La maladie du balai de sorcière (Moniliophthora
perniciosa) sur cacaoyer
(Theobroma cacao) identifiée pour la première fois en Haïti
O. N. Carvil, R.P. Tescar et P. Duvivier, Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV), Université
d'Etat d'Haïti (UEH), Corresponding author: nicarvil&yahoo.com
RESUME
Carvil O. N. Tescar R. P. et Duvivier P. 2023 La maladie du balai de sorcière (Moniliophthora perniciosa) sur cacaoyer (Theobroma cacao) identifiée pour la première fois en Haïti. RED 10 (1): 16 - 19
Au cours d'un travail de diagnostic réalisé dans la Grand’ Anse, des formations inhabituelles et inconnues ont été observées sur cacaoyers. L'apparence des jeunes tiges affectées ont fait penser au balai de sorcière, une maladie très dévastatrice et difficile à contrôler. Les symptômes observés sur le terrain ont été comparés à ceux décrits antérieurement dans la littérature et imputables par Kellly et ses co-auteurs au Balai de Sorcière du Cacaoyer. La maladie est donc identifiée pour la première fois en Haïti. C'est assez inquiétant pour la filière et pour les nombreuses familles qui en tirent leur revenu. En attendant la mise au point de méthodes de contrôle efficaces, les autorités du MARNDR devraient prendre sans tarder des mesures pour endiguer son extension. Déjà, une prospection systématique serait nécessaire en vue d'établir sa distribution géographique sur le territoire national.
Mots clés : Cacao. balai de sorcière, Haïti.
ABSTRACT
Carvil O. N., Tescar R. P. and Duvivier P. 2023. First report of witches broom disease (Moniliophthora perniciosa) identified on cocoa tree (Theobroma cacao) in Haiti Red 10 (1): 16 -19
During a diagnostic survey in the Grand'Anse area, unusual and unknown structures were observed on cocoa trees. The bushy appearance of affected young stems was similar to those described earlier on Cocoa witches' broom, a very devastating and difficult to manage disease. The symptoms observed in the field were comparable with those described by Kellly et al and attributed to the Cocoa Witches Broom disease. Therefore, the disease is identified for the first time in Haiti. This is quite worrying for the national cocoa sector and the many families who derive their income from it. Pending the development of effective control methods. the MARNDR authorities must urgently take measures to stem its extension. In the meantime, a systematic prospection would be necessary to establish its geographical distribution on the national territory.
Keywords: Cocoa, witches' broom, Haiti.
et de l'Amérique Centrale (Figure 1). Il est domestiqué depuis près de 3000 ans, et était surtout utilisé pour la fabrication d'une boisson alcoolisée (9). Il se rencontre surtout dans les forêts tropicales humides et nécessite une pluviométrie variant de 1 500 à 2 500 mm l'an et une température moyenne relativement élevée entre 30 et 32°C (16). En Haïti, bien que cultivé depuis la période coloniale, le Cacaoyer n'occupe, une place importante dans les exportations agricoles du pays que vers la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle (6). Relancé vers les débuts de 2000, l'arbre est aujourd'hui cultivé à titre commercial dans quelques communes des départements du Nord et de la Grande d'Anse avec plus de 18 000 ha emblavés.
La plante
Le Cacaoyer (Theobroma cacao), petit arbre pérenne de la famille des malvacées, est originaire d'Australie
En mai 2021, à la suite du diagnostic commandité par le MARNDR et
Figure 1. Jeune cacaoyer en production
conduit par la FAMV dans le cadre du Consortium FAMV-McGillAlliance Agricole Internationale, des structures inhabituelles ont été observées sur de jeunes cacaoyers croissant sur la ferme du MARNDR dans la localité Palmis, commune d'Anse d'Hainaut (Département de la Grande’ Anse).
Sur les arbres atteints, de nombreuses repousses irrégulières de faible taille, aux entrenœuds très courts et à développement inégal pouvaient être observées au niveau des coussinets floraux et près des zones méristématiques (Figure 2). Ces repousses étroitement regroupées portent des feuilles de tailles variées. Deux ou trois de celles-ci au limbe déformé sont recourbées. Quelques-unes sont nécrosées et ont à la base des nervures renflées (Figure 3). Certaines structures isolées ressemblent à des bouquets de fleurs (Figure 4). Ces symptômes, s'apparentent à ceux décrits par Kellly et ses co-auteurs et imputés au Balai de Sorcière du Cacaoyer (10). Cette maladie décrite pour la première fois entre 1785 et 1787 en Amazonie, s'est répandue rapidement en Amérique centrale. Elle
Figure 2. Symptômes au niveau des méristèmes
Figure 3. Symptômes du balai de sorcière
Figure 4. Aspect bouquet de fleurs sur le tronc
s'est retrouvée, au Surinam en 1895, en Guyane en 1906, en Equateur 1918, à Trinidad en 1928, en Colombie en 1929, à la Grenade en 1948 (14). Très dévastatrice dans tous les cas, la maladie s'est révélée capable de provoquer jusqu'à 100% de dommages (18, 8). Arrivée au Brésil en 1989, elle ravagea les plantations et amena le pays de plus de 300 000 TM exportés entre 1988 et 1990 à moins de 150 000 TM en 2000 (15).
Le Pathogène
Bien que rapportée dès le XVIII: siècle, la maladie ne fut étudiée qu'au début du XIX° par l'allemand Stahel qui identifia l'agent responsable et le nomma Marasmius perniciosus (Stahel). Le pathogène fut rebaptisé Crinipellis perniciosa, aujourd’hui Moniliophthora perniciosa. Le champignon hémibiotrophe, de la famille des Tricholomataceae (ordre des Agaricales), est officiellement l'agent causal de la maladie (1). A sa phase biotrophe, le pathogène pénètre dans la feuille par les stomates ou dans le tronc par d’autres ouvertures dont des blessures. Il se nourrit et se multiplie à partir des tissus vivants de la plante. A cette phase, les rameaux, les coussinets floraux, les fleurs et les fruits peuvent être affectés et encourent des modifications hormonales en rapport avec leur stade de développement et observables sous forme de symptômes externes (23, 24, 17). Les premiers apparaissent au niveau des méristèmes apicaux. La phase nécrotique n'intervient que deux à trois mois après infection. À ce moment, s'observent les pourritures des tissus (7). La maladie débouche sur la nécrose de l'organe affecté, l'improductivité voire la mort de la plante.
Le contrôle du balai de sorcière
La gestion intégrée, recommandée par le Centre de Recherche et d'Extension du Cacao du Brésil (CEPLAC), qui combine les techniques culturales, l'emploi de fongicides cupriques et l’utilisation de Trichoderma stromaticum, comme agent de lutte biologique, a connu peu de succès en raison notamment des coûts élevés de la main d'œuvre et du matériel (2). En effet, la lutte culturale qui inclue l’élagage ou le retrait et la destruction des parties infectées est une opération couteuse (20). Les risques de contamination des fèves et de l'environnement sont souvent associés au traitement chimique. De plus, la préférence marquée des consommateurs de chocolat pour les produits biologiques est aujourd'hui bien connue. Le contrôle biologique, basé sur l'utilisation de Trichoderma stromaticum, parasite de l'agent pathogène demeure une excellente option (22). Toutefois, le pouvoir stimulateur des coussinets floraux de T. stromaticum serait, selon certaines études,
réduit par l’utilisation de fongicide cuprique qui protège les jeunes cabosses de la maladie (13, 4). Ainsi, l'utilisation combinée de fongicide cuprique et de T. stromaticum ne semble pas réduire significativement les effets de la maladie. De plus, l’utilisation au Brésil de préparations commerciales de T. stomatricum n'a pas donné les résultats escomptés. Les espoirs se fondent bien plus sur l'emploi de la résistance variétale (12, 15). Au moins 300 variétés ont été obtenues dont les clones TSH (Trinidad Selected Hybrids) du programme d’amélioration de Trinidad (3). Ces derniers ont contribué à diminuer l'incidence de la maladie pendant un certain temps. Cependant, le grand pouvoir de variabilité de l'agent pathogène lui a permis de contourner cette résistance de manière relativement vite (5, 19, 25).
Un programme de régénération du Cacaoyer a été mis en place dans le sud du Brésil en vue du remplacement des arbres malades par des cacaoyers plus productifs et résistants à la maladie. L'enjeu pour les améliorateurs demeure d'élargir la base génétique des variétés commerciales en y introduisant la résistance durable (26, 27, 21, 11). De sorte que l'obtention de nouvelles sources de résistance demeure la priorité des programmes d'amélioration de la plante.
En Haïti où la maladie vient d'être identifiée, un travail systématique de prospection devrait être lancé en vue d'établir la distribution géographique de M. perniciosa sur le territoire national ou dans les zones cacaoyères. Des mesures de quarantaine destinées à endiguer l'extension du sinistre devraient être prises dans l'attente de la mise en place d'un système approprié de gestion de cette maladie.
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