Vol. 1 No 3 (2018): ONG en Haïti
D’une manière générale, dans les moments de crise plus
spécifiquement, les ONG jouent un rôle important dans les
pays « en voie de développement ». Qu’en est-il en Haïti, en par
ticulier, depuis le séisme du 12 janvier 2010 ? Cette date marque
un tournant décisif dans l’implantation des ONG dans le pays au
point qu’Haïti est rebaptisé désormais la république des ONG. En
effet, les faiblesses institutionnelles rendent plus puissantes les
ONG. Certains pensent qu’elles finiront par contrôler tout le pays.
Avec la catastrophe de 2010, l’intervention anarchique des
ONG a fini par convaincre les plus avisés de la nécessité de
mieux comprendre ces institutions privées, de mieux coordonner
leurs actions, et même de les mettre sous coupe réglée. Le
cadre juridique de 1989 parle d’ONG de développement tandis
que la majorité des ONG en Haïti fonctionnent sous le label
d’aide humanitaire. Ce décalage soulève un certain nombre
d’interrogations et montre la nécessité de repenser le cadre légal
dans lequel évoluent ces organisations en Haïti. Ce cadre était
d’ailleurs l’un des enjeux du premier forum national sur les ONG
organisé en octobre 2013 par l’Unité de coordination des activités
des ONG (UCAONG).
Quels pourraient être les repères théoriques, conceptuels et
idéologiques pour mieux appréhender la situation actuelle ? Les
modèles à l’honneur restent-ils pertinents ? Au prix de quelles
transformations théoriques parviendra-t-on à mieux saisir la
réalité actuelle ? Quels nouveaux paradigmes faudra-t-il élaborer
précisément ? Il y a lieu entre temps d’observer que, huit années
après l’une des plus graves catastrophes qu’ait connu Haïti,
catastrophe ayant engendrée un effort humanitaire sans précédent,
nous constatons aujourd’hui un reflux de cette invasion. Les ONG
commencent en effet à connaître en Haïti un déclin proche de ce
qu’on peut observer à travers l’histoire récente d’autres PMA.
Ce numéro de Chantiers adresse tous ces points et plus, avec
des interventions historique, sociologique, anthropologique,
philosophique, des témoignages et critique-dialectiques. Les
auteurs qui ont contribué à ce numéro représentent des secteurs
universitaire, militant, mouvements sociaux, et des ONG
Chantiers