulier de l'estomac,
du colon, du poumon, des seins, de
la prostate et de la vessie et la con-
sommation de légumes de la famille
des crucifères, dont le brocoli, a été
démontrée par de nombreuses
études (32, 39). Le sulforaphane et
la quercétine contenus dans ces lé-
gumes seraient tous deux liés à cet
effet protecteur. Le sulforaphane en
se transformant dans le système
digestif inhibe la formation et l’accu-
mulation de substances cancéri-
gènes et serait capable d'augmenter
l'action des traitements chimiothé-
rapiques classiques (55,56). En ex-
périmentation sur les animaux, une
diète riche en brocoli a eu un effet
protecteur pour le foie (122). Le jus
de chou a une certaine action anti
prolifératrice des cellules cancé-
reuses du sein (9). Un essai clinique
mené récemment au ‘Pittsburgh
Cancer Institute” a démontré que
les extraits de Cresson (Nasturtium
officinale) faisant partie de cette
même famille sont capables de ré-
duire chez les fumeurs l'impact des
substances cancérigènes de la nico-
tine (48). Selon une autre étude, les
extraits de cresson interviendraient
à l'initiation du processus de cancé-
risation, en s'opposant à la prolifé-
ration des cellules et lors de l'inva-
sion par les métastases. De plus, le
cresson a montré un effet protecteur
contre les dommages de l'ADN :in-
duits par la chimiothérapie mo-
derne. Des études pré-cliniques ont
suggéré que sa consommation aug-
menterait l'efficacité des traite-
ments chimiothérapiques classiques
(15, 35).
f. Les légumineuses
Selon des données récentes, l'inci-
dence du cancer du côlon est plus
faible dans les pays où la consom-
mation de légumineuses est grande
(92). Par ailleurs, une étude menée
sur les effets des haricots chez les
rats a montré que l'incidence ainsi
que la multiplicité du cancer du cô-
lon chez les animaux nourris aux
haricots noirs avaient significative-
ment baissé comparativement à
ceux ayant reçu une alimentation
classique (5). Des travaux effectués
au Mexique ont indiqué le potentiel
des pois verts dans la prévention du
cancer de l'estomac (38). D'autres
chercheurs ont montré les effets fa-
vorables des légumineuses en géné-
ral dans la prévention des cancers
du sein et de la prostate et avancé
des hypothèses concernant leur mé-
canisme d'action (76). Selon des tra-
vaux conduits à Taiwan, la consom-
mation fréquente d’arachide protè-
gerait du cancer colorectal (17).
Dans une analyse prospective ré-
cente, 1l a été démontré qu'une forte
consommation d'arachides pourrait
constituer un facteur de protection
contre le cancer du sein (99). Une
méta-analyse néerlandaise parue en
2015 dans “International Journal of
Epidemiology” a indiqué que la con-
sommationd'arachide pourrait, en
plus de diminuer globalement le
taux de mortalité, protéger contre le
cancer en général (109).
g. Les fruits
Avocat.- En expérimentation, un
extrait d'avocat a diminué la prolifé-
ration des cellules cancéreuses de la
prostate (69).Par ailleurs, selon une
publication du “Cancer Research”, il
a été démontré à l'Université de Wa-
terloo au Canada, qu'une substance
tirée de l'avocat, l’avocatin B, ac-
tuellement à l'étude, pourrait aider
à lutter contre certaines formes de
leucémie aigüe (65). Selon certains
chercheurs, la consommation d’avo-
cat serait aussi susceptible de dimi-
nuer les effets secondaires des subs-
tances chimiothérapiques du type
“cyclophosphamides” couramment
utilisées contre certains cancers et
de réduire les aberrations chromoso-
miques provoquées par ces traite-
ments (84).
Grenade.- Les extraits de ce fruit
agissent contre différentes souches
cancéreuses, entre autres sur des
cellules cancéreuses de la prostate,
des seins, des poumons, du colon, du
foie et de la peau (93, 103, 112). Au
cours d'essais cliniques chez
l'homme, l'administration de jus de
grenade a agi favorablement sur le
PSA après des traitements anti can-
céreux classiques (83).
Sapotille.- Une récente étude a dé-
montré que ce fruit provoque l'apop-
tose (mort programmée des cellules
cancéreuses) et diminue la progres-
sion du cancer chez les animaux qui
l'ont consommé (100).
Agrumes en général.- Plusieurs
études ont démontré que la consom-
mation d'agrumes, riches en vita-
mine C et en flavonoïdes, est liée à
la prévention de certains cancers de
la sphère digestive : colon, estomac,
œsophage, bouche, pharynx (29).
Des travaux réalisés au Japon ont
aussi indiqué que les agrumes con-
sommés sur une base quotidienne
pouvaient avoir une action préven-
tive sur les cancers en général (67).
Ils stimuleraient, entre autres, la
détoxication des substances cancéri-
gènes par le foie (95).
Mangue.- Ce fruit est riche en plu-
sieurs polyphénols ayant indiqué
des activités anti cancérigènes. La
mangue regorge de "lupéol" connu
pour ses propriétés anticancéreuses
(90). Des chercheurs chinois ont in-
jecté du "lupéol" dans des cellules
cancéreuses du pancréas et ont
constaté un net ralentissement de
l'évolution des cellules atteintes. En
expérimentation, des cellules cancé-
reuses ont été inhibées par des ex-
traits de mangue (87).
Prunes séchées ou pruneaux.-
Selon une récente étude réalisée sur
des animaux au Texas, ce fruit favo-
riserait la présence de bactéries bé-
néfiques dans le côlon, ce qui contri-
buerait à diminuer les foyers de lé-
sions intestinales anormales, sou-
vent points de départ de cancérisa-
tion de cet organe (106). Une étude
datant de 2017 va dans le même
sens (94).
h. Epices, autres condiments et
boissons
Champignons. Les champignons
renferment des polysaccharides et
une substance dénommée lentinane
stimulant l’activité du système im-
munitaire. Ils renferment aussi de
la lectine qui inhiberait la proliféra-
tion de certaines cellules cancé-
reuses (123). Des études réalisées
au Japon ont montré que ceux qui
consomment régulièrement des
champignons avaient moins de can-
cers de l'estomac que ceux n'en con-
sommant pas (95, 4). Au Japon, les
champignons sont recommandés en
accompagnement de la chimiothéra-
pie pour renforcer cette dernière.
Lors d'une récente étude portant sur
plus de 2 000 femmes chinoises, la
consommation de 10 g de champi-
gnons par jour a réduit de plus de
60% leur risque de contracter un
cancer du sein (123). Des recherches
menées en Corée ont aussi montré
l'intérêt des champignons contre ce
cancer (42).
Ail.- Il renferme des composés sul-
furés qui stimulent les défenses de
l'organisme. Plusieurs études épidé-
miologiques indiquent que sa con-
sommation réduit les risques de con-
tracter différents types de cancer, en
particulier celui de l'estomac, du
côlon et des reins (4, 121, 124). La
consommation de l'ail réduirait aus-
si les risques de développement du
cancer de la prostate (124). Ses ef-
fets protecteurs viennent de ses pro-
priétés antibactériennes, de son ha-
bilité à bloquer la formation de
substances cancérigènes ou à stimu-
ler le système immunitaire de même
qu'à sa capacité à réparer l'ADN ou
à réduire la prolifération des cel-
lules (121). La consommation régu-
lière d'ail permettrait aussi de ré-
duire de manière significative la
taille et le nombre des polypes intes-
tinaux; le développement de polypes
à ce niveau peut conduire au cancer
du côlon (108). A noter que l'oignon,
le poireau, la cive et l'échalote qui
font partie de la même famille que
l'ail présentent aussi des propriétés
protectrices (95).
Piment.- Plusieurs études récentes
indiquent que le piment pourrait
protéger du cancer. Des travaux ont
montré ses effets au niveau de la
prostate (24, 75, 110), des poumons
(11), du colon entre autres (24, 75,
110, 11, 120). Le piment agirait par
sa capsaïcine qui aurait un effet an-
ti prolifératif (11) et induirait aussi
l'apoptose des cellules (11, 120).
D'autres recherches ont montré l'ac-
tion synergique du piment et de la
tomate qui en association pour-
raient avoir un effet de prévention
plus soutenu contre le cancer de la
prostate (111).
Girofle.- Une consommation régu-
lière de girofle pourrait aider à lut-
ter contre le papillomavirus, respon-
sable de lésions pré-cancéreuses du
col de l'utérus et diminuer le risque
que ces lésions se transforment en
cancer. Une récente étude parue
dans “International Journal of Can-
cer Research” indique aussi qu'en
cas de cancer du col de l'utérus, un
extrait de clou de girofle joint à un
traitement à base de gemcitabine
agit en synergie avec la chimiothé-
rapie en augmentant l'efficacité de
cette dernière tout en diminuant ses
effets toxiques (46). Le clou de gi-
rofle pourrait également ralentir la
prolifération des cellules cancé-
reuses en général : en expérimenta-
tion sur des animaux, les extraits de
girofle ont ralenti la croissance du
cancer du poumon par effet d'apop-
tose et anti prolifératif (3).
Curcuma, turméric ou safra.- Le
curcuma est selon plusieurs études
l'un des anti-inflammatoires natu-
rels les plus puissants (95). Chez les
fumeurs, la consommation de curcu-
ma est associée à une baisse du
risque de cancer. Le curcuma agit
comme anti cancérigène en grande
partie par la présence de curcumine
qui lui donne sa coloration jaune: il
induit l'apoptose des cellules et
pourrait selon des travaux récents
augmenter l'efficacité des traite-
ments chimiothérapiques. Il ren-
drait les cellules cancéreuses plus
sensibles à ces traitements et pour-
rait aussi réduire leurs effets indési-
rables (57). Des chercheurs pensent
cependant que le curcuma est sus-
ceptible de modifier l'efficacité de
certains d'entre eux. La curcumine
est mieux absorbée en présence de
poivre et de graisse (95).
Gingembre.- Selon certaines
études cliniques, le gingembre serait
capable de contribuer à la préven-
tion de certains cancers, et à la ré-
duction des nausées chez les pa-
tients, enfants et adultes, lors des
traitements chimiothérapiques (95).
Il agit comme anti inflammatoire et
contribue à réduire la formation de
nouveaux vaisseaux sanguins, ce
qui bloque le développement des
cellules cancéreuses (57, 95).
Café.- Selon David Khayat, auteur
de “La cuisine anti-cancer” paru en
mai 2016, le café serait un des meil-
leurs aliments anti-cancer (57). Un
récent article du “National Cancer
Institute” place aussi le café parmi
“les amis” des cancéreux et une re-
cherche bibliographique ayant tenu
compte de 59 études a conclu que la
consommation de café était associée
à la réduction de nombreux type de
cancers (118). Une étude réalisée
au Japon a indiqué que la consom-
mation de café est liée à la diminu-
tion du risque du cancer des voies
aérodigestives supérieures (81). En
Israël, une réduction de plus de 30%
du cancer colorectal a été observée
chez les buveurs modérés de café,
même décaféiné (102) alors que de
récents travaux ont montré que la
consommation de café est associée à
une réduction significative de la ré-
currence et de la mortalité chez les
patients atteints du stade III du
cancer du côlon (7). Chez les femmes
post ménopausées, une consomma-
tion élevée de café est statistique-
ment corrélée à une diminution du
cancer du sein du type œstrogène
négatif (67). Une très récente méta-
analyse ayant porté sur 500 000
hommes a montré que la consomma-
tion de café est associée à un risque
plus faible de développement du
cancer de la prostate: une autre
étude signale les effets favorables
du café en cas de cancer mortel de la
prostate (43, 116). En ce qui con-
cerne le cancer du foie et selon une
méta- analyse, la protection de cet
organe par le café est évidente et
dépasse 40 % dans certaines études
(63). Les effets favorables du café
sur le foie et sur la cirrhose du foie
sont bien documentés (13). L'ana-
lyse de 34 études sur les effets du
café a permis au Fonds Mondial dé-
dié à la recherche sur le cancer
(WCRF) d'indiquer en 2015 l'exis-
tence de "preuves solides de l'effet
positif du café sur le cancer du
foie.protecteur du café contre le can-
cer du foie“ (117). L'action serait due
à la neutralisation des effets de cer-
taines toxines, notamment des
aflatoxines", substances favorisant
le cancer du foie. Selon le "National
Cancer Institute”. comparés aux
gens ne buvant pas de café, ceux qui
consomment 3 tasses de café par
jour auraient par ailleurs 10%
moins de risque de mortalité, toutes
causes confondues (128).
i. Certaines graisses
Selon une récente étude parue dans
“Jama Internal Medicine”, les
hommes atteints d'un cancer de la
prostate ayant remplacé une partie
des calories venant des glucides par
certaines graisses végétales ont eu
un risque diminué de 29% de décé-
der de leur cancer. Ils ont égale-
ment eu un risque de décès toutes
causes confondues réduit de 26%.
Une cuillérée à soupe par jour
d'huile d'olive a aussi été associée à
une réduction du risque de cancer
mortel de la prostate (41). De même,
un régime riche en huile d'olive ex-
tra-vierge diminue le risque de can-
cer du sein selon l'étude espagnole
PREDIMED réalisée avec 4 152
femmes au départ en bonne santé:
un l* groupe a suivi un régime mé-
diterranéen (peu de viande, beau-
RED S(1) Octobre 2017 16
coup de fruits et de légumes) à
l'huile d'olive représentant 15% des
calories : un 2° groupe a eu un ré-
gime méditerranéen riche en noix :
le dernier groupe a eu un régime
pauvre en graisses. Après 5 ans, les
femmes du groupe "huile d'olive"
sont celles ayant été les moins tou-
chées par le cancer du sein, avec
une baisse du risque de 68% par
rapport au groupe pauvre en
graisses. Selon cette même étude,
chaque fois qu'un régime de type
méditerranéen apporte sur une base
régulière 5% de calories supplémen-
taires venant de l'huile d'olive, le
risque de cancer du sein chute de
28% (31).
j. Poisson
Une méta-analyse de plus de 20
études de cohortes menée récem-
ment sur plus de 800 000 personnes
a révélé que la consommation d'une
portion de thon ou de sardines une à
deux fois par semaine réduit le
risque de cancer du sein(50). Chez
les hommes atteints d'un cancer de
la prostate, les cas de récidive ont
été plus faibles chez ceux ayant
remplacé chaque semaine quelques
plats de viande rouge par du poisson
ou de la volaille (115).
k. Miel
Ce produit pourrait avoir certains
effets anti cancérigènes, en particu-
lier contre le cancer du sein, du foie
et du colon, selon une revue de litté-
rature sortie dans “Molécule”(80).
l. Certains compléments alimen-
taires et vitaminiques
Vitamine D.- Il existe de nom-
breuses preuves indiquant que la
vitamine D peut avoir un effet béné-
fique en cas de cancer (60). Les
femmes ayant une teneur sanguine
adéquate en vitamine D ont jusqu'à
60% moins de risque de souffrir du
cancer du sein: l'effet serait encore
plus marqué après la ménopause.
Une méta-analyse publiée en 2014 a
établi un lien clair entre un bon sta-
tut sanguin en vitamine D et un
risque réduit de mortalité par can-
cers du sein (74). Dans une cohorte
constituée de noirs américains géné-
ralement très touchés par le cancer
de la prostate, il a été démontré
qu'une supplémentation en vita-
mine D pouvait diminuer le risque
pour ces hommes d'être atteints de
ce cancer (36). Pour le cancer du
côlon, les effets de la vitamine D
sont aussi probants. La vitamine D
agirait en prévention mais aussi
contre la progression du cancer et la
formation des métastases (33). Plu-
sieurs études indiquent que de bons
niveaux sanguins en vitamine D
sont aussi associés à une baisse de
la mortalité générale. Les travaux
faits jusqu'ici ont porté récemment
la “Société Canadienne de Cancer“ à
déclarer que la vitamine D exerce
une action préventive contre le can-
cer, en particulier de celui du sein et
du colon (127).
Magnésium.- Ce minéral protége-
rait contre certains cancers, en par-
ticulier celui du pancréas connu
pour son agressivité. Selon des cher-
cheurs de l'université d'Indiana
(USA), un manque de magnésium
favoriserait le développement de ce
cancer. En analysant des données
concernant plus de 66 000 per-
sonnes, ils ont trouvé que pour
100 mg de magnésium consommé en
moins sur une base régulière, le
risque de développer un cancer du
pancréas augmentait de 24%. La
conclusion de l'étude : la prise de
magnésium peut être bénéfique en
prévention primaire du cancer du
pancréas (25). Une méta-analyse
récente a aussi indiqué un effet pro-
tecteur d'un apport alimentaire im-
portant de magnésium contre le
cancer en général et le cancer colo-
rectal, en particulier chez la femme
(58).
Sélénium.- Selon un article paru
dans le "British Journal of Nutri-
tion", un complément de sélénium
ferait régresser les pré-cancers du
col de l'utérus et diminueraït sensi-
blement le risque qu'ils se transfor-
ment en cancer. Cette information
est basée sur une étude clinique réa-
lisée en Iran sur un groupe d'une
soixantaine de femmes ayant reçu
200 ug/j de sélénium pendant 6 mois
(53). Signalons aussi qu'une carence
en sélénium a également été asso-
ciée à d'autres types de cancer : ce-
lui du pancréas, de la prostate, du
poumon et de la vessie (60). Le sélé-
nium stimulerait l’activité du sys-
tème immunitaire, plus particulière-
ment, il activerait les cellules NK
dont la fonction est de s'attaquer
aux cellules anormales de l'orga-
nisme (95). Il pourrait aussi selon
certains travaux aider à diminuer
les effets secondaires des traite-
ments modernes offerts (57). En cas
de présence du Papillomavirus, sou-
vent associé au cancer du col de
l'utérus, la prise d'un complément
de sélénium peut être envisagée, en
accord avec le médecin traitant.
Les effets de la restriction calo-
rique
La restriction calorique peut jouer
un rôle positif. En effet, consommer
moins de calories, tout en recevant
les nutriments indispensables, pour-
rait aider à prévenir et contrôler le
cancer par la voie métabolique, ont
conclu des chercheurs chinois après
s'être penchés sur plus d'une ving-
taine d'études expérimentales sur le
sujet (72).Dans l'analyse réalisée,
les chercheurs ont signalé que la
plupart des études faites montraient
l'effet anti cancer de la restriction
calorique. Les auteurs ont effectué
une méta-analyse sur les effets de la
restriction calorique sur le cancer
du sein chez les animaux : ceux res-
treints en calories ont développé 55
% moins de cancers que ceux ayant
reçu une alimentation standard.
Selon ces études, la restriction calo-
rique préviendrait la formation de
tumeurs en limitant le métabolisme
et les dommages oxydatifs. D’autres
études, dont une réalisée à “Boston
College”. vont dans le même sens,
notamment pour le cancer du cer-
veau (8, 45, 89). Selon une de ces
études, la restriction calorique pour-
rait aussi sensibiliser une large
gamme de cancers à la chimiothéra-
pie classique, tout en atténuant les
effets secondaires de ce traitement
(89). Par contre, l'apport en eau ne
devrait pas être négligé. Une con-
sommation suffisante d'eau pourrait
aider en contribuant à éliminer les
toxines et donnerait une protection
particulière contre le cancer de la
vessie (60).
Le surpoids en tant que facteur
de risque
Le lien entre le surpoids et de nom-
breux types de cancer semble au-
jourd'hui établi (22, 60, 107). Des
études épidémiologiques ainsi que
des recherches de type expérimental
ont clairement associé le surpoids et
l'obésité à l'augmentation du risque
de nombreux cancer : colon, sein,
œsophage, reins, pancréas, prostate,
endomètre, vessie, ovaire (60). Le
Centre International de Recherche
sur le Cancer vient de publier une
liste de plusieurs autres cancers qui
seraient aussi en lien avec une sur-
charge en poids: celui du foie, de la
vésicule biliaire, de l'estomac, de
l'utérus et de l'ovaire (64).
Aliments dont l'excès augmente
les risques de contracter divers
cancers
a. Sel et aliments conservés par
salaison
La consommation excessive de ces
produits serait surtout associée au
cancer de l'estomac et de la gorge
(60). Des expérimentations sur des
animaux ont montré qu'une consom-
mation trop élevée de sel facilitait la
colonisation de l'estomac par une
bactérie, Helicobacter pylori, l'un
des principaux facteurs du dévelop-
pement du cancer de l'estomac.
b. Boissons alcoolisées
La consommation d'alcool en excès
est une cause établie de plusieurs
cancers : de la bouche, du pharynx,
de l'œsophage, du foie, du colon et
du sein (60, 57). Même en quantité
modérée, la consommation d'alcool
(vin ou autres) pourrait augmenter
les risques de certains cancers, sur-
tout de celui du sein (1). L'alcool
favoriserait aussi les récidives de ce
cancer. En ce qui concerne spécifi-
quement le vin blanc, une étude de
l'Université de Brown aux USA
vient de démontrer qu'un simple
verre par jour augmente significati-
vement les risques de mélanome sur
la poitrine: ce risque augmentant
avec le nombre de verres (96). Il faut
néanmoins noter que selon certains
chercheurs, le vin rouge pris au
cours de repas de type méditerra-
néen (c'est-à-dire constitués de peu
de viande, de beaucoup de légumes
et de fruits) et en quantité modérée
(1 verre/j pour les femmes et 2 pour
les hommes) aurait un effet protec-
teur contre certains cancers (56, 95).
D'autres études devraient être me-
nées sur ces différentes assertions
contradictoires, surtout en ce qui
concerne les effets des quantités
modérées d'alcool: en attendant, la
prudence s'impose.
c. Sucre raffiné
En excès, ilgénère un surpoids qui
est un facteur de risque pour cer-
tains cancers ; il entraîne aussi la
sécrétion d'insuline qui, en trop
grande quantité, favorise la prolifé-
ration des cellules cancéreuses. Ex-
périmentalement, après une diète
très riche en sucre, plus de 50 %
d'un groupe de souris a développé
des tumeurs du sein, avec un
nombre élevé de métastases au ni-
veau des poumons (119). En Italie,
des chercheurs ont pu mettre en
évidence un lien direct entre le
risque de cancer du sein et la con-
sommation d'aliments sucrés à fort
indice glycémique. Selon ces au-
teurs, le sucre nourrit les cellules
cancéreuses et favorise le développe-
ment des métastases (105). Il a aus-
si été démontré que la consomma-
tion de boissons gazeuses sucrées
favorisait le cancer du pancréas
(76).
d. Viande rouge, charcuterie
(salami, bacon, saucisses) et
parties carbonisées de viandes
grillées
L'OMS a récemment attiré l'atten-
tion sur le rôle que jouent les excès
de ces aliments dans le développe-
ment de différents cancers. Le colon
et le rectum seraient particulière-
ment touchés par ces abus (60, 113).
La plupart des études épidémiolo-
giques réalisées suggèrent qu'une
grande consommation de viande
rouge (bœuf, veau, cabri) est asso-
ciée au cancer colorectal (60). Selon
une récente étude menée à l'Univer-
sité Harvard et publiée dans la re-
vue “Cancer Prevention Research”,
les hommes atteints d'un cancer de
la prostate ayant remplacé chaque
semaine quelques plats de viande
rouge par du poisson ou de la vo-
laille ont vu leur taux de récidive
baisser de manière significative
(115).
e. Le lait et les produits laitiers
De plus en plus d’études lient la
consommation d'un excès de lait
entier à certains cancers. Une méta-
analyse datant de 2014 a trouvé
qu'une consommation élevée de lait
et de produits laitiers (entiers et
écrémés) pouvait augmenter le
risque de cancer total de la prostate
(20). Une étude de cohorte va dans
le même sens (98). Une étude parue
en 2017 dans la revue “Cancer,
Cause and Control” suggère que les
produits laitiers pourraient favori-
ser le cancer de la prostate en agis-
sant sur le facteur de croissance
IGF-1 qui stimulerait le développe-
ment des tissus. Des études prospec-
tives supportent l'hypothèse qu'une
forte consommation de produits lai-
tiers peut augmenter le risque du
cancer de l'ovaire (62). En ce qui
concerne le cancer du sein, des tra-
vaux ont indiqué que la consomma-
tion de lait entier, mais pas celle de
lait écrémé, est associée à un risque
plus élevé de mortalité après le dia-
gnostic (59). Les résultats d'une
autre étude sur le lait entier vont
dans le même sens (31).
f. La margarine de type dure
Elle renferme des acides gras trans
ayant des effets délétères sur l’orga-
nisme en général et pourrait aug-
menter le risque de certains can-
cers. Au cours d'une étude sur une
cohorte de femmes européennes, il a
été démontré que le risque de cancer
du sein avait presque doublé chez
les femmes présentant des taux san-
guins élevés en ces acides gras (95).
g. Les produits raffinés en géné-
ral
Les aliments fumés, la farine
blanche, les pâtisseries et les fri-
tures doivent être consommés avec
parcimonie selon les recommanda-
tions des experts (60, 79, 113, 114).
Même si certains ne sont pas cancé-
rigènes, ils ne sont généralement
pas favorables à la santé.
Conclusion
Le cancer est une maladie complexe
et multifactorielle ne réagissant pas
toujours favorablement aux traite-
ments modernes offerts: les spécia-
listes prévoient que le nombre de
personnes atteintes par cette affec-
tion augmentera sensiblement au
cours des vingt prochaines années,
en particulier dans les pays en voie
de développement (79). En Haïti, les
statistiques font défaut concernant
l'évolution de la maladie, mais au-
tour de nous, les cas deviennent de
plus en plus nombreux, ce qui peut
être indicateur de la tendance an-
noncée. Etant donné la gravité de la
maladie et les souffrances tant phy-
siques que psychologiques qu'elle
entraine, aucun moyen de lutte à la
portée de la population ne devrait
être négligé et les résultats de ces
divers travaux indiquent des pistes
de défense contre elle. La consom-
mation régulière de fruits et de lé-
gumes divers est une première façon
de réduire les facteurs de risque,
comme le suggèrent de nombreux
spécialistes. Par contre, selon les
récentes données, on est en mesure
de croire que certains aliments cou-
rants tels la charcuterie, la viande
rouge, le lait, le sucre, l'alcool, favo-
risent le développement des cellules
cancéreuses lorsqu'ils sont consom-
més en grande quantité: il faut en
tenir compte dans la façon de s’ali-
menter au quotidien en évitant tout
excès. En dépit du fait que d’autres
travaux devraient confirmer ou affi-
ner les résultats de certaines études
évoquées ici et qu'il est improbable
qu'une action isolée puisse venir à
bout d’un cancer, il est clair que les
comportements et une alimentation
plus ciblée vers des produits parti-
culièrement protecteurs peuvent
avoir une influence positive et pris
dans leur ensemble, ils offrent un
large éventail d'actions à caractère
globalement bénéfique. Ils agissent
selon différents mécanismes tels les
modifications de la flore intestinale,
la stimulation du système immuni-
taire, la protection de l'ADN, la ré-
duction de la prolifération cellulaire,
la diminution des toxines, l’activité
anti oxydante des molécules, la lutte
contre certains virus précurseurs de
cancer, l'allégement des effets secon-
daires des traitements modernes,
les effets synergiques avec les subs-
tances chimiothérapiques, etc. En
plus d'aider à la prévention de can-
cers de différents organes, ils peu-
vent contribuer à lutter contre
l'invasion de l'organisme par les cel-
lules cancéreuses après un diagnos-
tic positif et donner un support non
négligeable au cours des traite-
ments classiques. À côté des autres
actions devant être entreprises
telles l'assainissement de l'environ-
nement, la lutte contre le taba-
gisme, etc., ils constituent un moyen
de lutte abordable et sécuritaire
pour la population haïtienne contre
cette maladie déroutante.
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